14-18Hebdo

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72e semaine de guerre - Lundi 13 décembre au dimanche 19 décembre 1915

 

LUNDI 13 DECEMBRE 1915 - SAINTE LUCIE - 498e jour de la guerre

MARDI 14 DECEMBRE 1915 - SAINT NICAISE - 499e jour de la guerre

MERCREDI 15 DECEMBRE 1915 - SAINT IRENEE - 500e jour de la guerre

JEUDI 16 DECEMBRE 1915 - SAINTE ADELAIDE - 501e jour de la guerre

VENDREDI 17 DECEMBRE 1915 - SAINT LAZARE - 502e jour de la guerre

SAMEDI 18 DECEMBRE 1915 - SAINT GATIEN - 503e jour de la guerre

DIMANCHE 19 DECEMBRE 1915 - SAINT AVIT - 504e jour de la guerre

Revue de presse

-       La guerre au seuil de la Grèce

-       Yuan-Shi-Kay Empereur de Chine

-       Une brillante offensive assure aux Italiens la possession du bassin de Bezzaca

-       Les Bulgares à Guevguéli et à Doïran

-       La retraite franco-anglaise vers Salonique s'exécute dans un ordre parfait

-       L'impôt sur le revenu - La commission demande qu'il soit appliqué en 1916

-       Dans le camp retranché de Salonique - Les Grecs se retirent - Les Alliés s'installent

-       Le général Douglas Haig remplace le maréchal French

-       Les Autrichiens ont occupé Rozai

-       Les Italiens s'emparent de la Cima Norre

Morceaux choisis de la correspondance

13 décembre - JMO 5e RAC/Groupe 95.- Le capitaine Cuny a terminé son cours le 12 Xbre et a repris le commandement de sa batterie le lendemain.

 

Tu me dis que dans un mois tu viendras, je commence à compter les jours et ils vont me sembler bien longs.

14 décembre - ELLE.- En recevant ta lettre timbrée de Paris hier, j’ai eu une émotion. Une seconde j’ai cru que tu m’annonçais ton arrivée, une autre j’ai cru que tu étais blessé et que tu traversais Paris, mais cette seconde hypothèse n’a pas duré car je me suis rendu compte que tu n’aurais pas pu aller à l’hôtel de l’Opéra. Enfin, en lisant ta lettre, j’ai su la vérité et je reconnais l’amour si entier de mon chéri pour sa femme, lui qui aurait eu tant de plaisir à recevoir quelques baisers, à entendre des paroles tendres, car n’est-ce pas cela t’aurait fait du bien, tu n’as pensé qu’à moi et à m’éviter la fatigue d’un long voyage. Tu es vraiment un trop gentil mari mais heureusement que tu me promets ta venue prochaine, car je te gronderais quand même un peu de m’avoir moi aussi privée de la joie si grande de te revoir, tu me manques tant mon adoré. Tu me dis que dans un mois tu viendras, je commence à compter les jours et ils vont me sembler bien longs.

 

Maurice arrive demain et aura 10 jours paraît-il, jusqu’au 25 au soir. Tu sais que le jour d’arrivée ne compte pas ni celui du départ. Tu vas dire que je veux tricher et te faire prendre plus que tu ne dois. Non, tu sais qu’au fond je suis très loyale mais tu as si peu quitté le front depuis 14 mois qu’on pourrait bien franchement te donner autant qu’à d’autres et ne pas faire partir ta permission de Villers-Cotterêts pour te prendre deux jours.

 

André va de nouveau très bien, il a encore une ou deux quintes par jour, mais ce n’est rien. Les deux petits ne font aucun progrès et toussent à peu près toujours de même. Il y a eu 3 semaines qu’ils sont pris, je pense que cela va aller en décroissant. Les premiers jours, ils avaient beaucoup pâli, mais ils reprennent appétit et couleurs maintenant et ne semblent pas trop en souffrir. Robert est si gentil. Maman, qui a très peur que j’attrape leur coqueluche, leur a bien recommandé quand ils ont une quinte de s’éloigner de moi pour que je ne reçoive pas leurs petits postillons et microbes. Hier il est arrivé un gros paquet contenant des jouets de Marie Paul et nous les déballions Robert et moi, le moment était donc bien palpitant, tout d’un coup je vois mon Robert se sauver à l’autre bout de la chambre et se mettre à tousser. Le pauvre petit malgré le plaisir du déballage avait encore pensé à sa consigne.

