14-18Hebdo

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196e semaine de guerre - Lundi 29 avril au dimanche 5 mai 1918

LUNDI 29 AVRIL 1918 - SAINT ROBERT - 1366e jour de la guerre

MARDI 30 AVRIL 1918 - SAINT EUTROPE - 1367ejour de la guerre

MERCREDI 1ER MAI 1918 - SAINTS JACQUES ET PHILIPPE - 1368e jour de la guerre

JEUDI 2 MAI 1918 - SAINT ATHANASE - 1369e jour de la guerre

VENDREDI 3 MAI 1918 - INVENTION DE LA SAINTE CROIX - 1370e jour de la guerre

SAMEDI 4 MAI 1918 - SAINTE MONIQUE - 1371e jour de la guerre

DIMANCHE 5 MAI 1918 - SAINT PIE V - 1372e jour de la guerre

Revue de presse

-       La bataille continue au sud d'Ypres

-       Le centenaire de Karl Marx en France

-       Le coureur cycliste Darragon fait une chute mortelle

-       La "Canaille" du "Bonnet Rouge" en conseil de guerre

-       Bruits de restauration monarchique à Petrograd - Est-ce la fin des bolcheviks ?

-       Le martyre d'Amiens

-       La menace d'offensive autrichienne sur le front italien

-       Le 20e avion du sous-lieutenant Guérin

-       Les Anglais sur la route de Mossoul

-       A l'Académie française - Election de M. Louis Barthou et de Mgr Baudrillart

-       Les Allemands colonisateurs de la Russie - Le coup de force de Kiev

-       L'opposition au Home Rule

-       Les Allemands à Sébastopol

-       La défense de Hangard-en-Santerre

-       Le général Foch est accepté par l'Italie comme commandant en chef

-       Une deuxième des trois berthas a été touchée par nos canons

 

Morceaux choisis de la correspondance

Pourvu qu’on ne t’envoie pas du côté d’Ypres. Les combats sans doute sont affreux partout mais là-haut chacun s’accorde à dire que la nature du terrain les rend encore plus durs.

  

29 avril (fête de Robert) - ELLE.- Maman est rentrée hier soir sans aucun retard à huit heures ici. Les enfants étaient allés à sa rencontre à la gare avec Elise. Mais escomptant le retard probable puisque nous avions vu passer des trains de troupes toute la journée, je ne les avais fait partir qu’à l’heure du train et il s’est trouvé que par hasard le train était exact, même plutôt en avance, et ils ont retrouvé Maman à mi-chemin dans le village, assez fatiguée de son voyage, des difficultés de toutes sortes, qu’on lui a laissé prévoir pour le reste de la guerre. De plus, le courrier que je lui avais gardé était plein de subtilités et stupidités administratives. « Une demande d’huile de graissage », Georges avait un traité avec une maison qui moyennant un forfait lui fournissait tout ce qui était nécessaire au graissage de l’usine. Ce traité a continué et on demande chaque x mois tant de tonneaux d’huile. Voilà maintenant qu’on nous renvoie notre demande à établir en 4 exemplaires en mentionnant à l’avance le poids des fûts, notre consommation mensuelle, etc. Il en est de même pour du fil de fer, les clous, le feuillard, les demandes d’autorisation d’expédition, il faut faire les balles de papier à l’avance, en envoyer le poids et les marques, cela oblige à les emballer et à les garder en attendant qu’on puisse les expédier. Enfin toutes sortes de chinoiseries, dont on ne voit nullement l’utilité, qui prennent du temps et agacent.

