14-18Hebdo

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Carnets de guerre (Anna Vautrin) - Extraits 4 (16 sept. au 1er oct. 1914)

 

Anna Vautrin, 48 ans en 1914, née Perrin, a épousé Alexis Vautrin professeur à la Faculté de médecine de Nancy. Anna est la plus jeune des enfants de Constant et Marie-Virginie Perrin. Elle a un frère Paul et quatre sœurs : Clémentine Cuny, Mathilde Perrin de Thiéfosse, Caroline Garnier et Célina Boucher. Alexis et Anna Vautrin ont quatre filles : Suzanne épouse de Paul Boucher, Madeleine épouse d’Edouard Michaut, Marguerite et Yvonne. Ils habitent à Nancy, cours Léopold, et ont une maison au bord du lac de Gérardmer, « les Roseaux ».

 

Document transmis par Renaud Seynave, son arrière-petit-fils  25/10/2014

 

 

1910 Vautrin Alexis et Anna Coll Michel Segond.jpg1910 - Alexis et Anna Vautrin à Nancy (collection Michel Segond)

 

Mercredi 16 septembre 1914

De nouveau nous avons 6 canons et les caissons allemands place Stanislas. Ils ont été pris ces jours derniers aux environs de Nancy. On n’entend plus le canon ! On était si habitué à ce bruit pendant toute la journée qu’il nous semble qu’il manque quelque chose. On a permis que les bicyclettes circulent en ville. On ne doit toujours pas éclairer le soir dans les maisons à cause des espions. On ferme les persiennes. Les Allemands ont quitté les environs de Nancy. Ils ont perdu trop d’hommes et ils sont appelés du côté des Russes qui commencent à arriver en Prusse. Ils ont évacué Lunéville et du côté de Saint Dié. Ils doivent faire face maintenant aux Russes.

La Roumanie mobilise. Deux Roumains qui étaient internes d’Alexis à l’ambulance des Beaux-arts pour l’aider lui ont dit aujourd’hui qu’ils partaient en Roumanie.

Le dernier combat aux environs de Nancy a eu lieu aujourd’hui. C’était un combat à la baïonnette. J’ai vu deux malheureux soldats qui revenaient de ce combat, le képi déchiré, leur uniforme couvert de boue car ils étaient restés dans les tranchées.

A la clinique, il y a encore 90 officiers blessés. Le lieutenant allemand y est toujours, il est très bien élevé. Pendant le bombardement, il a demandé ce que c’était et n’a rien répondu quand on a dit que nous étions bombardés. Le soldat allemand des Beaux-arts est très bien aussi. C’est un pauvre père de famille. Quand il a été transportable, on est venu le chercher pour le conduire à l’hôpital militaire car ils sont considérés comme prisonniers et ils doivent y rester. Il a demandé aux blessés français qui étaient dans sa salle de lui donner la main pour leur dire au revoir. Il avait de la peine de s’en aller. Il y avait aussi à l’hôpital civil un malheureux blessé allemand qui était resté trois jours sur le champ de bataille. Il avait eu sa jambe enlevée par un obus. On a retrouvé hier en enterrant les morts un malheureux blessé français qui était là depuis deux jours, seul blessé au milieu des morts. Il y a des Allemands qui sont bons et d’autres cruels. Dans les premiers blessés qu’on a amenés à l’hôpital, il s’en est trouvé un qui était soigné par la sœur St Charles. Quand elle le soignait, un jour il lui a pris la main et l’a mordue.

J’ai reçu ce matin une lettre de Suzanne qui me dit que Paul a quitté Munster où il était avec le 152e RI depuis le commencement. Elle ne sait pas où ils vont. On ne peut pas sortir de chez elle sans laissez- passer ; même les bonnes pour faire les courses à Gérardmer doivent emporter leur laissez-passer. Elle me dit que le fils de Mr de Vésuin qui était à St Valery est mort de l’appendicite car on n’avait pas pu faire venir un chirurgien à cause de la guerre. C’est un garçon de treize ans.

Paul Perrin est allé hier à Gérardmer. Il a mis deux jours et il est resté 9 heures à Laveline. Mme Pierre Gutton est partie près de Lyon avec ses enfants. Monsieur Louis Donnet est aux Sables-d’Olonne. Ce n’est pas bien d’être partis.

Jeudi 17 septembre 1914

Aujourd’hui nous voyons sur le Petit Journal que le fils de Mr Delcassé a été blessé sur le champ de bataille de Gercourt dans la Meuse. Nous ne savons rien de Grand-mère (Madame Vautrin habite Gercourt). Il y aurait donc eu un combat aux environs de Gercourt. Sur la dépêche officielle aujourd’hui, on dit que les Allemands sont en retraite à Varennes en Argonne. Les Allemands seraient donc à Gercourt. On ne sait rien et on ne peut pas avoir de nouvelles. On dit aussi que Sedan est évacué. On a trouvé dans les environs de Nancy les 3 pièces d’artillerie lourdes de siège que les Allemands utilisaient pour bombarder Nancy. Ils avaient 800 obus dit-on pour bombarder Nancy.

J’ai rencontré Madame Béliéni qui a une lueur d’espoir pour son fils qu’on disait tué. Un soldat a su par un médecin militaire qu’il avait eu deux balles dans le bras à Morhange et qu’il avait été fait prisonnier en Allemagne. Ils vont faire des démarches pour le savoir. Tous les jours nous avons des enterrements. Hier à Saint Epvre, c’était l’enterrement du frère de Mr l’abbé Getinel. Aujourd’hui, je suis allée au service du fils de Mr Michet rue St Dizier, un jeune homme de 23 ans. Demain, il y a un service pour le fils du colonel Clause, mort à 23 ans qui habite rue St Léon. On a arrêté plusieurs terrassiers qui avaient été envoyés pour enterrer les morts aux environs de Nancy. Ils volaient les morts. Sur l’un d’eux, on aurait trouvé plus de mille francs en or et des bagues dont une avec des armes.

Je vois aujourd’hui une jeune fille de St Nicolas. Elle me dit qu’ils ont eu à St Nicolas un bombardement de 10h du matin à 8h du soir, le même jour qu’à Nancy. Les obus pleuvaient mais ne faisaient pas grand mal. Ils tombaient surtout dans la Meurthe et, quand ils tombaient, l’eau jaillissait jusqu’en haut de la basilique.

Elle logeait le général de Castelnau et l’état major. Le général de Castelnau a 9 enfants, 3 fils et 3 gendres sont à l’armée. Il a encore un fils de 9 ans, il a 60 ans. Il a appris à St Nicolas la mort de trois de ses fils sur le champ de bataille. Aujourd’hui, un aéroplane français a laissé tomber sur la place Stanislas un bouquet de fleurs avec ses mots « que Nancy garde courage, tout va bien ».

Vendredi 18 septembre 1914

Ce matin à 8h encore trois aéroplanes français ; Alexis est retourné à Baccarat pour voir la pauvre petite Michaut. On a une lueur d’espoir depuis qu’Alexis y est allé. Il peut aujourd’hui passer par Lunéville.

