14-18Hebdo

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Henry Novel – Lettres à ses parents (1914-1918) – 7- Septembre 1917

 

Henry Novel, 17 ans en 1914, est mobilisé en 1916 à Chambéry puis rejoint le front en 1917. Futur étudiant en médecine il est affecté à des services d’ambulance. Il correspond régulièrement avec ses parents qui habitent Grenoble où son père exerce la profession d’avoué.

Document transmis par Michel Novel, son fils - 19/10/2015

 

Ce 2 septembre 1917 (année déduite)

Mon cher Papa

 

Je viens de recevoir une lettre de toi en réponse à celle que je vous avais écrite au sujet de ma nomination. Voici exactement comment se sont passées les choses. Le médecin inspecteur de l'armée ayant besoin de médecins auxiliaires s'est adressé à Mont-Notre-Dame, qui est considéré comme centre d'instruction pour nous. De là sur proposition du chirurgien-chef les nominations se font au fur et à mesure des besoins, c'est à dire assez rapidement. N'étant pas là bas je n'ai pas été proposé bien entendu et je crois que je ne serai nommé que le jour où je rappellerai mon existence à la direction. Mes camarades qui ont été nommés ont été envoyés à Vauxbuin dans une réserve de méd. aux. d’où on les envoie dans l'artillerie ou l'infanterie suivant les besoins et leurs préférences.

 

Pour moi je ne sais trop que faire. Je n'ai évidemment aucune disposition pour finir la guerre ici comme simple soldat, et du jour où je serai nommé je crois qu'on m'enverra la voir d'un peu plus près... Ce n'est donc actuellement qu'une question de jours, un mois et demi au maximum. J'en ai causé à mon docteur qui évidemment n'est pas pressé de me voir nommé car je le quitterais à cette époque. Je crois donc que, pour lui faire plaisir, le mieux est d'attendre encore un mois. Je ne perdrai du reste pas mon temps pendant ce mois car dans l'espoir de me conserver il m'a dit qu'il me donnerait des leçons d'auscultation et me ferait des cours de médecine !

 

Une fois nommé, j'aimerais beaucoup aller dans le bataillon de Georges ou dans un bataillon de sa division. Je n'ai, je crois, aucun droit pour cela, mais c'est une chose qui me sera accordée sans trop de difficulté si elle est possible. L'infanterie et l'artillerie se valent à peu prés pour nous au point de vue danger. Les batteries sont en effet très marmitées actuellement, et artilleurs et fantassins commencent à écoper à peu prés également. De plus pour aller dans l'artillerie ils choisissent de préférence ceux qui savent monter à cheval. La responsabilité est également plus grande dans l'artillerie où le méd. aux. est souvent seul à une batterie alors que dans l'infanterie il est réduit les trois quarts du temps au rôle de sergent brancardier.

 

En résumé je ne ferai rien pour être nommé avant le début d'octobre et à ce moment j'essayerai de me rapprocher de Georges si vous n'y voyez pas d'inconvénient.

 

Je t'embrasse ainsi que tout le monde à Murianette. Un bon souvenir à tante Jeanne et aux Nallet s'ils sont toujours là bas.

 

P.S. Pourrais tu, je te prie, me commander deux livres que j'ai actuellement empruntés à mon patron et dont j'aurais besoin si je pars.

Hyvert.- Vade-mecum de poche du jeune praticien et des remplaçants (6 frs.)

Lemoine et Gérard - Formulaire (8 frs.) tu trouveras cela à Lyon chez Maloine rue de la Charité.

 

Ce 5 septembre (1917 ?)

Mes chers Parents,

 

Rien de bien neuf à vous apprendre ; la région est toujours très calme malgré que l'on sente à certains préparatifs qu'il n'en sera peut-être pas toujours ainsi. Un petit mot de Georges (toujours adressé à un secteur bizarre) m'apprend qu'il est toujours dans la région, j'espère un peu le voir ces jours-ci car il a dû revenir au repos et il est fort possible qu'il ne soit pas très loin de moi.

 

Nous continuons ici notre petite vie tranquille avec quatre ou cinq blessés par jour…

 

J'ai répondu l'autre jour à Papa pour lui donner tous les renseignements nécessaires au sujet de ma nomination et de mon affectation future. Je ne sais pas du reste si je suis complètement oublié car ce matin le médecin principal m'a fait appeler pour avoir à lui fournir une foule de renseignements sur le nombre d'inscriptions, stages, etc. J'ai donc dû écrire au secrétaire de la faculté et aux divers hôpitaux où je suis passé pour me faire envoyer des certificats multiples et variés. Je vous tiendrai au courant de ce qu'il va s'en suivre de tout cela. Néanmoins je suis encore certainement ici pour jusqu'au début octobre au moins, grâce aux nombreux échelons des voies hiérarchiques diverses que doivent gravir toutes ces paperasses.

 

Ce que j'attends avec le plus d'impatience c'est ma perm. plus qu'un mois et demi ! C'est la première fois que je reste si longtemps sans aller en perm.

 

Je vous embrasse tous bien affectueusement.

 

P.S. Ci joint deux timbres du Niger pour Momo si cela l'intéresse.

