14-18Hebdo

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199e semaine de guerre - Lundi 20 mai au dimanche 26 mai 1918

LUNDI 20 MAI 1918 - SAINT BERNARDIN - 1387e jour de la guerre

MARDI 21 MAI 1918 - SAINT HOSPICE - 1388e jour de la guerre

MERCREDI 22 MAI 1918 - SAINT AUSONE - 1389e jour de la guerre

JEUDI 23 MAI 1918 - SAINT DESIRE - 1390e jour de la guerre

VENDREDI 24 MAI 1918 - NOTRE-DAME AUXILIATRICE - 1391e jour de la guerre

SAMEDI 25 MAI 1918 - SAINT URBAIN - 1392e jour de la guerre

DIMANCHE 26 MAI 1918 - TRINITE - 1393e jour de la guerre

Revue de presse

-       Nous nous rapprochons des événements

-       Le mouvement sinn-feiniste

-       Brillant succès franco-italien sur le front de Macédoine - Une avance de 20 kilomètres

-       La guerre civile en Ukraine

-       Sur le front italien l'activité se réveille

-       Le roi de Saxe accepterait la couronne de Lithuanie

-       Un raid d'avions boches sur Londres - On signale 44 tués - 179 blessés - Quatre des pirates sont abattus

-       Le raid d'avions anglais sur Cologne - Ils avouent 27 tués, 47 blessés - Dégâts matériels considérables

-       L'exposition de peinture française à Madrid

-       Nouvelle alerte à Paris

-       Toujours dans l'attente

-       L'anniversaire de l'entrée en guerre de l'Italie

-       Les permissions de détente

-       L’agonie de Béthune - La ville écrasée sous un cyclone de fer

-       Evacuation de Cronstadt

 

Morceaux choisis de la correspondance

20 mai - ELLE.- Nous sommes allés hier après les Vêpres à St Amé et nous sommes arrivés juste comme on revenait du baptême de la petite Marthe Boucher. C’est l’aînée, la jeune Marguerite dite Douite qui était marraine avec Riquet Velin. André était là depuis le matin prenant sa permission de 3 jours. C’est vraiment commode d’être si près, il était déjà venu dès le lendemain de la naissance, entre « deux liaisons » armée à corps d’armée. La naissance s’est bien passée et la petite fille est très bonne, pas laide ni rouge comme le sont tant de petits enfants. André est comme toi, ne disant pas grand-chose. Les enfants se sont amusés pendant que nous causions avec tante Marthe et l’oncle Henry. Nous ne sommes allés chez Lucette que quelques minutes, car elle avait sa mère avec elle qui devait repartir le soir même, nous ne voulions ni la fatiguer ni les gêner.

 

Tante Marthe nous a montré sa chambre, dont elle a fait un vrai petit oratoire avec les souvenirs de François, statues qu’il avait sculptées, meubles qu’il aimait, des photographies, on voit qu’elle en a toujours le cœur plein, elle dit d’ailleurs que depuis sa mort elle n’a plus personne à qui se confier, ses autres fils ne la comprennent pas comme le faisait François et d’ailleurs, ils ont leurs femmes. Je l’ai toujours dit, pour elle, la mort de son mari ne sera rien à côté de celle de François. Il n’y a aucune communauté d’idée entre eux. Ils ne s’entendent que pour ne pas aimer Mme Velin, qu’ils disent faiseuse d’embarras, faisant de la sensiblerie, pleurant à tout et hors de propos. Lucette n’est heureusement pas ainsi, disent-ils. Notre course s’est bien passée sans ennui et nous sommes rentrés pour sept heures.

 

Monsieur le Curé profite des vacances de Pentecôte pour faire repasser le catéchisme en vue de la confirmation qui aura lieu le 5 juin. Cela ne plaisait guère à Master Dédé, comme tu le devines, mais il faut bien y passer, ce sera une chose faite.

 

Nous irons tout de même à Epinal demain malgré les vacances à cause du latin dont André ne fait pas beaucoup.

