14-18Hebdo

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Carnets de guerre (Anna Vautrin) – N° 7 - 1er au 15 nov. 1914

 

Anna Vautrin, 48 ans en 1914, née Perrin, a épousé Alexis Vautrin professeur à la Faculté de médecine de Nancy. Anna est la plus jeune des enfants de Constant et Marie-Virginie Perrin. Elle a un frère Paul et quatre sœurs : Clémentine Cuny, Mathilde Perrin de Thiéfosse, Caroline Garnier et Célina Boucher. Alexis et Anna Vautrin ont quatre filles : Suzanne épouse de Paul Boucher, Madeleine épouse d’Edouard Michaut, Marguerite et Yvonne. Ils habitent à Nancy, cours Léopold, et ont une maison au bord du lac de Gérardmer, « les Roseaux ».

Document transmis par Renaud Seynave, son arrière-petit-fils  16/11/2014

 

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   Alexis et Anna Vautrin en 1910

 

Dimanche 1er novembre 1914

C’est aujourd’hui le jour de la Toussaint. Nous allons à la messe de 11h. Mon mari était bien heureux de nous voir arriver à cause des mines sous-marines que les Allemands mettent dans la mer. J’étais si fatiguée que je me suis couchée un peu pendant l’après-midi.

Lundi 2 novembre 1914

C’est aujourd’hui le jour des Morts. Cette année, plus que toutes les autres années, on pense beaucoup aux pauvres soldats et aux disparus. Le cimetière de Préville et du sud sont remplis de fleurs. Au cimetière du sud, il y a une grande couronne faite pour les soldats morts. En rentrant chez moi vers 5h du soir, j’aperçois un aéroplane qui vole très bas. Il vient, parait-il, du cimetière du sud où il a laissé tomber un gros bouquet de fleurs lié avec un ruban tricolore ! Il a jeté aussi deux petits bouquets. C’est une pensée bien touchante pour nos pauvres soldats. Des tombes ont été très abimées au cimetière du sud par les obus au moment du bombardement de Nancy.

Mardi 3 novembre 1914

Madame Adrien Michaut vient nous voir et nous parlons encore ensemble de toutes les atrocités commises par les Allemands à Baccarat. Elle me dit qu’il y a une quantité de soldats allemands enterrés dans la cour de la cristallerie. Léontine Phulpin (née Caimant, fille de Marie, née Legay, cousine germaine d’Anna Vautrin) écrit à Madeleine que sa maison à St Dié est très abimée par les obus allemands. Une charge à la baïonnette a eu lieu dans le jardin, ils ont aussi beaucoup de soldats allemands enterrés dans leur jardin.

Mme Chenut nous dit aussi qu’elle a à Celles dans leur propriété plusieurs Allemands enterrés. Mr Cartier-Bresson à Celles a été emmené en otage par les Allemands puis relâché.

En rentrant chez moi à 7h30 du soir, j’ai vu deux éclairs très vifs et très courts. J’ai cru que c’était un orage qui commençait mais le ciel était très étoilé. Ce sont donc encore des signaux faits par des espions qui sont encore nombreux. Il parait que les soldats qui ont logé chez Georges Cuny à Cornimont ont pris toutes les bouteilles de sa cave. Mr Chrétien de la Faculté de droit a eu aussi une de ses maisons complètement pillée par des soldats français. C’est toujours un régiment du midi qui agit de cette manière.

Mercredi 4 novembre 1914

J’apprends aujourd’hui de la clinique une nouvelle qui m’a beaucoup touchée. Un blessé de l’ambulance des Beaux-arts qui n’avait jamais mis les pieds à l’église et qui n’avait pas fait sa première communion a demandé en voyant ses camarades s’il ne pourrait pas faire comme eux ; il n’osait pas le demander. Une sœur lui a appris le catéchisme pendant quelques jours et il a pu faire hier sa première communion dans la chapelle de la clinique. C’était bien émouvant.

Jeudi 5 novembre 1914

Nous apprenons aujourd’hui la mort du Lieutenant Level, marié à Melle Janvier, et la mort de son frère. Quel chagrin pour leur mère. Gogo reçoit une lettre de Jeanne Kempf (petite-fille de Camille Humbert, cousin germain d’Anna Vautrin) écrite de Neufchâtel en Suisse où elle est avec sa mère et André depuis un mois. Cette lettre est allée en Angleterre et revenue à Nancy mais elle était ouverte par la censure anglaise. Il y avait une étiquette mentionnant en anglais « ouvert par la censure ». Sur la 4ème page des journaux, il y a toujours une liste de réfugiés. Je vois que Mr Curien de Cornimont demande des nouvelles de sa fille qui était à Cirey ayant été occupé par les Allemands. Il y en a beaucoup dans ce cas. On voit tous les jours dans les journaux une liste de réfugiés de la Meuse, de la Marne, de l’Aisne qui demandent des nouvelles de leurs parents disparus ou des nouvelles de leurs fils soldats.