Nous venons de voir sur le journal que l’armée allemande est près de Varennes dans le bois de Forges. C’est dans les dépêches officielles, par conséquent cela est très important. C’est l’armée du Konprinz qui est là. Le Konprinz qui la conduit à son quartier général à Montfaucon, par conséquent il loge là où Grand-mère Vautrin, 88 ans, s’est réfugiée en quittant Gercourt incendiée. Gercourt est entre Montfaucon et Consenvoye. Un laitier de Saulxures nous disait qu’il avait reçu beaucoup de bombes destinées à Nancy. Il dit aussi qu’il a logé un régiment du Midi qui lui a fait tout le mal possible. Ils ont tout pillé et lui ont démoli tout dans sa ferme. Ils sont pires que des Prussiens.

Tous les habitants des villages voisins de Nancy ont eu beaucoup à souffrir de ces régiments du Midi. Ils disent tous que ce n’est pas leur pays et qu’ils ne veulent pas se faire tuer pour La Lorraine et qu’ils ne seront jamais Prussiens etc.

A 11heures, Edouard Michaut arrive à cheval voir Madeleine. Ils sont à Manoncourt dans La Woëvre à 20km de Nancy. Il va très bien. Il repart à midi. Il dit qu’on les fait reposer là deux jours et ils vont partir sans doute du côté de Metz. Il disait que de Manoncourt on entendait le canon très éloigné probablement de Verdun ! Alexis lui donne une bonne bouteille de champagne pour boire ce soir avec sa compagnie du 39ème. Alexis a eu aujourd’hui à la clinique un officier des dragons qui a été blessé par un coup de lance par un Allemand près de Dieulouard. Son révolver n’a pas fonctionné et il a reçu ce coup de lance dans la poitrine. Il faisait partie d’une patrouille. Il disait à Alexis que les Allemands vont se ravitailler à Pont-à-Mousson tous les jours. Pont-à-Mousson n’est pas gardé. Edouard qui était venu par la forêt de ce côté-là à cheval pour aller plus vite va repartir par la route pour ne pas rencontrer de soldats allemands.

Alexis est retourné aujourd’hui à Baccarat par Lunéville. Il y a eu beaucoup de dégâts à Lunéville, les villages sont incendiés. Alexis trouve la jeune Elisabeth Michaut en meilleure forme. Il pourra peut être la sauver. Elle a pu un peu s’alimenter. Il parait qu’elle réclamait constamment le docteur Vautrin car elle était persuadée qu’il la guérirait. On a rapporté à Monsieur Henri Michaut quelques couverts trouvés dans les décombres. Il n’y a que les murs qui restent. Les Allemands ont brisé le coffre-fort après l’incendie car il était resté dans un mur. Ils ont jeté les couverts. Rien ne reste ! Les Allemands fouillaient les caves et piochaient pour voir si rien n’était caché. Un homme qui reste près de chez Monsieur Michaut avait enterré quelques souvenirs dans sa cave. Quand il a appris cela, il a les a repris. Le lendemain, les Allemands ont fouillé toute la cave et auraient surement trouvé les souvenirs.

Monsieur Michaut nous dit qu’il a rencontré à Nancy Monsieur Raymond, sénateur de la faculté de médecine de Paris qui est aviateur. Il lui a dit que notre armée de Nancy qui était commandée jusqu’ici par le général de Castelnau serait commandée maintenant par le général Dubail. Monsieur Michaut lui a dit qu’on ne pouvait pas avoir de nouvelles. Ne vous plaignez pas dit-il, un Commandant de corps d’armée reçoit ses ordres et ne sait pas ce que le Commandant de corps d’armée voisin fait. Nous allons avoir des passages de troupes et une très forte armée de 180 000 hommes pour aller du côté de Metz et refouler les Allemands du côté de Château-Salins. Nous prendrions cette fois l’offensive. Le canon qui tonnait hier devait être paraît-il du côté de Delme.

Cet après-midi est passé le régiment d’artillerie du 56ème de l’Aveyron. Il doit aller aussi vers Etain et Metz. En passant dans la rue St Dizier, les dames leur donnaient du chocolat et des pains d’épice. J’ai acheté des cigarettes que je leur distribuais. Après le régiment d’artillerie venaient les Dragons et 4 prisonniers allemands. Le régiment d’artillerie a passé la nuit cours Léopold.

Edouard me disait que lorsqu’ils sont passés à Malzéville avant-hier, on leur donnait du chocolat et on leur attachait des bouquets à leurs chevaux. Il nous racontait aussi qu’à Manoncourt où ils étaient en ce moment, un des leurs avait demandé à une paysanne si elle avait du vin. Non a-t-elle répondu mais la femme du maire d’à côté en a enterré 300 bouteilles. Voilà comment les gens s’entraident.

La dépêche officielle dit que l’armée du Konprinz est entre Varennes, Consenvoye et Montfaucon. Le Kronprinz a son quartier général à Montfaucon. On se bat jusqu’au bois de Forges qui va de Consenvoye à Drillancourt, à un km de Gercourt.

La pauvre Grand-mère Vautrin est en pleine bataille à moins que tous les villages aient été évacués ! Nous ne savons rien.

Un avion français a encore laissé tomber à Nancy un bouquet de fleurs dans le jardin de la rue du Montet et qui contenait un message « ne craigniez rien, nous partons vers d’autres lieux ». Aujourd’hui les troupes traversent Nancy comme au temps de la mobilisation. Plus de 40 000 hommes vont venir dans quelques jours. Ce sont presque tous des gens du Midi.

Monsieur Sadoul qui vient d’aller à Raon-l’Etape voir sa mère dit que Raon est presque brûlé. Il a vu Georges Boucher qui allait bien.

Samedi 19 septembre 1914

Le régiment de cavalerie est sur le cours Léopold et la place de l’Académie. La place est couverte de canons et de chevaux. C’est un régiment de Montpellier et en passant au milieu des chevaux et des canons, on se croirait à Marseille. On entend dans les rues de Nancy que l’accent du midi. Ils vont partir pour Etain là où va avoir lieu la grande rencontre allemande. On entend le canon. On nous dit que c’est du côté de Toul. Nous allons avoir beaucoup de troupes.

Il parait que Mr Fenal est fait prisonnier. Le fort de Manonviller au-dessus de Badonviller là où il était a été pris. Il est fait prisonnier avec 150 soldats. Mr Loudot est blessé, Mr Bernard Legris est amputé d’une jambe. On nous dit aussi que Mr Lacroix est mort.

Il y a tous les drapeaux alliés sur le balcon de la Préfecture : anglais, russe, serbe, monténégrin et roumain. Plusieurs maisons dans les rues ont mis des drapeaux pour le passage des soldats.

Dimanche 20 septembre 1914

Le cours Léopold est toujours couvert d’artillerie, de canons, de chevaux et de tentes. Les soldats font de la soupe comme en campagne. Il y a là tout un régiment du Midi. Les hommes sont de Perpignan, Montpellier, Toulouse et de Carcassonne. Ils trouvent qu’il fait très froid et le ciel est toujours gris. Un des soldats me dit qu’ici dans ce pays, on met de l’eau dans le vin, chez eux jamais. Ils disent qu’on fait les vendanges en ce moment dans le Midi.

Les pauvres chevaux couchent sur le cours Léopold depuis deux nuits et il pleut à verse. On entend le canon ce matin mais assez lointain. Les Allemands sont toujours dans la Meuse près de Consenvoye. Ils bombardent Reims et surtout la cathédrale.

