14-18Hebdo

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28e semaine de guerre - Lundi 8 février au dimanche 14 février 1915

 

LUNDI 8 FEVRIER 1915 - SAINT JEAN DE MATHA - 190e jour de la guerre

MARDI 9 FEVRIER 1915 - SAINTE APOLLONIE - 191e jour de la guerre

MERCREDI 10 FEVRIER 1915 - SAINTE SCHOLASTIQUE - 192e jour de la guerre

JEUDI 11 FEVRIER 1915 - SAINT ADOLPHE - 193e jour de la guerre

VENDREDI 12 FEVRIER 1915 - SAINTE EULALIE - 194e jour de la guerre

SAMEDI 13 FEVRIER 1915 - SAINT ENOGAT - 195e jour de la guerre

DIMANCHE 14 FEVRIER 1915 – QUINQUAGESIME - 196e jour de la guerre

Revue de presse

-       Les Autrichiens sont des "soldats en pantoufles" dit un officier allemand

-       Les journaux américains s'indignent contre l'Allemagne

-       La bataille des Carpathes tournent en faveur des Russes

-       Les Russes descendent en Hongrie par les vallées de la Theiss et de l'Ung

-       Dans la mer Noire - Le "Breslau" bombarde Yalta - La flotte russe bombarde Trébizonde

-       La Douma russe reprend ses séances

-       Les Turcs s'éloignent du canal de Suez

-       Vif combat autour d'Ypres

-       L'ambassadeur des Etats-Unis insulté à Berlin

-       34 avions anglais ou hydravions attaquent Zeebrugge et Ostende, base des sous-marins allemands, et font des dégâts importants

-       Sur les fronts russes : La bataille continue partout

-       L’Autriche intrigue encore en Albanie

-       Un archiduc autrichien serait placé sur le trône de Pologne. Mais où placerait-on ce trône ?

-       Les difficultés économiques de l'Allemagne - Les bouchers pétitionnent - La bière va manquer

Morceaux choisis de la correspondance

8 février - Marie Paul Cuny (Chailly - Suisse) à Mimi Cuny, sa belle-sœur.- Ma cousine de Raon que tu connais, après avoir subi l’exil forcé au moment de l’envahissement de la ville par l’ennemi, est rentrée chez elle avec sa mère. Leur maison rue Jules Ferry est un des rares immeubles préservés de l’incendie. Elle m’écrit que l’éloge de Monsieur et Madame Schwindenhammer est sur toutes les lèvres, leur dévouement est reconnu et apprécié de tous. Tu n’en seras pas étonnée comme moi. Certes le bien porte sa récompense dans la satisfaction du devoir accompli, néanmoins la voix publique ne doit pas être méconnue et Thérèse éprouvera une joie bien légitime à savoir que ses parents sont estimés et aimés.

 

8 février - Commandant Machart (Armées) à Georges Cuny.- Vous avez eu des canons brisés, pas un n’est resté aux mains de l’ennemi. Vous reprochera-t-on de n’avoir pas tiré sur des formations d’infanterie dont vous ignoriez l’existence ? Elles étaient hors de votre portée. Vous aviez d’ailleurs une mission définie, toute différente et la seule chose que vous ayez à retenir de ce passage, c’est la recommandation générale, mais non pas nouvelle, d’ouvrir le feu sur tout objectif important qu’on aperçoit. Inutile de rechercher pourquoi nous n’avons pas tiré plus activement, on le sait. C’est parce que nous n’avions pas davantage d’obus. Tout le monde sait fort bien que le 95 est un vieux rossignol qui manque du seul projectile efficace qu’il puisse tirer. Pour bien prouver à tout le monde et à vous-mêmes, si vous en doutez encore, que rien absolument dans la note en question ne vous atteint, choisissez ceux de vos subordonnés qui se sont signalés par quelqu’acte de courage pendant ces malheureuses journées, et demandez pour eux la croix, la médaille ou une citation, selon le cas. J’espère en obtenir assez pour vous rassurer complètement.