Vendredi 6 novembre 1914

Je reçois tous les 8 jours des lettres de Mr Maillot qui était maréchal-ferrant à Gercourt et qui est soldat à Verdun. Nous n’avons toujours pas de nouvelles de notre pauvre grand-mère mais, d’après ce soldat, elle a dû retourner après la première évacuation. Comme les Allemands occupent toujours Montfaucon, on ne peut pas avoir de nouvelles. Quelle inquiétude !

Ce soldat m’écrit de Verdun qu’il m’avertira quand les Allemands quitteront le pays pour que je puisse aller voir à Gercourt.

Monsieur Majorelle et Robert Stoffel sont partis en auto pour suivre le 20ème corps dans le Nord. Il parait que c’est épouvantable le nombre de blessés qu’on ramasse. Robert Stoffel a eu une aventure ces jours ci. Il était près de Calais avec l’ambulance du 20ème corps puisqu’il la suit pour relever les blessés en automobile. Les Anglais l’ont pris parait il pour un Allemand. Ils l’ont arrêté et il a du parlementer pendant une heure avant que les officiers anglais consentent à le croire.

Edouard est près de Béthune. Il écrit à Madeleine que sa batterie se trouve nez à nez avec l’ennemi. Les tranchées avancées des fantassins sont à 25 mètres les unes des autres mais il n’y a rien à faire. On est si bien retranché des deux côtés que personne n’ose attaquer.

Samedi 7 novembre 1914

J’apprends aujourd’hui que Madame Berlet vient de perdre son fils ainé tué dans le nord et qu’elle a un autre fait prisonnier. Monsieur Bergeret est aussi fait prisonnier Depuis le 15 octobre, les prisonniers ont le droit d’écrire à leurs parents. Monsieur Feral, gendre du docteur Rolsmer, écrit souvent. Il est à Ingolstadt en Bavière.

Edouard écrit à Madeleine aujourd’hui, il est toujours dans le nord et la bataille devient plus violente : « Pendant que nous dormions à 1h30, les Allemands ont attaqué le village voisin du nôtre. On annonce que les Allemands ont pris le village mais à midi changement de situation, on nous amène 400 prisonniers dont 10 officiers faits dans ce petit engagement. Ce qu’on croyait une défaite devenait une petite victoire ». Edouard a interrogé ces prisonniers en allemand et ils se disent exténués, n’en pouvant plus, à force de voir leurs camarades tomber car les feux ont été meurtriers ces jours derniers. Ils n’ont eu que cette planche de salut pour eux : se rendre, et il parait qu’ils sont nombreux ceux qui cherchent cette occasion. C’est un commencement, disent-ils.

Dimanche 8 novembre 1914

Madame Adrien que je rencontre me dit qu’ils n’ont aucune nouvelle de Mr Evre, son beau-frère, depuis fin août. On croit qu’il est tué car on l’a vu tomber très grièvement blessé dans une charge à la baïonnette au Donon. On ne sait pas s’il est tué ou fait prisonnier. C’est bien angoissant. 

Lettre d’Edouard à Madeleine « journée calme, les fantassins sont toujours à 40 mètres de l’ennemi mais ne recherchent pas le contact. Un taube est passé hier et a lancé 2 bombes près de nos batteries sans résultat. » (Le Taube est un type d’avion allemand utilisé au début de la Première Guerre mondiale.)

Il y a eu aussi une attaque de nuit des Allemands mais elle a été repoussée.

Lundi 9 novembre 1914

Un agent de police passe devant chez nous cours Léopold et entre pour dire qu’il faut occulter les fenêtres de la buanderie car on voit de la rue la lumière. Il est défendu de laisser voir des lumières dans les maisons. Nous sommes toujours en état de siège, les soldats gardent les ponts St Jean et Stanislas et arrêtent toutes les autos pour demander les sauf-conduits. Si on ne s’arrête pas, ils tirent immédiatement un coup de fusil sur l’auto. Depuis aujourd’hui, il est défendu de passer les ponts avant 5 heures du matin.

Edouard écrit à Madeleine aujourd’hui « toujours des canonnades sans résultat. Malgré tout, le feu est moins intense que dans l’est. Les pertes dans le régiment sont réduites. Cette nuit, nous avons été réveillés par quelques obus tombés dans le village. Vive fusillade dans quelques tranchées à côté de nous. Résultat nul. Tout le monde vit sous terre ; les batteries sont en position devant une grande plaine dans laquelle elles ne voient rien. »

Mardi 10 novembre 1914

Toujours pas de blessés, Alexis en a encore 150 en tout, tant à l’ambulance des Beaux-arts qu’à l’hôpital civil. Il a encore une quinzaine d’officiers à la clinique.