 

Mlle Marchal est souffrante depuis huit jours. Elle donne les leçons des enfants de son lit, mais aura besoin d’une opération. Très gentiment, elle dit que cela l’ennuie à cause de sa classe et de nos enfants, elle va préparer leur programme pour la durée de son absence et sa sœur le fera suivre. Heureusement qu’elle veut bien continuer, je serais bien ennuyée si je ne l’avais plus, car nous n’en retrouverions pas d’aussi ardente au travail et poussant mieux les enfants.

 

Bonnes tendresses, mon Geogi chéri, soigne-toi bien et n’abuse pas de tes forces comme tu l’avais fait à Verdun. Ta Mi.

 

J’ai constaté que la ville était surtout abîmée du côté de la cathédrale. Il y a évidemment quelques maisons démolies mais rien de comparable à Soissons. Je crois d’ailleurs que depuis quelque temps les boches ne bombardent plus Amiens.

20 mai - LUI.- J’ai reçu tes bonnes lettres du 15 et 16 mai ainsi que la lettre de Germaine Geny. Je suis assez loin d’Amiens, à peu près 20 kilomètres, et comme je n’ai pas d’auto à ma disposition, cette course à cheval me prendrait trop de temps pour que je puisse me la permettre. Je vais en causer à des camarades de l’état-major, qui ont peut-être des amis dans d’autres états-majors qui vont de ces côtés-là. En tout cas j’ai pris en note les renseignements donnés et si jamais je passe de ce côté j’irai voir la chose. Tu peux en tout cas dire à Germaine que tout en étant passé très rapidement il y a une quinzaine, j’ai constaté que la ville était surtout abîmée du côté de la cathédrale. Il y a évidemment quelques maisons démolies mais rien de comparable à Soissons. Je crois d’ailleurs que depuis quelque temps les boches ne bombardent plus Amiens.

 

En ce qui concerne ta demande de graines, j’ai profité de ma visite à mon hôtesse pour lui en parler. Il n’y a pas ici de cultures de betteraves. Je n’en avais d’ailleurs pas vu dans les environs mais j’ai chargé mon officier d’approvisionnement qui va de temps à autre un peu plus au nord de chercher. Il m’a dit qu’il pourrait peut-être en trouver.

 

Je suis bien logé dans une maison bourgeoise. Mais ma chambre est en mansarde et comme la maison est couverte d’ardoises, il y fait suffisamment chaud. Le maître de maison est un gros marchand de bois, qui fournit surtout l’aviation. Ils ont un fils au service de la classe 1916 mais qui est dans le génie (service des chemins de fer) et qui ne risque donc pas grand chose. Nous travaillons suffisamment, tous les matins une manœuvre et l’après-midi il faut que je m’occupe de la manœuvre du lendemain. Je commence à m’endurcir à la chaleur mais je serai quand même content que tu m’envoies mon vêtement de toile.

 

Tu diras à Dédé que je suis content qu’il fasse des progrès en latin et à Robert qu’il faut continuer à être bien sage. Notre pauvre petite Noëlle va être bien désillusionnée lorsqu’elle verra que la petite sœur n’est pas pour elle.

 

Nous sommes toujours en réserve ici, prêts à être alertés au premier signal. J’aimerais mieux retourner un peu en secteur car ce séjour nous compte comme repos et cependant nous ne sommes pas libres de nous absenter.

 

21 mai - ELLE.- Je reçois ta lettre du 17 mai réclamant ton costume de toile, ce qui ne m’étonne pas car il fait ici aussi très chaud. Je vais faire mon possible pour te l’envoyer par la poste dès aujourd’hui pour que tu l’aies plus vite, car par colis postal il faudrait trop longtemps. S’il est trop froissé, j’espère que tu trouveras moyen d’y faire donner un coup de fer, puisque je ne peux te l’envoyer dans une assez grande boîte. Mais je te préviens que la veste est devenue bien laide, on a été forcé de la laver et les teintures ne valent plus rien. Tu te rappelleras que tu n’es pas un beau petit mari avec et que si tu vois un beau général il faut te mettre en bleu. N’avez-vous pas un tailleur quelconque dans ton régiment qui te ferait une veste à ta taille, car tu as maigri cet hiver et en plus de sa laide couleur ton habit va flotter sur toi.