 

9 février - Maurice Boucher (Hôtel de l’Univers à St Malo) à Célina Boucher, sa mère.- Je viens de passer devant la commission d’évacuation qui m’a donné 45 jours de congé de convalescence. Malheureusement Docelles se trouvant dans la zone des armées je n’ai pas pu obtenir de permission pour Docelles. J’en ai une pour Royan et Jussey (Haute-Saône). Vous seriez gentille d’aller voir tout de suite si possible le général Pretz pour lui demander de me faire venir en permission à Docelles sous prétexte pour moi d’aider à l’organisation de mon usine en atelier de réparation d’autos. J’attendrai chez Maguite votre réponse à ce sujet. S’il n’y a pas moyen de s’arranger dans ce sens, je verrai s’il me sera possible d’aller à Jussey et de là rejoindre Docelles en auto. Je suis content de ces 45 jours de bonne paix qui me laisseront me remettre tranquillement. Cela m’amènera à la fin du mois de mars. Il faudra que j’aille de là à mon dépôt du 80e d’où je pense être renvoyé à celui du 349e. Cela me demandera encore une quinzaine. Donc au pis je ne pense pas retourner au front avant la fin du mois d’avril. Nous partons de St Malo ce soir pour arriver à Royan demain matin à 11h40. Nous déjeunerons donc demain chez Maguite. Il va faire bien bon de se trouver dans une maison particulière en famille.

 

9 février - Marie Paul Cuny (Chailly - Suisse) à Georges Cuny, son beau-frère.- Conversation suivante avec Mère « Marie, saviez-vous que Georges a été blessé ? » Suivant la consigne je réponds « Non ». Mais si je le sais, Jean Boucher vient de me l’écrire. J’ai affirmé que nous en aurions été informées etc. pour la tranquilliser car elle paraît se tourmenter. L’état de son cœur exige l’absence de toute émotion « Si je savais Georges prisonnier, je mourrais d’inquiétude ».

 

9 février - Adjudant Malavaux, malade non blessé, (Armées - Meaux) à Georges Cuny.- Vos impressions sont parfaitement fondées, en tant que malade non blessé, ici, on est fort mal reçu, sans distinction de grade, et bien vite expédié. Comme soins on n’a que ceux que l’on est capable de se donner soi-même. Comme vie, c’est absolument la vie de caserne, une discipline des plus rigoureuses, avec cela en plus qu’il est absolument interdit de sortir sous aucun prétexte, sauf l’après-midi précédant le jour du retour sur le front. Vignol et Dessery sont avec moi. Le premier est toujours la même chose, il tousse encore beaucoup, hier on lui avait promis des ventouses et aujourd’hui une purge, il attend encore tout cela. Quant à Dessery, son cas ayant été jugé plus grave, il est entré à l’infirmerie.

 

Pour moi, c’est toujours la même chose. Cependant hier, ayant rencontré le commandant du dépôt dans la cour, il me questionna. Lui ayant répondu que je ne pensais pas guérir ici vu qu’on ne recevait pas de soins dans un dépôt d’éclopés, il me demanda alors quels étaient les soins que nécessitait mon état. Lui ayant dit que le Dr Kuth m’avait ordonné des lavages d’estomac, il alla lui-même demander à un major si on ne pouvait pas me faire cela. Et il lui fût répondu qu’il était nécessaire pour cela que l’on m’autorise à aller dans un hôpital en ville tous les deux ou trois jours. Je m’y rendis donc ce matin et là le médecin en chef m’ayant bien ausculté me dit que les lavages ne suffiraient pas pour me guérir, qu’il serait nécessaire que je suive un traitement plus sérieux, alors il me donna une lettre pour le médecin-chef du dépôt, lui demandant qu’il m’envoie dans son établissement, l’hôpital auxiliaire Jeanne d’Arc, ce qui me fut accordé. Je suis très content car là je recevrai les soins dévoués de religieuses et j’espère bien que la guérison ne se fera pas trop attendre. Mais j’espère bien ne pas terminer la campagne sans aller rejoindre la batterie.

 

Tu as vu comme moi dans l’Illustration que l’on recueillait les noms avec les physionomies des militaires décorés, je pense que tu feras le nécessaire pour avoir aussi Georges.

