14-18Hebdo

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Souvenirs de guerre 1914-1919 (Paul Boucher) - Ch 14-3 –1918 La bataille vue de l’état-major

Document transmis par Renaud Seynave, son petit-fils - 02/05/2018

 

"Pendant la revue, le médecin-major tombe avec son cheval dans la Marne et manque de se noyer..."

 

 

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Emblème de la 164e Division, la division du dragon.

 

 

Pendant ce temps, j’ai eu une petite permission à Paris où je pus faire venir Suzanne. De retour, j’accompagne le général à des revues au 133e RI.

 

Pendant la revue, le médecin-major tombe avec son cheval dans la Marne et manque de se noyer. Il est sans connaissance quand deux chasseurs lancés à l’eau arrivent à le sortir de l’eau.

 

Nous faisons étape, moi dans la limousine du général. Décidément, j’ai la cote.

 

Le général fait une visite au général Fayolle qui loge chez Jean Lecot, rue Saint Jacques. Nous avons eu une panne à Dampierre-le-Château. Le lendemain, je déjeune avec le général Linder, commandant le 13e C.A où je retrouve comme chef d’état-major le colonel Lemaire, mon ancien chef pandore du 152e.

 

Ici, il est tout à fait aimable.

   

 

Note de Renaud Seynave à propos des généraux Fayolle et Linder : (Source Wikipédia)

 

Émile Fayolle, né le 14 mai 1852 à Le Puy-en-Velay et mort le 27 août 1928 à Paris, est un général de division français du début du XXe siècle. Il commande des unités importantes pendant la Première Guerre mondiale et, en 1921, est élevé à la dignité de maréchal de France.

Transféré à la tête de la 1re armée au début de 1917, Émile Fayolle obtient le commandement du groupe d'armées du Centre lors du remplacement de Nivelle par Pétain en mai.

Le 16 novembre 1917, Émile Fayolle est nommé commandant en chef des forces françaises en Italie et y est envoyé à la tête de six divisions pour renforcer le front italien après le désastre de Caporetto. Il reste en Italie jusqu’en mars 1918, date à laquelle il est rappelé pour commander le groupe d’armées de réserve. Ces unités (55 divisions) jouent un rôle important lors de la grande attaque allemande de mars 1918.

 

Général Linder : Né à Toulon (Var) le 1er janvier 1859, Henri Linder est le fils d'Oscar Linder2, inspecteur général des mines qui fut directeur des études à l'École polytechnique. Henri Linder intègre lui-même l'Ecole polytechnique le 1er octobre 1879, puis devient élève à l'École d'application de Fontainebleau.

En 1910 il est directeur du génie à Amiens avec le grade de colonel. Général de brigade le 21 mai 1914, il est nommé au Comité d'état-major. Le 9 décembre 1914 il est placé à la tête d'une brigade d'infanterie. Il commande par intérim une division en 1916. Il est promu général de division le 31 décembre 1917 et maintenu dans son commandement. Le 24 mars 1917 il est placé à la tête du 13e Corps d'Armée.

   

    

Puis nous allons prendre position d’un PC de contrôle Normandie dans le plus sale camp de Verdun en 1916, non loin de Vaux et Douaumont, à la naissance du ravin de Bazil du bois de la Caillette. Le PC est une chambre-bureau. Une chambre pour le général, une salle à manger, une chambre à six couchettes. Le tout est assez étroit mais éclairé avec un groupe moto. On se déshabille dans les couchettes.

   

La route qui vient de Verdun reçoit quelques obus ainsi que les gens installés au Q.G d’Haudainville.

   

C’est un acte d’héroïsme de venir au PC. Un de nos gendarmes est tué d’un éclat d’obus devant le PC, grand émoi, toute circulation est interdite dans les environs. Les troupes sont dans la boue, le secteur est affreux, très marmité, très boueux. Je m’imagine ce que fut l’année 1916 à la vue des ossements au fond de chaque trou d’obus.