Il paraît que Germaine Molard a la scarlatine en Suisse. J’ai rencontré aujourd’hui l’automobile Molard conduite par Désiré (chauffeur de Paul Cuny).

Il y a deux chevaux qui viennent de mourir sur le cours Léopold. Il y a aussi des tentes, les soldats gravent leurs initiales sur les canons.

Lundi 21 septembre 1914

Les deux régiments d’artillerie qui étaient à Nancy sur le cours Léopold et dans les casernes sont partis ce matin. Ils ont défilé devant notre maison avec tous les canons et les ponts de bateaux que je n’avais pas encore vus. Ils sont très nombreux et vont tous vers Toul.

Madame Michaut revient de Baccarat, la petite Elisabeth va mieux et on espère la sauver maintenant. Elle nous donne encore des détails navrants sur Baccarat. Les Allemands qui étaient chez Monsieur Adrien Michaut avaient leurs mitrailleuses dans le jardin. Ils ont fusillés les 86 soldats français qui gardaient le pont. Ils forçaient les dames à rester au salon toute la nuit. Une autre nuit, c’était à la chapelle de la Cristallerie. Ils emmenaient Madame Michaut et lui disaient « s’il y a un seul soldat tué, vous serez fusillée ». C’est grâce à la maladie d’Elisabeth que Monsieur Adrien Michaut n’a pas été emmené en otage. On l’a vu trop malheureux. Les Allemands étaient féroces, ils pillaient la maison Michaut. Monsieur Michaut n’a dû son salut que parce qu’il s’est montré très ferme et très digne.

On dit que les Allemands sont encore près de Blamont. Nous avons 40 000 soldats entre Lunéville et Baccarat.

Le sucre devient rare et on ne trouve plus du tout d’essence. La poste ne fonctionne pas bien, nous ne recevons plus de nouvelles. Hier, dimanche l’église St Epvre était remplie de soldats à la messe. L’abbé Weterlé a fait un beau sermon patriotique à Bordeaux.

Paul Perrin a le colonel à loger ainsi que des hommes et des chevaux. Les soldats disent qu’ils sont parfaitement nourris et Paul Perrin nous disait hier qu’ils avaient de la belle viande : du gigot de mouton et du veau pour leur diner.

Les otages de Baccarat ont été emmenés à Karlsruhe.

Mardi 22 septembre 1914

Il parait que madame Paul Michaut a eu trois balles dans sa chambre. Les Allemands faisaient aller ces pauvres femmes dans la chapelle de la Cristallerie lorsque les obus étaient dirigés de ce côté-là. Les Allemands se sont servis de meules dans la Cristallerie et ont pris pour 100 000 francs de cristaux. Ils ont pillé toutes les provisions de Madame Michaut, emporté beaucoup de coupes à champagne.

A Raon-l’Etape, les femmes des officiers allemands venaient choisir ce qu’elles voulaient. Des voitures entières partaient. Ils ont même emporté un piano.

Nous entendons très fort le canon dans l’après-midi. Un soldat vient réclamer les rideaux. Notre grande voiture a été réquisitionnée pour l’état-major du général Dinaud qui est à Malzéville en ce moment. Les soldats allemands au nombre de 600 faisaient une reconnaissance. Ils avaient tiré le canon et, comme nos soldats ne leur répondaient pas, ils ont cru que nous n’avions presque plus de troupes de ce côté-là. Le pont entre Manhoué et Lanfroicourt a été coupé par les Allemands. Ils avaient fait une passerelle provisoire. On les a laissé passer et on leur a tiré dessus. Puis on les a jetés dans la Seille.

Un soldat me disait que le 9 septembre, les Allemands n’étaient plus qu’à 10 km de Nancy. Ils visaient surtout le pont St Georges pour le détruire. Leur état-major était à Mazerulles. Les quelques vieillards qui étaient restés racontent qu’ils ont vu de belles voitures avec des généraux, deux princes et l’empereur d’Allemagne. La musique de la garde était prête à Mazerulles pour précéder Guillaume à son entrée triomphale à Nancy. Mazerulles est le dernier village avant la frontière. Le Kaiser a assisté à l’assaut du fort d’Amance et il a été obligé de retourner à Metz au lieu d’entrer à Nancy mais nous l’avons échappé belle. Dans tous ces côtés-là à Champenoux, Cercueil, Crévic, ce soldat me disait que les Allemands aimaient mieux emporter leurs morts pour que nous ne voyions pas leurs pertes. Ils les amoncellent sur de grands chariots et quand ils ne peuvent les brûler, ils les jettent dans une rivière. On trouve rarement des corps d’officiers.

 

Fin du premier des sept carnets

 

Deuxième carnet d’Anna Vautrin

23 septembre 1914 au 1er février 1915

 

Mercredi 23 septembre 1914

Nous avons encore sur le cours Léopold un régiment d’artillerie qui va partir demain pour la Marne. Une partie de notre 20ème corps est près de Triaucourt en Argonne. Dans le combat qui s’est livré hier entre Manhoué et Lanfroicourt où il y a eu une reconnaissance de 600 Allemands tous tués sur le pont détruit près de Manhoué. On n’a trouvé que des réservistes. Au début de la guerre, on ne trouvait dans les tranchées que des jeunes de 17 à 20 ans. C’étaient tous des Saxons (de trois états : Saxe, Saxe-Anhalt et Basse Saxe) mais ils viennent d’être envoyés contre les Russes et nous avons maintenant de pauvres soldats réservistes. En Allemagne ils ont pris pour cette guerre des soldats de 17 à 60 ans alors que nous Français avons des soldats de 20 à 48 ans.

Ils ont bombardé Lanfroicourt hier. Je pense beaucoup à cette pauvre Madame Salmon de Manhoué qui m’avait si bien prédit cette guerre lorsque je suis allée la voir au commencement de juillet. Elle m’avait dit : « Mais on ne parle donc pas de guerre en France. Ici nous voyons constamment des militaires qui viennent mettre des piquets et repérer les lieux. On est même venu dans le village plusieurs fois pour voir les réquisitions. Dans les journaux de Metz, on parle de guerre ». Je lui ai répondu qu’il n’en était pas question en France. Les Allemands se préparaient donc déjà à ce moment-là !

Les canons qui ont été sur la place Stanislas à deux reprises différentes ont été pris par le 33ème régiment d’artillerie qui s’est tout à fait distingué puisqu’il a pris aussi les trois pièces de siège qui ont servi à bombarder Nancy et qui sont à Paris. Le Commandant et le Capitaine étant tués, le Lieutenant a pris leur place pendant la bataille et il est resté sous le feu ennemi tout le temps. Ce brave régiment est encore près de Nancy à nous défendre.

Heureusement notre artillerie est parfaite car nous serions déjà pris. Nous n’avons pas assez d’artillerie malheureusement. Pour l’infanterie, ils sont beaucoup plus nombreux que nous. A Lanfroicourt hier les soldats ont été absolument déchiquetés. Nous n’avons eu que 10 morts et les Allemands 500. Ils avaient voulu franchir la Seille près de Manhoué pour revenir de notre côté.