 

Les enfants ont été très sages hier, nous sommes allés à Cheniménil ainsi que Marie Krantz et sa cousine Mlle Berveiller, et ils ont été gentils. Mais samedi, André avait si mal pris sa leçon d’allemand que j’en étais très mécontente et je l’avais grondé très fort et lui avais promis une punition exemplaire pour le soir. Là-dessus il part chez Mlle Marchal, moi à Deycimont reconduire M. Mathieu et le soir quand il rentre, j’étais en train de donner la leçon de piano à Robert, il me met sous les yeux son cahier où il n’y avait que des « Bien » en sagesse, en devoirs et leçons. Au repas, motus, je le sentais très intrigué et effrayé par cette promesse de punition. A huit heures, je l’envoie chercher son cahier et livre d’allemand et lui ordonne de faire un devoir. Il a d’abord voulu dire non, mais je lui ai donné le choix entre le devoir ou 20 coups de bâton, il a encore préféré le devoir. Il a eu fini avant que je termine mon raccommodage, tâche que je m’étais assignée, et je lui disais d’aller se coucher, mais il ne voulait pas et je sentais très bien qu’il voulait me dire quelque chose, mais il reculait l’échéance. Quand j’ai vu cela, j’ai rangé mon ouvrage et suis montée avec lui, mais sans rien dire et en restant très sévère. Au moment de se coucher, il m’embrasse en me demandant pardon et en promettant d’être sage cette semaine, nous allons voir s’il tiendra sa promesse. C’est ennuyeux qu’il soit si paresseux, car autrement il a un bon cœur.

 

Pourvu qu’on ne t’envoie pas du côté d’Ypres. Les combats sans doute sont affreux partout mais là-haut chacun s’accorde à dire que la nature du terrain les rend encore plus durs.

 

Je te joins une carte du capitaine Grosperrin et une découpure de journal, où tu verras qu’il est encore dit en toutes lettres qu’on touche une indemnité pour chaque enfant jusqu’au grade de commandant inclus.

 

Bonnes tendresses, mon adoré chéri, de ta Mimi.

 

Maman a rapporté ton costume de Paris.

 

24 avril - Maguy Laroche-Joubert (Lescalier) à Mimi Cuny (sa sœur) - Cette période d’Avril est vraiment le mois de la famille. Hier c’était la fête de notre pauvre prisonnier, aujourd’hui c’est la date anniversaire de notre mariage dont nous faisons une très douce fête mon Paul et moi, et demain, chérie, c’est à ton tour de te dire que douze années sont passées sur votre premier jour de grand bonheur et que ni l’un ni l’autre ne l’avez amoindri au contraire. Nous nous permettons donc de vous dire à tous deux nos plus tendres, nos meilleurs, nos plus affectueux souhaits de bonheur pour cette nouvelle douzième année et pour toutes celles qui suivront jusqu’aux encore lointaines noces d’argent et d’or.

 

L’opération du petit Jean chéri a parfaitement réussi, d’autant mieux qu’il n’a été étourdi que 30 secondes, ce qui lui a enlevé tout malaise après ; mais les hurlements de détresse que ce pauvre trésor a poussé en se voyant sans sa Maman devant ces médecins. Après ces gémissements d’effroi et de mal qu’il a fait pendant 3/4 d’heure, à force de caresse et au moyen de passionnantes histoires de poussins, de pies voleuses et de canards de Docelles, je suis parvenue à le calmer et à dix heures il reprenait son allure gaie et calme. Que de parties de petits valets en deux jours. Mr Edgard, Papa, Maman, Trudie, tout le monde est accroché chaque fois qu’on arrive près de lui. Cet amour doit faire ton orgueil d’initiatrice Mimi chérie et je t’assure que je te suis joliment reconnaissante de cette science.

 

Nous entendons très bien le canon et les obus qui tombent sur Amiens.

29 avril - LUI.- J’ai reçu ta carte du 23 puis tes lettres du 24 et du 25. Dans ces dernières tu ne parles plus de notre petit Dédé, ce qui me prouve qu’il va maintenant bien. Néanmoins ne le fatigue pas trop. J’ai reçu également la lettre de Maman, à laquelle j’ai répondu hier avant de savoir qu’elle était partie pour Paris. Inutile de lui transmettre ma lettre, tu n’as qu’à l’ouvrir et la lui remettre à son retour. Reçu également des lettres de Marie Paul, de Germaine, qui a été enchantée de son séjour à Angoulême.