   

On nous emprunte notre 133e RI qui s’est abimé dans des actions de détail au bois-la-Chaume.

  

Les chambrettes : le boche procède à une attaque violente. Je vais aux renseignements au PC de la 60e division. Le général Patey me reçoit assez mal. Je reconnais le chef d’état-major, Blaison, ancien du 152e qui me dit que notre 133e a eu de nouvelles pertes mais a résisté. Lasserre, mon camarade du premier bureau qui est fonctionnaire de la Banque de France, obtient une permission en vue de l’emprunt. Le général n’est pas très content. Il me fait titulariser à l’état-major où je n’étais que stagiaire.

   

Je vais le remplacer à Haudainville au Q.G où je m’installe le 14 novembre et passe trois jours avec Lasserre qui me met au courant du service de bureau, astreignant mais utile pour les troupes qui souffrent. Il faut leur faire parvenir des bottes de caoutchouc, réclamer et crier.

   

Il faut recompléter le 133e venu échouer dans les péniches pleines de vermines. Je porte des médailles militaires à des moribonds. On enterre le commandant du 152e tué à Bezonvaux, mon ancienne Cie, je pense à Rousseau, Spiess, Doucet… Cette fois, c’est un lettré, professeur « ballot ».

    

Cette vie dure jusqu’au 19 décembre où nous sommes relevés par la 46e division d’infanterie, général Gratier après un séjour glacial à Condé-en-Beuvois.

   

J’ai une permission que je passe d’abord à Paris où sont Suzanne et les enfants. Nous allons beaucoup au théâtre où on ne semble guère s’occuper de la bataille.

 

 

Note de Renaud Seynave :

Ci-joint la gazette n° 46 relatant les événements du 152e RI en octobre 1917

Editée en octobre 2017 par la cellule communication du 152e RI à Colmar et transmise par le lieutenant-colonel Bodénès de la Direction des Ressources Humaines de l’Armée de Terre

 

 

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OCTOBRE 1917 : REIMS

 

En ce début d’octobre, en première ligne, le secteur est calme, mais les obus tombent çà et là, régulièrement, qui maintiennent un sentiment d’insécurité sur les lignes françaises. Les tirs ne font pas beaucoup de victimes, mais il arrive qu’un coup malheureux fasse but comme le 1er octobre après-midi où deux Diables Rouges de la 7e compagnie sont blessés par des éclats d’obus. Le même jour, deux déserteurs alsaciens du 467e IR se rendent à la 3e compagnie et un coup de main est réalisé par les groupes francs du 334e RI et de l’escadron divisionnaire devant Bétheny dans le secteur sud de la division. Bien que cette opération ait été particulièrement bien préparée par des tirs d’artillerie qui créent des brèches parfaites dans le réseau d’obstacles ennemi, c’est un nouvel  échec car les tranchées sont une nouvelle fois vides à l’arrivée.

 

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Pont camouflé sur le canal de l'Aisne à la Marne.

Photo Marius Vasse 1917.

 

 

Le 2 octobre, de 17h15 à 18h15, une grande activité de l’artillerie ennemie est signalée sur toute la ligne de front, mais elle n’est suivie d’aucune opération. Le lendemain, c’est le saillant de Neufchâtel, dans le secteur nord de la division, qui subit de violentes rafales d’artillerie. Le commandant Marnet, venant du 213e RI prend le commandement du 1er bataillon du 15-2 à la place du commandant de Liniers gravement malade.

 

Le 4 octobre, le 5e bataillon du 334e RI monte en première ligne en remplacement du 1er bataillon du 15-2 qui descend en réserve à Courcelles.

 

Le 5 octobre, la compagnie hors-rang (CHR) et les services sont relevés par ceux du 334e RI et vont cantonner à Saint-Brice. Le commandement du sous-secteur, assuré par le commandant du Bourg en l’absence du chef de corps en stage, est donné au chef de corps du 334. Le 3e bataillon au repos à Tinqueux depuis le 24 septembre remonte en première ligne à l’est du canal de l'Aisne à la Marne.

