14-18Hebdo

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Henry Novel – Lettres à ses parents (1914-1918) - 4- Juin 1917

 

Henry Novel, 17 ans en 1914, est mobilisé en 1916 à Chambéry puis rejoint le front en 1917. Futur étudiant en médecine il est affecté à des services d’ambulance. Il correspond régulièrement avec ses parents qui habitent Grenoble où son père exerce la profession d’avoué.

Document transmis par Michel Novel, son fils - 19/10/2015

 

Ce 1 juin 1917 (tampon de la poste pour l'année)

Ma chère Maman,

 

J'ai reçu aujourd'hui le petit paquet de conserves de viande mais… la boite était ouverte et l'intérieur s'est envolé !!!! Le paquet était cependant toujours très bien ficelé, l'adresse, de l'écriture de Papa, était toutefois fausse : il y avait secteur 182 au lieu de 181 ce qui explique la longueur du voyage mais non la disparition du contenu. Enfin c'est un petit malheur que le colis par chemin de fer viendra j'espère bientôt racheter. Ma lettre d'hier a dû vous apprendre qu'il n'y avait rien de neuf ici, il court seulement des bruits sinistres sur la situation intérieure on parle de grèves, d'émeutes etc. J'espère que c'est faux car ce serait vraiment triste de voir tout cela mal finir par la faute de ceux qui n'en souffrent pas.

 

Je vous embrasse tous bien affectueusement.

 

Ce 5 juin 1917 (tampon de la poste pour l'année)

Mes chers Parents,

 

Il fait actuellement une chaleur torride ; je crois que je n'avais jamais eu chaud comme ces jours-ci. On se croirait dans une étuve. Avec ça depuis deux à trois jours à la suite d'une attaque boche il y a pas mal de travail.

 

Je n'ai encore pas reçu mes patins ni du reste aucun paquet à part cette conserve de viande arrivée dans l'état que vous savez. J'espère que vous ne vous êtes pas trompés d'adresse surtout pour les patins qui me manquent beaucoup. Dans votre prochain paquet ajoutez je vous prie mon caleçon de bains (celui qui est noir), le seul moment d'agréable étant celui où l'on peut aller se tremper dans l'eau froide de la Vesle. On m'apporte à l'instant une lettre d'Odette, dites lui que je lui promets une longue réponse aussitôt que j'aurai le courage de l'écrire. Comme j'ai pas mal de travail cet après-midi et que je veux faire partir ma lettre ce soir je termine en vous embrassant bien affectueusement.

 

Ce 11 juin (je suppose 1917)

Mes chers Parents,

 

J'ai reçu hier le colis postal envoyé le 31 mai. Il est arrivé en excellent état et m'a fait grand plaisir car c'est cent fois plus agréable de recevoir de gros colis que les minuscules paquets par la poste. J'ai également hier reçu une carte de Georges qui me dit être en Champagne dans un coin assez calme. Du reste en général la région devient plus calme et quoique nous soyons occupés toute la journée nous ne sommes pas surchargés de travail comme autrefois. Notre médecin-chef, un type épatant, nous fait des cours merveilleux d'anatomie tous les matins aux autopsies. Nous avons ces temps-ci horriblement souffert de la chaleur mais depuis hier il pleut à verse ce qui j'espère rafraichira le temps pour quelques jours.

 

Que se passe-t-il à l'intérieur ? Il court très souvent ici des bruits de grèves et d'émeutes mais qu'y a-t-il de vrai là dedans ? Ce qui n'est pas douteux c'est que le moral des troupes a baissé d'une façon extraordinaire, des régiments auraient l'autre jour refusé de monter en ligne parce que les permissions étaient en retard. Samedi il est passé en gare de Mont-Notre-Dame un train de permissionnaires qui partaient, ils chantaient tous l'internationale et le train a été mis sur une voie de garage pour prendre le chemin du retour ! Chose curieuse aussi les boches ont attaqué l'autre jour en formation serrée et en faisant en français de la propagande pour la paix !!I Cette histoire m'a été racontée par des officiers blessés et elle a été répétée par des soldats blessés également, elle a donc des chances d'être véridique quelle qu'étonnante qu'elle soit.