Le général de Castelnau est maintenant à Dombasle où il a son quartier général. Il vient d’être décoré commandeur de la légion d’honneur. Le soldat qui m’adit tout cela m’a montré dans notre auto qu’il avait avec lui une baïonnette. Il n’y en a pas beaucoup heureusement. Les Allemands ont très peu de nos baïonnettes. Ce soldat me disait que les Allemands qui avaient passé hier le pont de Manhoué criaient des Hourra ! Croyant qu’il n’y avait plus personne. Cela a été parait-il une véritable boucherie. Tous leurs corps ont été précipités dans la Seille.

Je vois Madame Rohmer qui me dit que Mr Fenal a été emmené comme prisonnier avec 150 soldats du fort de Manonviller. Le Commandant a résisté deux jours. C’est tout ce qu’il pouvait faire. Les Allemands lançaient des obus de grosses pièces de leur 120, terribles obus de siège qui portaient à 20km. Ces obus avaient plus de 40cm de circonférence. Il n’y a parait il que des ingénieurs de la maison Krupp qui savent manier ces espèces d’obus. De plus, c’étaient des obus asphyxiants de sorte que lorsqu’ils sont lancés, ils démolissent d’abord les murs de ciment armé du fort. Les soldats se sont cachés dans les souterrains mais les obus ont tout démoli et ont asphyxié plusieurs personnes. Ceux qui restaient ont été faits prisonniers et un autre est devenu fou.

Mr Fenal a été emmené on ne sait pas où. La famille Rohmer fait en ce moment des recherches par la Croix-Rouge de Genève. Du fort de Manonviller qui est au-dessus de Badonviller il ne reste rien. C’était un fort assez important.

Nous apprenons un grand malheur. Mr Petitcollot le mari de Madeleine Parisot a été tué le 9 septembre à Soupuis près de Mailly dans la Marne d’un obus qui a tué en même temps que lui son général, son capitaine et son lieutenant-colonel. Le même obus a fauché ces trois officiers. Mr Petitcollot faisait partie de l’état-major du Général. C’est par Mr Schlumberger, inspecteur des forêts à Epinal, que la famille Parisot l’a su. Voilà plus de dix jours qu’il a été tué et sa pauvre femme ne l’a appris que le 22 septembre. Ce n’est même pas par le ministère de la Guerre. La pauvre femme est dans un état inquiétant. C’était un si beau ménage si uni. Mr Schlumberger qui les a avertis a eu aussi un fils tué. Mr Petitcollot a été enterré à Sompuis près de Mailly (Vitry Le François). On reconnaitra son cercueil par son nom qui est mis dessus. On ira chercher le corps aussitôt que ce sera possible. Sa femme vient de recevoir une lettre de lui alors qu’il est mort ! C’est navrant.

On entend toujours le canon c’est vers Pont-à-Mousson. Les Allemands ont incendié la cathédrale de Reims qui avait été préservée depuis le XVème siècle par les peuples en guerre. Quels vandales, ils étaient hier à Châlons-en-Champagne et à Epernay. Ils ont dévalisé toutes les caves de champagne. Nous n’avons toujours pas de nouvelles de Gercourt.

Les Allemands d’après les nouvelles officielles se fortifient à Montfaucon. Nous ne savons pas si la pauvre Grand-Mère a été évacuée.

Le fort de Troyon près de Verdun a été bombardé. Il a reçu 4 000 obus et nous n’avons que 4 soldats tués. Le canon tonne, c’est de Toul qu’on l’entend.

On assure que Mr Béliéni est tué. Mr Lacroix est tué entre Courbesseaux et Lunéville. On a rapporté chez Monsieur Stoffel son sabre et son portefeuille contenant la photographie de sa femme et de sa petite fille. Le portefeuille est si maculé de sang qu’il faut le désinfecter pour le garder.

Camille Biesse vient d’écrire un mot de Toul pour dire qu’il part avec l’état-major très loin. Il ne peut pas dire où exactement avec le 20ème corps.

Edouard part donc avec lui. Par des indiscrétions d’autres personnes, nous pensons que c’est en Belgique à Anvers. Il y a aussi une partie du 20ème corps qui va à Amiens.

Jeudi 24 septembre 1914

Le canon tonne très fort. Cela vient de Toul près de Château-Salins où les Allemands ont emmené ces jours-ci une pièce de siège énorme. Il a fallu 40 chevaux pour la trainer. Ils se sont fortifiés près de Delme et Château-Salins. Le gendre de Madame Schürrer est tué.

Monsieur Petitcollot, le mari de Madeleine Parisot, qui a été tué il y a 15 jours près de Mailly ainsi que son Général et son capitaine par le même éclat d’obus, est enterré dans le cimetière de Soulis. On reconnaîtra son cercueil parce qu’on y a mis son nom. Mr André Lacroix a été tué à Combessaux vers le 7 septembre. On fait des recherches tous les jours sur le champ de bataille de Combessaux. Son beau-frère Mr Didierjean y va tous les jours mais ne retrouve rien. Un blessé qui est aux Beaux-arts a dit à Alexis que le lieutenant Lacroix avait été tué près de lui. Ce pauvre blessé est resté trois jours sur le champ de bataille avant d’être ramassé. Lorsqu’il a vu tomber Mr Lacroix près de lui, après quelques heures, il l’a secoué et a vu qu’il était mort. Son corps a dû être enterré avec les autres car on ne le retrouve pas.

Mme Michaut nous disait que la maison de son fils Pierre avait été tout à fait pillée à Baccarat. Tous les meubles cassés, les serrures forcées, le linge pillé. La photographie d’Edouard en officier que son frère avait sur sa cheminée avait été déchirée complètement et jetée par terre. Ils ont volé beaucoup de cristaux dans la Cristallerie surtout des flûtes à champagne.

Les Allemands disaient un jour aux dames « toute la gent féminine couchera au salon cette nuit ». Il fallait que toutes les dames restent au salon. Pendant ce temps, ils pillaient toutes les provisions de Madame Adrien Michaut. Un autre jour, ils disaient « toute la gente féminine couchera à la chapelle ». Les obus pleuvaient dessus. C’était affreux ! On s’est battu à la baïonnette entre Français et Allemands dans le jardin de Madame Michaut. Un soir, il y a eu 50 blessés allemands dans son jardin. On a ordonné d’ouvrir les portes de la maison et d’y transporter les blessés. Les officiers allemands surtout étaient dégoutants, dit Mme Michaut. On voyait dans chaque coin de chambre et même dans leurs lits leurs ordures. Le cabinet de toilettes de Madame Michaut était gardé par une sentinelle allemande qui lui défendait d’y entrer. Ils prenaient toutes les vitres, le vin et des objets. Tous les biscuits de la famille ont été envoyés ainsi que beaucoup de bibelots chez eux en Allemagne. On avait pris aussi la montre de Mr Michaut. Il est allé la réclamer à un officier qui lui a fait rendre en disant que c’était du vol. Ils prenaient tout ce qui n’était ni argent ni or en disant que ce n’était pas du vol. Ils poussent parait-il continuellement un cri « hou…hou » quand ils montent à l’assaut ou quand ils se rencontrent à la baïonnette avec nos soldats.

