14-18Hebdo

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Le parcours de guerre du 16ème B.C.P - 2e partie

Le parcours de guerre du 16ème B.C.P - 2e partie : du lendemain de Labry à la plaine des Flandres

Patrick Germain · 11/11/2014

 

Ce récit articulé sur 2 parties représente la durée de commandement du bataillon par mon arrière grand-père le chef de bataillon Chenèble ; ce dernier, malade, a dû quitter son commandement le 11/11/14 ; le bataillon combattait dans les Flandres depuis le 21/10 ; le succès de Ramscapelle (voir mon article de la semaine 14) ayant définitivement barré la route de Calais aux Allemands, les mouvements de troupes ont laissé la place de part et d'autre à l'organisation du front en positions.

La narration de cette 1ère phase de la guerre (guerre de mouvement) pour le bataillon est d'autant plus aisée qu'elle coïncide par hasard tout à fait au temps de commandement du bataillon par le commandant Chenèble.

Sur la carte ci-dessous figure (en trait rouge) l'axe du parcours du bataillon depuis Labry (le 8 août) au fort de la Pompelle au Sud-est de Reims le 25/09 (que j'ai évoqué brièvement dans mon article « Reims ville martyre »). En voici les principales étapes (sources : extraits du J.M.O du 16ème B.C.P et des « Ephémérides des Chasseurs » Yvick Herniou ; Muller Edition 1995)

 

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 10 août 1914 : La ferme de Spailmail.

Les Allemands dépassent Labry et s'avancent vers la ferme de Spailmail. Ils sont accueillis par des feux terribles de la 1ère compagnie du 16ème B.C.P qui les obligent à se replier.

21 août 1914 : Le 16ème bataillon quitte Jeandelize pour se diriger vers Pierrepont, dans la Meuse.

22 août 1914 : Pierrepont.

Le 16ème B.C.P est à Pierrepont aux avant-postes de combat, face au village en interdisant la Crusnes. Les 2 mitrailleuses du 16 ont un destin épique : transportées à Pierrepont le 22 août, l'une d'elles est volée par les Allemands qui ne peuvent facilement emmener le trépied à cause de son poids et de son encombrement. Finalement, ils décident de la laisser sur place.

Le capitaine Etiévant commandant la 6ème compagnie est blessé et fait prisonnier.

24 août 1914 : Nouillonpont.

Dans le secteur de la Marne, les 83ème (8ème et 19ème B.C.P) et 84ème brigades (16ème B.C.P) sont dans la région de Nouillonpont. Le 16ème B.C.P attaque ce village en direction de Saint-Pierrevillers. L'artillerie s'arrête d'un seul coup, les Allemands reprennent l'offensive à leur compte. Au même moment, un décalage se créée entre les 83ème et 84ème brigades. Exposés aux feux meurtriers ennemis, les bataillons ne peuvent que se replier malgré leur héroïsme. En effet, le 16ème B.C.P perd la moitié de son effectif, et les autres unités qui l'accompagnent (8ème et 19ème B.C.P) ne sont pas mieux loties. Les chasseurs se retrouvent dans le bois de Wappremont, 4 kms à l'ouest de Nouillonpont. Ils reçoivent l'ordre de tenir coûte que coûte. Mais le 25, à 10h30, ils doivent se porter sur les côtes de Meuse. Dans cette situation, il est impossible d'aller ramasser les blessés et dans la journée du 25, ils sont faits prisonniers puis dirigés vers Aumetz, 18kms au Sud-est de Longwy.

29 août 1914 : le 16ème B.C.P arrive à Verdun.

Le 26 août 1914, le 16ème B.C.P se rend à Vigueville où il est placé en réserve d'Armée. Il repart et descend sur Varennes. Le bataillon arrive à Verdun le 29, mais reçoit déjà les ordres pour se diriger sur Reims.

Les 3, 4, 5 septembre 1914, suivant le mouvement de nos armées noyées sous le flot envahisseur, le 16ème B.C.P parcourt, par une chaleur étouffante et sur les routes encombrées d'habitants fuyant devant l'approche de l'ennemi, les dures étapes de la retraite. Puis, il s'arrête à Chapton (8kms au nord de Sézanne), à l'ouest des marais de Saint-Gond, où il est transmis l'ordre célèbre du général Joffre :

« Au moment où s'engage une bataille d'où dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière ; tous les efforts doivent être employés à attaquer et à refouler l'ennemi.

Une troupe qui ne peut plus avancer, devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis, et se faire tuer sur place, plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée ».

