14-18Hebdo

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Souvenirs de guerre 1914-1919 (Paul Boucher) - Ch 15-3 –1918 L’armistice, le retour, la dislocation et la démobilisation – Troisième partie – 1er au 28 juillet 1918

Document transmis par Renaud Seynave, son petit-fils - 27/09/2018

 

Pour mes enfants - En souvenir de François Boucher, mon frère et d’Edouard Michaut, mon beau-frère,

morts au champ d'honneur.

(Gérardmer - 1920).

 

 

Paul Boucher 4-1 Image1 Les 2 freres.jpg

Paul et François Boucher le 12 août 1914 à la cabane forestière du Rudlin

 

 

A La Ferté-sur-Jouarre, le 1er juillet, je suis juge au conseil de guerre de la division.

 

Voici mon opinion sur cet organisme tant décrié :

  1. Pour les actions de guerre, les juges sont trop souvent incompétents car pour ne pas déranger, on prend comme juge ce qu’on a sous la main : officiers du quartier général, gendarmes, état-major, tous enclins à céder à la direction du commandement ayant une imparfaite connaissance des situations.

  2. En raison de la gravité des peines, le conseil est trop souvent forcé d’acquitter pour ne pas condamner trop sévèrement.

  3. Pour les troupes de l’avant, un séjour au conseil de guerre est presque une aubaine. On est logé, nourri à l’abri des coups. Quand j’étais au 152e RI, j’ai dû faire passer en conseil de guerre un soldat qui buvait de l’eau sale pour se rendre malade volontairement. Résultat, ce soldat a fait 40 jours de prison préventive pendant lesquels il était cuisinier des gendarmes. Pendant ce temps, nous avons fait une attaque à laquelle il a échappé. Aucune sanction.

  4. Les conseils de guerre devaient avoir comme juges des officiers blessés, exclusivement combattants. Les faits ordinaires : vols, etc., punis comme dans le civil. D’ailleurs, cela a été compris par la création dans chaque division d’une section de discipline bien supérieure comme sanctions à celles du conseil de guerre. Les punis étaient soumis des corvées pénibles. C’était bien plus salutaire.

 

L’exécution sommaire sur le terrain de combat si pénible soit-elle a été parfois nécessaire pour l’exemple mais on a eu tendance à en abuser. Notre division va en ligne, notre Q.G est à Vendrest où nous continuons des travaux de fortification de deuxième ligne avec des Américains et un général français Zeude. Je suis invité à déjeuner par le génie américain à Vernelle par le colonel très aimable. Le reste des convives « va et vient, entre, sort, siffle, fume » n’ont aucun égard ni pour les chefs, ni pour moi !

 

Le 14 juillet, réception des chefs de corps américains et français. On attend une attaque boche non sans anxiété. Elle se déclenche le 15 vers Reims. Nous entendons la canonnade. Notre division est en ligne depuis le 3.

 

Paul Boucher 15-3 Image1 US et Français Cadre.jpg

Réception des chefs de corps américains et français le 14 juillet 1918

(Paul Boucher est en haut à gauche, flèche rouge)

 

 

Le président Poincaré est venu nous visiter le 6. Laporte le conduit à un observatoire des « brûlis ».

 

Le 16 juillet, nous recevons l’ordre d’attaque au lieu d’être attaqués pour le 18 au matin avec des tanks et sans préparation d’artillerie. La mise en place très bruyante des tanks est amplifiée par un orage violent.

 

C’est la première fois que je fais une attaque de loin. A quatre heures, je me promène dans la rue et tend l’oreille. A 4h35, heure H, je n’entends rien et je conçois l’émotion des chefs qui ont préparé minutieusement mais qui à partir du déclenchement ne savent plus rien ou avec retard et imprécisions. Cependant, les majors de liaison sont infiniment perfectionnés TSF, des coureurs, le téléphone, des pigeons, tout est mis en œuvre.

 

Les nouvelles arrivent, les prisonniers aussi, quelques officiers à peine habillés. A la vue des Américains du général Cameron qui attaquent avec nous, ils n’ont qu’un mot « Nous sommes perdus ».

 

6 km d’avance, 425 prisonniers, 22 canons, voilà le résultat de la première journée. Les boches insistent violemment dans certains endroits et le 19 je passe toute la journée à l’observatoire où l’on ne voit pas grand-chose malgré la plus grande attention : de nombreux éclatements d’obus, quelques petits groupes d’hommes gros comme des fourmis, amis ou ennemis ?

 

Les Américains ont attaqué en bras de chemise, sans gamelles, il leur faut aller retrouver leurs capotes et des vivres. Il en résulte pas mal de pagaille et des trous inquiétants.

 

Les Allemands font une retraite savante grâce à leurs courageux mitrailleurs qui se font tuer sur leurs pièces. La division se porte à Gandelu le 20.

 

Le commandant du 5e BCP est tué. Le 152e RI prend le combat et le secteur de la division est réduit de moitié en longueur. L’ennemi se dérobe et le 21 la division se porte à Courchamps où l’on a une vue impressionnante du champ de bataille, avec des cadavres d’Américains et du matériel allemand… On atteint la route nationale de Château-Thierry ; mort du commandant Péron du 133, beau-frère du général Gaucher.

 

Notre P.C est porté à Bonnes, le 152e aborde le bois du Châtelet et les unités sont harassées. Jenoudet qui est commandant est grièvement blessé.

 

Je pars au 133 qui est au repos dans le bois pour remettre des croix et des médailles.

 

Le boche réagit vaillamment sur le 152e qui a pris tout le bois du Châtelet et les unités sont harassées. La 42e division US doit venir relever le 26.

 

Ne les voyant pas venir, je suis envoyé dans la nuit du 27 à Trigny à l’état-major de la 42e division que nous avions connu à Lunéville. A grand peine, je trouve le colonel Mc Arthur et Corbalon qui s’excusent. La relève n’aura lieu que le lendemain et il faut faire remonter nos troupes exténuées.

 

Nous recevons au P.C la visite de M. Morel sous- gouverneur de la banque dont le fils vient d’être tué au 43e B.C.P.

 

Le rôle de notre division est terminé, nous sommes relevés à Neuilly-Saint-Front le 28 juillet où nous trouvons tout démoli.



28/09/2018
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