14-18Hebdo

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Docelles – 1914-1918 – 6. Des Blessés

Christian Tarantola - Novembre 2004

  

Monsieur Georges THIRIET

(Remerciements à son fils Bernard de m’avoir communiqué ces éléments)

 

Cadre général

Nous avons connu l’impressionnant Georges dans son bureau de tabac qu'il tenait avec son épouse à Docelles. Sur le plancher sa prothèse, plus familièrement son pilon, annonçait par sa frappe saccadée la venue de Georges. Enfants nous étions toujours impressionnés.

 

En échange de la jambe qu'il avait laissée au front, le pays lui avait permis d'ouvrir un bureau de tabac.

 

La guerre

Né à Tendon le 22 janvier 1898, le soldat Georges Thiriet part au front matricule 17983, dans les rangs du 97e RI en mars 1918, en Alsace réputée comme étant un secteur calme. Il faut prendre ce terme avec beaucoup de prudence, car si les secteurs alsaciens ne font plus l'objet du communiqué, ce n’est pas pour autant que la mort ne rode pas, sournoise et imprévue.

 

Pendant ce temps, Foch met en place « l'offensive sans répit » qui se déroulera du 20 juillet au 7 septembre. Le 97e en ce mois d'août occupe un secteur au nord de Reims.

 

Une nuit en Champagne, notre première classe est de garde dans un poste avancé avec un autre soldat. Ils sont environ à deux cents mètres devant les lignes. Leur mission est de surveiller les lignes adverses. Soudain le drame éclate : des Allemands se sont approchés et lance leur fameuse grenade offensive à manche. Il tombe. Son copain qui s'est baissé le croit mort et regagne les lignes. Certitude que partagent les soldats ennemis qui se contentent de lui prendre son écusson régimentaire qu'il porte au col (manière de connaître quels sont les régiments qui sont en face).

 

Avec l'énergie du désespoir, Georges se traîne jusqu'aux lignes à 200 mètres malgré ses jambes brisées. Nous sommes le 27 août 1918, il fait beau, et notre jeune soldat ne marchera plus jamais normalement.

 

Quand il arrive au poste de secours, le médecin qui le soigne lui dira : « Tu reviens de loin ».

 

Lejeune soldat est transporté à l'ambulance 13/20 à Troyes, Les certificats médicaux sont précis dans leur froideur : « Nombreuses plaies des 2 jambes, fracture compliquée de la jambe droite aux deux os. Articulation du genou touchée. 2 larges et profondes plaies. Plaie carpo-métatarsienne dorsale, section du tendon.

 

Le 7 septembre à 23 heures, l'amputation de la cuisse au 1/3 inférieure est décidée et exécutée. Si les amputations étaient fréquentes au début de la guerre, elles sont de plus en plus rares dans ces derniers mois. Il faut en plus cureter les plaies des jambes de la cuisse gauche, de l'avant bras droit et du poignet.

 

Le 25 septembre, le médecin traitant de l'hôpital signale : « Amputation de la cuisse 1/3 inférieure pour fracture compliquée des 2 os de la jambe droite et de l'artère du genou droit. Sept plaies pénétrantes de la jambe gauche, de la cuisse gauche. Débridement et curetage. Plaies larges profondes de la partie postéro extérieure de l'avant-bras droit et une plaie pénétrante carpa-métacarpienne dorsale. Section des tendons externes 2 et 3 ».

 

Evacué à l'intérieur, couché.

 

Sur le billet qui l'expédie à l'hôpital auxiliaire N°2 à Troyes sont inscrits en rouge ces quelques mots qui reflètent bien la triste condition de notre concitoyen : REGIME EXCEPTIONNEL.

 

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LECOANET Léon

(Avec mes remerciements à Régine Robert, sa fille, pour les documents fournis).

 

Médaille militaire, croix de guerre avec deux palmes et une étoile.