 

Les ambulances de la région ont été extraordinairement bombardées ces temps-ci en représailles de je ne sais quel bombardement français. On a été forcé d'en évacuer plusieurs et il y a eu des dégâts et des pertes assez sensibles. Heureusement nous sommes, nous, tout à fait tranquilles à part l'inévitable musique nocturne assez embêtante, car nous avons eu deux tués par balle de mitrailleuse française contre aéros.

 

Dans votre prochaine lettre mettez-moi s'il vous plait quelques timbres-poste car j'aurai souvent l'occasion de faire porter des lettres mais, lorsqu'on les donne pas timbrées, le type a le plus souvent la flemme d'acheter un timbre et préfère garder les trois sous pour lui ! J'espère néanmoins que celle-là vous arrivera et en attendant de vos nouvelles je vous embrasse tous bien affectueusement.

 

P.S. Prière de joindre au prochain colis ma veste en toile kaki et si possible un pantalon de toile blanche.

 

Ce 22 juin (1917 ?)

Mes chers Parents,

 

Il est dit que nous n'aurons jamais quinze jours de calme. Les boches se sont imaginés d'attaquer ces jours-ci en face de nous, le résultat a été insignifiant pour eux au point de vue avance mais ils ont abimé cependant quelques compagnies du 97e, 297e, 159e et 359e de Chambéry et Briançon. Les boches ont fait preuve pour cette attaque d'une étonnante activité aérienne. Avant-hier en plein midi cinq aéros boches sont venus nous survoler très bas, ont lancé des bombes et mitraillé !!! Il y a eu un civil de Mont-Notre-Dame et un infirmier tués, une infirmière et quelques infirmiers blessés. Les taubes sont repartis comme ils étaient venus accompagnés par quelques coups de canons anti aériens et de mitrailleuses. Nos as devaient avoir la flemme, ce qui leur arrive assez fréquemment maintenant car les boches se baladent comme chez eux.

 

Pour dérouter les visiteurs importuns un intelligent galonné que j'aurai plaisir à connaître a fait construire…/…

 

Ce mardi (30 juin 1917 pour le tampon de la poste difficile à lire)

Mes chers Parents,

 

J'ai reçu hier deux lettres de Maman, les premières depuis mon retour ici. Je vois qu'à Grenoble vous avez à peu près le même temps qu'ici : chaleur terrible toute la semaine, tempérée cependant depuis hier par un orage court mais rafraichissant. Rien de neuf ici cette semaine, les nuits seules sont très pénibles avec la chaleur et les taubes qui viennent régulièrement nous réveiller au moment où l'on commence à s'assoupir. J'ai appris également hier par ces lettres que ce phénomène de Jacques allait enfin être mis en pension pour cas de force majeure, c'est bien ennuyeux pour cette pauvre tante mais réellement je crois qu'il l'a bien cherché. J'ai oublié dans ma dernière lettre de vous dire que j'avais découvert dans un coin de mon paquet quelques cigares que je n'avais pas mis ; comme ils ne sont également pas venus tout seuls, je remercie le généreux et anonyme donateur.

 

Hier à notre grand étonnement, le gestionnaire de l'H.O.E. nous fait appeler pour... nous nommer !!! Comme nous manifestions notre profond étonnement il nous a montré la circulaire sur laquelle il s'appuyait. Le malheureux l'avait comprise de travers. Sans avoir été ennuyé par la première nouvelle je ne vous cacherais pas que la découverte de sa méprise ne nous a pas causé beaucoup de peine, au contraire ! C'est curieux comme plus on approche du front moins on devient belliqueux. La circulaire en question est malheureusement formelle, mais pour le 10 octobre !! d'ici là…

 

Je vous embrasse tous bien affectueusement.

A suivre…



15/01/2016
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