 

Nous sommes depuis trois jours au même endroit et en sommes très heureux, car nos hommes et nos chevaux sont bien installés et commencent un peu à se reposer. Nous sommes à quelques kilomètres du village où Mr Fayot possède une usine. C’est te dire que nous entendons très bien le canon et les obus qui tombent sur Amiens. Hier soir en particulier et avant-hier la canonnade était bien vive. C’était un roulement continu comme celui que tu me dis avoir entendu à Docelles mais il est probable que dans les Vosges il ne s’agissait que d’un coup de main, tandis qu’ici le roulement a continué toute la nuit et quelques gros coups faisaient même trembler les vitres de ma chambre.

 

Oui ma Mie je pense souvent à vous tous mais surtout à toi ma bien aimée. Je n’oublie pas non plus le 25 avril 1906 qui est le plus beau jour de ma vie et je remercie Dieu comme toi d’avoir exaucé mes plus chers désirs. J’ai pensé aussi à notre pauvre Maman. Je crains bien que tu te sois fatiguée d’aller ainsi à Gérardmer. Tu auras eu peut-être quelques démarches à faire. Mais en tout cas tranquillise-toi, ce que tu feras sera bien fait.

 

Ah la boue de la Somme !!

Voilà la pluie qui tombe et si cela nous empêche un peu de sortir et de faire quelques manœuvres, au moins je pense que la Vologne va se remplir et que l’usine continuera à marcher. Mais autant le pays est riant et beau lorsque le ciel est bleu, autant il est triste et laid lorsqu’il fait du brouillard ou qu’il pleut. Et puis la boue de la Somme !! Mais je plains les pauvres gens qui sont dans les tranchées ou dans des batteries sur ce front qui doit ne pas être encore bien organisé. Je suis toujours content de mes nouvelles recrues comme officiers. Au fond je crois que je n’aurai rien perdu et les nouveaux me paraissent être aussi dévoués que les anciens. Tu sais que d’un moment à l’autre nous pouvons être appelés à partir. Ne t’impatiente pas s’il y avait quelque irrégularité dans les courriers. Je t’ai cependant écrit aussitôt arrivé à destination et je ne comprends pas que tu n’aies pas encore reçu ma 1ère lettre. Mais elles ne vont pas tarder et je tâcherai de te donner autant de détails que je pourrai.

 

30 avril - ELLE.- Ta lettre me montre que j’avais raison quand je craignais qu’on vous envoie vers le nord. Du moment qu’on vous fait continuer les étapes, c’est évidemment pour vous porter vers l’Artois ou les Flandres, un si vilain coin de France. La pluie qui ne veut pas cesser doit bien ennuyer tous les combattants.

 

Hier, un soldat est encore venu chercher notre piano pour une séance de cinéma au foyer, vendredi déjà. Il faut croire qu’ils aiment cela. Heureusement il ne fait plus froid et je peux donner mes leçons sur le piano à queue quand celui du fumoir est enlevé.

 

André a bien travaillé hier et Robert a été plus sage, c’était sa fête d’ailleurs, quoiqu’on ne lui ait pas fait de vœux ni de cadeaux sensationnels (il a juste reçu un porte-plume de Mlle Renard, je dois lui rapporter un ballon aujourd’hui). Il était très content que ce fut sa fête et en était assagi.

 

Maman a reçu 60 des H.G.P. et comme elle ne savait pas qu’en faire elle s’est décidée à les partager en 4 et à les offrir à ses enfants. Ce serons nous qui à notre tour aurons la décision à prendre. La pauvre Maman, elle est toujours si ennuyée quand elle doit s’occuper de tout cela.

 

Figure-toi que le fameux Giffard que tu as donc fait renvoyer de Paris est encore revenu tel que Maman l’avait porté à Paris, c.à.d. tourné à l’envers et on n’a pas pu le poser. Comme on ne peut rien obtenir de ce constructeur ivrogne et méchant, qui a injurié Maman quand elle est allée le voir, nous allons en acheter un autre chez Hamelle pour éviter de faire tourner la machine à vapeur.