 

Les enfants ont eu hier une bonne après-midi de congé, je dis après-midi car le matin a été pris par le catéchisme, pour André des devoirs à refaire, un thème latin et le piano. Noëlle avait aussi des problèmes à refaire, Robert une fable à apprendre.

 

André et Robert sont allés attraper des gravières et se sont déchaussés et naturellement on entre dans l’eau un peu plus haut qu’il ne faudrait et on revient le soir avec des pantalons trempés. Heureusement qu’il fait très chaud, néanmoins Robert a un peu toussé à nouveau cette nuit, aussi ai-je interdit de se déchausser aujourd’hui. Cet après-midi, on va à Epinal, je n’ai pas voulu laisser les leçons. Nous serons obligés d’y aller avec la grande voiture, car j’ai constaté en revenant de St Amé dimanche que la graisse sortait d’une des roues de la Chenard. Nous l’avons démontée hier et avons constaté qu’une pièce était cassée (un tube qui relie les deux roulements à bille). Nous avons donc envoyé la roue ce matin au mécanicien de St Dié.

 

L’eau de la rivière a beaucoup baissé. Nous avions pu marcher 24 heures dernièrement avec la machine en faisant des papiers tendres, mais aujourd’hui on ne peut plus marcher que 12 heures pour les piles, 12 heures pour la machine et il se pourra même si la sécheresse dure qu’on ne pourra plus marcher du tout.

 

As-tu reçu des nouvelles de ton ordonnance, qu’as-tu trouvé pour le remplacer ?

 

22 mai - ELLE.- Je t’ai fait l’envoi hier de ta culotte brune, aujourd’hui ce sera la veste, car j’ai dû acheter hier à Epinal des galons et des rubans de décorations. Je n’ai pas pu retrouver ceux qu’on avait décousus l’an dernier quand on a lavé la vareuse. Elle partira ce soir et justement le temps semble vouloir changer, j’aurais dû penser à te l’envoyer plus tôt. Cette chaleur est venue si subitement qu’elle a surpris chacun.

 

Les enfants ont pris leurs leçons hier. André a été très sage par hasard à sa leçon de dessin et a bien dessiné. Mlle Juteau trouve qu’il a beaucoup de dispositions, mais ce qui manque en général c’est l’attention. Les jours où il daigne s’appliquer, il réussit bien. Robert était venu aussi, nous l’emmenons autant que possible puisque de cette façon il est surveillé et ne fait pas de sottises.

 

D’Epinal nous sommes revenus par Xertigny où Maman a fait faire par un très bon photographe qui y demeure des reproductions des portraits du salon que nous aimons bien. Il se trouve que l’autre jour, en allant à St Amé, nous avons vu ces reproductions chez l’oncle Henry et il nous avait dit d’un air dégagé qu’il était tombé sans s’en douter chez notre photographe en allant acheter une forêt à Xertigny et lui en avait acheté mais que c’était très cher et que nous aurions bien mieux fait de les faire faire à Paris et patati et patata, qu’il allait en faire refaire à Paris pour ses enfants, Maman suffoquée par cette indélicatesse n’a pourtant pas voulu faire de reproches. A quoi sert de récriminer, nous ne le changerons pas, il aurait été vexé et nous n’y aurions rien gagné. Elle lui a dit d’un air digne qu’il lui avait enlevé le plaisir de lui en offrir. Et nous sommes allés hier réclamer à notre photographe, qui est un original, nos épreuves et les clichés. J’aurais voulu en même temps faire photographier les enfants mais ce monsieur était parti quand nous sommes arrivés vers cinq heures et demie et nous avons dû l’attendre, il n’est rentré qu’à 7, il n’y avait plus assez de jour pour faire une bonne pose. Il a raconté à Maman comment la chose s’est faite pour l’oncle Henry. L’oncle Henry dînait à l’hôtel à la même table que lui. L’entendant appeler Mr Boucher, il a cru que c’était le mari de Maman et lui a dit qu’il regrettait de n’avoir encore pu lui livrer les photographies commandées. La conversation s’engage, il va chercher les photos pour les montrer à l’oncle Henry qui lui dit, vous allez m’en faire 12. Le photographe émet l’idée qu’il lui faut demander l’autorisation à Maman (puisqu’il avait vu entre temps son erreur), mais l’oncle Henry d’un air décidé répond qu’il lui expliquera la chose et qu’elle n’y verra aucun inconvénient. Maman n’a pas voulu blâmer l’oncle Henry devant un étranger mais elle a dit au bonhomme de nous tirer de suite les épreuves que nous désirons et de nous renvoyer les clichés en même temps. Nous l’avons raconté aux Tantes d’Epinal, qui ont trouvé aussi que l’oncle Henry était vraiment sans gêne. Elles disaient à Maman : « Tu aurais dû le dire à Marthe ». Mais à quoi cela aurait-il servi, tante Marthe n’aurait pas pu blâmer son mari devant nous et elle en aurait eu de l’ennui, ce n’est pas elle qui a fait la faute. C’est encore comme ceux qui reprochaient à ta Mère ce que faisait Paul, la pauvre mère n’y était pour rien et n’y pouvait rien. Nous ne changerons pas l’oncle Henry, il a été très souvent peu délicat dans des choses plus importantes que celles-ci, il est jaloux et veut toujours planer. On le connaît, on n’a pas confiance mais il faut vivre avec ses défauts. Nous sommes rentrés assez tard, il était huit heures passées.