 

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Dispositif du 15-2 le 5 octobre 1917.

 

 

Le 6 octobre, le colonel Barrard, nouvellement promu, rentre du cours d’information et reprend le commandement du régiment.

 

Alors que l’état-major du régiment est au repos avec le 1er bataillon, les 2e et 3e bataillons sont en première ligne. Pataugeant dans la boue, ils commencent à souffrir de la tempête qui se déchaîne et le froid qui tombe sur un paysage dévasté, précurseur d’un hiver précoce qui arrive à grands pas. Le 11 octobre, la division réalise un nouveau coup de main, mais cette fois  sans préparation d’artillerie. Les brèches dans les obstacles sont réalisées par le génie avec des charges allongées et les groupes francs s’élancent, encadrés par l’artillerie, mais encore une fois sans résultat.

 

Le 13 octobre, le 1er bataillon et la CHR viennent cantonner à Saint-Euphraise. La tempête continue et les hommes progressent sur les routes inondées et boueuses. La pluie froide leur coule dans le cou, le soir chacun cherche un abri au cantonnement pour se réchauffer et tenter de sécher les vêtements trempés et boueux.

 

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Dispositif du 15-2 le 16 octobre 1917.

 

 

Le 14 octobre, le 1er bataillon et l’état-major quittent Saint-Euphraise pour Fleury-la-Rivière. Peu avant d’arriver à destination, la pluie cesse et le soleil fait enfin son apparition. La colonne s’arrête, on arrange les tenues, on sort le drapeau, la musique se prépare et fièrement, poitrine gonflée, menton dressé, regard droit, la colonne du régiment pénètre fièrement dans le village en défilant drapeau en tête.

 

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Déplacements et déploiements du 15-2 entre le 15 et 18 octobre 1917.

 

 

Le 15 octobre, le 2e bataillon est relevé dans le sous-secteur Chicane par un bataillon du 63e RI et s’en va cantonner à Ormes.

 

Le 16 octobre, c’est le tour du  3e bataillon relevé aussi par un bataillon du 63e RI qui rejoint Saint-Brice. Toute la division est relevée et part au repos dans la région de Damery-sur-Marne, une quinzaine de kilomètres au sud de Reims, à côté d’Épernay. Ce même jour, le 334e RI quitte la division et est rattaché à la 97e division d’infanterie. Il est remplacé par le 59e bataillon de chasseurs à pied qui constitue avec le 41e et le 43e BCP, le 13e groupe de chasseurs. Le 59e BCP est fameux pour s’être sacrifié au bois des Caures, dans le célèbre groupe du colonel Driant qui a reçu le premier choc de la grande bataille de Verdun en février 1916. La division, ainsi formée, ne changera plus jusqu’à la fin de la guerre.

 

Le 17 octobre, le 2e bataillon rejoint le 1er bataillon à Fleury-la-Rivière. Le lendemain, le 3e bataillon quitte Chaumuzy qu’il avait rallié la veille et vient cantonner à Venteuil. Tous les Diables Rouges sont enfin réunis dans la zone de repos. Le colonel Barrard décide d’y organiser le 22 octobre une grande fête de la fourragère aux couleurs de la médaille militaire pour affermir la cohésion du régiment autour de ce symbole de fierté qu’il a été le premier à recevoir et porter.

 

Au repos, le régiment prépare la fête : répétition de la musique, préparation d’épreuves sportives, jeux, cérémonie... enfin tout pour que le 22 octobre soit une journée réussie, d'autant plus que le colonel, homme d’une volonté inébranlable, exige que le soleil soit de la partie. Et le 22, sans qu’aucun Diable Rouge ne s’étonne, le soleil est présent ! Le 59e BCP rejoint la division.