Gogo s’occupe des catéchismes des enfants pauvres de St Epvre et tous les soirs après le diner elle donne une leçon d’anglais à Madeleine et à Yvonne.

Edouard a écrit à Madeleine aujourd’hui « un fait qui aurait pu devenir tragique. Une série d’obus allemands est tombée sur la tranchée poste d’observation du commandant sur une crête. Le déplacement de terre a enterré 4 hommes qu’on a pu dégager avec des pelles. Les téléphones sont disparus, introuvables. On nous a amené des mortiers français de 220mm et nous avons nos canons de 75mm et 90mm. Dans la nuit, vive fusillade, des canons de 105 tirent à 12 km ; on voit beaucoup de ballons captifs servant à découvrir l’artillerie ennemie, à régler le tir de nos canons. Nous avons vu les mortiers de 220 envoyant des obus de un mètre de longueur et pesant 120 kg. C’est phénoménal ».

Mercredi 11 novembre 1914

Colette a trois mois aujourd’hui, c’est un beau poupon aux yeux très bleus, le teint rose et souriant à tout le monde. Elle va très bien et sa maman la nourrit. Si son père pouvait être là !

Edouard est maintenant près de Calais. Il écrit à Madeleine aujourd’hui. « Nous volons au secours des bons Belges, 2 jours de marche forcée, nous passons par Béthune et nous arrivons à Ypres. Tous les Anglais sont par ici. On ne voit que des Anglais ou des Hindous. A quelques kilomètres d’Ypres, nous avons laissé les chevaux exténués. Nous avons assisté dans les airs à une poursuite d’aéroplane allemand par un anglais, lutte sans résultat. On ne peut pas se faire comprendre car tout le monde ici parle flamand. Très peu parle français. On nous dit ici que la flotte allemande est détruite. Est-ce vrai ? Nous sommes très au Nord ».

Jeudi 12 novembre 1914

Alexis est allé aujourd’hui à Vagney en auto pour voir Madame Flageollet qui est mourante. Il a eu beaucoup de peine à obtenir un passeport pour y aller en auto. Il a fallu qu’il fasse demander à Neuves-Maisons au grand quartier général, directement au général Dubail, un passeport qu’on lui a envoyé.

(Le général Dubail est général d’armée, commandant la 1ère armée le 2 août 1914 puis le groupement des armées de l’Est en 1915. Note de Renaud Seynave).

On est très sévère en ce moment pour les autos. De Vagney, il a pu aller dire bonjour à Suzanne à Gérardmer et déjeuner avec elle. Grand fut notre étonnement quand nous avons vu revenir Annette avec lui. Suzanne avait bien voulu qu’elle vienne quelques jours à Nancy à condition que j’aille la reconduire à Gérardmer.

 

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Les petits-enfants d’Anna Vautrin : Jean et Annette Boucher en 1915

 

Annette a fait le bonheur de tous, surtout de sa Tante Gogo qui, étant en Angleterre, ne l’avait pas vue depuis 6 mois. Annette est très amusante. Elle a maintenant 3 ans et demi et nous raconte qu’à Gérardmer il y a des « Nartilleurs » et des « Nalpins ». Elle dit aussi qu’il y a beaucoup de blessés et que son Papa est parti à la guerre pour tuer les vilains Prussiens et les vilains Boches selon son expression.

Paul Boucher est toujours près de St Dié dans les tranchées près de Provenchères. Les tranchées françaises et les tranchées allemandes sont à 50 mètres l’une de l’autre De temps en temps, une balle est échangée d’une tranchée à l’autre si l’un ou l’autre se montre Le froid commence à se faire sentir et cela est bien dur de coucher dans les tranchées.

Edouard écrit à Madeleine aujourd’hui. Il est près d’Ypres près de Calais. « Très violent combat pendant la journée et la nuit, très forte attaque. Je suis très au nord et je ne peux guère monter plus haut ».

Nous recevons aujourd’hui une carte de Camille Biesse qui est avec Edouard et qui nous dit que la journée du 11 novembre a été très dure, c'est-à-dire hier. C’est un des plus forts combats qui s’est livré pendant la guerre ! Camille Biesse fait partie de l’état-major du Général.

(Camille Biesse a épousé Cécile Perrin fille de Mathilde, sœur d’Anna, et d’Alphonse Perrin. Camille Biesse est officier de carrière. Il était en 1922, à sa mort à l’âge de 50 ans, Général, chef d’état-major du commandement de l’armée d’occupation à Mayence en Allemagne. Note de Renaud Seynave).