 

Quand il me voit dans un fauteuil, de suite il m’apporte un tabouret sous les pieds. C’est un petit enfant très réfléchi et qui a beaucoup de mémoire et de raisonnement. Il a des périodes d’énervement pendant lesquelles il est très colère, je pense que cela correspond à un état de santé, et puis cela change, il redevient parfaitement sage. Depuis la venue de St Nicolas, nous sommes dans une bonne voie. C’est lui-même dimanche qui a voulu t’écrire. André est aussi très caressant. Noëlle est bien plus froide. Sa tante Marie Geny lui a envoyé une voiture de poupée et elle se promène tout le jour au hall avec puisqu’elle ne peut sortir, c’est un grand plaisir.

 

On nettoie et met en ordre à la filature. Mr Auptel est arrivé.

 

14 décembre - LUI.- Me voici revenu à ma batterie, qui n’est d’ailleurs plus à la ferme mais qu’on a envoyée au repos dans un tout petit village, Courdoux pas très loin d’Arcy. Quand je dis au repos, c’est un repos relatif car nous avons tout un programme de manœuvres. Ce n’est d’ailleurs pas mauvais car nos hommes ont besoin d’être repris en main. Nous sommes ici jusque dimanche prochain mais bien entendu ne change pas mon adresse, qui est toujours la même.

 

Je t’ai dit que j’avais passé la soirée de dimanche à l’Opéra Comique. Je n’ai rencontré personne que quatre de mes camarades du cours de tir, qui avaient eu la même idée que moi. Inutile de te dire que cette soirée m’a fait grand plaisir. On jouait Manon et tous les artistes étaient excellents. Je n’ai regretté qu’une chose c’est que tu ne sois pas avec moi surtout lorsque je me suis retrouvé dans mon dodo de l’hôtel de l’Opéra.

 

J’ai trouvé en rentrant ici hier ta bonne lettre du 10 et j’ai reçu aujourd’hui celle du 11. Tu ne m’y parles plus des enfants, c’est donc qu’ils vont bien et que la fameuse coqueluche est bien finie. Quand comptes-tu faire partir Robert pour le Midi ?

 

J’ai reçu une lettre de Paul et une d’Henry mais naturellement très laconique et uniquement pour demander de l’argent pour Bou Thadi. Veux-tu prendre note que j’écris à Edmond de lui envoyer 2 000 francs. Connais-tu l’adresse de Voinson qui vient de m’écrire une bonne lettre et à qui je voudrais répondre ? Le docteur Gaillemin m’a aussi écrit et me dit qu’il va au repos pas trop loin de nous et qu’il tâchera de me voir.

 

Pas encore de nouvelles des permissions.

 

Mon ordonnance réclame des chaussettes de coton, il paraît que je n’en ai plus que deux paires. Pour mes vêtements, si tu ne veux pas attendre que je revienne en permission, tu n’as qu’à les envoyer directement à mon adresse : 45 Bie - 5e Régt - Secteur 162. Tous mes hommes les reçoivent ainsi et bien plus rapidement qu’en passant par le dépôt. Autre solution comme tu dis, envoie les paquets à Mr Lécuyer, libraire (place du Marché) à Villers-Cotterêts. C’est là que mon chef achète toutes ses fournitures et il pourra bien me rendre ce service. Mais je crois que la première solution est meilleure et tout aussi rapide. Enfin je préviens Lécuyer qu’il recevra peut-être les deux paquets. Réflexion faite, ma chérie ne crois-tu pas qu’il vaudrait mieux attendre mon retour pour ces costumes. Suppose que je revienne plus tôt que je ne pense et que les paquets soient partis. J’ai actuellement encore une culotte et une vareuse propres, quant à mon manteau, une fois dans le train, je l’enlève et personne ne le remarque.

