14-18Hebdo

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Causeries et souvenirs (Gabriel Bon) - 2. Nos officiers et les leurs

 

En 1914, le général Gabriel Bon, 61 ans, commande à La Fère (Aisne) l'artillerie du 2ème corps d'armée. Blessé en 1915, il ne participera pas à la suite de la guerre et publiera en 1916 "Causeries et souvenirs, 1914-1915", d'où est extrait ce témoignage.

  

Document transmis par Bernadette Grandcolas, son arrière-petite-fille· 23/10/2014

 

En ce moment, non seulement nous avons la supériorité matérielle sur l'ennemi, nous possédons aussi la supériorité morale.

Considérons, si vous voulez, les officiers français et les officiers allemands.

Lavedan nous dit un mot profondément vrai : En raison des souffrances qu'il a éprouvées, l'officier « de brave, est devenu un saint ».

C'est, qu'inspirée par l'esprit de devoir, sa bravoure est faite d'abnégation et de sacrifice. En lui tout orgueil est mort. Nous faisons la guerre anonyme.

« Les belles actions cachées sont les plus estimables » dit Pascal. Que d'actions cachées, admirables, je pourrais vous révéler, et qui n'ont d'autre récompense terrestre que la mort.

Chez l'officier allemand, la bravoure est égale, les mobiles qui l'inspirent sont différents. Voyez sa morgue envers ses hommes, écoutez avec quelle hauteur il commande.

Jamais on n'entendra parler d'un officier français qui, pendant un bombardement de tranchées, commandera à ses hommes de se coucher sur lui pour le protéger, le fait est courant chez les Allemands.

Au contraire, écoutez ce bon gros lieutenant d'artillerie française. Sa batterie est soumise à un feu terrible, deux pièces sont hors de service, il y a parmi les hommes un moment de flottement : « F …-vous derrière moi, ceux qui ont peur, s’écrie-t-il, je suis assez gros et vous savez bien que les marmites ne sont pas pour moi ».

Ce lieutenant n’est pas un baron allemand, c’est un fils du peuple français. Voilà les hommes qui nous gagnent la bataille.

Mme Swetchine [1] dit quelque part : « Oh ! admirable figure des saints ! La vertu a sculpté vos traits, les sentiments qui vous élèvent au-dessus de l’humanité illuminent vos visages. » Au front nous avons tous ressenti cette impression devant certaines figures.

Le capitaine de la batterie à laquelle appartenait le lieutenant dont je parlais plus haut, en était un exemple frappant. Officier de réserve, sa famille est dans les départements envahis, il n’en a aucune nouvelle. Cet homme de quarante ans ne sourit plus. Sa fonction est devenue un sacerdoce. Grand, mince, une tête de Christ : son œil, sa parole sont d’un prophète [2].


[1] Madame Swetchine, épouse d’un général russe, s’est convertie au catholicisme en 1815. Emigrée à Paris, son salon est très fréquenté par les catholiques libéraux de l’époque (Joseph de Maistre, Lacordaire), elle a laissé une importante correspondance et des livres religieux. La future Comtesse de Ségur aurait rencontré chez elle son mari !

[2] C’est ici l’occasion de rappeler les liens entre l’armée et le catholicisme. Quelques années après les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat, la guerre a favorisé « L’Union sacrée ». Psichari et Péguy (mort au début de la guerre) ont présenté le catholicisme comme une partie intégrale du patrimoine de la France. Alors que le pouvoir avait chassé les congrégations, il a lui-même permis l’apostolat catholique parmi les troupes : 25 000 prêtres et séminaristes sont incorporés, soit comme combattants, soit dans le service de santé, soit comme aumôniers militaires.



23/10/2014
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