 

Né en 1881, alors qu'il est père de 3 enfants, il est appelé dans les rangs de la 7e compagnie 7e section du 158e RI. Il quitte son métier de charpentier pour partir à la guerre laissant entre autre un petit enfant (6 mois) qui plus tard aura de la peine à l'accepter, dure réalité :

« Tu n’es pas mon papa, mon papa est à la guerre ».

 

Il aura la douleur extrême de perdre son frère, dans les terribles combats de Notre-Dame-de-Lorette, croyant en devenir fou. Il est victime d'une blessure qui va entraîner l'amputation. Militairement il se verra attribuer la médaille militaire et une croix de guerre avec palme et une étoile.

 

Extrait de l'Ordre du Corps d'Armée du 15 avril 1915 : « LECOANET Léon matricule 011316 du 158 RI. L'ennemi ayant préparé une contre-attaque de nuit par un violent bombardement de grenades à main qui avaient mis ses camarades hors de combat, a fait preuve d'une bravoure et d'une opiniâtreté admirables, en contenant seul jusqu’à l’arrivée des renforts l'ennemi qui tentait de déboucher à 5 mètres de la position). »

 

Il sera d'abord soigné à l'hôpital Saint-Joseph à Saint-Mandé, subissant déjà de nombreuses et lourdes opérations. Il ira d’hôpitaux en hôpitaux : Trébeurden hôpital complémentaire 99 (Hôtel d'Angleterre), hôpital N°20 à Lannion, N°83 à Rennes, avant que de revenir sur Paris pour être appareillé d'une prothèse au coût de 300 francs qu'il faut se procurer, ce dont s'occupe la Supérieure de l'hôpital Saint-Joseph, la Sœur Marie-Joseph, en relation avec une dame inconnue qui participe à cet achat. Il y eut ainsi de nombreuses bonnes âmes (lettre du 13 décembre 1915) Il semble content de sa jambe artificielle. L'échange de lettre avec Mme Grémier, mère d'un soldat amputé lui aussi, témoigne des difficultés à soigner pareille blessure et à calmer les douleurs.

 

Le 28 février 1916, il quitte Paris pour le Val-d'Ajol, l'administrateur le recommandant spécialement aux autorités militaires. C'est à partir de ce moment qu'il va se reconvertir dans le métier de cordonnier.

  

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André BERTIN

Croix d'Officier de la Légion d'honneur, croix de guerre avec 10 citations (dont 3 à l'ordre de l'armée), croix de guerre belge

 

C'est certainement la personnalité qui a le plus marqué les Docellois de cette époque. Maire à la déclaration de guerre, il va quitter et cette fonction et celle de directeur de Lana pour retrouver un milieu qui l'avait toujours tenté : le métier des armes.

 

Quand il passera dans le village avec son régiment, les enfants iront le saluer, et c'est avec fierté que le soldat Georges, classe 1917, reçoit de ses mains l'étoile de sa seconde citation.

 

L'ALSACE

Il faudrait un livre entier pour parler de sa guerre, qu'il commence comme sous-lieutenant au 68e BCP. Il est nommé capitaine en janvier 1915. Les noms des batailles sur le sol alsacien se succèdent : dans la neige, à la cote 1201 (Herrenberg), de nuit les Diables Bleus s'approchent des positions ennemies et, après une préparation d'artillerie fondent sur l'ennemi surpris de les voir si proches ; Mittlach, Ersbach sont occupés. On croit un instant à la percée… Le Cn Bertin est à Schienloch. Il est nommé Chevalier de la Légion d'honneur.

 

Toute l'année les combats des Hauts feront rage. La 10e compagnie participe à l'attaque générale contre Metzeral, et parvient, avec le 15e BCA à ouvrir une brèche dans la ligne allemande, prenant pied sur les pentes de 55, face à Metzeral. Le 20 septembre c'est le retour vers l'Hartmannswillerkopf, où il participe aux assauts des 21 et 22 décembre pour ravitailler les troupes avancées. Le lieutenant Henri Martin, dans son recueil Poèmes d'Alsace dédie celui consacré « aux petits canons du Schnepfenried » au capitaine André Bertin du 68e BCA, en souvenir de cette attaque.

