14-18Hebdo

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3e semaine de guerre - Lundi 17 août au dimanche 23 août 1914

 

LUNDI 17 AOUT 1914 - SAINTE JULIENNE - 15e jour de la guerre

MARDI 18 AOUT 1914 - SAINTE HELENE - 16e jour de la guerre

MERCREDI 19 AOUT 1914 - SAINT JOACHIM - 17e jour de la guerre

JEUDI 20 AOUT 1914 - SAINT BERNARD - 18e jour de la guerre

VENDREDI 21 AOUT 1914 - SAINTE JEANNE-FRANCOISE DE CHANTAL - 19e jour de la guerre

SAMEDI 22 AOUT 1914 - SAINT TIMOTHEE - 20e jour de la guerre

DIMANCHE 23 AOUT 1914 - SAINT PHILIPPE BENITI - 21e jour de la guerre

Revue de presse

-       La situation continue à être bonne - Notre progression méthodique s'accentue

-       L’ultimatum du Japon à l’Allemagne

-       Un télégramme du général Joffre "Nous n'avons cessé de progresser en Alsace" - Nous avons occupé toute la région des étangs de Lorraine

-       L'état du pape ne laisse aucun espoir

-       Les Allemands expulsent 1200 étrangers de Metz

-       Mulhouse a été réoccupée par nous

-       Offensive générale russe

-       La mort de Pie X - Le conclave aurait lieu le 30 août - Les cardinaux "papables"

-       Dans le secteur central des Vosges les difficultés augmentent

-       Les exagérations de l'agence Wolff

-       Grande victoire serbe - L'Autriche avoue qu'elle a été vaincue par les Serbes - Les atrocités autrichiennes

Morceaux choisis de la correspondance

17 août - JMO 5e RAC/Groupe 95.- Arrivée à la 45e batterie du s/lieutenant Henriot ayant quitté Chicago le 2 août. Le lieutenant Delorme est renvoyé indisponible de la ligne de feu et permute avec le s/lieutenant Husson de la 44e batterie qui part comme volontaire. 36 attelages sont commandés par la place pour transport du matériel de troupe arrivant à la gare Viotte.

Les Allemands jusqu’alors ne tirent pas très bien le fusil, mais merveilleusement les mitrailleuses.

18 août - ELLE.- As-tu touché ta solde, Maurice a envoyé 400 francs[1] à sa femme, il avait touché 500.

 

Nous avions appris que Georges se dirigeait sur Etival. Maman y est allée hier. Elle a eu une chance énorme, à la gare d’Etival elle a de suite demandé si le 4e chasseur était encore là, le 5e escadron était cantonné à Moyenmoutier et pour la première fois depuis la mobilisation le train remarchait d’Etival à Senones. Elle est arrivée à Moyenmoutier à midi, il était temps. A 1 heure, nos pauvres chasseurs partaient pour l’Alsace et devaient cette nuit-là cantonner à Saulxures-les-Saales. Ils étaient arrivés à minuit par une pluie battante et étaient installés, chevaux et hommes, dans les bâtiments de la teinturerie-blanchisserie Vincent.

 

Maman, qui se plaignait de l’état de la filature de Cheniménil après le départ des troupes, disait que ce n’était rien à côté de ce qui était là-bas. Chez nous du moins, il n’y était entré que des hommes mais là, les chevaux salissaient les machines qui étaient remplies de crottin. Enfin il fallait bien qu’au commencement et surtout par une pluie pareille les chevaux soient à l’abri, car ce sont des chevaux de réquisition pas encore endurcis et qui auraient trop pâti d’une nuit dehors.

 

Maman a donc vu Georges une heure, il allait très bien. Mais un honneur que nous n’aimons pas beaucoup, c’est que le colonel le prend près de lui, nous craignons que ce ne soit pour l’envoyer toujours en éclaireur, comme il a son cheval dont il est sûr et qui galope bien, et c’est ce dont j’ai le plus peur pour vous tous, c’est d’être blessé seul dans son coin et de ne pas être secouru. Il a donné à Maman 1 000 francs qu’on lui avait payés pour son cheval, disant qu’on les lui mette de côté pour s’il revient. Maman les a vus se mettre en selle et cela lui a fait bien gros cœur de les voir prendre le chemin de l’Alsace.

