14-18Hebdo

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6e semaine de guerre - Lundi 7 septembre au dimanche 13 septembre 1914

 

LUNDI 7 SEPTEMBRE 1914 - SAINTE REINE - 36e jour de la guerre

MARDI 8 SEPTEMBRE 1914 - NATIVITE DE LA SAINTE VIERGE - 37e jour de la guerre

MERCREDI 9 SEPTEMBRE 1914 - SAINT SEVERIEN - 38e jour de la guerre

JEUDI 10 SEPTEMBRE 1914 - SAINT NICOLAS DE TOLENTIN – 39e jour de la guerre

VENDREDI 11 SEPTEMBRE 1914 - SAINT PATIENT - 40e jour de la guerre

SAMEDI 12 SEPTEMBRE 1914 - SAINT GUY - 41e jour de la guerre

DIMANCHE 13 SEPTEMBRE 1914 - SAINT AIME - 42e jour de la guerre

Revue de presse

-       La situation des armées alliées paraît bonne dans son ensemble

-       Les troupes allemandes marquent un mouvement de recul

-       L'Autriche aux abois

-       Sur la Marne, l'ennemi a reculé de 40 kilomètres

-       En Belgique, violents combats à Malines - Les Allemands perdent 3,000 hommes

-       Le mouvement général de retraite de l'ennemi "paraît plus rapide que ne l'avait été la progression"

-       La Bataille de la Marne s’est terminée par la victoire des armées anglo-françaises

-       Nous avons réoccupé Lunéville

-       Poursuite de l'ennemi après la victoire de la Marne

Morceaux choisis de la correspondance

Hier on est venu réquisitionner notre auto.

8 septembre - ELLE.- J’ai eu ce matin la surprise de voir arriver Mr Stouvenot, qui avait reçu ma lettre où je lui parlais de l’assurance du risque de guerre, il venait aimablement s’entendre avec moi. Quand il m’a dit qu’en tout cas, nous toucherions ce qui avait déjà été versé, je n’ai pas persisté dans mon idée et nous restons dans le statu quo. Il aurait fallu verser 3 000 francs pour garantir ce qui reste à verser et toucher la prime complète. Ce n’est pas la peine d’engager cette somme puisque j’ai la ferme conviction que tu nous reviendras sain et sauf.

 

Je te joins une lettre qu’il a apportée de Pauline, tu y verras comment se conduisent certains officiers français, ce sont tous de ces sales troupes du Midi. C’est un officier d’artillerie, il est installé avec sa batterie depuis 10 jours et fait le matamore au Bâs et chez nous. Chacun soupire après son départ.

 

A Cheniménil cela a été la même chose. Thérèse, ce matin en cherchant des cigares pour les apporter à Maurice qui ne trouve plus de cigarettes (les soldats se plaignent beaucoup du manque de tabac), n’a plus trouvé que des boîtes vides dans tous ses tiroirs. On a crocheté le bureau américain de Maurice dans le bureau de l’usine. Tous les tiroirs des bureaux des employés ont été vidés des plumes, crayons, papier à lettres qui s’y trouvaient.

 

Mr Stouvenot déplore le départ de Pierre Mangin. Je n’ai rien dit, au contraire, j’ai dit que tu m’avais écrit qu’il allait revenir. Mais pour moi, tu sais, il ne reviendra pas, il fera semblant d’avoir été arrêté en cours de route. Enfin, peut-être ne suis-je pas charitable dans mes jugements, mais cela m’étonnerait de le voir réapparaître avant la fin des hostilités.

 

Autrement tout va à peu près à Cornimont. Stouvenot trouve le maire très à la hauteur. Un autre grief de Stouvenot c’est qu’en partant Pierre Mangin a fait cesser du jour au lendemain le service du lait des grossesses. Heureusement les fermiers de là-haut, n’ayant plus de sel, ne peuvent faire des fromages et ils se sont mis à apporter leur lait à 0,20 F mais veulent se faire payer chaque huit jours, c’est justice.

 

Il paraît qu’hier on est venu réquisitionner notre auto, le maire lui aurait dit de m’en prévenir, qu’elle était prise définitivement. Je lui ai demandé de s’informer si elle était louée ou si elle était achetée (car on nous avait dit à Epinal qu’on n’en achetait plus, qu’on ne faisait que les louer par période de 10 jours et qu’on donnait par jour de service le 500e du prix d’achat). Mr Stouvenot a cru pouvoir m’assurer qu’elle était achetée, dans ce cas je lui ai dit de demander la feuille de réquisition, de faire inscrire le prix dessus et si possible de se faire donner de suite des bons du trésor si le percepteur peut lui en donner.