10 février - Clémentine Cuny (Lausanne) à Mimi Cuny, sa belle-fille.- Adrien m’a écrit que Marie et Germaine étaient à Docelles dimanche. Tu as vu comme moi dans l’Illustration que l’on recueillait les noms avec les physionomies des militaires décorés, je pense que tu feras le nécessaire pour avoir aussi Georges. C’est toujours un souvenir pour les enfants et je suis sûre qu’ils seront très ravis de le voir et moi aussi. Ma santé est toujours à peu près la même. Je vais mieux cependant mais tu me trouveras bien vieillie.

 

10 février - Marthe Boucher (Gérardmer) à Georges Cuny, son neveu.- Vous comprenez quel chagrin nous avons d’avoir perdu notre François, si gentil, si doux ! Je ne puis encore croire que c’est vrai. Pourvu que Paul, toujours là-bas, échappe au danger. On tremble pour lui aussi. Que le Bon Dieu nous le garde et nos autres fils et vous tous.

 

La guerre, qui aurait dit qu’elle se ferait de cette façon et serait si longue, c’est épouvantable, et comment se terminera-t-elle ?

10 février - Clémentine Cuny (Lausanne) à Georges Cuny, son fils.- J’ai pensé à toi toute la nuit dernière et voudrais bien te voir, j’ai tant de regrets de ne t’avoir pas vu avant ton départ pour la guerre, qui aurait dit qu’elle se ferait de cette façon et serait si longue, c’est épouvantable, et comment se terminera-t-elle ? J’espère que nous aurons le succès final, que pensent vos chefs ? Et d’après les journaux, les prisonniers sont très malheureux en Allemagne, que devient le pauvre Georges ? Sois bien prudent, mon cher enfant, pour conserver ta vie si précieuse d’abord et ne pas tomber aux mains de ces barbares, je ne vivrais plus. J’ai bien reçu ta lettre m’annonçant le résultat de Cornimont qui est parfait.

 

11 février - Commandant A. Demangel (Armées) à Georges Cuny.- Votre batterie et vous pouvez être fiers d’avoir utilement et glorieusement travaillé dans la grande lutte, et vous devez en effet être très reconnaissants à Dieu de n’avoir pas permis une plus grande destruction de votre personnel et de votre matériel sous le feu de trois batteries ennemies. On vient de me dire que Mr Henriot vient de perdre son père.

 

11 février - Isidore Voinson (Armées) à Georges Cuny, son patron.- J’ai réussi à me caser une quinzaine à Palavas (Hérault). En arrivant dans ce pays où en premier on devait rester à Montpellier, j’ai encore pu faire ou du moins revoir un ami. C’était Mr Paul Chagué que j’avais vu souvent avec Mr Humbert. On a bien causé du pays. Jusqu’à présent il ne sait encore pas ce que c’est que la guerre. Il ne se fait pas beaucoup de mauvais sang. Il est encore célibataire, ce n’est pas comme moi qui vais avoir un second héritier, malheureusement derrière le dos. Jusqu’à présent cher Patron, je ne puis me plaindre, je n’ai fait que de belles promenades, mais cette dernière alors c’est la clôture, car voici une quinzaine je suis voisin des Bôches. Je suis venu dans ce patelin aux roulements joyeux de nos 75 et mieux encore où nous sommes à l’abri, le phono me réconfortait de mes fatigues à porter le sac, ce que jamais je n’ai fait. C’est bien cruel pour un vieux chasseur. Enfin je ne puis me plaindre jusqu’alors. Mais si toutefois il m’en tombe un sous la main, je saurai agir avec ma baïonnette. Vivement que tout cela se termine, que nous nous retrouvions sains et saufs. Déjà beaucoup de pays sont tombés et il est temps de se défendre pour ne pas les suivre.

 

13 février - Adjudant Edmond Vignol (Armées - Hôpital mixte de Meaux) à Georges Cuny.- Je ne suis plus au dépôt d’éclopés de Meaux, je suis rentré à l’Hôpital mixte où je reçois les soins que nécessite mon état, car aux éclopés je suis resté sans soins pendant 5 jours au froid ce qui n’a pas été bien favorable pour mes bronches. Enfin je pense que d’ici quelques temps je serai sur pieds en attendant de rentrer à la batterie.