 

15 décembre - ELLE.- Il m’est arrivé hier soir une lettre de toi datant encore de ton cours de tir. J’y vois que Messieurs les Officiers n’oublient pas ce qui peut flatter leur palais et que, s’ils ont rompu avec le monde et ses pompes, ils pêchent par gourmandise fort souvent. Quand tu rentreras chez toi, tu vas trouver que mes menus sont bien mesquins et il nous faudra engager un maître-coq pour faire à mon chéri d’excellents mets et entremets qui lui rappelleront sa vie de guerre.

 

Mon Geogi tu vois que je continue à être taquine, mais je t’aime bien tout de même. Quand je te reverrai, je serai si heureuse que j’oublierai ou plutôt tu oublieras mes taquineries et ne verras plus que le chaud reflet de mon amour et une gaie lumière dans mes yeux.

 

Marie Paul a eu la gentillesse de m’écrire dès qu’elle t’a vu pour me dire ta bonne mine et ton entrain.

 

Pierre Mangin a mis aussi un petit mot au bas de la lettre d’affaires qu’il envoyait à Maman pour lui annoncer la distribution de 30 000 fr. et nous parle aussi de ta visite. Au fond tu sais, je trouve que les pessimistes ont raison, nous ne pourrons arriver à la victoire si on continue à agir aussi bêtement en France. Tu ne peux t’imaginer les stupidités des administrations. On vous envoie des circulaires pour vous engager à prendre des femmes dans les différents emplois de vos usines (si les usines privées avaient attendu les conseils des administrations, où en seraient-elles ?). On ne veut pas payer une indemnité dans une usine comme Cheniménil et on dépense autrement plus à transporter tout le parc, refaire de nouveaux hangars et baraquements ailleurs. Figure-toi qu’à Cheniménil, les fameux officiers directeurs, qui étaient soi-disant des industriels, mettaient si peu de soin qu’ils ont laissé leur chauffeur pendant un an sans lui faire nettoyer ses chaudières. Quand une était sale, on en allumait une autre. On peut dire qu’ils ont agi là comme en pays conquis. En ce moment encore, il y a des soldats qui viennent avec leurs gros camions, coût au moins 40 francs depuis Ramonchamp, rechercher les vieux bois, la ferraille qu’ils avaient laissés. Il y a des anciennes portières d’autobus avec de belles glaces épaisses. Au moment où le verre est si cher, il y avait hier deux abrutis de soldats qui cassaient les glaces pour mettre en fagots les bois entourant la fenêtre. Tu me diras, tout cela sont des bien petites choses. C’est vrai, mais finalement l’ensemble des petites choses forment un paquet important et arrivent vite à un million. C’est toujours le même esprit peu pratique des Français.

 

Il fait très beau ces temps-ci et peut-être essaierons-nous à 1 heure de faire sortir nos deux petits cinq minutes pour les réhabituer à l’air.

 

Je n’ai pas loué à Arcachon car il faut attendre que nos enfants soient tout à fait remis pour les faire voyager et, on ne sait jamais, je n’aime pas à m’engager si longtemps à l’avance, il peut survenir tant de choses. Nous trouverons toujours bien quelque chose quand nous serons décidés.

 

16 décembre - ELLE.- Je reçois ta lettre du 14 qui est venue bien vite. Tu me dis que vous allez faire des manœuvres, mais crois-tu que cette vie de manœuvres sera plus intéressante pour toi et tes hommes que celle que vous meniez à Courmelles. Ce n’était franchement pas pour cela qu’on était parti en guerre et c’est navrant d’être ainsi séparé pour rien.

 

Je vais t’envoyer ta culotte et ton manteau à Villers-Cotterêts, car c’est trop lourd pour partir par la poste, il faut faire un colis postal et je préfère que tu les aies. Tu dis que ta permission peut être avancée, mais sait-on jamais. Les journaux annoncent de prochaines attaques des Allemands, dans ce cas on ne vous laisserait peut-être pas partir encore.

 

J’ai conduit Maman ce matin à Epinal pour prendre le train de Paris. Elle a tenu à aller au Ministère pour traiter le marché des mandats. J’ai vu Paul et Gustave et en sortant du bureau je suis même allée chez Jeanne Cuny lui faire une petite visite. Son fils est revenu de Bordeaux où il est resté huit mois à l’hôpital, il va très bien.