 

Nous venons de lire dans le journal l’arrangement fait en vue du rapatriement des soldats et l’internement en Suisse des officiers, nous avons donc l’espoir d’y voir revenir notre Georges.

 

Paul n’a plus de nouvelles de Russie depuis commencement avril. Il leur faut considérer tous leurs biens russes comme perdus, égaux à zéro.

1er mai - ELLE.- J’ai vu Paul hier à Epinal, il avait très bonne mine et nous avons causé un bon moment ensemble. Il n’a plus de nouvelles de Russie depuis commencement avril et ne reçoit plus de réponses à ses télégrammes, ne sont-ils pas transmis ou Mr Bain n’existe-t-il plus ? A Paris, s’est formée une société en vue de la sauvegarde des intérêts français en Russie et, à leur dernière réunion, est arrivé un nouveau membre revenant tout dernièrement de Russie, où il était depuis 20 ans, qui leur a dit en maintes périphrases qu’il leur fallait considérer tous leurs biens russes comme perdus, égaux à zéro. Je n’ai pas voulu dire à Paul que tu l’avais fait à ton dernier inventaire, car il eut été froissé. Au fond, il ne veut pas y renoncer si vite et soutient encore la thèse que, si tout est perdu en Russie, tout le sera aussi ici. Comme il est assez entier dans ses discussions et comme ce sont d’ailleurs des choses que j’ignore, je n’ai pas voulu lui dire que ce n’était pas tout à fait la même chose. Là-bas en plus de la guerre et des boches, il y a la révolution qui continuera à bouillir pendant quelque 10 ans. Peut-être arriverons-nous à l’éviter ici ?

 

Nous aurions voulu qu’il vienne déjeuner à la maison, mais il dit qu’il manque d’essence, le train, il ne veut pas en entendre parler, et comme je suis un peu fatiguée cette semaine, je ne lui ai pas offert d’aller le chercher et le reconduire, ayant assez des courses forcées. Il nous a invités à déjeuner mardi prochain avec les enfants qui s’en réjouissent naturellement beaucoup.

 

Robert a encore fait une colère épouvantable hier, il a déchiré la pèlerine en caoutchouc d’André, il est vraiment curieux cet enfant, ce sont des accès de folie qui le prennent subitement. J’étais fatiguée et suis d’avis qu’il faut habituer les enfants à ne pas ménager leurs pas et à rendre service à leurs parents. Je l’avais donc envoyé me chercher un manteau et il avait grogné prétextant qu’il ne saurait pas le trouver. Il me l’apporte et je le renvoie chercher la pèlerine d’André, qui devait être derrière l’auto, par une pluie torrentielle. Le voilà qui se fâche, qui tire tellement fort la pèlerine qu’elle se coupe en deux. Ma patience s’est démentie, je l’attrape, le déshabille en deux minutes et le fourre au lit. Il était bleu de rage, me crie les injures habituelles : « Vous n’êtes qu’une boche, etc., je vous casserai toute votre chambre », et en effet j’entends à travers la porte fermée les fauteuils et chaises qui culbutent, les matelas, couvertures qu’on jette à terre, mais je ne suis pas rentrée dans la chambre, je n’en aurais rien obtenu que de nouvelles méchancetés, j’ai seulement dit à Elise d’y aller voir 1/4 d’heure après et de le lever à 2 heures, j’étais pressée de partir à Epinal. En rentrant le soir, il était calmé, mais à une contradiction il est encore sorti de la salle en frappant la porte et est allé s’enfermer cinq minutes au fumoir. Il faudrait absolument arriver à le corriger de ce défaut, car ce serait dangereux pour plus tard. Nous allons déjeuner chez Marie Krantz et il n’y viendra pas pour sa punition. Je lui ai aussi fait part de l’invitation de son oncle Paul, qu’on n’acceptera pour lui que s’il n’a plus fait de colère d’ici-là.

 

André travaille mieux ces jours-ci.