 

La fin du mois se déroule calmement. Le bruit commence à courir que la division va être redéployée. Les hommes s’interrogent sur sa destination qui ne tarde pas à être connue : Verdun ! Le départ est prévu pour le 1er novembre.

 

 

L’APPARITION DES CHARS

 

Dès août 1914, le colonel Estienne déclare que « La victoire appartiendra dans cette guerre à celui des deux belligérants qui parviendra le premier à placer un canon de 75 sur un véhicule capable de se mouvoir en tout terrain ».

 

Même si l’idée ne reçoit pas initialement l’approbation des états-majors, chaque nation en guerre va étudier et perfectionner des véhicules blindés et armés. C’est l’amirauté britannique qui va développer secrètement le premier engin blindé propulsé par un moteur à combustion, équipé de chenilles qui lui permettent de progresser sur les sols humides ou boueux, capable de traverser les denses enchevêtrements de fil de fer barbelé qui protègent les tranchées puis de les franchir. Le nom de « tank » (réservoir en français) lui est donné pour préserver le secret du projet.

 

Le 15 septembre 1916 est une date clé dans l'histoire de la Première Guerre mondiale. Pour la toute première fois en effet, les chars d’assaut Mark I sont utilisés sur le champ de bataille par les Britanniques au cours de la bataille de la Somme, lors de leur offensive sur Flers-Courcelette. Ce premier engagement ne fut pas un succès, mais au vu de la panique des Allemands devant les chars, les alliés décidèrent de poursuivre leur utilisation. Mais comme le prouvera le déroulement de la première bataille de Bullecourt en avril 1917, elle demeure très délicate. La difficile progression des tanks dans le no man’s land oblige fréquemment les soldats à les dépasser et l’artillerie ennemie les met rapidement hors de service. Les cas de pannes mécaniques sont par ailleurs nombreux.

 

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Char britannique Mark I pendant la bataille de la Somme septembre 1916.

 

 

L’armée française qui dès janvier 1916 avait passé commande de 800 chars aux entreprises Schneider et Saint Chamond, utilisera pour la première fois 130 chars lors de l’offensive Nivelle sur le Chemin des Dames, à Berry-au-Bac, en avril 1917. Ils furent incapables de franchir une tranchée, et tous furent mis hors d’état par l’artillerie allemande.

 

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Char français Saint-Chamond.

 

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Char français Schneider.

 

Même si le premier combat de chars ne fut pas un succès total, notamment du fait des conditions dans lesquelles les engins furent engagés, il convainquit le commandement de l’utilité de cette arme nouvelle pour la suite du conflit.

 

En juin 1917 l'industrie française reçut des ordres de fabrication pour 150 chars lourds, 600 chars moyens et 3500 chars légers FT 17. Pendant la guerre, ce ne seront pas moins de 17 groupes de Schneider et 12 de Saint-Chamond, chacun à quinze chars, et trois régiments de chars légers Renault FT-17, plus petits et plus maniables, qui seront construits. 3177 de ces chars seront construits entre 1917 et 1918. L’évolution du concept d’utilisation, associé à leur production et utilisation massives, se révèleront déterminants dans la victoire des forces alliées. L’Allemagne ne nourrira aucune ambition pour les chars d’assaut. Elle n’en produira qu’une vingtaine au cours de la Grande Guerre. Chacun sait qu’elle a su tirer les enseignements de cette erreur pour préparer sa revanche de 1940.

 

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Renault FT 17 photographié par Marius Vasse lors d'une séance d'instruction au profit du 15-2.

Toutes les unités de chars avaient à charge, dès qu'elles en avaient le temps, d'organiser des séances de formation au combat au profit des unités d'infanterie. Ce FT 17 est équipé d’un canon de 37 mm.

En 1918, un régiment d'infanterie recevait jusqu'à 15 chars, soit 10 mitrailleuses et 5 canons de 37 mm mobiles.

 



04/05/2018
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