 

Robert a sur la figure un phénomène assez curieux. Il s’est plaint hier matin d’avoir mal à la tête en se réveillant et vers onze heures est apparue une tache violette sur la tempe, l’œil et un peu du front. Comme le docteur viendra aujourd’hui ou demain voir Mlle Marchal et Mélie qui sont malades, je lui montrerai, ce n’est peut-être qu’une piqûre.

 

Les permissions sont bien rétablies à 8%. Mais nous avons admis que nos camarades qui n’ont pas été en permission depuis six mois partiraient avant nous.

22 mai - LUI.- J’ai reçu ta bonne lettre du 18 et du 17 avec celle du docteur. Je te renvoie l’ordonnance du docteur. Tu vois que avec un peu de soin et de patience ton estomac se remettra bien vite. Pour Gérardmer tu as été bien bonne de te donner tout ce mal et surtout de te donner la peine d’écrire huit pages de détails à mon cher frère Paul, qui aurait dû lui-même aller là-bas et ne pas te donner tout ce mal. Enfin que veux-tu il faut se dévouer pour ses frères et quelquefois ne pas leur en vouloir. Mais enfin j’espère que tu n’auras pas été trop fatiguée par cette course. Marie Molard trouve dommage que tu n’aies pas emporté tout le sucre de Maman, on en manque tellement dit-elle.

 

Pour Maguite, c’est la même chose. Evidemment elle a tort et son raisonnement prouve que Pascal avait raison quand il disait : « Le cœur a des raisons que la raison ne connaît pas ». Il est certain que si elle soutient des théories pareilles, elle se fera comme tu le dis très bien moquer d’elle. Il faudrait tâcher, surtout lorsqu’elle sera débarrassée de ses couches, de lui faire comprendre qu’elle a tort. Mais tu vois, Mimi, comme des gens intelligents peuvent être amenés à dire des bêtises.

 

Nous sommes toujours au même endroit et voudrions bien retourner en secteur. Ce matin encore on m’a fait faire une trentaine de kilomètres pour ne rien voir de nouveau. Je suis rentré à midi et quart par une chaleur épouvantable. Je remonte à cheval à 3 heures et ne rentrerai guère qu’à six heures. C’est évidemment un peu fatigant et je préférerais de beaucoup occuper un secteur, bien entendu pas celui de Verdun. Ce qui m’ennuie le plus dans la circonstance, c’est qu’obligé encore de préparer les manœuvres de mon groupe pour le lendemain je n’ai pas un moment à moi et ne peux plus rien faire que mon métier, ce qui n’est pas toujours très amusant.

