14-18Hebdo

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Les chasseurs à pied

 

Patrick Germain · 05/10/2014

Les chasseurs à pied (les diables bleus en 14-18) : "des soldats qui pigent et qui galopent" (Maréchal Lyautey).

Ceux et celles qui ont lu mon avant dernier article sur les décorations et citations se sont peut-être à bon droit interrogés sur la raison pour laquelle je différenciais, dans les citations collectives, l'infanterie des bataillons de chasseurs à pied, alors qu'il ne s'agit en vérité, dans l'emploi des forces, que d'infanterie.

Pourquoi ainsi cultiver cette différence ?

Pour marquer une individualité forte pétrie de traditions et de faits d'armes.

Bien qu'existant déjà sous l'Ancien Régime, les chasseurs à pied ne furent véritablement organisés en unités constituées qu'en 1840, sous l'impulsion du duc d'Orléans, fils aîné de Louis-Philippe.

Les 10 premiers bataillons furent créés ; il s'agissait de former un corps de fantassins d'élite, distingué de l'infanterie de ligne, ayant suivi une instruction très poussée en tir et un entrainement physique spécifique axé sur l'endurance, la mobilité et la rapidité.

Leurs premiers faits d'armes eurent lieu en Algérie, face aux troupes d'Abd-el-Kader, à Isly et surtout Sidi Brahim, qui forgera le socle de la tradition "chasseur", avec la marche célèbre rythmée par les cors de chasse et les caisses claires.

Dépositaires d'une grande part des plus belles traditions de l'Armée française, les chasseurs ne se sont pas faits que des amis ; ainsi le gouvernement républicain et franc maçon de 1875 voulait-il les supprimer ; de cette fâcheuse initiative naquit le Chant de la Protestation, dont on connait le 1er couplet :

"Encore un carreau de cassé
Voilà le vitrier qui passe
Encore un carreau de cassé
Voilà le vitrier passé"

Les vitriers dont il est question sont le surnom donné aux chasseurs par les biffins à cause du sac à dos en toile cirée qui brillait au soleil et les faisait ressembler de loin à des vitriers ; le 5ème couplet a été rajouté après la Grande Guerre et le 6ème manifestait la protestation contre la suppression des tenues en drap bleu. La "Protestation" est emblématique de l'esprit "chasseur", qui exalte les traditions, le panache et l'honneur, refusant la médiocrité, la compromission et l'abandon.

Les bataillons de chasseurs sont réunis sous un drapeau unique, que les bataillons ont en garde à tour de rôle ; ce drapeau unique marque la convergence de l'esprit de corps qui réunit les chasseurs.

Chaque bataillon a un fanion bleu et "jonquille" (la tradition des chasseurs veut qu'on ne prononce pas le mot "jaune"), où sont accrochés les attributs de décorations et de citations.

Quelques exemples du vocabulaire "chasseur" :

on ne dit pas "uniforme", mais "tenue"
on ne dit pas "béret", mais "tarte"
on ne dit pas "musique du bataillon", mais "fanfare"
on ne dit pas "tambour", mais "caisse claire"
on ne dit pas "caserne", mais "quartier"
on ne dit pas "capote", mais "manteau"
on ne dit pas "rouge", mais "bleu cerise", sauf pour le drapeau, la légion d'honneur et les lèvres de la bien-aimée
Quand au sang, il est vert, car le sang vert, c'est le sang versé pour la France.

Les Diables Bleus inscrivirent de magnifiques pages de gloire tout au long de la guerre ; on se souvient entre autres de la résistance héroïque du lieutenant-colonel Driant à la tête de sa brigade en février 1916 lors de la première attaque allemande à Verdun, au bois des Caures.

Bien d'autres actions d'éclat des chasseurs seront évoquées tout au long de cette commémoration ; j'aurai l'occasion d'y revenir dans peu de temps lors du centenaire de la Bataille des Flandres.



23/10/2014
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