 

Et toi mon pauvre chéri, tu circules toujours sur des routes détrempées et gluantes. Alfred Geny qui était aux environs de Montdidier est remonté vers les Flandres. Si par hasard, tu le rencontrais, il est du 88e artillerie lourde tracteurs, 8e batterie, 4e groupe, secteur 237, quelquefois par un hasard extraordinaire, tu pourrais tomber sur lui. Sa femme est mieux qu’elle ne nous avait semblé d’abord. Elle n’est pas aimable et bonne comme la femme de Pierre, mais je la crois plus intelligente et débrouillarde, une femme de tête. Ils n’ont vraiment pas de chance, il y a deux mois qu’ils ont déménagé les derniers meubles qui leur restaient à Reims, les ramenant à Amiens.

 

Bonnes tendresses, chéri mari que j’embrasse. Ta Mi.

 

Tu as vu l’entente des nations française et allemande au sujet du retour des prisonniers de 1914.

2 mai - ELLE.- Nous recevons en même temps ta bonne lettre du 26 et celle adressée à Dédé du 27. Je te croyais en route vers le Nord et vois maintenant que tu es resté aux alentours d’Amiens. Tu sembles content de tes nouveaux officiers, ce qui m’enchante. Et la gorge, les yeux et l’estomac ? Comment vont-ils, tu ne m’en dis rien ?

 

Tu as vu comme nous dans les journaux l’entente des nations française et allemande au sujet du retour des prisonniers de 1914. Quoique Georges soit dans les assez jeunes et pas des premiers puisque les grandes rafles de Maubeuge, Charleroi et Morhange avaient dès le début rempli pas mal de geôles allemandes, nous avons l’espoir de le revoir bientôt, car nous avons reçu une lettre de lui hier datée du 31 mars disant qu’il vient de passer un examen médical fait par un docteur suisse, qui a décidé son envoi à Constance pour subir la consultation qui doit ordonner son internement en Suisse. Il s’en réjouissait oh ! combien ! le pauvre. Mais en date du 10 avril, en tout cas, il n’avait pas encore quitté le camp car il nous adressait encore une carte d’accusé réception de paquets. Mais je pense que le médecin suisse, connaissant les pourparlers entre les nations, se sera hâté d’agir pour encore le faire sortir de geôle avant la première évacuation de droit, de manière à pouvoir présenter sa note, car si Georges ne revient qu’en convoi, le docteur n’aura rien.

 

Les enfants étaient très excités à l’idée de faire leurs paquets pour aller voir l’oncle Georges, car il est entendu qu’on demandera un passeport pour passer un bon moment des vacances en Suisse à une altitude assez près de l’oncle Georges.

 

Mais en attendant, notre Robert continue à être très méchant. Hier il a été au lit sans souper après avoir reçu une raclée qui compte. Aujourd’hui, il reste au lit toute la journée, seul dans sa chambre, pour essayer de lui calmer les nerfs. Je lui ai tracé quelques devoirs qu’il a refusé de faire dès l’abord, on lui a retiré son plateau de déjeuner qu’on ne lui rendra que lorsqu’il aura obtempéré. Puisqu’il ne veut pas se soumettre, on le prendra par la faim comme une petite bête fauve. Mais on ne peut pas accepter un caractère pareil. Ses scènes me rendent malade, hier soir j’en étais toute blanche, paraît-il. Les deux grands en étaient tout impressionnés.

 

Nous avons eu la visite de l’oncle Henry hier. Quel bavard orgueilleux, on ne peut avoir aucune confiance dans tout ce qu’il raconte, il se contredit à tout instant. Il est arrêté, il n’a plus de pâtes, cinq minutes après, il marche encore jusqu’au 8, il a autant de houille qu’il veut, ensuite il ne brûle que du bois, c’est assommant, on ne peut tabler sur aucune de ses paroles.

 

Bonnes tendresses, mon ami chéri. Ta Mimi.

 

Le front paraît stabilisé et les boches n’avancent plus. En somme si cela continue ils n’ont pas réussi. On prétend également que deux de leurs grosses pièces sont démolies et qu’on va s’atteler à la troisième.