Mme Michaut disait qu’à Baccarat même dans son jardin elle entendait continuellement ce cri. Les Allemands lui disaient aussi « votre 15ème corps d’armée ne nous a donné aucun mal, il n’est pas fameux ». C’est un régiment du Midi. « Votre 8ème est meilleur et surtout votre 20ème corps qui est intrépide. Il nous donne beaucoup de mal ». Quand les obus pleuvaient, ils sont restés dans la cave toutes les nuits. Il a fallu descendre sur un matelas la pauvre Elisabeth Michaut atteinte d’appendicite. Ils disaient à Mme Michaut « si un seul soldat tire sur nous, vous serez fusillée ». Elle répondait « je n’en suis pas responsable, je ne sais pas où sont nos soldats ».

Vendredi 25 septembre 1914

J’ai aperçu près de la gare le général de Castelnau. Il est à Dombasle mais vient tous les jours à Nancy avec son auto. Il déjeune très souvent à l’hôtel d’Angleterre. Les Allemands voudraient arriver à entrer à Nancy. Ce serait un effet moral excellent sur leurs troupes car on ne connait guère que Nancy comme ville frontière chez eux et d’après eux Nancy est renommée comme la ville la plus patriote. Quel carnage ils feraient s’ils parvenaient à y entrer. Aujourd’hui il est passé de gros canons sur le cours Léopold se dirigeant vers Toul. On entend toujours le canon mais dans une autre direction.

Mr Chrétien a réussi à retrouver le corps de son fils tué à Vitrimont. On l’a reconnu à des papiers qu’il avait sur lui et qui contenaient des renseignements sur la Tunisie.

Mr Michaut nous raconte que le coffre-fort de la maison de Baccarat a été éventré après l’incendie. Tout a été volé. Des souvenirs de famille auxquels il tenait beaucoup : alliances de ses aïeux, un arbre généalogique fait par son père qui remontait très loin et tous les papiers anciens de sa famille.

Nous sommes toujours à Nancy en état de siège. Le téléphone ne marche plus, les cafés sont fermés à 6 heures, on ne peut plus sortir dans les rues après 9h du soir. Les lumières dans les maisons sont défendues, il faut fermer les persiennes. On ne peut plus partir sans laissez-passer. Les ponts et la poste sont gardés militairement. Il y a beaucoup d’espions à Nancy. De la clinique, on voyait très bien sur les hauteurs de Buthegnémont et de la cure d’air des fusées qui partaient et des feux. On voyait même dans deux maisons qui étaient un peu sur la hauteur dans la chambre du 1er étage une lampe qu’on élevait et rabaissait. Dans les autres étages, il y avait d’autres signes lumineux même sur le toit des maisons d’où on lançait des fusées.

C’étaient les signaux des espions aux Allemands. Les sœurs de la clinique qui veillaient les malades apercevaient les signaux tous les soirs depuis le 3ème étage. C’est pourquoi on a défendu d’éclairer les fenêtres le soir pour qu’on puisse surveiller. Il y a quelques jours, il y a eu 8 aéroplanes qui volaient ensemble au-dessus de Nancy et qui faisaient des manœuvres.

Samedi 26 septembre 1914

Aujourd’hui, il y a eu un aéroplane français qui surveille Nancy. Le canon tonne toujours. Mr Henri Bretagne a failli être tué. Son commandant lui avait dit d’aller en reconnaissance et comme son cheval n’était pas ferré, c’est le capitaine qui est parti à sa place. Un obus l’a tué et on vient de ramener son corps à Nancy. C’est le capitaine Basoche père de 5 enfants. Il est de Nancy. C’est donc grâce à son cheval qu’Henri Bretagne n’a pas été tué.

Nous apprenons la mort du compositeur musicien Magnand tué dans sa villa parce qu’il avait tiré sur deux uhlans qui voulaient y pénétrer. Il a été fusillé. Les Allemands sont à St Mihiel aujourd’hui. Le fort des Romains est détruit et ils bombardent le fort des Paroches. Ils ont tué le chef de gare de St Mihiel, incendié le château de Monsieur Poincaré à Sampigny ainsi que la maison de son frère à St Mihiel. Ils bombardent les environs.

Tous les villages autour sont détruits et brûlés. Je vois Monsieur Sadoul qui me dit qu’il est allé à Raon-l’Etape voir sa mère. Elle n’a pas eu à se plaindre des Prussiens.

Naturellement, il a fallu leur donner tout ce qu’ils demandaient en vivres et en boisson mais la bonne leur a fait remarquer que cette dame était souffrante et âgée, de sorte qu’ils ne lui ont pas fait de mal. En quittant Raon les Prussiens qui logeaient chez elle ont donné un franc à la bonne. C’est mieux que de commettre des atrocités !

Il est bien vrai que Monsieur Marc Fruhaus a été tué et non pas pris comme prisonnier ainsi qu’on l’avait laissé entendre. Son père a reçu l’acte de décès.

On faisait toujours des recherches pour retrouver le corps de Monsieur Lacroix près de Réméréville. On ne trouve rien et sa femme qui est à St Dié n’est pas prévenue encore. Voilà trois semaines qu’il a été tué.

La famille Rolsmer a eu des nouvelles de Monsieur Fenal par la Croix de Genève. On sait maintenant qu’il est prisonnier à ….

Nous avons eu pendant trois jours ici sur le cours Léopold le 13ème corps du Midi, mauvais soldats ne voulant pas marcher au feu et levant la crosse plusieurs fois. Ils l’ont avoué ici « nous nous sommes tous rendus à Morhange pour être prisonniers et pour ne plus nous battre ».

C’est donc à eux que nous devons cette déroute de Morhange où nous avons eu tant de nos soldats du 20ème corps tués puisque ceux du 15ème n’ont pas voulu marcher. Ils n’ont pas fait bonne impression. Ils vont au feu parce qu’il le faut. On se serait cru dans le Midi.

Dans les rues pendant trois jours qu’ils sont restés ici, on n’entendait que l’accent du Midi. J’ai causé avec plusieurs. Tous me disaient « quel vilain pays vous habitez, toujours un ciel gris. Ici vous mettez de l’eau dans du vin, c’est incroyable ! Nous autres dans le Midi, nous avons du vin tant que nous voulons. Vous n’avez pas de vigne. On fait maintenant les vendanges chez nous et nous avons toujours un ciel bleu. On passe son temps dans les cafés à Toulouse ».

Il y avait des soldats de Marseille, Toulouse, Montpellier, Perpignan, etc.

Ils ont dit à plusieurs reprises : nous ne connaissons pas votre Lorraine, nous ne serons jamais Prussiens ; nous ne voulons pas nous faire tuer pour votre Lorraine. Si cette fameuse déroute de Morhange a eu lieu et qui nous a coûté tant de morts. C’est bien de la faute du 15ème corps qui se retirait toujours et qu’il a fallu que les chefs les menacent de les fusiller s’ils ne voulaient pas marcher. Lorsqu’ils ont quitté Nancy, il y a 5 jours, plusieurs ont laissé dans les maisons où ils couchaient leurs cartouches, leurs sacs et même leurs fusils !

D’après ce qu’on dit aujourd’hui, ils auraient facilité l’entrée des Allemands à St Mihiel hier, ne voulant pas avancer et jetant leurs armes.