 

Elle est rentrée ici à 7 heures après avoir voyagé dans un train plein de blessés depuis St-Dié. Dans son compartiment étaient deux lieutenants, l’un ayant eu l’épaule traversée, l’autre deux doigts arrachés. Il y avait au moins 100 hommes blessés depuis vendredi dernier, on leur avait fait les premiers pansements à St-Dié et Raon et on les expédiait sur Bourbonne, c’étaient presque tous des doigts arrachés, épaules, cuisses traversées. Les autres graves pour lesquels il faut une amputation restent à St-Dié jusqu’à ce qu’on ne craigne plus une hémorragie. Les lieutenants disaient que les Allemands jusqu’alors ne tirent pas très bien le fusil, mais merveilleusement les mitrailleuses. Ils parlaient d’un officier qui était monté dans le clocher avec sa mitrailleuse et chaque coup tuait son homme, il a fallu faire bombarder le village par l’artillerie, il n’est descendu de son clocher que lorsqu’il a été en flammes et s’est installé avec sa mitrailleuse dans un jardin avoisinant et a montré une bravoure admirable, mais en général les hommes se rendent avec une facilité extrême et disent tous à tort ou à raison qu’ils sont Alsaciens.

 

Il paraît que les Allemands sont très mal ravitaillés. On a fait l’autopsie de 10 tués et on n’a trouvé dans leurs intestins que de l’herbe et des betteraves et carottes crues. Nos soldats ont au contraire trop de l’avis de tous, et les officiers se réjouissent qu’ils n’aient plus d’argent en poche pour s’acheter mille inutilités qui les empêchent de manger ce qu’on leur donne, ce qui fait qu’ils en jettent. De fait, ici, nous avons nourri nos volailles pendant 3 jours avec tout le pain ramassé dans les hangars après le départ des troupes.

 

A Cornimont, on a commencé dimanche à rationner à 300 grammes le pain par personne (ici c’est 250 et Gérardmer 200).

 

Il paraît qu’il y a beaucoup d’espions sur la frontière. L’autre jour nos troupes étaient tout étonnées de la sûreté du feu des Allemands. Aussitôt qu’elles se déplaçaient, la fusillade les attrapait de suite. A la fin, on a découvert un fermier qui téléphonait aux Allemands tout ce qui se passait de notre côté, il avait un appareil dans sa cave. Ce sont les officiers blessés qui ont raconté cela à Maman.

 

Nos journaux arrivent très bien avec seulement 2 jours de retard.

 

20 août - ELLE.- Nous avons eu le petit Kommer deux jours pour remettre en état la Zèbre, qui ne marchait plus bien. Il a su trouver ce qui manquait et je devais même profiter de ce qu’elle marchait si bien ainsi que du beau temps pour aller jusque Cornimont voir un peu ce qui s’y passe, car depuis la première lettre de Pauline datée du 5 août je n’ai plus rien reçu.

 

J’ai appris aux enfants à monter sur les murs que nous aimions tant quand nous étions petits, cela les rend adroits et leur donne de la force dans les mollets et les poignets mais Tété[2] en frémit et ne comprend pas que je les laisse s’exposer ainsi. Tu peux être tranquille, ils ne font pas d’imprudence, ils sont tous les trois aussi froussards que possible et il faut plutôt les pousser que les retenir.

 

Les Henry B. étaient partis pour Munster où depuis trois jours nos troupes étaient très tranquilles et ils pensaient déjeuner avec leurs fils. Mais André les a attendus et ils n’ont pas tardé à rentrer et lui ont raconté leur odyssée. Ils étaient bien en train de déjeuner lorsque des boums formidables se sont produits, les vitres de l’hôtel volent en éclats, Suzanne et tante Marthe se cachent sous les tables, affolées. A un moment d’accalmie ils ont vite repris leur auto et remonté la Schlucht. Les Simonin moins heureux ont eu leur auto brisée et ont dû revenir à pied. Il paraît que c’était de l’artillerie lourde qui tirait de très loin, Colmar pense-t-on, et que c’étaient les adieux des Allemands à la vallée de Munster, car ils se retirent vraiment. Paul disait qu’il était content de quitter les chaumes, car dans le brouillard de la nuit, il y a eu plusieurs méprises des troupes françaises se tirant l’une sur l’autre croyant avoir affaire à l’ennemi. Il paraît que la pauvre petite tante Marthe était encore pâle et tremblante à l’arrivée à Gérardmer de cet aperçu de siège.

 

J’ai reçu une lettre de Marie M. qui ne me parle que de sa tristesse et ses appréhensions, je ne la croyais pas si peu courageuse.

 

Paul C.[3] est au quartier de Noailles, Versailles. Y est-il encore à l’heure actuelle ? En tout cas tu pourrais essayer de lui écrire là, puisqu’il faut continuer à adresser la correspondance là où les soldats ont été appelés dès la mobilisation.