 

Les permissions sont bien rétablies comme tu le dis à 8% et j’espère que mon tour reviendra bientôt. Mais nous avons admis que nos camarades qui n’ont pas été en permission depuis six mois partiraient avant nous. D’ailleurs ceci ne me gêne pas du tout, car sous prétexte que nous sommes en réserve d’armée les chefs d’escadron ne peuvent pas s’absenter. On nous dit d’attendre jusqu’à ce que nous soyons au repos.

 

J’aurai du mal je crois de te procurer de la semence de betteraves. Mon officier d’approvisionnement cherche de tous côtés dans ses tournées. Jusqu’ici il n’a rien pu trouver.

 

Tous les journaux annoncent une horrible bataille pour cette semaine et je tremble pour toi qui vas t’y trouver mêlé. Quand te reverrai-je et pourrai-je t’embrasser, ce n’est vraiment pas une vie que celle-ci. Tu es privé de tout, tendresses, affection, confort.

23 mai - ELLE.- Tous les journaux annoncent une horrible bataille pour cette semaine et je tremble pour toi qui vas t’y trouver mêlé. Hier soir en me couchant, il y avait un si beau clair de lune, une nuit si pure, que je suis restée un moment à la fenêtre respirant l’air frais et t’envoyant, hélas de trop loin, un tendre bonsoir. Quand te reverrai-je et pourrai-je t’embrasser, ce n’est vraiment pas une vie que celle-ci. Tu es privé de tout, tendresses, affection, confort, et moi qui n’ai pas mon mari chéri, il faut qu’il ait respiré des gaz délétères pour avoir le droit de le posséder trois petites semaines.

 

Hier nous n’avons pas eu d’électricité pour la soirée car il y avait un contact et on n’a pu mettre en marche la dynamo. On avait dans la journée coupé un arbre sec dans le jardin et les branches avaient tiré les fils qui mènent à la maison et ils se touchaient à un endroit. Comme l’usine ne marchait qu’aux meules et à une pile, on y a mis deux lampes à pétrole et les nuits sont courtes à cette époque. Médy a dû réparer cette ligne dès le matin. Nous nous sommes couchés avec l’éclairage de la lune qui tombait juste dans nos fenêtres et je n’ai allumé de bougie que pour lire une gazette dans mon lit. Quelle maniaque que ta femme, mon pauvre chéri, il lui faut toujours sa petite lecture avant de s’endormir.

 

Noëlle était très grognon hier et vers trois heures je lui ai dit d’aller passer deux heures au lit. Quand elle est descendue, je lui ai trouvée la figure si rouge, les yeux un peu injectés, que j’ai pris sa température, elle avait 39.5. Je l’ai bien vite recouchée et nous la mettons aujourd’hui à la diète complète, elle n’aura que de l’eau et de l’infusion. Cette fièvre doit venir soit de la chaleur, soit d’un embarras gastrique. Depuis quelques jours, elle n’avait pas d’appétit. Ce matin elle a 38, elle a bien dormi, mais je la laisserai bien au repos, elle s’ennuie avec ses poupées dans son lit. La tache de Robert n’est rien, c’est une piqûre, dit le docteur.

 

Je t’ai envoyé ta vareuse de toile mais j’en suis un peu honteuse, elle est tellement passée, j’ai envie de t’en commander une nouvelle.

 

Paul m’a envoyé la copie d’une dépêche qu’il a reçue de Moscou. L’usine marche toujours : 55 000 broches et 650 métiers sont en activité. Il y a deux points noirs, c’est que la marchandise ne s’écoule pas et qu’on accumule les stocks et puis le coton paraît-il n’arrive plus à cause de la désorganisation qui s’est produite dans les transports depuis l’avènement du régime bolcheviste et on sera bien forcé d’arrêter lorsqu’on n’en aura plus.