Le canon a tonné toute la nuit et toute la journée sans interruption. Il y avait même des coups très forts pour faire trembler nos vitres. On nous dit que c’est le fort de Stainville à 15km de Toul. Nous entendons aussi le canon de nos soldats qui bombardent Delme près de Manhoué. Nous sommes toujours à Nancy en état de siège. La gare est fermée, on reçoit les journaux de Paris tous les deux ou trois jours. Le téléphone ne fonctionne pas. On ne peut plus envoyer de dépêches. On ne peut prendre les trains sur Paris qu’à Champigneulles et du côté de Mirecourt qu’à Jarville. Les ponts sont gardés militairement ainsi que la poste et la gare. On ne peut pas quitter l’octroi de Nancy sans laissez-passer. Les conducteurs de fiacres et d’auto doivent avoir aussi des laissez-passer. Il est défendu d’avoir des lumières aux fenêtres sans avoir ses persiennes fermées.

Le sucre est très rare ainsi que le chocolat. La mairie a fit venir ses denrées rares.

Dimanche 27 septembre 1914

Toute la nuit et toute la journée sans interruption nous entendons le canon. C’est un grondement perpétuel. Les coups sont si forts que les vitres en tremblent.

Il y a aujourd’hui à la cathédrale un service solennel pour tous les soldats tués à la guerre. Il y avait deux évêques, le recteur y assistait. Le sermon était très poignant. Les deux évêques avaient leurs habits sacerdotaux blancs et noirs avec leur mitre blanche. Toute la cathédrale était tendue de noir avec des drapeaux. Le sermon a été prêché par un Dominicain. Les dames de la Croix-Rouge quêtaient pour les blessés. Elles ont du avoir une bonne recette !

Pendant l’élévation, l’orgue a joué à trois reprises différentes la charge de la musique militaire, d’abord douce ensuite très fort puis très faible comme si elle allait mourir. C’était très émouvant et beaucoup de personnes pleuraient. La cathédrale était bondée. C’était très beau, j’y suis allé avec Madeleine.

On nous dit qu’à Lunéville, les usines Dietrich ont été pillées et complètement abimées par les Allemands. Ils ont posé des affiches sur les murs de la ville. Monsieur Pierre Michaut est revenu souffrant de rhumatismes articulaires gagnés en couchant dehors dans les tranchées. On lui a donné trois semaines de congés. Madeleine vient de recevoir des nouvelles d’Edouard de Vernon tout près de Rouen. Ils vont embarquer à Dieppe pour la Belgique.

Lundi 28 septembre 1914

Monsieur Didierjean a enfin retrouvé le corps de son beau-frère Mr Lacroix sur le champ de bataille de Courbesseaux. Il y allait tous les jours et ne pouvait pas le trouver parmi tous les morts. Son képi était sur une croix marquée de son nom au milieu du champ de bataille. Il ira demain avec Monsieur Stoffel pour aller le chercher et le mettre dans un cercueil pour le ramener à Nancy. La pauvre femme va être prévenue. Quelle chose épouvantable, voilà plus d’un mois qu’il a été tué.

J’ai vu ce soir le départ du 26ème et du 226ème. Ils embarquaient à la gare. Ils étaient couverts de poussière et paraissaient bien fatigués. De nombreuses femmes étaient là pour les embrasser au passage et leur donner des provisions mais on ne leur laissait peu de temps. Ils partent pour le Nord et le canon tonne toujours.

Les Allemands étaient avant-hier à Senones et à Moyenmoutier. Ils avaient bombardés vendredi et samedi Moyenmoutier. Les obus pleuvaient. La porte de Mme Kempf (Marie-Alice Humbert) est abimée par un obus. Les Allemands ont bu tout le champagne et ont couché dans sa chambre à coucher mais ils n’ont pas trop pillé parce que des religieuses étaient dans la maison pour soigner des malades. Ils ont pillé tous les magasins. Ils ont fusillé un garçon de 15 ans et emmené plus de cent habitants en otage.

Les Allemands ont pillé aussi à Senones la maison de Mme Petitcollot et bien d’autres maisons. Les femmes d’officiers allemands sont venues avec des automobiles et ont pris les plus belles pièces de calicot dans l’usine de Vincent Pommier. L’usine du Rabodeau est complètement brûlée. L’église de Moyenmoutier était remplie de blessés allemands. Il est tombé plus de 500 obus dans la journée de samedi. Les uhlans avaient tous des devises sur leurs casques : vaincre ou mourir ou bien Dieu et Patrie. Les uhlans disaient tous « nous serons à Paris dans 3 jours ». Il y a aussi un des soldats d’un de nos régiments du Midi, toujours du 15ème corps qui abandonnaient les fusils et qui ne voulaient pas marcher. Ils étaient insolents pour la population et très arrogants.

Mardi 29 septembre 1914

Un capitaine a raconté à Pierre Michaut qu’il se trouvait hier soir au café Thiers. Plusieurs officiers de dragons étaient là et il y avait à côté un officier de dragons attablé qui ne se mêlait pas à la conversation. Il s’est avéré que c’était un espion qui avait mis un uniforme de dragons pour écouter tout ce que les officiers disaient. Il a été arrêté et fusillé.

Je viens de rencontrer Mme Parisot qui me dit combien la douleur de sa fille est grande. C’est près du village de Sompy près de Châlons dans la Marne que le mari de sa fille, le lieutenant Petitcollot a été tué.

Tout l’état-major qui se composait d’un général, du colonel, du capitaine et du lieutenant Petitcollot, ont tous été tués avec 5 soldats par le même obus ! 9 personnes tuées d’un coup ! Madeleine, la fille de Mme Parisot, a reçu deux lettres de son mari ces jours-ci et voilà trois semaines qu’il est mort. Un éclat d’obus lui a emporté la moitié de la figure. Le général a encore vécu une heure. On les a enterrés à Sompy. Madeleine Parisot, épouse du lieutenant Petitcollot, va aller aussitôt que cela sera possible chercher le corps de son mari. C’est épouvantable, sa douleur fait peine à voir. A 25 ans, rester seule avec deux petits enfants. Elle vient encore d’apprendre que sa maison de Senones est complètement brûlée et avait été pillée avant par les femmes des officiers allemands. Il ne lui reste aucun souvenir de son mari, c’est affreux.

Mercredi 30 septembre et jeudi 1er octobre 1914

Je suis allée chercher un sauf-conduit à la préfecture pour aller aujourd’hui à Commercy pour avoir des nouvelles de notre pauvre Grand-mère de Gercourt (Madame Jean Vautrin mère d’Alexis Vautrin) qui a 88 ans, et nous ne savons pas où elle est réfugiée. Je vais prendre le train à Champigneulles puisque les trains ne partent pas de Nancy. On me donne une 2ème classe sous toute réserve me disant qu’il ne doit y avoir que des troisièmes. Je monte dans le compartiment de seconde classe mais on me fait descendre pour mettre à ma place des sacs de lettres car il y en a trop pour un seul compartiment réservé à cet effet. Je trouve place à côté. Enfin partie de Champigneulles à 9h1/2, j’arrive à Commercy à midi. Je vais à la préfecture, à la mairie et au bureau de police. Je ne puis avoir aucun renseignement sur Gercourt et ses réfugiés. Je me décide à aller jusqu’à Bar-le-Duc. Je demande de nouveau un sauf-conduit pour Bar-le-Duc ; il faut le faire viser par l’autorité militaire. Je veux envoyer un télégramme à Nancy pour dire que je ne rentre pas aujourd’hui. Impossible ou refus de l’envoyer car on n’envoie plus de télégrammes civils. En allant prendre mon train, je vois un grand chariot d’obus vides qu’on vient d’aller ramasser sur le champ de bataille car on se bat très fort en ce moment à 10km de Commercy, à Aran.