 

Le 26 décembre, au Collet de l'Hirtzein, il subit un fort bombardement : les tranchées sont bouleversées, les fusils volent en morceaux. Sentant sa compagnie menacée, sous ce bombardement incessant, qui croît au long des minutes, le Cn Bertin se porte en terrain découvert sur sa première ligne. En cours de route, un obus le frappe grièvement. Atteint à la face d'une grave blessure, il est déclaré inapte à faire campagne. Mais il repart comme volontaire au 68e BCA.

 

La FIN DE LA GUERRE

On le revoit partout, à la tête de ses troupes, véritable meneur d'hommes surnommé l’« entraîneur de la division » : Alsace, Craonne, la Malmaison. En mars 1918, il est nommé commandant, nommé au 97e régiment d'infanterie alpine. En septembre 1918, il opère du côté de la Belgique, et c'est en pleine action qu'un éclat d'obus le frappe de nouveau, un mois à peine avant l'Armistice.

 

Sources : Historiques des régiments cités, Hommage au colonel André Bertin prononcé á Angers le 20 février 1937, Poèmes d'Alsace de Henri Martin. Une rue de notre cité porte son nom.

 

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LEJEUNE Charles Léon

Camionneur chez Drach à Cheniménil.

 

Soldat de 2e classe au 43e régiment d'infanterie territoriale. Ce régiment formé en grande partie de Vosgiens, bien qu'il fût dit de territorial, a tenu les lignes dans les Vosges. Le soldat Lejeune est blessé par éclat de grenade à fusil le 30 août 1916 dans le secteur des Colins, prés de Celles-sur-Plaine, au pied de la Chapelotte. Il allait rechercher un autre blessé dans les premiers barbelés. A sa manche il lui restait un poignet de chemise ! Le certificat de blessure de guerre dressé et signé de 3 personnes mentionne une plaie pénétrante à la face interne de la jambe droite.

 

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GREMILLET Romary Jules

En remerciements à Thérèse Bégel pour son aide

 

Né en 1877 après avoir fait son service au 149e RI, il est versé dans la territoriale, au 43e RIT. Ce régiment de territoriaux, donc formé de personnes d'un certain âge participe aux combats. Il est blessé le 11 juillet 1915, vers 10 heures 30, durant les durs combats de la Fontenelle, prés de Saint-Dié : plaie à la poitrine, coté droit par éclat d'obus. D'abord transporté à l'hôpital de Bruyères il est conduit ensuite sur l'hôpital N°2 bis de DOLE le 15 juillet. Il en sort le 30 août pour convalescence. Evacué pour congé de convalescence le 17 septembre pour un mois. En 1917, alors qu'il est au 123e RIT, il est de nouveau hospitalisé pour rhumatismes suraigus, hôpital auxiliaire N°9 d'Epinai. Ses malheurs ne sont pas terminés puisqu’il est de nouveau en traitement pour la gale contractée en service commandé. Il a 41 ans. Ces deux dernières raisons d'hospitalisation démontrent s'il le fallait encore les conditions misérables de vie des poilus au front.

 

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COLIN Julien Joseph.

Classe 1909, fait la guerre dans les rangs du 170e Ri du 1er août 1914 au 10 mars 1915 à la 16e compagnie. Passé dans la réserve -370e-, il est blessé à Saint-Maurice le 16 juin 1915 en creusant une tranchée. Evacué à Baccarat, Gray, Cette (ancien nom de Sète).