 

Il a fallu aussi que j’aille à la Préfecture pour Elise dont les papiers ne sont pas en règle et on nous menace de la mettre dans un camp de concentration. La mairie de Cornimont prétend ne pas retrouver sa déclaration, son certificat d’immatriculation à son arrivée en France, et moi je suis sûre de l’avoir envoyée se faire inscrire. Sébastienne l’a même accompagnée. Mais il aurait fallu à ce moment qu’on lui remette un certificat délivré d’un carnet à souche dont le talon reste à la mairie et cela, elle ne l’a pas. A la Préfecture, on m’a conseillé d’attendre. On lui a fait ici ce certificat qu’on va envoyer à l’autorité militaire. Et si elle réclame contre cette mise à jour trop tardive je tâcherai de me débrouiller avec les bureaux de la 7e armée, car je serais navrée qu’on envoie cette pauvre fille si gentille dans un camp.

 

Maurice est arrivé avant-hier. Il est heureux de se retrouver dans sa filature qui reprend peu à peu son aspect d’usine. Mais c’est compliqué pour Paul car, pour chaque ouvrier spécialiste, comme ouvrier pour revoir l’électricité complètement détraquée, comme monteur pour la machine à vapeur, il faut demander des permis à l’armée car nous sommes dans la zone Z. On lui enlève à nouveau beaucoup de monde. Au Tissage de Roville, il n’y a plus ni directeur ni contremaître et on lui annonce que l’encolleur est mobilisable. Il veut bien lutter mais il y a une limite, il croit à des arrêts d’usine plus tard.

 

Noëlle tousse beaucoup moins, sa coqueluche est vraiment sur son déclin. Robert a encore des quintes assez fréquentes. J’ai encore eu une émotion avec Noëlle hier, qui est tombée si bêtement en jouant au colin-maillard avec ses frères que j’ai cru qu’elle avait l’épaule démise. Elle avait encore si mal le soir à 7 heures que Maurice est parti en auto chercher Mr Fleurot à Mossoux, le rebouteux des environs qui s’y entend très bien pour remettre les membres. Quand il est arrivé, il nous a rassurés, il n’y avait pas d’os cassé, seulement des nerfs froissés. Il reviendra ces jours-ci pour la masser et me montrer comment il faut faire. Avec ces diables on n’est jamais tranquilles, je me demande comment font ceux qui en ont 12.

 

Tous les hommes commencent à être bien las de la guerre et on aura bien du mal de les faire marcher avec ardeur pour une nouvelle offensive.

18 décembre - ELLE.- J’ai oublié de te donner hier l’adresse de Voinson, 11e Génie, Section de projecteurs - Secteur 89. Quand je l’ai vu à Cornimont, il avait des idées très subversives, se plaignait de son chef qui est toujours ivre, disait qu’un de ces jours on retrouverait ledit lieutenant tué et que ce serait bien fait, etc. Je crois que tous les hommes commencent à être bien las de la guerre et qu’on aura bien du mal de les faire marcher avec ardeur pour une nouvelle offensive.

 

André se réjouit des vacances de Noël qui commenceront vendredi soir.

 

Je recule toujours devant cette solution d’avoir une institutrice, car j’ai tellement détesté celles que nous avons eues étant petits que j’avais espéré pouvoir en préserver mes enfants. Ici cela va bien, parce que Maman malgré toutes ses occupations s’occupe encore beaucoup des enfants, mais si je dois rester faiblotte et obligée à des soins, il faudra bien m’y résigner et confier à une autre le soin de mes enfants. Maintenant ils deviennent trop grands et n’obéissent pas bien aux bonnes. Il leur faudra une personne qui leur impose plus et dont ils aient plus de respect.

 

Le père de Monsieur Schwindenhammer est mort il y a huit jours. On a pu leur envoyer un télégramme par la Suisse.

 

Paul m’a envoyé un relevé de compte des diverses sommes reçues depuis la mort de Mère et j’ai fait verser notre part à la Banque de Mulhouse en attendant que je sache quoi en faire, il y a 18 000 environ.

 

18 décembre - LUI.- J’ai reçu ta bonne lettre du 14 décembre. Ne me dis pas que je me suis trop trop sacrifié, je t’ai dit que je n’aurais pas eu le courage très probablement de t’éviter un pareil voyage si je n’avais pas dû te revoir bientôt, car cela m’aurait fait du bien comme tu dis de « recevoir quelques baisers de ma Mi et d’entendre ses paroles de tendresse » et cela m’aurait fait du bien aussi de baiser tout son petit corps chéri que j’aime tant. Mais ce sera pour bientôt j’espère.