Le canon tonne très fort, c’est le fort de Liouville qui marche continuellement et c’est ce canon que nous entendons depuis Nancy. Le fort de Gironville-sous-les-Côtes qui est à côté va marcher aussi un de ces jours. Le combat est très fort. On amène des blessés à la gare et les salles d’attente en sont pleines. Il y en a qui meurent en y arrivant. Plusieurs chariots avec de la paille où sont couchés les blessés traversent les rues de Commercy. Que cela est triste. Un blessé demande une cigarette. Personne n’en a. Je vais bien vite lui en acheter. Je trouve bien des cigarettes mais on ne trouve plus une boite d’allumettes à Commercy, dans aucun magasin. Il y a beaucoup de choses qui manquent : le sucre, le café. Le beurre et les œufs sont hors de prix. On ne donne au marché qu’un quart de beurre par personne. Enfin, tout commence à manquer. Les pauvres blessés font peine à voir. Ils ont presque tous des éclats d’obus. Je parle avec eux. Il parait que la mêlée est épouvantable. On se bat à la baïonnette au corps à corps. Le fort de Liouville tonne constamment. Depuis le fort, on voit un immense incendie, il y a 17 villages qui brûlent. C’est affreux.

Apremont-la-Forêt à 10km de Commercy est bombardé et brûlé. Les obus pleuvent en ce moment.

A Toul où je suis passée avant Commercy, plus de 100 blessés sont à la gare. Les uns sur des civières attendant le départ d’un train. Les autres se soutenant l’un l’autre en se tenant avec des bâtons. Les hôpitaux de Commercy et de Bar-le-Duc sont pleins de blessés. On dit qu’on ne veut plus en envoyer à Nancy car trop près de la frontière et on a peur d’être obligé de les évacuer trop souvent. Ceci est regrettable car les ambulances sont si bien installées ! Je rencontre dans les rues de Commercy Mr Dordin qui est dans le ravitaillement. Le général Varin et son état-major sont à Bouxey près de Commercy. Il me dit que le fort des Romains a été anéanti et qu’un aviateur lui a dit qu’il avait vu le fort comme une terre labourée à force d’avoir reçu des obus.

Les Allemands occupent nos casernes à St Mihiel et ont bombardé la ville. Ils ont aussi bombardé Sampigny à quelques kilomètres de St Mihiel. Le château de Mr Poincaré a reçu quelques obus. Ils ont profané la tombe des parents de Mr Poincaré en y enterrant dans le caveau à côté du cercueil de la mère de Mr Poincaré qui est morte l’année dernière des soldats allemands. C’est épouvantable !

Le 15ème corps de Nîmes, toujours ce régiment du Midi, n’a pas voulu marcher près de St Mihiel. Il a fallu les menacer de les fusiller. Je vois à la gare de Commercy plusieurs énormes canons qu’on expédie dans le Nord. Le Creusot travaille jour et nuit pour l’armée. Il vient de fabriquer 20 gros canons car nous manquons de fortes pièces.

Je voyage de Commercy à Bar-le-Duc avec un artilleur qui vient de conduire de Toul où est le dépôt des munitions, 2 000 obus pour le fort de Liouville qui tonne en ce moment.

Je couche à Bar-le-Duc. L’hôtel est rempli d’officiers et de militaires. Je vais à la Préfecture, au poste de police et à la mairie où on me donne cinq adresses de maisons de réfugiés de la Meuse. Je visite toutes ces maisons mais personne de Gercourt ni de Consenvoye.

C’était navrant ces salles de réfugiés. Il y en avait de Belgique, de Vigneulles, d’Hattonchâtel, etc. De la paille autour des chambres et tout le monde couche à côté les uns des autres, hommes, femmes et enfants.

Je trouve une personne de Varennes qui m’indique l’adresse de gens de Gercourt réfugiés dans la ville haute. Varennes est incendié ainsi que Montfaucon et Cuisy.

Je trouve Mr et Mme Fournier de Gercourt ainsi que Mme Maginot, la femme du maréchal-ferrant de Gercourt, qui sont venues se réfugier à Bar-le-Duc le 25 août. Elles occupent une chambre avec des matelas et couvertures qu’elles ont pu emmener de Gercourt sur un chariot. Elles couchent dans cette chambre unique. Elles me disent que tous les jours on évacue beaucoup de réfugiés de Bar-le-Duc à Sens, à Annecy, etc. La pauvre femme me raconte son départ de Gercourt jusqu’à Bar-le-Duc.

Vers le 15 août c’étaient des soldats du Midi qui étaient à Gercourt. Le 5ème et le 6ème corps français. C’étaient des pillards exigeants et méchants surtout pour les femmes seules. Gercourt a été pillé par ces soldats. Les pauvres habitants ont eu beaucoup à souffrir. Cette femme est partie avec ses 3 enfants et Mme Fournier le 25 août sur un chariot jusqu’à Montfaucon. Elles sont allées de Montfaucon à Varennes et de Varennes à Boureuilles (Varennes est complètement brûlé ainsi que Montfaucon et Woippy) ; puis de Boureuilles, où elles sont restées 8 jours, elles sont arrivées à Triaucourt. Elles ont été forcées de quitter Triaucourt à cause des obus qui pleuvaient.

A Triaucourt, ils étaient de nombreux réfugiés de Consenvoye et des environs. Ils ont été obligés de tous quitter le village. C’était aussi à Triaucourt que le curé de Gercourt qui s’était sauvé le premier avec le maire s’était réfugié. Ils étaient donc nombreux pour quitter Triaucourt, les uns sur des chariots, les autres à pied. Il y avait tant d’obus qu’il y a eu 3 tués et 3 blessés dans les chariots qui se suivaient.

Les autres se sont sauvés pour prendre le train. Les Allemands envoyaient des obus sur le train qui partait.

Le 20 août, les Français mettaient leurs pièces à Montfaucon-d’Argonne pour répondre aux Allemands qui étaient à Haraumont maintenant appelé Vilosnes-Haraumont.

La ferme de Dogneville dans le village de Gercourt est brûlée. C’était la ferme des grands-parents d’Alexis Vautrin. Un enfant de Gercourt est tué et Léon Bontemps blessé à Drillancourt. Le curé, le maire et l’adjoint sont partis les premiers sans prévenir les habitants de Gercourt.

De Triaucourt les malheureux sont partis à Beauzée-sur-Aire, toujours sous les obus. De Beauzée à Bar-le-Duc où ils sont depuis le 5 septembre, Mme Maillot me racontait qu’on recevait très mal les réfugiés dans les villages. Dans un village entre Triaucourt et Beauzée elle avait demandé un peu d’eau pour laver les enfants, on le lui a refusé !

Elle me disait aussi que le Konprinz était avec son état-major à Consenvoye. Il a été aussi à Montfaucon. Quand il était à Consenvoye, ils voyaient très souvent des aéroplanes allemands qui passaient au dessus de Gercourt. Ils ont même jeté des bombes dans le bois Jevé. Ils visaient le ravitaillement de nos soldats.