24 mai - LUI.- J’ai reçu aujourd’hui tes deux bonnes lettres du 19 et du 20. Je crois que tu ferais bien de demander à la Blanchisserie de Thaon si elle n’a pas l’intention de délivrer les titres des actions nouvelles, mais je crois qu’un simple reçu de ton versement doit suffire comme titre de propriété. Tu as bien fait de m’envoyer mon pantalon de toile et si tu y songes envoie-moi aussi la vareuse. La culotte m’est arrivée aujourd’hui par un temps épouvantable. En deux jours le temps a changé du tout au tout. Après la chaleur accablante de cette dernière semaine, il nous semble qu’il fait un froid de loup et nous avons dû sortir nos manteaux. Merci aussi pour les petites gâteries que tu m’as envoyées et qui m’ont fait plaisir.

 

Je te renvoie la lettre de Camille Biesse. Je ne savais pas qu’il eût été de nouveau décoré de la croix de guerre. Tu es la toute bonne de lui avoir demandé de penser à moi s’il entendait parler d’une place dans un état-major pour un commandant d’artillerie, car tu voudrais bien ne plus me sentir si souvent au danger. Mais je lis sa réponse et je ne voudrais pas aller dans une division américaine ou dans un état-major américain. D’ailleurs je ne le pourrais pas, ne parlant pas suffisamment bien l’anglais. J’ai eu l’occasion depuis que nous sommes par ici d’entendre causer des officiers interprètes, ils causent l’anglais comme le français. Je sais bien qu’un officier d’état-major n’est pas un interprète mais encore faut-il qu’il connaisse suffisamment la langue, en tout cas mieux que je ne la connais. D’ailleurs tranquillise-toi, voilà plus d’un mois que nous sommes loin de tout danger et je t’assure que souvent nous préférerions être un peu en secteur, car on finit par s’ennuyer de faire toujours et toujours les mêmes exercices qui deviennent monotones à la longue.

 

Paul m’a envoyé la copie d’une dépêche qu’il a reçue de Moscou. L’usine marche toujours : 55 000 broches et 650 métiers sont en activité. Il y a deux points noirs, c’est que la marchandise ne s’écoule pas et qu’on accumule les stocks et puis le coton paraît-il n’arrive plus à cause de la désorganisation qui s’est produite dans les transports depuis l’avènement du régime bolcheviste et on sera bien forcé d’arrêter lorsqu’on n’en aura plus. La houille continue-t-elle à manquer dans les Vosges ? Et y-a-t-il beaucoup de filatures arrêtées ?

 

La culture de betteraves avait été interrompue de ce côté-là aussi pendant la guerre puisque les sucreries voisines étaient aux mains des boches.

Je ne trouve pas de semences de betteraves. Tu pourrais peut-être écrire à Mme Hubert, Ferme du Mt de Courmelles (près Soissons), qui certainement se fera un plaisir de t’en procurer si elle en a, ce dont je doute car la culture de betteraves avait été interrompue de ce côté-là aussi pendant la guerre puisque les sucreries voisines étaient aux mains des boches. Comme la situation a changé, il se pourrait qu’on ait repris la culture.

 

24 mai - Capitaine Ed. Warocquier (133e Régt d’artillerie lourde, 5e groupe) à Mimi Cuny.- Vous êtes décidément non seulement une charmante hôtesse, une bridgeuse émérite, mais l’amabilité personnifiée. Vos deux lettres en sont la meilleure preuve et je ne mérite pas tant. Sous la toile de tente en face Montdidier je n’ai pu que vous griffonner une simple carte pour vous envoyer mon respectueux souvenir, et je n’ai jamais tant regretté les rigueurs militaires qui ne permettent plus d’ajouter son adresse aux cartes. Ecrire une lettre était chose impossible et pendant trois semaines la modeste carte a été mon seul moyen de correspondance avec ma famille. C’était plus bref et à l’encontre des lettres, retenues par nos censeurs, la carte brève et rassurante arrivait. Placé en réserve en Champagne après notre agréable séjour à Docelles, nous attendions que ces Messieurs attaquent. L’offensive déclenchée et les intentions de nos ennemis mises à jour, notre infanterie en auto et nous par étapes forcées nous sommes allés relever les Anglais. Inutile de vous dire que nous ne vîmes jamais nos alliés. Ils s’étaient repliés… avant. Un peu vite par exemple. Mais enfin ils se sont rattrapés depuis. Notre division a été admirable et nos fantassins merveilleux. Nous autres modestes artilleurs, tels les cavaliers d’Offenbach, nous n’arrivâmes qu’après la bataille. Malgré tout nous fîmes un travail intéressant et pendant trois semaines nous avons échangé de nombreuses cartes de visite sous forme d’obus de tous calibres. Je crois que le boche en a eu plein son saoul car depuis lors il n’a point bougé. Notre vie pendant quelques jours fut très fatigante et je me souviendrai du jour de Pâques où pendant trente-six heures j’ai parcouru le secteur, à pied et à cheval, à la recherche des positions de batterie. Nous n’avons pas trop souffert des obus et c’est heureux car nous étions tous sous la toile de tente. Nos pertes sont faibles.