 

Je suis navré que ce brave Maurice parte justement le 25 si, d’après ce que l’on m’a dit, j’arrive moi le 27. Je vais essayer, lorsque je verrai le Commandant lundi à Vauxbuin, de lui demander d’avancer de quelques jours mon départ, car je serais bien heureux de le revoir, ce brave Maurice que je n’ai pas vu depuis la mobilisation.

 

Quant à la durée de mon séjour à Docelles, si j’arrive le 27 à 10 h, je resterai jusqu’au 2 janvier à 4 heures du soir, mais tu sais Mi il n’y a pas moyen d’avoir plus. La question de croix de guerre n’intervient pas dans notre secteur. D’ailleurs je te ferai remarquer que le Ministre a décidé que le chef de corps pourrait et non pas devrait donner deux jours de plus. Enfin je t’écrirai lundi soir le jour prévu de mon arrivée, je voudrais que ce fût demain car je suis bien en mal de vous tous.

 

Nous quittons demain Courdoux dans la nuit pour reprendre notre position et être prêts à tirer le lendemain.

 

Je suis très heureux des bonnes nouvelles que tu me donnes des chéris et très content d’apprendre que mon petit Robert est rempli d’attentions pour sa maman chérie.

 

Depuis combien de mois, vous vivez comme un sauvage, pauvre chéri.

19 décembre - ELLE.- Tu m’annonces ta venue bien prochaine. Naturellement, je serai ravie de te revoir mais j’aurais préféré une autre date, soit avant, soit après, car tu arriveras juste au moment où je serai fatiguée et je profiterai ainsi beaucoup moins de ta chère présence. Mais d’autre part, ce sera bien bon d’être ensemble pour le jour de l’an, on pourra oublier la guerre et se croire revenu aux bons jours d’autrefois. Cela ne va pas faire l’affaire de ton frère Paul qui sera à Paris entre Noël et le 1er janvier et de cette manière ne te verra pas. Il m’avait recommandé de le prévenir dès que je serais sûre de ton arrivée pour qu’il fasse aussi ses projets de manière à te voir le plus possible. D’autre part, si tu viens si tôt, tu verras encore Robert car nous ne le ferons pas partir avant le Nouvel An, il tousse encore trop pour qu’on le fasse voyager avant une quinzaine.

 

J’ai rêvé cette nuit que nous étions allés ensemble à un grand dîner à Cornimont et qu’en rentrant tu n’arrivais pas à dégrafer ma robe et que, las de chercher, tu prenais des ciseaux et la coupais de haut en bas. Je me demande qu’est-ce qui a pu ainsi me faire penser à cela, attendu que, depuis bien longtemps, tu ne m’as plus aidée à me déshabiller. Depuis combien de mois, vous vivez comme un sauvage, pauvre chéri.

 

Maman n’est pas rentrée ce matin de Paris comme elle nous l’avait dit. Je suis contente qu’elle ait renoncé à voyager de nuit, car c’est bien fatiguant. Je vais partir pour déjeuner à Cheniménil mais laisse mes trois enfants ici, je n’ose même pas y emmener Dédé quoiqu’il soit guéri, de crainte qu’il n’apporte la contagion aux deux petits Boucher.

 

Tu sais que Maurice m’a encore dit que la croix de guerre donne droit à 2 jours de plus. Ainsi il est arrivé le 15, le jour d’arrivée ne compte pas, sa permission date donc du 16 et finit le 24, il ne quittera que le 25 au soir. Donc Monsieur chéri, agissez de même.

 

Maurice est content de se retrouver dans sa filature, qui a paraît-il déjà repris bonne allure et, le 2 janvier, elle retournera. Ils ont les ouvriers suffisants pour faire marcher 28 000 broches, mais Maurice est horrifié des prix actuels des marchandises. Ainsi pour remplacer les caisses neuves que les automobilistes ont emportées, Vinel demande 18 francs par caisse. Il est vrai que le bois est tellement rare et cher, toutes les scieries des environs sont réquisitionnées par le Génie militaire ainsi que toutes les grumes que les scieurs ont sur chantiers.