 

Maman était allée hier à Epinal, car des officiers nous avaient dit que nous aurions tort, en partant, de laisser une voiture pour que les Allemands la prennent et que nous devrions la mettre à l’abri. Elle trouvera toujours bien une remise de marchand de vin ou autre et l’auto sera ainsi derrière Epinal plus en sûreté qu’ici. Je sais bien que les Allemands peuvent aussi arriver par Bussang. Mais tant pis, s’ils débouchent de partout, il y aura bien d’autres ruines à déplorer que celles d’une auto.

 

Stouvenot m’a appris des nouvelles qui m’ont fait bien de la peine. Le commandant Jonett blessé mortellement près de Rambervillers est mort pendant son transport vers Epinal, on a dû l’enterrer hier à Thaon, quel dommage, un si bon officier et si charmant garçon !! Le capitaine Nardin, beau-frère de Gaillemin[1] est mort. Sa famille est venue rechercher le corps, mais on ne l’a pas retrouvé, il avait peut-être déjà été enterré avec une fournée d’hommes. Geiger l’employé du Faing aussi. Si seulement les vilaines troupes du Centre et du Midi passaient devant les nôtres, il y en a tant qui se sont si mal conduits. Il y a deux régiments qui ont lâché pied au col de Ste Marie sans prévenir les autres qui se sont ainsi trouvés débordés, c’est ainsi que le 62e d’artillerie a été si éprouvé.

 

Enfin, maintenant, on ne sait plus que penser, ce ne sont que marches et contremarches, attaques soudaines. On dit que nos troupes essayaient ce matin de reprendre Fraize et Plainfaing, tu sais que c’est bombardé depuis huit jours et que les pauvres usines Géliot ont fort pâti, deux ont brûlé. Le conservateur des forêts, Mr Schlumberger, qui connaît bien Adrien[2], a perdu un fils à Fraize, un lieutenant et un autre fils, St-Cyrien, grièvement blessé. Jusqu’alors dans la famille on a de la chance, mais maintenant qu’on apprend des tristesses tous les jours, on est bien plus anxieux.

 

Nous allons tous bien. André a souvent de la difficulté de respirer surtout les jours orageux. Cela vient de ses végétations, paraît-il. Nous avons en ce moment un fort groupe d’ambulances et nous logeons à la maison trois médecins dont le major qui est chirurgien à Lyon, et il avait été assez aimable pour nous dire qu’il allait voir dans leurs instruments s’ils n’en trouveraient pas pour faire l’opération des végétations, mais il faut une petite curette spéciale et il vient de me dire qu’il n’avait rien d’équivalent, que pour André il n’y avait pas de danger immédiat, mais qu’aussitôt après la guerre, il faudrait les lui enlever, car cela pourrait avoir des conséquences désastreuses pour ses poumons qui fonctionnent mal en ce moment.

 

Tout ce que je te dis, manque un peu d’intérêt peut-être, mais nous n’avons rien d’autre de nouveau. Je t’aime mon chéri de tout mon cœur et t’embrasse comme je t’aime. Ta Mimi.

Chez nous, dans la maison, c’est d’une saleté épouvantable, ils agissent vraiment avec un sans-gêne extraordinaire.

13 septembre - ELLE.- Je suis allée hier à Cornimont dans l’auto de Maurice qu’il avait voulu qu’on ne laisse pas chez lui, craignant que les Allemands ne s’en emparent s’ils arrivaient jusqu’ici. Maman avait demandé à Epinal au gouverneur d’Epinal (lis Mr Manuel) la dernière fois qu’elle y était allée, un laissez-passer bleu pour Cornimont avec la date laissée en blanc. Nous nous en sommes donc servis, mais j’avais bien mal choisi mon jour, car il paraît qu’une dame suspecte était signalée avec un chauffeur italien et le poste au-delà de St Etienne m’a arrêtée. Ils avaient posté 2 sentinelles dans la côte des Traits de Roches, nous allions assez vite et quand nous avons vu les sentinelles, Kommer n’a peut-être pas serré ses freins assez tôt, je ne sais. Toujours est-il que nous n’avons pas arrêté avant les soldats, mais quelques mètres après ; le factionnaire, se disant qu’il faisait une bonne prise, a percé notre pneu avec sa baïonnette pour nous forcer à rester là. Ils m’ont fait toutes sortes de questions, enfin quand je suis sortie de l’auto pour que Kommer puisse prendre ses outils, ils m’ont dit que nous pouvions continuer notre route, je les ai entendu marmonner « 1 mètre 75, celle-ci en est loin ». Il faut croire que mon signalement ne concordait pas.