Le 6 septembre, c'est l'attaque du bois de la Branle, à côté de Chapton. Tout réussit, mais une contre-attaque allemande menée avec des forces considérables, oblige le 16ème B.C.P à céder une partie du terrain conquis. Des réactions des 8ème et 19ème B.C.P, durant toute la journée, permettent de stopper l'ennemi. Les chasseurs couchent sur leurs positions. Toute la nuit, des patrouilles vont et viennent. A chaque instant, des fusillades éclatent.

Le 7, l'attaque reprend. « Au moment, où le 16ème débouche du bois pour aller sur Chapton, une section de mitrailleuses chasseurs nous coupe la route pour se mettre en position à la corne du bois. Quelques instants plus tard, nous avons l'impression qu'elle nous tire dessus. Une patrouille envoyée dans sa direction est fauchée. C'étaient des Allemands déguisés ! Dans la fin de la matinée, les obus de 77 pleuvent. Mais après plusieurs actions, les chasseurs repartent et gagnent beaucoup de terrain. Nous sommes stoppés par un pilonnage massif et devons battre en retraite ! »

Les chasseurs du 16ème B.C.P se dirigent vers le château et le bois Chapton.

7 septembre : Le bois de Chapton.

Les 7 et 8 septembre 1914, à Chapton et dans le bois, les 16ème et 19ème B.C.P ne cessent de lutter sans trêve ni merci, afin de ne pas perdre un pouce de terrain, malgré les attaques répétées des Allemands.

Le 7 à 16 heures, le 16ème B.C.P tente un nouvel effort pour prendre la crête au nord de Chapton. Pris de flanc par des mitrailleuses, il stoppe et se terre.

8 septembre : Le bois de la Branle.

Le 8 septembre, à 4 heures, le 16ème B.C.P est de nouveau prêt à attaquer. Il part en direction du bois de la Branle qu'il traverse, enfin. Il se trouve face à un inimaginable charnier. Tenu la veille par les 2ème et 77éme régiments hanovriens (Xème corps), parmi d'autres unités allemandes, le bois est devenu un terrain déchiqueté et labouré par les innombrables salves d'artillerie.

Le 16ème B.C.P occupe plus au nord les bois des Grandes Garennes et parvient à prendre pied dans le village les Culots (6kms au nord de Chapton).

 

C'est le 8 septembre encore que, magnifique de panache, de pugnacité et de calme, le général Foch prononce aux marais de Saint-Gond cette phrase à jamais célèbre :

« Mon centre cède, ma droite recule. Situation excellente. J'attaque ».

Le 9 septembre 1914 : Le château de Mondement

Le 9 septembre, le 16ème B.C.P est mis à la disposition de la division pour l'attaque du château de Mondement. Il est chargé de couvrir 2 groupes d'artillerie sur la lisière sud du bois de Mondement, il s'installe à 2 Kms sud du village. Les Allemands ont réussi à rentrer dans le village. Le château est occupé par l'état-major allemand.

Le 77ème R.I du colonel Lestoquoi (division marocaine du général Humbert) se lance dans un combat acharné dans le village. Le 16ème B.C.P reçoit l'ordre de contre-attaquer, à son tour, en direction du château et du village. Ce dernier est bien tenu et le 16ème B.C.P ne parvient pas à le reprendre. En revanche, il soutient efficacement le 77ème R.I qui bouscule sans pitié et fait reculer la garde prussienne du château.

Le 10 septembre 1914 : Normée.

Le 10 septembre 1914, les 8ème, 16ème, et 19ème B.C.P (42ème D.I) ont pour mission de reprendre le village de Normée (7kms nord-est de Fère-Champenoise), mais n'y parviennent pas.

Le 11, le 16ème B.C.P retourne à Normée et pousse jusqu'à Villeseneux (9kms nord-est de Normée). La campagne est couverte de cadavres allemands et de matériels abandonnés.

Le bataillon poursuit alors son avance comme tous les autres. Il court dès le 12 à la poursuite de l'ennemi pendant 40 kms par Châlons-sur-Marne, libérée, et s'installe à Juvigny. Puis le 16ème continue le 13 en se portant successivement sur La Veuve (7 kms nord-ouest de Châlons-sur-Marne), Bouy (5kms nord de La Veuve), Mourmelon-le-Grand (ouest du camp) et Saint Hilaire-le-Grand (8kms nord-est de Mourmelon).

Le 14, il est arrêté dans le bois à la hauteur du fort Saint-Hilaire.

 

La bataille de la Marne est gagnée et les Allemands se replient sur l'Aisne.