 

Retour, le 8 novembre, à la première compagnie du 170 où il reste jusqu’en février 1917. C'est dans l'effectif de la 3e Cie du 42e RI qu'il est fait prisonnier à Berméricourt, prés de Reims, le 19 avril 1917 à 6 heures du soir. La première nuit est consacrée à une marche incessante, pour arriver dans la prison de Réthel. Il restera prisonnier dans cette ville, puis à Charleville, Rocroi, Montmeyan jusqu' au 11 novembre 1918.

 

Le billet joint qui porte l'adresse de ses parents a été jeté, récupéré, et remis à ses destinataires !...

 

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BEGEL Léon Eugene

Remerciements à la famille Dehosse pour les documents fournis

 

Né à Cornimont le 15 avril 1897, Léon Bégel s'engage pour la durée de la guerre dès le début du conflit au 15 chasseur à cheval (il a 17 ans et à ce titre fera partie des plus jeunes engagés de la guerre). En novembre, il est versé dans l'infanterie, 125e RI, alors sur le front de Belgique. En décembre 1914, il combat devant Ypres. Il est retiré du front en janvier 1915, pour fièvres typhoïde. Remis, il se porte volontaire pour l'Armée d'Orient. Il revêt l'écusson du 175e RI et va connaître les affres et souffrances de cette armée un peu oubliée. Il est rapatrié en France, par décret ministériel, après 13 mois d'Orient.

 

Du 262e Ri il est détaché aux tanks, à Martigny les Bains, arme alors très nouvelle. Il obtient une citation :

« Le Colonel Claverie du 9e régiment de marche tirailleur algérien cite à l'ordre du régiment, Bégel, clairon au 262e RI, agent de liaison, très courageux a été blessé en conduisant son char au combat sous un violent bombardement ».

 

Un éclat d'obus le blesse à l'index de la main gauche le 18 juillet 1918 devant Villers Cotteret, lors de la dernière grande offensive allemande.

 

Guéri il reprend son poste, est grièvement touché devant Roulers en Belgique le 14 octobre 1918, mâchoire droite brisée. Il fait l'objet d'une nouvelle citation. La guerre est terminée pour lui, il a 21 ans !

 

De tels états de service lui valent : la médaille militaire, la croix de guerre, la médaille de Serbie, des Balkans, la médaille des blessés.

 

Il terminera sa vie à la tête de son commerce, tout en ayant commandé les pompiers du village.

 

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AUTRES BLESSES

Pour lesquels nous n'avons eu que de brèves indications :

 

Denet Lucien, mutilé de guerre.

 

Vacchaidre Paul 11e régiment de génie. Il fait l'objet d'une citation à l'ordre du régiment : « bon sapeur sur le front depuis le début de la campagne accomplissant toujours son devoir même dans les cas les plus difficiles ».

 

Père de Roger Vacchaidre, classe 10, pieds gelés dans la Somme, évacué le 13 janvier 1918.

 

Vacchaidre René

Grand blessé de guerre, éclat d'obus dans les poumons. Il fut décoré sur son lit de souffrance.

  

COLIN Albert

Merci à Suzanne Colin

 

Né le 7-12-1887 à Etival.

 

2e classe au 21e BCP de Raon-l'Etape. En fin 1914, le bataillon est dans l'Artois : « l'hiver est arrivé et avec lui la pluie et la boue. Les tranchées et les boyaux de Noulette sont de vrais bourbiers. Nos malheureux soldats dans l'eau jusque aux genoux, sont soumis aux pires bombardements rendus plus meurtriers encore par le manque d'abris. » (Historique du régiment)

 

C'est dans ces conditions que le chasseur Colin est blessé puis évacué le 10 décembre, au CH de Compiègne. Pour lui la guerre est terminée.

 

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Il y en eut beaucoup d'autres dont certains que nous retrouverons dans les pages suivantes. Mais tous subirent, au delà de la morsure physique, une détresse morale qui les tint longtemps dans un monde où les autres n’ont pas de place.

 

Prochain article : Docelles - 1914-1918 – 7. Images d'anciens combattants


19/10/2018
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