 

Après cela, je suis arrivée sans encombre à Cornimont. Au Bâs, en arrivant rentrer l’auto, grande a été ma stupéfaction de voir Pierre Mangin sortir du bureau. Toutes les remises et écuries étaient prises par les chevaux des artilleurs et nous avons monté l’auto de Maurice dans la remise au-dessus de la salle à manger. Les bonnes m’ont donné le reçu de réquisition de l’auto, mais à mon grand regret, elle n’a pas été achetée, elle a été réquisitionnée pour tout le temps qui leur conviendra, dix jours, un mois, toute la durée de la guerre, pauvre voiture dans quel état la rendra-t-on ? Si j’avais pu prévoir cela, j’aurais fait démonter une pièce quelconque, c’est ce que j’ai fait pour celle de Maurice, Kommer a démonté la magnéto que j’ai cachée dans une armoire ; de cette façon on ne pourra pas l’emmener si facilement. Les deux autos Humbert sont déjà détraquées, on les a prises avant la nôtre, maintenant elles sont remisées en attendant qu’elles puissent être réparées.

 

Chez nous, dans la maison, c’est d’une saleté épouvantable. Le fumoir était encombré de volumes que les officiers avaient pris dans la bibliothèque, ils ont forcé l’armoire des liqueurs et des cigares, ils ont mangé tous les petits bonbons que j’avais dans les bonbonnières et m’ont cassé une jolie bonbonnière de porcelaine, dont j’ai retrouvé les débris dans la cheminée. La veille au soir un des lieutenants avait été promu capitaine, on avait bu le champagne au fumoir, tout avait sauté sur le tapis et le parquet, c’était propre. Enfin, ils agissent vraiment avec un sans-gêne extraordinaire. Le plus mauvais d’entre eux, le fameux capitaine de Bélier était parti le matin à 4 heures pour Thann, tant mieux pour lui, car j’étais bien décidée à déposer une plainte au commandant d’armes, les officiers que nous logions ici m’avaient dit que je pouvais très bien le faire. Le jardin aussi est dans un triste état. Le parc est changé en parc d’artillerie. Ils ont démoli les grillages pour entrer plus facilement. Les daims effarés trottent dans le jardin.

 

J’ai vu le maire, il n’y a pas de misère, puisqu’on a travaillé longtemps, les femmes de mobilisés ont toutes touché leur indemnité et pris des soupes populaires. Le pauvre maire a bien des ennuis, mais pas avec la population.

 

J’aurais bien voulu y rester quelques jours pour remettre plus d’ordre, mais c’est ennuyeux d’être séparés en ce moment, car on n’a plus de communications rapides et tout le temps que les Allemands sont encore si près de nous, je ne veux pas m’éloigner, ce serait ennuyeux si on voulait partir tout d’un coup qu’un des membres de la famille ne soit pas là. Je suis donc revenue ici par le train de midi, l’horaire des trains est changé, celui de 4 heures n’existe plus ; après-midi, il n’y a que celui de 6 heures du soir, qui n’est pas pratique : il n’arrive à Pouxeux qu’à 8 heures, on ne laisse plus les autos ou voitures circuler après six heures et la correspondance par chemin de fer n’arrive qu’à une heure du matin.

 

On dit ce matin qu’on a bien refoulé les Allemands de notre côté, les évacués de St-Dié ont reçu l’ordre de rentrer, si tout continue à bien aller, je retournerai à Cornimont cette semaine pour deux ou trois jours, pour rentrer en maîtresse chez moi et faire tout mettre en ordre. Ce que je ne comprends pas, c’est que l’administration militaire ne fasse pas en sorte de loger tous les chevaux à l’abri, ils vont en avoir de malades, ils auraient eu bien facile de faire un peu déblayer tous les hangars à chariots du Bâs et d’y mettre leurs chevaux plutôt que de les mettre à la corde dans le parc, où les pauvres bêtes sont à l’humidité constante.

 

Nous sommes heureux des bonnes nouvelles des armées. Georges, en quittant les Vosges, a débarqué à Vassy pas loin de St Dizier il y a huit jours de cela, ils ont dû depuis participer à la grande bataille.

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 13/09/1914

Rien - Non paru

Thèmes qui pourraient être développés

  • Les assurances vie contre les risques de guerre
  • Le tabac pour les soldats
  • Le service du lait des grossesses
  • Les soupes populaires
  • Les chevaux à la corde
  • La Belgique envahie : (voir Hanotaux)
  • Les différentes armes : infanterie, artillerie, …
  • Religion - Fête religieuse - Nativité de la Sainte Vierge - 8 septembre

[1] Gaillemin : dans le civil médecin à Cornimont

[2] Son beau-frère, Adrien Molard, mari de la sœur de Georges Cuny. Dans le civil il est industriel textile à Bayon



05/09/2014
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