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 19/12/1915 (N° 1304)

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Le roi et la reine de Monténégro saluent les troupes qui partent au feu

C’est une noble et belle figure que celle du vieux roi Nicolas de Monténégro. Il est aimé comme un père par son peuple héroïque. Sous son règne, le Monténégro a glorieusement continué ses traditions de vaillance. A trois reprises, le roi Nicolas a fait la guerre au Turc, l’ennemi héréditaire. En 1862, avec 25 000 montagnards, il a résisté victorieusement à une formidable armée de 100 000 Ottomans. En 1876, nouveau conflit, dont le Monténégro retira divers avantages territoriaux. Enfin, en 1912, ce ne fut pas un mince sujet d’étonnement pour l’Europe, de voir ce petit peuple donner le premier le signal des hostilités, et descendant en trombe de ses montagnes, franchir la frontière, tomber sur les Turcs et les Albanais, et leur infliger les plus cruelles défaites. Aujourd’hui encore, le Monténégro apporte à la cause du droit et de la liberté des peuples son généreux concours. A l’heure où le frère serbe chassé de son pays, mais non vaincu, cherche un asile, c’est la patrie monténégrine qui s’offre à lui. Et les montagnards héroïques salués par le vieux roi et la noble reine s’en vont vers la frontière, soutenir la retraite glorieuse de leurs frères de race et opposer à l’envahisseur une vaillance dont jamais l’effort turc n’a pu triompher.

 

 

 

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Drapeaux et décorations militaires des pays alliés

Nous avons le devoir de bien connaître nos amis, de ne rien ignorer de ce qui fait leur orgueil national. C’est pourquoi nous avons cru bon de réunir dans une superbe planche double les drapeaux, les armoiries et les décorations militaires des pays alliés. Chaque jour, nous rencontrons dans nos rues des officiers, des soldats anglais ou belges. Parfois viennent à Paris des représentants des armées alliées d’Italie, de Russie, de Serbie. Des décorations brillent sur leur poitrine, insignes glorieux qu’ils ont gagnés sur les champs de bataille. Combien de Français sont capables de reconnaître ces décorations ? Bien peu, assurément. Nous avons voulu éclairer nos lecteurs et leur permettre de satisfaire la curiosité sympathique qui s’éveille naturellement en eux quand ils voient passer un soldat décoré d’une armée amie, ou bien encore quand ils voient briller sur la poitrine d’un des nôtres une décoration étrangère. Nous avons donc réuni, dans une superbe composition artistique, les armoiries des pays alliés, car (ce qu’on ignore généralement) les nations ont aussi leur blason, puis leurs drapeaux, et enfin leurs principales décorations militaires, et plus particulièrement celles qui se gagnent sur les champs de bataille. Point n’est besoin de rappeler l’origine de nos décorations françaises. Nul n’ignore que la Légion d’honneur fut créée par Bonaparte 1er consul ; que la médaille militaire fut instituée par un décret de Louis Napoléon prince-président, du 22 janvier 1852. Enfin, que la Croix de guerre a été créée au mois d’avril dernier pour récompenser les officiers et soldats cités à l’ordre du jour. Passons rapidement en revue les décorations militaires de nos alliés.

 

Belgique : l’’Ordre de Léopold’, qui équivaut à notre Légion d’honneur, a été fondé par Léopold 1er, le 11 juillet 1832 ; la ‘Croix militaire’ pour les officiers et la ’Médaille militaire’ pour les soldats ont été instituées par Léopold II en 1885, de même que l’ordre qui porte le nom de ce souverain.

 

Russie : l’’Ordre de Saint Georges’ a été créé en 1769 par la grande Catherine pour récompenser exclusivement les services militaires ; celui de ‘Saint Wladimir’, fondé en 1782 par la même souveraine, récompense les services civils et les services militaires ; il confère la noblesse héréditaire. L’ordre de ‘Sainte Anne’ a été créé par l’empereur Paul 1er, en 1796. Celui de ‘Saint Stanislas’ est d’origine polonaise. Il fut fondé en 1765 par Stanislas II, roi de Pologne, et incorporé dans les ordres russes en 1831.