 

La perte qui nous a le plus chagrinés, quoique pas douloureuse heureusement, fut le départ précipité du capitaine Michal, notre cher commandant de groupe. Il a été affecté en pleine tourmente à un grand état-major, et sa peine était vraiment grande de quitter son groupe, son œuvre, où il se sentait si aimé. Voilà ce que c’est que d’être un type épatant. Pendant un mois c’est moi qui ai été grand chef et ma fois ça n’a pas trop mal marché. Je viens de passer la main à un autre capitaine qui a huit ans de grade et qui est également charmant (le mot également s’applique au Cap. Michal). Pour nous récompenser on nous a remis dans un secteur merveilleux qui s’appelle « Les Vosges ». Oui, chère Madame, nous revoilà tout près de vous et prêts à arrêter les boches. J’espère que notre présence rassurera la Colonelle. Je suis passé au Saut de la Cuve et je me suis présenté chez Mme Boucher mère qui était malheureusement absente.

 

J’espère que vous recevez de bonnes nouvelles du commandant et que sous peu il ira lui aussi dans un chic secteur.

 

Je m’excuse Madame de mon long bavardage, j’ai laissé courir ma plume. Soyez assez aimable de présenter mon très respectueux souvenir à Madame Boucher et à Mlle Krantz, une caresse aux enfants et permettez-moi Madame de déposer à vos pieds l’hommage de mon profond respect et de mon souvenir vivace.

 

25 mai - LUI.- J’ai reçu ta bonne lettre du 21 courant. Je t’ai dit je crois dans ma dernière lettre que j’avais déjà reçu la culotte de toile qui, elle, est en très bon état. Si tu juges que la veste est devenue trop laide, tu ne l’enverras pas. D’ailleurs depuis trois ou quatre jours, le temps s’est considérablement rafraîchi et tu peux être tranquille, je ne la mettrai que s’il faisait très très chaud. Je doute que nous ayons avant quelque temps des chaleurs aussi accablantes que celles de la semaine écoulée et malgré tout je m’en suis tiré avec mes uniformes de drap sans trop en souffrir, seulement nous sommes tous plus ou moins bronzés.

 

La semaine prochaine, nous allons rester paraît-il un peu plus tranquilles. Et si l’attaque boche ne se déclenche pas, je crois qu’on nous fera occuper un secteur et qu’on enverra ici à notre place une autre division qui n’aurait pas été au repos depuis quelques mois. Dans le petit village où nous logeons et où nous voisinons avec des Anglais, tout le monde parle à peu près anglais et surtout les femmes. Voilà deux ans que les Anglais occupent le pays et ces dames me paraissent être très libres avec les Anglais. Les habitants seraient dit-on très paresseux depuis la guerre et se contenteraient d’exploiter les soldats.

 

Tu trouveras inclus un certificat d’origine de blessure que je n’avais pas réclamé, mais on en a délivré à tous ceux qui avaient été atteints à Verdun et le docteur a voulu m’en donner un. Tu le mettras de côté. A ce propos, le Cne Benedetti que tu connais, qui avait été lui aussi évacué et qui avait eu les poumons atteints m’écrit qu’il va revenir prochainement. Je doute qu’il s’entende avec son nouveau Ct de batterie, qui est un jeune homme sorti de l’X en 1914, beaucoup plus jeune que lui par conséquent et qui est très autoritaire et qui peut l’être parce qu’il est remarquablement intelligent et qu’il manie parfaitement sa batterie. Enfin nous verrons bien. Mon ordonnance est rentré avant-hier, très heureux d’avoir pu rejoindre le régiment et de reprendre sa place.

