14-18Hebdo

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Carnets de guerre (Anna Vautrin) – N° 30 - 3 au 9 mai 1915

 

On apprend dans les journaux que les Allemands se sont servis de bombes asphyxiantes au Bois Le Prêtre près de Pont-à-Mousson. Nos pauvres soldats ont été asphyxiés…

Document transmis par Renaud Seynave, son arrière-petit-fils - 29/04/2015


Alexis Vautrin Image1.jpgAlexis Vautrin

 

Lundi 3 mai 1915

Edouard écrit du nord : « Les Allemands sont peu agressifs devant nous et tirent excessivement peu. Nous n’avons jamais eu un secteur aussi tranquille ».

A Nancy, nous avons eu un taube qui est venu vers 4 heures du soir. Il était sur la Pépinière, aussi me trouvant place Carrière, j’ai vu toutes les mamans se sauvant en hâte avec leurs enfants vers St Epvre. Les bonnes d’enfants se sauvaient avec leurs voitures en courant. Il y avait bien 200 personnes devant l’église St Epvre qui suivaient la chasse du taube par deux de nos avions. Il entrait dans un nuage puis on entendait très bien les bruits des mitrailleuses de nos avions qui le chassaient. Enfin, il s’est dirigé vers la frontière, chassé par nos avions sans avoir à jeter de bombes.

Mardi 4 mai 1915

Edouard écrit d’Arras : « Toujours la même chose, on prend des forces en attendant le jour prochain où tout va se déclencher et le sort de la France en dépendra probablement. Aussi je m’attends à des combats à côté desquels ceux de Lorraine n’auront été qu’un pâle reflet mais j’espère qu’ils ne dureront pas longtemps et que nous allons faire un grand pas en avant. Les communiqués vont devenir palpitants d’intérêt. Nos avions sont d’une activité débordante. »

Le canon tonne très fort dans la direction du Bois Le Prêtre. On s’y bat toujours beaucoup. On apercevait même quelques lueurs de certaines maisons. C’étaient les shrapnels qui éclataient au loin et la lueur se voyait dans les nuages.

Mercredi 5 mai 1915

Dans les communiqués, on se bat toujours beaucoup aux Eparges, en Argonne, au bois d’Ailly, au bois Le Prêtre et près de Munster dans la vallée de Metzeral. Dans les Dardanelles, nous avons fait sauter plusieurs forts. La perte du cuirassé Bouvet a couté bien des morts. Cinquante obus incendiaires ont été encore jetés sur Reims.

Jeudi 6 mai 1915

On a entendu encore le canon. Les Allemands continuent toujours à bombarder Pont-à-Mousson et St Dié.

Vendredi 7 mai 1915

Reims a reçu encore 500 obus qui ont provoqué plusieurs incendies. Dunkerque a reçu aussi 190 obus de très gros calibres, de 305 . Vingt personnes ont été tuées, 45 blessées. Les Allemands tiraient à 38 km, ce qui est incroyable. C’était un canon de marine. Chaque coup coutait 10 000 Fr. Nous avons bombardé un des forts de Metz.

Samedi 8 mai 1915

Paul qui est toujours en Alsace près de Thann à l’Hartmannswillerkopf vient d’avoir eu un fort combat. Les Français avaient pris le sommet puis les Allemands les ont attaqués. Ils ont profité qu’il n’y avait plus au sommet que le 152e RI parce qu’on avait envoyé l’autre régiment au repos. Les Allemands ont gravi des rochers que l’on croyait inaccessibles et ils ont foncé sur les Français. Les Allemands ont fait 150 prisonniers dont 11 officiers. Il y a eu trois officiers disparus, on ne sait pas s’ils sont tués ou prisonniers. Parmi les prisonniers se trouvent plusieurs officiers de Gérardmer que nous avons connus pendant les vacances. Il y a eu ensuite un vrai combat d’artillerie. Les Allemands ont donc repris le sommet de l’Hartmannswillerkopf.

Dimanche 9 mai 1915

On apprend dans les journaux que les Allemands se sont servis de bombes asphyxiantes au Bois Le Prêtre près de Pont-à-Mousson. Nos pauvres soldats ont été asphyxiés. C’est avec du chlore gazeux. Les soldats allemands avaient sur eux des réservoirs contenant le chlore gazeux. Ils envoyaient cette fumée jaune sur nos tranchées. Cela formait comme un épais nuage qui poussé par le vent enveloppait nos soldats qui avaient des suffocations violentes. Beaucoup tombèrent pour ne plus se relever. Les Allemands envoyaient aussi des obus qui dégageaient des gaz suffocants. Ces procédés de faire la guerre étaient cependant défendus par les conventions internationales. Les Allemands ont un véritable matériel, ce sont des récipients de métal munis de tubes. Les soldats qui lançaient ces gaz avaient la tête recouverte d’un masque lumineux comme les scaphandriers. Les autres portaient sur le nez et sur la bouche une muselière en caoutchouc percée de plusieurs trous et un tampon imprégné d’une substance pour neutraliser les gaz.

A suivre…



01/05/2015
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