 

Grande-Bretagne : l’ordre du ‘Bain militaire’ est un des plus anciens parmi les ordres militaires. Il fut fondé par Henri IV en 1399, et renouvelé en 1725 par George 1er. La ‘Croix de Victoria’ a été créée par la reine Victoria en 1856. C’est une distinction pour les marins et les militaires. Elle donne droit à une pension. Il existe en outre en Angleterre une autre décoration militaire, le ‘Mérite distingué’, (croix pour les officiers, médaille pour les soldats), et une croix militaire créée tout récemment (ruban blanc et violet) dont nous donnerons ultérieurement la reproduction.

 

Italie : l’ordre des ‘Saints Maurice et Lazare’ est très ancien. Il fut fondé en 1434 par le duc Amédée VIII, et renouvelé en 1831. L’’ordre militaire de Savoie’ date de 1831. Le roi Charles-Albert en est le fondateur. L’ordre de la ‘Couronne d’Italie’ a été créé en 1868 par le roi Victor-Emmanuel.

 

Japon : l’ordre du ‘Soleil Levant’ ou du mérite a été fondé en 1875 par l’empereur Mutsuhito ; l’ordre du ‘Chrysanthème’ date de l’année suivante ; celui du ‘Trésor Sacré’ a été institué en 1888. Enfin, celui du ‘Milan d’Or’ fut créé en 1891 : le Milan a été choisi comme symbole de l’ordre militaire, en souvenir du premier empereur du Japon qui, d’après la légende, fut conduit à la victoire, qui amena la pacification de l’empire, par un de ces oiseaux de proie. Cet ordre n’est conféré qu’aux militaires qui ont pris une part effective à des combats.

 

Serbie : les deux ordres dont nous donnons la reproduction sont de création récente. L’ordre militaire de ‘Karageorges’ a été fondé lors de la restauration de la dynastie, c’est-à-dire au retour du roi Pierre. L’ordre de la ‘Vertu militaire’ date de la grande guerre de 1912.

 

Monténégro : l’ordre de ‘Danilo’ ou de l’’Indépendance’ a été créé par Danilo 1er en 1852. L’’ordre princier’, devenu l’’ordre royal de Monténégro’ date de 1860. Le même prince en fut le fondateur.

 

Telles sont les principales décorations qui ont pour objet de récompenser la valeur militaire en France et dans les armées alliées. Nous avons pu en dresser un tableau exact grâce à l’obligeance de MM. Artus Bertrand et Cie que nous remercions vivement d’avoir bien voulu aider notre excellent dessinateur Louis Bombled dans la composition de cette page artistique et documentaire dont l’intérêt ne saurait échapper à aucun de nos lecteurs.

 

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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L'état des routes en Serbie

Volontaires bosniaques au service de la Serbie

L'exode des paysans serbes

La retraite serbe - Le départ d'Uskub

Un des derniers trains de munitions parti de Nich

En Serbie - Transport de canons

Transport d'un blessé serbe

En Serbie - Vieillards empruntant une voie ferrée pour fuir devant les envahisseurs

Alpins autrichiens gravissant une montagne

Patrouille de cyclistes bulgares en Serbie

Comitadjis bulgares prisonniers en Serbie

Soldats autrichiens descendant un blessé le long d'une pente de montagne

   

     

Thèmes qui pourraient être développés

  • Chine - Yuan-Shi-Kay Empereur de Chine
  • Impôt sur le revenu - La commission demande qu'il soit appliqué en 1916
  • Généraux - Le général Douglas Haig remplace le maréchal French
  • Opéra comique - Manon
  • Le gâchis dans l'armée
  • Industrie - Remise en marche de la filature
  • Alsacien - Camp de concentration pour les Alsaciens sans papier
  • Industrie - Main d'œuvre - Demande de permis à l'armée car dans la zone Z
  • Indochine - Recruter une armée indigène en Indochine
  • Front - Vie dans les tranchées
  • Le roi et la reine du Monténégro saluent les troupes qui partent au front (LPJ Sup)
  • Les belles lettres du front (LPJ Sup)
  • Décorations - Drapeaux et décorations militaires des pays alliés (LPJ Sup)
  • Les instantanés de la guerre (Photos dans LPJ Sup)


11/12/2015
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