 

Les hommes sont revenus du fort d’Arches, quelques-uns retourneront du côté de Mossoux pour faire des tranchées. On a renvoyé aussi plusieurs auxiliaires. Aussi en septembre Maman essaiera peut-être de faire reprendre le travail. Puisque la batellerie continue, on pourra peut-être s’acheter de la houille quand cette dernière rame sera épuisée.

 

J’ai reçu hier aussi une grande lettre de Madame Bodenreider[4] très anxieuse de ses parents depuis qu’elle voit les cruautés des Allemands pour les Alsaciens-Lorrains dans tous les journaux. Son mari est à Epinal, son frère aîné faisait justement une période militaire en Allemagne, quant à son frère cadet, elle pense qu’il a dû s’engager dans l’armée française car il avait toujours dit qu’il le ferait, mais elle est sans nouvelles.

Nous avons entendu le canon hier pendant une grande heure.

22 août - ELLE.- Je suis bien désolée de savoir que tu n’as rien reçu de moi depuis le 6 août, alors que je t’écris régulièrement chaque deux jours et même plus parfois. J’espère que mes lettres finiront par t’arriver les unes après les autres, te permettant à distance de suivre notre vie qui se déroule très calme jusqu’alors.

 

Les enfants ont repris leur belle mine. Maître Robert est devenu depuis sa complète guérison, un méchant petit polisson, il passe sa vie à faire des tours et à en être puni. Quand il va chez la fermière il est le seul à revenir mouillé, il fait exprès de mettre ses pieds dans les raies de pré. Hier il a trouvé bon de mettre le marteau dans le fer à repasser qu’une bonne avait mis chauffer à la buanderie. Ce matin il s’est avisé de faire sa petite commission dessus. Avec cela, malin comme un diable, faisant des réflexions très judicieuses et demandant des pourquoi à tout ce qu’il ne saisit pas bien. Je crois que ce sera un monsieur qui fera son chemin si Dieu lui prête vie.

 

André est bien plus facile. J’ai recommencé à leur faire faire à tous de petits devoirs, André fait une division à deux chiffres qu’il n’aime guère, une multiplication et soustraction et une dictée. Depuis 3 jours, il apprend aussi quelques réponses de catéchisme, cela fait sa lecture et exerce sa mémoire, il aura moins de mal plus tard quand il ira aux répétitions. J’avais commencé à lui faire lire des articles de journaux sur la guerre, mais il est trop sensible et en rêvait.

 

Noëlle fait aussi additions et soustractions et copies et commence à apprendre le livret du 2 et 3. Robert traîne toujours autant sur ses lettres, ce n’est que lorsqu’il sent les autres libres et s’amusant qu’il se dépêche d’achever sa tâche : 3 lignes à faire, u, o, a, tu vois que c’est difficile.

 

Nous n’avons plus eu de nouvelles des frères, qui sont passés en Alsace lundi dernier tous les deux. Nous avons entendu le canon hier pendant une grande heure de 8 à 9 et cet après-midi vers une heure, cela vient évidemment du côté de Villé et Schirmeck, aussi est-ce très assourdi. Il passe beaucoup de blessés ces jours-ci et on n’évacue pas les plus malades. Il y en a plusieurs d’ici, mais on n’a pas encore annoncé de tués.

 

Je pense que tu peux acheter des journaux maintenant, on en vend à présent au numéro ici, d’autant plus dans une ville comme Besançon. Informe-toi aussi des cartes postales qu’on va mettre en circulation pour les militaires et leurs familles qui auront la priorité sur les autres correspondances. Aussitôt qu’elles paraîtront ici, je t’en adresserai, cela n’empêchera pas que je continuerai à t’écrire plus longuement, mais de cette manière tu auras des nouvelles plus rapidement.

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 23/08/1914

Rien - Non paru

Thèmes qui pourraient être développés

  • La solde des officiers
  • Les Vosges dans la bataille
  • Le logement des soldats
  • Le ravitaillement des soldats
  • Les Alsaciens au combat
  • Les réquisitions
  • Comment les Français mobilisés et se trouvant à l’étranger ont rejoint la France (Voir aussi Hanotaux : Tome 3/Chapitre 2 « Comment les Français de Turquie sont partis pour défendre la France »)


[1] Franc : voir dans le Prologue (en fin d'article) - Le pouvoir d’achat des francs de l’époque (INSEE)

[2] Sébastienne, bonne des Georges C.

[3] Paul Cuny, frère aîné de Georges Cuny, dans le civil industriel textile à Epinal

[4] Madame Bodenreider, amie de La Bresse



15/08/2014
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