Il y a eu 2 500 réfugiés près de Charny à Villers-les-Moines près de Verdun. Ils se croyaient plus en sûreté sous les forts de Verdun. Mr Fournier est arrivé 8 jours plus tard les retrouver à Bar-le-Duc. Il me racontait que lorsqu’il a quitté Gercourt le 2 septembre, les obus étaient si nombreux qu’il ne pouvait pas arriver à atteler son cheval. Il se couchait à chaque instant pour laisser passer les obus. Il a eu du mal de quitter Gercourt car la route était pleine de trous d’obus et on avait beaucoup de mal à passer. Un homme de Gercourt, Jean-Pierre Vever, est venu mourir.

Depuis le 28 août, pendant 8 jours, une grêle d’obus est tombée sur Montfaucon, Gercourt, Cuisy, Dannevoux et Samogneux. Tous ces villages sont brûlés. Mr Beriner de Montfaucon a été fusillé. Mr Postal de Gercourt a été fusillé comme espion. Mr Simon et son fils de Dannevoux ont été tués pendant qu’ils étaient à table. Les ponts entre Cousenvoye et Vilosnes ont été détruits. Tout cela s’est passé entre le 1er et le 13 septembre.

L’état-major était à Cousenvoye le 10 septembre et essayait de faire un pont pour repasser la Meuse mais les forts de Mares donnaient dessus.

Le 1er septembre le fils de Mr Delcassé a été blessé et fait prisonnier à Gercourt dans la maison d’école. Les Allemands étaient à Gercourt. L’ouvrier de Mme Maginot qui est maréchal-ferrant me raconte qu’il a voulu aller à Gercourt en bicyclette et qu’il a trouvé les Allemands. Ils lui ont pris sa bicyclette et il s’est sauvé et a fait son possible pour faire partir les personnes qui restaient dans le village de Gercourt. Il avait même emmené Mme Michel, une vieille femme, mais lorsque ils avaient passé le village, elle voulut y retourner. Il m’a dit qu’il restait encore au village Mmes Bernier, Auremard, Gavard et Ernest Chavrel. Alphonsine était partie ainsi qu’Héloïse. De Grand-Mère, il ne peut rien me dire mais il suppose qu’elle était partie puisqu’Albert (frère d’Alexis Vautrin) était venu justement 8 jours avant vers le 26 août. Il a dû certainement s’en occuper me dit-il.

Les Allemands avaient fait un camp retranché à Gercourt et dans les bois de Forges.

Le 14 septembre : Montfaucon, Dannevoux, Vilosnes, Cousenvoye sont brûlés. On s’est beaucoup battu à Gercourt. Les Allemands reculent.

Regnéville-sur-Meuse est brûlé par les obus de Verdun. On a ouvert le canal en face de Regnéville pour noyer les Allemands en repassant afin que tout soit inondé. Charny est évacué.

Le 16 septembre : des combats se livrent à Gercourt et Montfaucon.

Le 23 septembre : Les Prussiens sont toujours à Gercourt. C’est incroyable ce qu’il y a eu comme obus envoyés de ce côté depuis deux jours. L’enfant du cantonnier Heuriet de Gercourt a été tué. Les Allemands résistent sur une ligne qui passe par Varennes-Montfaucon et Cousenvoye.

A ce moment-là, il y avait des habitants qui voulaient retourner chez eux mais on ne les autorise pas.

On a fait évacuer de force 2 500 réfugiés qui se trouvaient près de Verdun. Mme Maginot me raconte que son ouvrier qui est allé le 2 septembre à Gercourt a vu un de nos soldats blessé qui était très bien soigné par les Allemands. Ils étaient vis-à-vis la maison d’école à Gercourt. Peut être est-ce Mr Delcassé qui a été blessé le 1er septembre à Gercourt. Voilà ce que cette brave femme m’a raconté sur Gercourt.

Nous ne savons toujours rien sur Grand-mère. Où est-elle ? Nous sommes bien inquiets.

25 septembre : on me dit aussi que les Allemands veulent de toute force passer à Troyon. Le génie de Verdun est allé dans le bois de Forges pour enterrer les morts mais ils n’ont pas pu continuer ; tous les morts étaient en putréfaction.

Du 21 septembre : les Allemands résistent toujours. Ils sont bien retranchés. Gercourt est entouré de fils de fer barbelés par eux et ils y ont installé des batteries ainsi qu’à Forges et à Dannevoux. Cuisy est brûlé d’hier. Le Père Deimer est fusillé.

Des batteries d’artillerie sont allées s’installer entre Ornes et Daumont.

Tout ce que j’ai écrit qui est daté : ce sont des lettres que Mr Maginot qui est soldat à Verdun à écrit à sa femme qui est à Bar-le-Duc.

Le soldat avec qui j’ai voyagé de Commercy à Bar-le-Duc me disait qu’hier lorsqu’il a porté les 20 000 obus au fort de Liouville qui tonnait, il avait vu du fort 17 villages qui brûlaient dans la Woëvre.

Cela formait un immense incendie. Le fort de Gérouville va tonner un de ces jours.

J’ai reçu deux lettres de réfugiés, l’une d’un réfugié de Damvillers le 26 août, et l’autre d’un réfugié de Sivry. Voici ce qu’ils me disent de Gercourt : il a quitté Damvillers le 26 août sous les obus. Le 28 août, il y a eu un combat à Dannevoux, le village est anéanti, Damvillers n’est plus qu’une ruine. Deux maisons seulement sont encore debout. La femme du jeune docteur Maillard est fusillée.

Une bataille s’est livrée à Gercourt le 1er septembre. Les obus pleuvaient et les villages environnants ont été évacués. C’est au coin de la fontaine que le fils de Mr Delcassé a été blessé le 31 août, premier jour de l’entrée des Allemands au pays.

En cherchant à voir tous les réfugiés de Bar-le-Duc, j’ai fait le tour de la ville et j’ai vu la maison d’André Theuriet boulevard de la Banque, la maison des deux Darleaux du bourg, la maison natale de Poincaré, la maison natale du maréchal Oudinot, les vieilles maisons de la rue haute et le chef d’œuvre de Ligier-Richier dans l’église St Pierre à la ville haute. C’est un squelette sculpté dans le marbre, admirable !

Je quitte Bar-le-Duc pour rentrer à Nancy. Nos soldats coloniaux ont beaucoup souffert hier. Ils sont montés à l’assaut des côtes de Lomont.

Liouville est bombardé par les Allemands sur les hauteurs de Montsec. C’est le canon de ce fort que nous entendons depuis 4 jours à Nancy. A la gare de Commercy, j’ai vu plusieurs gros canons qu’on transporte pour tous ces forts, car nous manquons de grosse artillerie.

Entre Bar-le-Duc et Commercy, je vois du train un poste de télégraphie sans fil qui fonctionne.

Je rentre à Nancy jeudi soir 1er octobre à 21h. Pour la première fois depuis la déclaration de guerre le train arrive en gare de Nancy. Jusqu’aujourd’hui il fallait prendre le train à Champigneulles ou Jarville et pour le retour à Nancy le train s’arrêtait dans ces gares.

A suivre…



30/10/2014
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