14-18Hebdo

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Docelles – 1914-1918 – 2. Les premiers jours de la guerre

Christian Tarantola - Novembre 2004

 

Durant quelques heures le calme règne, mais bien vite tout va changer.

Les premières troupes

Des trains entiers vont commencer à charrier des milliers d'hommes vers l'Est. Les enfants se pressent le long des voies pour les regarder passer et regarder en gare atteler la seconde machine.

 

D'autres troupes montent par la route. Certaines laissent de drôles de souvenirs, au 11e BCA, le 7 août, c'est le charivari complet, le soleil est brûlant et les chasseurs excités et débraillés boivent de la bière à flot, le vin ruisselle dans les gosiers. Au 9e Hussard, les cavaliers doivent faire preuve de leur capacité à conserver leur assiette, et montent sans selle au fond d'une verdoyante prairie. Position grotesque qui fait rire !

 

Le soir les chevaux seront attachés à une barrière bordant l'église, et c'est sur une toile de tente que dormiront les soldats. Tout ce monde repartira le lendemain par la côte des Forges.

 

Le 11e BCA allait trouver son destin au Bonhomme, où il sera deux jours plus tard.

 

La 2e brigade coloniale, 5e et 6e RIC, venant d'Archettes, monte vers la Chipotte, ne se doutant pas qu'elle va à la rencontre de notre histoire.

 

N.B. Nous ne citerons pas tous les régiments qui sont passés dans le village tant la liste est longue. Ils apparaitront pour certains au long du texte.

  

Les Chemins de Fer

(Remerciements à Mr Sergent et sa famille)

 

Bref rappel historique

La ligne d'Arches à Laveline était une ligne privée concédée par décret du 25 décembre 1867. Elle fut rachetée par l'Etat, après avoir été classée d'intérêt général par la loi de juillet 1879, ses embranchements compris.

 

La ligne de Granges à Gérardmer, ouverte de 1869 à 1870 fut reprise par la Compagnie de l'Est en 1883.

 

Nous voyons tout de suite les aspects stratégiques de ces lignes qui amèneront les soldats au plus près du front.

 

Le Matériel

6 types d'engins à traction étaient alors utilisés en 1914 dont la N° 030, la plus connue sur cette ligne (voir photo en gare de Docelles-Cheniménil). Dans cette série dont la numérotation allait de 1 à 120 et de 250 à 766, les noms de baptême des locomotives rappelaient pour certains notre vallée : La Vologne, Ville de Bruyères, Granges, Ville de Saint-Dié, Les Vosges, Fraize, Plainfaing.

 

Les Voies ferrées

Deux lignes. A Docelles, une seconde machine venait renforcer la puissance des tractions. D'où parfois une attente assez longue.

 

Docelles Image8 Gare.jpg

 

Les premiers jours de guerre

Les dépêches

Un système de dépêches, venant de la Préfecture ou de la Sous-préfecture de Saint-Dié, adressée au maire de Bruyères pour distribution aux maires du canton, est mis en place afin de donner des informations et régler la vie publique. Le télégramme fonctionne à fond.

 

Quelques titres

9 août : du préfet des Vosges : « les troupes françaises occupent Mulhouse après Altkirch… les Allemands se sont retirés dans un grand désordre » (Elles devront retraiter d'ici quelques jours)

 

10 août : « Les Allemands en Belgique manquent de vivres… les patrouilles isolées se rendent pour obtenir des aliments »

 

15 août : des « Nouvelles officielles » : « Les Russes en Autriche »

 

17 août : « les troupes françaises, qui ont occupé le Donon avant-hier, se sont portées en avant »

 

Mais le 23 août, de la même source : « Dans les Vosges, la situation générale nous détermine à ramener en arrière nos troupes du Donon et du Col de Saales, ces points n'avaient plus en effet d'importance »

 

Toutes ces dépêches et communiqués de diverses formes étaient transmis aux différentes mairies, faisaient l'objet d'une transcription manuelle et de résumés, lus ensuite ou affichés.

 

Docelles Image9 Message préfet des Vosges.jpg

 

L'optimisme des premières journées va vite fondre…

 

Premières mesures

Dès le début du mois, par message, le Préfet signale l'interdiction absolue de laisser circuler, de 8 heures du soir à 6 heures du matin, les automobiles et autres types de véhicules, militaires ou civils, ne justifiant pas d'un permis de circuler. Ceci est à mettre en exécution par tous les moyens.

 

Le chemin de fer est réservé aux convois militaires.

 

L'éveil à la réalité : les réfugiés.

Le ton des communiqués change ; il est fait mention d'atrocités commises par les troupes allemandes, que ce soit en Belgique, mais aussi dans l'Est, notamment dans les Vosges, le curé d'Allarmont est fusillé, les villages brûlent. Ces récits sont relayés par les réfugiés qui arrivent le la vallée du Rabodeau, d'Etival, de Raon-l'Etape. Pauvres gens jetés sur les routes, en proie à la peur, fatigués, traînant dans une charrette quelques pauvres biens. Ce sont surtout des femmes, des enfants et des vieillards Aucune organisation n’est prête pour les prendre en charge. C'est un peu la débrouillardise et la charité des Docellois qui les aident. Ils dorment sur du foin dans les greniers. Après la bataille de la Chipotte et le recul des troupes ennemies sur les sommets, certains repartiront vers leur domicile, d'autres natifs des régions occupées partiront vers le centre de la France.

 

Une lettre écrite par un chasseur du 62e BCP de passage confirme ce retournement de situation : « Nous rencontrons à chaque instant des convois de blessés et de réfugiés, se sauvant devant les Allemands ».

 

Dans le village

(In memoriam Mme-Halbout née Ongania)

Une crainte assez vive se fait sentir. Jeanne Ongania monte avec sa famille le soir à l'Encerf, afin de regarder au loin les volutes de fumées des villages qui brûlent, les prés en feu. L'angoisse gagne la population. La canonnade qui sévit du côté de Rambervillers est parfaitement perceptible. Les blessés dans les trains racontent, pour ceux qui le peuvent, la tragédie de ces moments.

 

Les anciens (dont mon arrière-grand'Mére) se remémorent l'arrivée des Prussiens en 1870. Les uhlans s'amusaient à leur faire peur en faisant mine de tirer à travers les soupiraux des caves où ils s'étaient réfugiés. Ce cauchemar allait-il se répéter ?

 

Les Alsaciens réfugiés après la guerre de 1870, la famille de Joseph Bath, Charles Munsch, sont particulièrement attentifs à l'évolution des événements.

 

D'aucuns commencent à se préparer à partir, chargeant les chariots, tirés par des bœufs, les chevaux ayant été réquisitionnés. Cependant personne ne partira.

 

Dispositions

Les soldats présents, aidés de civils, commencent à mettre en défense le village : des barricades sont dressées au niveau des Cités Boucher, avec charrettes et rames de haricots ! Les soldats coupent du bois dans la prairie pour renforcer ce dispositif pendant que d'autres guettent vers la route des Forges.

 

Un large fossé est creusé au Pâquis, sur la route de Bruyères. Le Bois pelé au Boulay est mis en état de défense. On creuse des tranchées vers Epinal...

 

Et puis début septembre le calme revient, les Allemands ont retraité.

 

Les habitants ne savent pas encore qu’ils s'installent dans une guerre longue et cruelle.

  

Prochain article : Docelles - 1914-1918 – 3. Etat de guerre


21/09/2018
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