Vendredi 13 novembre 1914

Edouard écrit à Madeleine qu’ils ont un curé qui sert en même temps de cuisinier. Il fait la popote et il donne les derniers sacrements aux pauvres soldats qui meurent.

Ce soir vers 9h, il y a eu plus d’une vingtaine de voitures d’artillerie qui sont passées au grand galop sur le cours Léopold devant la maison.

D’habitude, l’artillerie va au pas. Les voitures étaient remplies de munitions qui allaient au plus vite ravitailler les artilleurs aux environs de Nancy. Le canon tonne fort aujourd’hui. C’est toujours du côté de Château-Salins. Les Allemands bombardent Moncel près de Lunéville. Pont-à-Mousson est bombardé tous les jours, surtout la nuit. Il y a encore eu la nuit dernière deux victimes, une jeune fille de 20 ans et son petit frère de 6 ans.

Samedi 14 novembre 1914

Toujours pas de nouvelles de Georges Boucher qui a été blessé le 8 octobre près de Béthune. Il avait été évacué à l’ambulance de Béthune. Un prêtre l’a vu dans cette ambulance et a écrit à Epinal pour donner de ses nouvelles. Georges avait demandé à être évacué sur Nancy mais on ne l’a pas permis. Depuis le 10 octobre, plus de nouvelles ! On se demande s’il a été fait prisonnier en Allemagne et cependant Béthune n’a pas été occupé par les Allemands. On craint qu’on l’ait évacué trop tôt car il avait reçu une blessure grave. Un éclat d’obus à shrapnel dans les reins. Quelle inquiétude ! Ma pauvre sœur est partie pour Béthune. Elle a fait de nombreuses démarches à Paris sans résultat. On lui a permis d’aller jusqu’à Amiens car Béthune est encore trop dans la Zone des armées. Elle ne sait toujours rien de l’état de Georges, son fils, ni où il est évacué et voilà cependant plus d’un mois qu’il a été blessé. C’est bien angoissant.

 

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Annonce de Célina Boucher à propos de son fils Georges Boucher (insérée dans le journal d’Anna Vautrin)

 

J’ai voulu envoyer une dépêche à Suzanne mais, au télégraphe, on m’a dit qu’on venait de recevoir des ordres très sévères du général Joffre, lui-même, qui défendait expressément d’envoyer des télégrammes dans les Vosges jusqu’à nouvel ordre. Il parait qu’il y a encore beaucoup d’espions.

Dimanche 15 novembre 1914

Le canon tonne encore. Il y a 14 villages des environs de Nomeny qui arrivent à Nancy chassés par les Français qui veulent bombarder les Allemands de ce côté-là. On nous écrit de Docelles que Georges Cuny est blessé d’un éclat d’obus dans les reins près de Vailly dans la Marne. Il a été évacué dans le centre de la France. La blessure n’est pas très grave mais elle a effleuré le poumon. Il va mieux et parle déjà de retourner sur le front de la bataille. Mimie va aller le voir.

Son commandant a écrit une lettre à Mimie disant combien Georges avait été courageux. Toujours à la tête de sa batterie, étant blessé, il a voulu qu’on soigne d’abord ses hommes avant lui. Le commandant dit à Mimie qu’il va demander que Georges soit décoré car il le mérite.

 

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Articles conservés dans le journal d’Anna Vautrin

 

Edouard écrit à Madeleine. « Il est question de nous envoyer sur un autre point du front mais où ? Il fait très froid. Le 14 novembre, les Allemands ont fait une attaque toute la journée très violente. Comme résultat, nous avons reculé de 100 mètres en tuant beaucoup d’Allemands. C’est presque un succès de tenir contre les régiments allemands concentrés en ce point avec deux bataillons. »

Alice Perrin (née Richard épouse de Paul Perrin, frère d’Anna Vautrin) nous dit qu’elle a vu une personne parlant d’une lettre de prisonnier écrite à ses parents. Les prisonniers ne doivent rien dire dans leurs lettres. Naturellement, ces prisonniers de guerre écrivent à leurs parents qu’ils vont bien. Cependant, l’un d’entre eux avait écrit comme d’habitude qu’il était bien soigné et à la fin de sa lettre, il disait. « Mes compliments à Mr Jaifaim et Mme Jaifroid ». Les parents ont compris l’allusion. Que cela est triste de les sentir ainsi !.

Suzanne nous écrivait aussi qu’à Gérardmer, une femme du Phény avait reçu une lettre de son fils prisonnier en Allemagne. A la fin de sa lettre, il lui disait « je suis aussi bien soigné que les pensionnaires de la mère Untel ». Cette personne n’avait que des porcs. Il voulait dire qu’il était au régime des cochons Toutes ces choses font beaucoup de peine en pensant à la détresse de ces pauvres prisonniers.

A suivre…



21/11/2014
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