 

Mr Valdenaire m’envoie les comptes de l’hôpital pour 1917. La journée d’hospitalisation reviendrait à 1f77, chiffre très modeste étant donné le prix actuel des denrées. Il est vrai que l’hôpital a la chance d’exploiter une ferme que Mr Valdenaire a beaucoup développée. Enfin l’hôpital possède maintenant plus de 100 000 francs et cela prouve que Mr Valdenaire est un excellent administrateur.

 

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 26/05/1918 (N° 1431)

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Le général de Mitry - Commandant l’armée française des Flandres

Il a fallu qu’un télégramme du maréchal Douglas Haig, adressé au général de Mitry, fit connaître le chef qui défendit le mont Rouge et repris Locre ; sans quoi, avec le système d’anonymat qui sévit chez nous, le public français eût ignoré jusqu’à son nom. Ce télégramme disait : « Je désire vous féliciter personnellement, ainsi que les courageuses troupes qui sont sous vos ordres, pour la résistance couronnée de succès offerte par elles le 29 avril aux environs de Locre contre des attaques répétées par des forces ennemies supérieures en nombre, ainsi que pour les contre-attaques pleines d’élan et admirablement exécutées qui ont chassé l’ennemi du terrain dont il s’était emparé dans les attaques qui ont précédé. »

 

Quel commentaire ajouter à un tel hommage ?... Contentons-nous de dire que le général de Mitry, d’origine lorraine, était colonel à la mobilisation. La campagne lui valut les étoiles de brigadier puis de divisionnaire et deux citations, dont voici la plus récente. Elle date de mai 1917, époque où le général de Mitry, commandait le 6e corps d’armée aux batailles de l’Aisne : « Officier général du plus haut mérite ; a développé d’une façon remarquable la valeur offensive du corps d’armée qu’il commande. Aussi habile et entendu dans la préparation des attaques qu’ardent et résolu dans l’exécution, s‘est emparé, dans les journées des 16, 17 et 18 avril et dans celles des 5 et 6 mai, d’une série de positions formidablement organisées et opiniâtrement défendues, a capturé 4 000 prisonniers et 60 canons.

 

Le général de Mitry est commandeur de la Légion d’honneur.

 

 

Les phases diverses d’un raid aérien (photos)

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Les phases diverses d'un raid aérien

Sous leur tente, nos aviateurs étudient et préparent un raid de représailles aériennes sur l'Allemagne

Types des bombes employées : (75), (80), (90), (155), (220)

On se munit de bombes

Escadrille d'avions au départ

Officiers aviateurs partant pour un raid de représailles

Les chasseurs en croisière

Dans les nuages

Un de nos aviateurs a photographié cet avion ennemi

Caserne d'une ville allemande bombardée

 

 

La construction des aéroplanes aux Etats-Unis (photos)

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La construction des aéroplanes aux Etats-Unis

Mise en place du moteur

La peinture des ailes

Le dernier coup de pinceau à l'appareil

Les avions en voie d'achèvement

La préparation de l'avion avant le vol

Réparation d'un aéroplane

Entraînement des Américains. Mode de transport des avions militaires au camp d'Ashburn

A l'atelier du camp d'aviation

  

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • Irlande - Le mouvement sinn-feiniste
  • Italie - Brillant succès franco-italien sur le front de Macédoine - Une avance de 20 kilomètres
  • Ukraine - La guerre civile en Ukraine
  • Lithuanie - Le roi de Saxe accepterait la couronne de Lithuanie
  • Angleterre - Un raid d'avions boches sur Londres - On signale 44 tués - 179 blessés - Quatre des pirates sont abattus
  • Allemagne - Le raid d'avions anglais sur Cologne - Ils avouent 27 tués, 47 blessés - Dégâts matériels considérables
  • Arts et culture - L'exposition de peinture française à Madrid
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18/05/2018
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