14-18Hebdo

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Causeries et souvenirs (Gabriel Bon) - 3. La fête des Morts

 

En 1914, le général Gabriel Bon, 61 ans, commande à La Fère (Aisne) l'artillerie du 2ème corps d'armée. Blessé en 1915, il ne participera pas à la suite de la guerre et publiera en 1916 "Causeries et souvenirs, 1914-1915", d'où est extrait ce témoignage.

  

 

Document transmis par Bernadette Grandcolas, son arrière-petite-fille· 25/10/2014

 

C’est la fête des Morts, jours de souvenir et de deuil, mais en même temps jour d’espérance.

Mères qui avez perdu des fils, épouses qui vous êtes vu enlever ce que vous aviez de plus cher, votre douleur est infinie. Vous n’avez même pas une tombe sur laquelle aller verser vos larmes et vos prières et déposer une couronne d’immortelles. Femme, vous avez perdu l’espoir de reposer auprès de l’époux dans la couche éternelle.

Les tombes de nos soldats sont éparses dans les bois, dans les champs. Elles jalonnent les lignes mêmes devant lesquelles leur valeur a fait reculer l’invasion germanique.

Mères et veuves, vos regrets sont encore augmentés par la pensée que vous n’avez pas pu assister à leur dernière heure ceux que vous avez tant aimés ; ils sont partis sans que vous les ayez revus, sans que vous ayez recueilli d’eux un dernier souvenir et un dernier adieu.

Mères et veuves, pleurez ! Je sais que nulle consolation ne pourra tarir la source de vos larmes. Mais ces larmes ne doivent pas être amères. Soyez fières de vos morts ! Par leur courage, ils vous ont sauvées, et leur valeur a déjà reçu leur récompense dans cette éternité où vous les retrouverez.

Ils ressusciteront, et comme eux et grâce à eux la France ressuscitera. Par leur mort, ils ont assuré ses destins et les destins de ses fils.

Gloire à eux ! Ils ont restauré la cité. Leur sacrifice a commencé l’œuvre que le temps achèvera et, sur leurs tombeaux, la postérité viendra admirer ce qu’a fait le Français combattant pour la gloire et le salut de la Patrie.

Et leur souvenir éternel vivra parmi nous. Nos enfants survivants pourront jouir tranquilles du fruit de leurs travaux et le siècle qui commence, éclairé par la lumière des grands évènements qui s’accomplissent, tiendra à honneur de suivre les exemples des vertus que nos morts nous ont léguées.

Aussi de leurs tombes jaillit la plus pure de nos source d’espoir. C’est là que nous puiserons la force et le courage nécessaires pour continuer la lutte jusqu‘à la victoire définitive.

L’union de tous nos héros dans l’Au-delà n’est-elle pas aussi pour nous la plus grande des leçons et le plus heureux des présages ?[1]

Ils sont là au champ d’honneur, tous couchés côte à côte : prêtres et incroyants, riches et pauvres, ingénieurs et ouvriers, maîtres et laboureurs. Nous demain, nous serons forts et puissants, nous serons heureux si nous restons unis dans la vie, comme nos héros le sont éternellement dans la mort.


 

[1]  Le Général montre ici l’intensité de sa foi catholique.

Il est en outre personnellement concerné par le souci de maintenir le souvenir des combattants de la guerre à laquelle ses trois fils et ses trois gendres participent :

-              Charles, Jacques et Bernard (qui sera tué en 1915)

-              André Piet, mon grand-père, Paul Laurent (tombé à Verdun le 21 juin 1916) et Edouard Favre.



30/10/2014
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