2 mai - LUI.- J’ai reçu ta bonne lettre du 28 écoulé et te joins une lettre reçue des Héritiers. Je leur ai répondu que j’étais tout à fait d’accord. Je ne me rappelais même plus que nous avions encore de l’essence à Cornimont. Ils vont employer la mienne et tu pourras lorsque tu iras là-bas leur en demander en échange. Mais évidemment les bidons qui restent doivent être à moitié vides par suite de l’évaporation depuis quatre ans. Je t’ai fait envoyer un mandat de 700 francs et aujourd’hui un paquet de quatre Revues des Deux Mondes qui t’arriveront j’espère sans perte ni dommage.

 

Nous sommes toujours ici et on n’a pas l’air de vouloir nous employer maintenant. Nous avons repris l’instruction et nous faisons des manœuvres tous les jours, ce qui n’a rien d’ennuyeux, surtout par des journées comme celle d’aujourd’hui. Nous avions tous ces jours-ci du brouillard et même de la pluie. Aujourd’hui au contraire il fait un soleil splendide, un véritable temps d’été et cela nous amuse de nous promener à cheval. Nous entendons depuis quelques jours très peu le canon. Le front paraît stabilisé et les boches n’avancent plus. En somme si cela continue ils n’ont pas réussi. On prétend également que deux de leurs grosses pièces sont démolies et qu’on va s’atteler à la troisième. S’ils n’en ont pas d’autres, cela fera aussi bonne impression sur les Parisiens et les boches verront au contraire que le moral en France est toujours bon.

 

Je suis toujours très content de mes officiers surtout du Lt Cassan, dont je t’ai déjà parlé. Le licencié ès lettres et en droit est aussi un homme distingué mais autant il s’intéresse aux questions de tir et de tactique, autant il s’occupe peu de tout ce qui concerne les chevaux et le service intérieur et c’est un défaut car un jeune sous-lieutenant doit s’en occuper, sans cela ses hommes ne font rien. Enfin nos hommes sont déjà un peu reposés et surtout nos chevaux sont en meilleur état. Je suis content qu’on nous ait laissé un peu de répit. Le capitaine Machiels vient de perdre son père et a pu obtenir, les permissions étant rétablies, une permission de trois jours. Je l’attends demain soir et il va être probablement très étonné de nous retrouver ici.

 

Donne-moi des nouvelles de Maurice. J’espère que notre petit Dédé va bien maintenant.

 

2 mai - Capitaine Grosperrin (Clinique St Charles, rue de l’Annonciade - Lyon) à Georges Cuny.- Je reçois votre lettre du 25 qui m’annonce en même temps votre retour au groupe et ma promotion dans la Légion d’honneur. J’espère que vous êtes complètement rétabli et j’en suis très heureux. Permettez-moi aussi de vous remercier bien sincèrement pour la récompense qui m’est décernée. Je suis certain que vous n’êtes pas étranger à la proposition ou aux indications pour son établissement si vous n’avez pu vous en occuper avant votre évacuation. L’annonce par votre lettre et celles de quelques camarades a été pour moi une véritable surprise car je ne m’y attendais pas et je n’ai reçu jusqu’ici aucun avis officiel ni du corps, du dépôt ou de l’hôpital. J’ai été à nouveau radiographié et photographié avant-hier dans un hôpital spécial à cet effet à Lyon. J’ignore encore les résultats des épreuves ; j’espère qu’elles n’aboutiront pas à une nouvelle opération et qu’on me laissera mes éclats qui ne paraissent pas vouloir me gêner.

 

2 mai - Benedetti (Armées - Marseille) à Georges Cuny.- J’ai quitté l’hôpital et je vais en permission de 10 jours en Corse. Seulement je suis en panne à Marseille faute de courrier. J’embarque le 6 et je serai de retour au groupe vers le 25. J’espère qu’on vous laissera au repos d’ici là et que je serai avec vous pour le grand coup. Mes meilleures amitiés aux camarades.