 

14 février - Adrien Molard (Nancy) à Georges Cuny, son beau-frère.- Je suis allé à la Justice de Paix de Bayon le 9 février pour le service et j’ai eu ainsi l’occasion de passer aux usines. Au Tissage, vu la vente difficile de calicot, on va faire un peu de zéphir pour chemises : 14 * 13 chaîne 20 & trame 11. Cette grosse trame est difficile à trouver et on ne peut guère songer à en faire en assortiment à Roville avec le personnel dont on dispose et qui ne serait pas apte à entreprendre une transformation de la marche actuelle.

 

14 février - JMO 5e RAC/Groupe 95.- Le groupe a reçu du dépôt du régiment 12 chevaux de trait nus (6 à la 44e batterie – 6 à la 45e batterie).

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 14/02/1915 (N° 1260)

 
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L’anniversaire du Kaiser - La Mort : « Tiens ! voilà pour ta fête ! »

Le commandement allemand voulait marquer la date de l’anniversaire du Kaiser par un événement important. Et cet événement fut la furieuse attaque contre Givenchy, Cuinchy et la route de Béthune. Depuis quelques jours, les ennemis amenaient de nombreux renforts sur ce point, en face des lignes défendues par les Anglais. « L’attaque, dit le correspondant du ‘Times’, commença brusquement. Des masses ennemies, très denses, sortirent des tranchées et assaillirent notre position. De nos tranchées, ainsi que des maisons du village, on dirigea sur elles un feu d’infanterie et de mitrailleuses. L’ennemi subissait de lourdes pertes ; on le repoussait encore et toujours ; mais à chaque fois, recevant des renforts, il revenait à la charge… » Il parvint enfin à s’emparer des positions anglaises. Alors il tenta de pénétrer dans Givenchy. Mais l’artillerie anglaise au nord et l’artillerie française au sud l’inondèrent de mitraille. Il recula en désordre. Le soir une contre-attaque anglaise reprenait la tranchée perdue. Le gros effort donné pour la fête du Kaiser n’avait abouti qu’à faire massacrer des milliers de soldats allemands. Notez que partout, les préparatifs faits par le grand état-major général pour fêter l’anniversaire de Guillaume II ont piteusement échoué ; ses troupes ont été repoussées, non seulement à Givenchy, mais encore à Craonne, à Perthes, à Saint-Hubert, à Saint-Mihiel et à Hartmannswiller. Et, pour la même fête, les Russes ont abattu un zeppelin dans la Baltique, les Anglais ont coulé un croiseur cuirassé dans la mer du Nord et les Belges ont abattu un taube dans le voisinage de Nieuport. Chacun des alliés a apporté sa fleur pour le bouquet de Guillaume.

 

 

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Pour les empêcher de fuir - On les attache à leurs mitrailleuses

On a signalé à plusieurs reprises que les officiers allemands attachaient leurs hommes à leurs mitrailleuses pour les empêcher de fuir. Nous trouvons une nouvelle attestation de ce fait dans l’extrait de lettre que voici : « … A notre droite une division coloniale a eu la chance d’enlever à l’ennemi une position importante. Dix-huit hommes étaient attachés à leurs mitrailleuses. Vous pensez si le troupier s’est réjoui à la vue du lieutenant boche amené tel qu’il fut trouvé, c’est-à-dire les pieds liés par des fils de fer. » Le moral de leurs troupes doit être sérieusement atteint pour qu’ils soient obligés de ficeler leurs soldats et même leurs officiers à leurs pièces.

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • Les Autrichiens, des "soldats en pantoufles"
  • La Douma russe reprend ses séances
  • Un archiduc autrichien serait placé sur le trône de Pologne
  • Les difficultés économiques de l'Allemagne
  • Les invalides de guerre - Souscription en faveur des invalides de guerre
  • L’artillerie - Le canon de 95
  • Les malades non blessés
  • Pologne - Lodz abandonné par les Allemands
  • L'espionnage allemand en Hollande
  • L'anniversaire du Kaiser (voir LPJ Sup)
  • Pertes - Les hécatombes (voir LPJ Sup)
  • Religion - Fête religieuse - Quinquagésime


06/02/2015
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