14-18Hebdo

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Henry Novel – Lettres à ses parents (1914-1918) - 1- Avant-propos

 

Henry Novel, 17 ans en 1914, est mobilisé en 1916 à Chambéry puis rejoint le front en 1917. Futur étudiant en médecine il est affecté à des services d’ambulance. Il correspond régulièrement avec ses parents qui habitent Grenoble où son père exerce la profession d’avoué.

  

Document transmis par Michel Novel, son fils - 19/10/2015

 

Parler de son père n’est déjà pas très facile, en parler dans le cadre d’une période exceptionnelle sur laquelle il a gardé un silence que sa famille et son entourage ont respecté sans trop se poser de question ou accumuler les regrets, l’est encore moins.

   

Henry Novel est né à Grenoble, en 1897 tout à la fin du XIX° siècle, dix huit mois après un frère aîné Georges (1895), et la fratrie sera complétée par un troisième garçon Maurice (1901) et enfin une fille Odette (1902). Sa mère, orpheline très jeune, était la petite-fille d’un personnage qui a marqué son petit village d’origine dans l’Isère : Joseph Perrier, dit le soldat d’Egypte pour avoir participé à cette campagne napoléonienne et y avoir laissé un bras. Son père était avoué, profession qui s’est fondue de nos jours dans celle d’avocat ou conseiller juridique, de nombreux membres de sa famille exerçaient dans des carrières juridiques. Henry, lui, se dirigea vers la médecine, tandis que son aîné se préparait à suivre les traces de son père et lui succéder à l’étude de la rue Lesdiguières.

 

 Mais n’anticipons pas ! La "grande guerre" devait au début des études supérieures de Georges et Henry bouleverser leurs existences désormais animées, dominées et dirigées par un patriotisme qu’on retrouve avec émotion, étonnement et presqu’incrédulité dans les écrits retrouvés. Une tradition orale de la famille affirme que, la seule arme qui vaille en Dauphiné étant les chasseurs alpins, ils prirent, dès le bachot obtenu (ou l’âge nécessaire) la direction de Chambéry pour s’engager en se déclarant "analphabètes", ne sachant ni lire, ni écrire, pour éviter tout risque de sursis souvent accordé aux étudiants pour finir leur formation, ou d’envoi dans une école d’officiers, affectation considérée comme une "planque" destinée à retarder la présence dangereuse mais seule glorieuse au combat de première ligne. La supercherie fut rapidement découverte et l’on comprend même que la poursuite de sa formation médicale, et éventuellement l’obtention de certificats destinés à raccourcir le délai d’acquisition du diplôme lui permettant d’exercer la profession médicale une fois la guerre terminée devinrent un objectif de premier rang pour l’appréciation, voire l’orientation de ses affectations.

 

 Et d’après lui, ce qu’il a le plus rapidement appris en médecine à l’armée, c’est de savoir vite distinguer ce qui est grave et urgent de ce qui ne l’est pas, appréciation qui n’est nullement en rapport avec l’horreur apparente de la blessure et du sang versé, ni avec l’intensité des plaintes et gémissements même justifiés des victimes...

 

 

 Texte d'une citation trouvée au milieu des lettres :

 

"A ASSURE AVEC LE PLUS GRAND DEVOUEMENT SUR LA LIGNE DE FEU MEME LES SOINS IMMEDIATS AUX BLESSES DES ELEMENTS LES PLUS AVANCES PERMETTANT AINSI UNE EVACUATION PARFAITE DES BLESSES DU BATAILLON"

 

 

 Ces lettres à ses parents m'ont beaucoup intéressé contrairement à la première impression que j'avais eue.

    

Malheureusement elles ne portent pratiquement aucune date. On peut sûrement faire plus de déductions que j'en ai faites.

 

 Il en manque hélas beaucoup.

 

 Il n'y en a aucune de l'expédition en Orient.

 

Le 15.03.1999

 Soit plus de 80 ans après

 

 

 

Ce mardi 25/01/1916 (tampon de la poste : 26.1.1916)

Mes chers Parents,

   

Je ne vous envoie aujourd'hui que ce mot à toute vitesse car je commence à être passablement éreinté. Depuis hier matin nous commençons à barder sérieusement, marches, exercices, etc. Heureusement que je vais être vacciné demain. Cela me fera un jour et demi de repos et j'aurai le temps de vous écrire plus longuement. J'espère bien avoir une permission dimanche à moins que d'ici là il n'arrive une histoire quelconque, ce qui est fort possible car à la caserne il faut s'attendre à tout. Je pense bien avoir de vos nouvelles et une lettre d'Odette ces jours-ci pour occuper ma journée de mercredi qui se passera au lit toute la journée. Je vous rappelle que ma nouvelle adresse est H. Novel - chasseur au 13 bataillon 1re section 2e escouade classe 17 - Chambéry. Je termine car j'ai vraiment besoin d'aller me coucher en vous embrassant ainsi que Momo et Dédette[1] tous bien affectueusement.

 

Ce mardi (01/02/1916 ?)

Mes chers Parents,

   

Je suis rentré à bon port dimanche soir avec une pluie torrentielle et dans un train plus que bondé. Nous n'avons pas reçu de nouveaux blessés cette semaine mais il y a toujours beaucoup de travail avec les anciens. Depuis deux jours nous avons une série d'opérations très intéressantes avec la table radioscopique, c'est la première fois que je voyais opérer de cette façon très curieuse. Hier soir à dix heures le docteur est venu me chercher pour aller faire une anesthésie à un pâtissier qui avait eu un accident de tramway !! Je suis rentré au milieu de la nuit chargé de petits gâteaux et de champagne à la plus grande joie de tous mes camarades !

 

 Je dois ce soir aller voir Monsieur Pélissier à l'hôpital du Parc et j'irai ensuite comme à peu près tous les soirs terminer mon après midi par une partie de canot. Nous avons à l'hôpital comme secrétaire bénévole un Monsieur Gauthier qui est le frère du docteur d'Albert, je lui ai parlé du sergent Nallet hier et il m'a promis d'écrire le jour même pour recommander chaudement à son frère le sergent en question.

 

 Je te prie de dire à Odette que je suis en train de travailler pour elle et que, sous peu, elle recevra un petit album de photographies du parc et de son frère. Il me manque encore quelques photos pour compléter cet album mais s'il y a quelques jours de beau temps les places vides seront vite comblées.

 

 Je te serai aussi très reconnaissant de penser à moi si par hasard tu fabriques des plum-cakes, voilà deux jours que je ne dine guère avant midi et demie, une heure, et un morceau de cet excellent gâteau serait le bienvenu avec mon déjeuner.

 

 Je termine vite ma lettre sur cette considération gastronomique car c'est bientôt l'heure de la visite et il me faut bâtir auparavant une feuille de température aux zigzags impressionnants. Je vous embrasse tous bien affectueusement.

 

 P.S. Pourrais tu dire également à Papa que mon voyage à Grenoble a quelque peu anémié mon porte-monnaie et qu'il aurait besoin d'un léger cordial d'ici quelques jours.

 

A suivre…

 



[1] Momo, son frère Maurice, né en 1901 ; Dédette, sa sœur Odette, née en 1902

 



25/12/2015
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