 

3 mai - ELLE.- André était bien fier hier de descendre de chez Monsieur Melchior avec un très bien 17/20, et du coup, il déclarait dans la soirée qu’il aimait beaucoup mieux le latin que tout le reste. Mr Melchior lui a dit de rechercher dans tes livres ou ceux de ses oncles un livre « De viris... ». Je vais me mettre en quête de le retrouver dans les caisses que nous avons au grenier, mais il est probable qu’il n’existe plus et on en sera quitte pour le racheter.

 

Robert est maté, il a été parfaitement sage hier, fait très bien ses devoirs. Je ne m’occupe plus de lui et ne lui parle pas, c’est Maman qui est la commandante. Je trace le programme sur le cahier et c’est Maman qui va le lui livrer dans sa chambre. Il y est enfermé et n’en sort que quand Grand’Mère juge les devoirs bien faits. Comme il a bien travaillé hier matin, on l’a laissé descendre à midi et il a fait une bonne promenade l’après-midi avec Noëlle et Elise.

 

Depuis cette semaine André va 3 fois par semaine à l’école à 7 heures du matin faire la dictée avec les petites filles du certificat qui font en ce moment un bourrage de crâne intensif. Ces jours derniers André avait 8 et 7 fautes et aurait été renvoyé impitoyablement.

 

Hier à Epinal, j’ai rencontré Hélène Bodenreider, qui y était venue essayer une robe. Tu sais qu’elle attend un bébé pour septembre. Son mari est toujours à Planois à construire des baraques Adrian, il peut revenir dîner chez lui plusieurs fois par semaine. Mais à part ce plaisir, combien ce poste doit être peu intéressant.

 

Il paraît, c’est Paul qui me l’a dit, que Pierre Mangin voulait racheter pour la société de Demangevelle une usine près de St.-Etienne. Mais je ne sais pas si c’est fait.

 

J’ai eu la visite de Victorin Noël mercredi, son bataillon cantonnait à Lépanges. Il disait qu’à Cornimont on était bien content de Monsieur Mangin. Il a envoyé une députation d’ouvriers au ministre du ravitaillement pour réclamer du pain, car on n’en a pas eu pendant 8 jours et que les Héritiers marchaient bien mieux que les autres usines. Les Feltz sont souvent arrêtés.

 

Nous avons eu la surprise de voir des Américains au village, ce sont les premiers qui y cantonnent (à part des sanitaires que nous avons eu déjà plusieurs fois).

4 mai - ELLE.- Je n’ai pu t’écrire ma lettre comme je le fais chaque matin avant de me lever, résultat, elle aura manqué un courrier, parce que j’ai eu des automobilistes qui sont venus dès huit heures pour voir la grosse voiture qui n’a pas voulu se mettre en route hier au moment de partir à Plombières. C’est une diable de petite clef qui sert de contact et qui est ennuyeuse en ce qu’il faut avoir l’habitude et la mettre juste au point. Ces messieurs ont regardé et examiné le moteur pendant deux heures avant de trouver et finalement je suis très fière, car c’est moi qui l’ai mise en route. Mais en attendant, cela m’a pris deux heures passées de ma matinée. Ensuite les leçons de piano des deux grands.

 

L’après-midi, j’ai assisté aux leçons des enfants, latin et allemand, puis reconduit Marie Mathieu à pied avec Robert. Ce mauvais diable avait été sage deux jours et ce soir il s’est encore évadé à six heures en rentrant, pendant que je changeais de chaussures, et il n’est rentré qu’à 7 heures ½. Pas de leçon de piano prise et au moment d’aller au lit Monsieur prétend qu’il a quelque chose d’important à faire au cabinet, mais comme il y passe plus de temps que de coutume je vais attendre sa sortie et constate qu’il s’y était enfermé pour fumer. Il a encore fallu gronder. Quel enfant insupportable, il n’a pas encore huit ans, nous aurons certainement beaucoup de mal avec lui plus tard. Il ne craint personne ici que Grand’Mère et encore !! Les coups, les privations, il pleure sur le moment, puis tout glisse. On se demande que faire pour le mater, c’est assommant. Il faut que je me mette dans l’esprit qu’il ne faut pas le perdre de vue une minute, et quand je ne puis m’en occuper ou sa Grand’Mère, il faut l’enfermer dans sa chambre. André est un peu fainéant, mais il est bien moins difficile à gouverner et plus soumis et respectueux.