 

Ce 9 septembre (1917 ?)

Mes chers Parents,

 

J'attends de vos nouvelles par le permissionnaire que je vous ai envoyé et qui doit arriver demain ou après-demain. J'ai du reste reçu aujourd'hui, avec un mot de Maman, une carte des Seiglières que m'envoie Odette.

 

La mort de ce pauvre Chabert a dû en effet bien toucher Georges car c'était je crois un de ses meilleurs amis au bataillon. J'espère que ce petit séjour aux tranchées lui évitera de prendre part à certaine affaire dont on parle beaucoup et qui je crois va se passer d'ici une quinzaine de jours. Qu'est-ce que ce sera et surtout qu'est-ce que cela donnera je n'en sais rien mais les préparatifs au point de vue service de santé sont formidables et je crois que cette fois on sera heureusement très loin de la désorganisation fameuse du 16 avril.

 

Je crains que tout cela retarde ma nomination et ma permission… si seulement cela pouvait avancer la fin de la guerre !!!

 

10.9.1917 (tampon de la poste pour tout)

Que dites vous des Russes ?!!!!

 

Le bachot de Momo doit approcher, quand le passe-t-il ?

 

Avez vous reçu de Georges un rouleau de photos dans lequel il y aurait une photo de nous deux et de l'église de Mont-Notre-Dame. Si oui, pouvez-vous m'en envoyer un exemplaire de chacune car j'aimerais les avoir. Bons baisers à tous.

 

P.S. Pourriez vous

1 - Me dire à quelle adresse je dois écrire à Mme Rey pour la remercier du chocolat annoncé.

2 - M’envoyer des cartes lettres, du savon dentifrice et 1 paire de chaussettes.

 

Ce 13 septembre (1917 ?)

Mes chers Parents,

 

J'ai reçu hier matin le paquet que vous m'avez fait porter. Je vous en remercie et je remercierai demain Madame Rey de sa boite de chocolats. Quoi de neuf à Murianette ? Ici rien sauf que le nombre des blessés augmente légèrement et que sous peu il sera je crois considérable à en juger par les préparatifs que l'on fait actuellement. Il commence à faire frais ici malgré le beau temps. Il y a surtout pendant la moitié de la journée un brouillard humide et froid qui est très désagréable. Nous avons eu aujourd'hui la visite de médecins américains qui ont considéré notre installation - pourtant vraiment merveilleuse - sans en avoir l'air autrement étonnés.

 

Pourrais-je avoir l'adresse de Paul Baboin ? Il y a une éternité que je ne lui ai pas écrit, lui non plus du reste.

 

Bons baisers à tous.

 

Ce 16 septembre (1917 ?)

Mes chers Parents,

 

J'ai eu hier la visite de Bos qui est cantonné pour quatre ou cinq jours dans un bois à côté de l’H.O.E., je viens de passer toute la journée avec lui. J'avais l'intention d'aller voir Louis Baboin qui est non loin d'ici mais malheureusement c'est trop loin pour pouvoir y aller en une après-midi. Je me suis donc contenté de faire du cheval dans un pré et je vais profiter de ces quatre où cinq jours pour apprendre à peu près à monter. J'ai envoyé un mot à Louis Baboin et j'espère avoir sa visite car il lui sera plus facile de venir qu'à moi d'y aller. Rien de neuf à part ça, quelques blessés mais sans exagération. Les préparatifs continuent nous venons de recevoir une autochir. qui vient de Dugny où elle a été copieusement bombardée, comme du reste vous avez pu le lire dans les journaux.

 

Je crois que ma permission n'arrivera guère avant la fin d'octobre, car je crois que nous aurons du travail pour la première quinzaine d'octobre. Je termine car il est un peu tard en vous embrassant tous bien affectueusement.

 

Ce 19 septembre (?) (1917 ?)

Mes chers Parents,

 

Vous avez dû avoir la visite de Bos qui a dû vous donner de mes nouvelles. Je l'ai en effet quitté ce matin au moment où il partait en permission. Je regrette son départ car les quelques jours qu'il a passés ici ont été très agréables pour moi qui suis absolument dépourvu de camarades ici. J'ai fait avec lui des balades à cheval toutes les après-midi et je commence à trotter et à galoper comme un cavalier accompli.

 

Je ne compte guère aller en permission avant la fin d'octobre au plus tôt car nous allons être très occupés vers le 10 je crois.

 

Pour ma nomination rien de neuf. J'attends et j'attendrai je crois encore trois semaines au moins.

 

Bos vous remettra probablement quelques photos de moi qu'il a prises il y a quelques jours ici. C'est étonnant que vous n'en ayez pas reçu de Georges car il y a plus d'un mois que nous en avons prises ensemble à Mont-Notre-Dame et ce serait dommage qu'elles soient perdues.

 

Je termine ma lettre pour me coucher car je suis assez fatigué, mes exercices équestres m'ayant fortement endolori les jambes et les genoux. Je vous embrasse tous bien affectueusement.

 

P.S. Je rappellerai à Papa que mon porte-monnaie est fortement en baisse.

A suivre…



05/02/2016
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