 

25 septembre 1914 : Le fort de la Pompelle

Dans mon article sur « Reims ville martyre », j'évoquais la fin de la contre-offensive de la Marne qui aboutissait à situer Reims légèrement en deçà du front, et l'impossibilité des alliés de neutraliser la ceinture fortifiée au nord de Reims, depuis laquelle les Allemands ne cessèrent de pilonner la ville. Toutefois, le fort de la Pompelle (situé au sud-est de Reims), connut un sort différent.

Le 16ème B.C.P monte à l'assaut le 25 septembre 1914 du fort de la Pompelle (9kms au sud-est de Reims) et, après une lutte acharnée qui dure toute la journée, ses éléments prennent pied dans le fort et la bataille continue jusqu'au 30 septembre, date à laquelle le 16ème bataillon progresse et arrache aux allemands la possession de la ferme d'Alger.

Il reste sur ses positions conquises jusqu'au 18 octobre, date à laquelle il est envoyé en Belgique.

 

14 octobre 1914 : Premier témoignage de valeur (appellation antérieure des citations) :

Ordre du bataillon N°8

Le commandant porte à la connaissance du 16ème bataillon la note que vient de lui adresser le Colonel commandant la 83ème brigade :

« Vos chasseurs méritent plus que des éloges pour la bravoure qu'ils ont montrée hier au combat ; ils sont dignes d'admiration et je vous prie de leur transmettre la mienne !

Le commandant est fier de ses chasseurs ; ils ont fait mieux qu'hier mais ne s'en sont pas vantés.

Les chasseurs du 16ème doivent se battre pour sauver la France et non pour recueillir des lauriers.

Bravo mes chasseurs ! On finira tout de même par les avoir les pruscos » !

 

21 octobre 1914 : Furnes (Belgique)

Le 16ème B.C.P arrive à Dunkerque et prépare son départ vers Furnes. Arrivé à Furnes, le roi Albert ouvre les fenêtres de l'hôtel de ville et crie : « Vive la France ! ».

Le 21 octobre 1914, c'est la revue des troupes par le roi Albert et le général Joffre à Furnes.

24 octobre 1914 : L'Yser (Belgique).

Le 16ème B.C.P entre en action entre Nieuport et Lombartzide.

L'Allemand, si puissant par le nombre et, par la qualité du matériel, commence sa ruée et essaie de prendre à revers les alliés et l'armée française.

Le 16ème B.C.P, appuyé par le 151ème R.I, tente de traverser les ponts sur l'Yser battus par les mitrailleuses et l'artillerie.

25 octobre 1914 : Nieuport (Belgique)

Les 8ème et 16ème B.C.P tentent de passer l'Yser, dans le secteur de Nieuport.

Renouvelant en permanence une série de contre-attaques percutant les Allemands de plein fouet, ils livrent de farouches combats dans les tranchées inondées. Aux côtés des chasseurs se trouvent le 151ème R.I et le 94ème R.I.

30 octobre 1914 : Ramscapelle (voir mon avant-dernier article sur le récit de la commémoration à laquelle je me suis rendu), où s'est pétrie la gloire du 16.

 

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31 octobre 1914 : Deuxième témoignage de valeur :

Le général de division Grossetti, commandant les troupes françaises qui sont venues en Belgique au secours des Belges, est venu lui-même dire au Commandant toute son admiration pour la belle conduite du bataillon à Ramscapelle. Il lui adresse toutes ses félicitations.

« Officiers, gradés, et chasseurs ont montré aux Allemands que la furia française n'est pas un vain mot et l'ennemi s'est enfui devant nous, terrifié.

Si les Allemands avaient pu passer à Ramscapelle, la France était en danger, et c'est une gloire pour le 16ème d'avoir contribué à son salut : elle peut être fière de ses enfants et le 16ème chasseurs aura sa page dans l'Histoire. »

Le Commandant joint ses plus ardents remerciements aux félicitations du Général et manifeste son admiration aux réservistes qui n'avaient pas encore vu le feu de si près.

Signé : Chenèble

(Chef de bataillon du 16ème B.C.P)

 

5 novembre 1914 : Dixmude.

Le 16ème B.C.P participe à l'attaque du château de Dixmude, au sein de la 42ème D.I.

Le capitaine Chaumont est tué dans la bataille d'une balle en plein front.

 

La guerre de mouvement est terminée.

Elle reprendra le 21 mars 1918

 

11 novembre 2014 :

J'arrête là mon récit de cette tranche du parcours de guerre du 16ème B.C.P au moment précis, 100 ans plus tôt, où le chef de bataillon Chenèble, malade, dût quitter son commandement.

Nous le ré-accompagnerons à nouveau en mars 2015, lorsqu'il sera appelé à constituer le 106ème B.C.P qu'il emmènera dans les Vosges et en Alsace, en particulier au Linge.

 



14/11/2014
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