14-18Hebdo

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Cornimont, village frontière, dans la Grande Guerre - 2 - L’état de guerre

Danièle Grandemange – 19-12-2017

 

Le 2 août 1914, un décret « porte déclaration de mise en état de siège de l’ensemble du territoire métropolitain ».

 

La commune de Cornimont et ses voisines La Bresse, Ventron, Saulxures sur Moselotte, sont situées sur le territoire de la VIIème armée. Elles appartiennent à la zone réservée : la zone Z. Cornimont, La Bresse et Ventron sont des villages-frontières et proches du front. Ils vont donc être placés sous une législation bien particulière. L’autorité militaire s’impose et le commandant de la place donne ses ordres au Maire qui doit également tenir compte des recommandations du Préfet des Vosges et du Sous-préfet de Remiremont. Celui qui va jouer ce rôle parfois très délicat, c’est Me Albert VALDENAIRE, notaire et Maire depuis 1894.

 

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Doc 10 : Me Albert VALDENAIRE Maire de Cornimont

 

L’état de guerre va d’abord se manifester par des restrictions de circulation. Les voies de communication sont réservées aux besoins des armées. Ce sont donc les régiments qui ont la priorité, que ce soit sur les routes ou sur les voies ferrées.

 

Il est d’abord interdit de circuler à bicyclette ou en voiture pour les civils, exception faite des employés de l’administration.

 

Les chevaux ont été réquisitionnés dès juillet 1914.

 

Les déplacements des habitants sont limités et très surveillés. Pour circuler à l’intérieur de la zone Z, il faut obligatoirement un laissez-passer, même pour passer quelques heures dans le village voisin. Le Maire peut délivrer les laissez-passer. En décembre 1914 une épidémie de diphtérie à Saulxures provoque momentanément l’arrêt de la délivrance de laissez-passer.

 

Pour sortir de la zone Z et pouvoir y revenir sans problème, un sauf-conduit est alors nécessaire. L’autorisation doit être donnée par les Généraux de la VIIème armée ou le Préfet, après avis du maire. Le Préfet a d’ailleurs fait ses recommandations au Maire : « Je ne saurais trop vous recommander de ne délivrer ces sauf-conduits qu’aux habitants honorables de votre commune, que vous connaissez personnellement ou dont l’identité ou l’honorabilité vous sont certifiées par 2 personnes connues de vous ». Aussi, on retrouve dans les Archives des mots du Maire certifiant : « cette personne habite la commune depuis 30 ans… Cette personne a toujours vécu à Cornimont … etc. »

 

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Doc 11 : Un laissez-passer

 

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Doc 12 : Un sauf-conduit.

 

La gare de Cornimont est un maillon important dans le déplacement des troupes. La Compagnie des Chemins de fer de l’Est est encore une société privée mais elle est tout de même placée sous l’autorité du commandant en chef des armées. La ligne Remiremont - Cornimont, ouverte en 1877, va devenir incontournable pour l’acheminement des troupes : hommes et chevaux. Elle doit servir au ravitaillement des combattants sur les Crêtes et en Alsace. Elle sera de plus en plus l’exclusivité de l’armée qui laissera de moins en moins de créneaux pour les civils. En décembre 1916, le maire de Saulxures demande que quelques voitures de voyageurs soient ajoutées à un train de marchandises de chaque sens, en milieu de journée, sur cette ligne. Refus de l’armée qui ne peut s’engager sur des horaires réguliers.

 

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Doc 13 - ADV 10Fi5/0043

A la gare. Débarquement du 3e Génie : Déchargement des chevaux de l’unité. A l’arrière-plan, la cheminée d’une usine.

On remarque des stocks importants de madriers. Juillet 1916.

 

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Doc 14 - ADV 10i5/0078

Débarquement du 3e Génie. Hommes et chevaux de l’unité quittent la gare en colonnes. 4 juillet 1916.

 

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Doc 14 bis - ADV 10Fi5/0081

Cornimont – Revue des chevaux : vue de chevaux et de palefreniers alignés sur la place de la gare.

 

En 1914, la France compte 3,5 millions de chevaux et 170 véhicules automobiles dans les armées françaises. Le tiers de ces chevaux perdront la vie dans le conflit. Quand ces animaux arrivent à la gare de Cornimont, certains viennent de très loin, parfois réquisitionnés dans des fermes à l’autre bout de la France et ils sont déjà épuisés par leur voyage. Ils vont devoir apporter le ravitaillement aux troupes se battant sur les Crêtes. Dès le premier hiver (14/15), très froid et très enneigé, les chevaux et les mulets engagés vont peiner à remplir leur mission. D’où l’idée de faire venir des chiens d’Alaska mieux adaptés au climat et au relief des Vosges. Ainsi, 400 chiens et une quarantaine de traîneaux arriveront pour l’hiver 15/16 et seront une aide inestimable pour l’armée française.

 

La ligne de chemin de fer Remiremont – Cornimont avait été ouverte à la demande pressante des industriels du textile. Cette situation va aussi les pénaliser. Les matières premières (coton, houille surtout) ont de plus en plus de mal à arriver jusqu’aux usines de Cornimont, entraînant des fermetures à plusieurs reprises. Les ouvriers perdent une partie de leurs maigres ressources.

 

Pour éviter les actes de malveillance ou de sabotage sur les voies ferrées, comme sur les lignes télégraphiques, le gouvernement avait prévu bien avant la guerre de déléguer la surveillance et l’entretien aux GVC. Ce sont des hommes de la réserve territoriale qui intègrent ces groupes. Ils portent l’uniforme des soldats de l’infanterie. A Cornimont, ils forment un groupe d’une trentaine de personnes. C’est la commune qui doit leur fournir ce dont ils ont besoin et également les nourrir midi et soir.

 

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Doc 14 ter : Le groupe GVC de Cornimont.

A suivre…



29/12/2017
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