 

Hier nous avons été à Plombières où nous avons vu tante Anna, Madeleine et Suzanne. Les petites Michaut sont délicieuses. L’aînée est une petite malicieuse qui a trois ans ½ et fait de bonnes petites réflexions. Il paraît qu’elle avait dit le matin à sa mère : « Moi, zai un amoureux et un fiancé, mon amoureux, c’est BonPapa et mon fiancé c’est Robert Cuny ». C’est toujours Robert qui a les succès comme tu vois. Il a accompagné la Madelon que chantaient les mioches, les nôtres, ceux de Suzanne, l’aînée de Madeleine et Lili, c’était une horrible cacophonie, il y en avait au moins la moitié qui étaient à deux ou trois tons au-dessous.

 

Nous nous étions bourrés à 7 sur la petite voiture, puisque la grosse n’avait pas voulu partir mais il faisait si beau que la promenade était pourtant agréable. Au retour, nous avons eu la surprise de voir des Américains au village, ce sont les premiers qui y cantonnent (à part des sanitaires que nous avons eu déjà plusieurs fois). Il paraît qu’ils viennent construire un camp d’aviation au-dessus de Cheniménil sur la route d’Epinal (ceci sous toutes réserves).

 

L’usine tourne toujours à l’eau, du bois pour la sécherie, et cela marche. On a fait de la machine à écrire pour ne pas faire tourner la calandre, car on fait marcher les piles pendant 24 heures et la machine à papier mange en 14 ou 16 heures ce qui lui a été préparé. Cela paiera les frais de main-d’œuvre. Mr Joly est encore venu aujourd’hui pour relever des plans de transmission, on a bien du mal de tout coordonner pour garder ce qui existe et raccorder les divers moteurs.

 

Tu dis que je ne te parle pas de ma santé, mais tu ne me donnes guère de détails sur la tienne non plus. Je t’aime, mon adoré, de toutes mes forces.

 

4 mai - LUI.- J’ai reçu ta lettre du 29 avec celle de Marie Molard. Tu vois que si Germaine a été appréciée à Angoulême, elle apprécie elle aussi Paul et Maguy, qui sont d’ailleurs très aimables et très bons.

 

Nous partons tout à l’heure. Il est dix heures et demie et nous avons fini de dîner. On nous fait partir vers onze heures, je pense pour que nous n’arrivions pas en plein jour à l’étape à cause des avions boches. Nous serons ce soir dans un faubourg de la grande ville que les boches voudraient bien prendre mais il paraîtrait que nous n’y passerons que la nuit et que nous repartirons demain plus au nord. Le temps est suffisamment beau bien qu’il ait plu cette nuit. Il y a des nuages dans le ciel et nous aurons peut-être un peu de pluie. Mais nos chevaux ont pu se reposer depuis huit jours et j’espère que tout ira bien et que nous ne laisserons rien en route.

 

Je suis heureux que Maman soit rentrée de Paris pas trop fatiguée. En effet je ne comprends pas pourquoi on exige tant de formalités pour obtenir des approvisionnements qu’on a déjà tant de mal à se procurer. On me disait que les transports avaient repris comme autrefois de vos côtés. Peut-être pourrez-vous recevoir un peu de houille.

 

Hier soir deux anciens électeurs de Paul (c’est ainsi qu’ils se sont introduits auprès de moi) sont venus me voir. Ils avaient su qu’un Ct Cuny était dans un village à côté du leur et naturellement ils en avaient profité, tu comprends ce que je veux dire. C’étaient deux chasseurs d’ailleurs très gentils et qui paraissent être bons soldats et qui avaient dû recevoir pas mal d’argent de mon cher frère car ils paraissaient lui être restés très fidèles.

 

Notre pauvre petit Dédé est en effet paresseux. Mais je ne sais pas s’il ne faudrait pas lui donner un peu plus de récréation et surtout des récréations plus longues. Je voudrais qu’il eût dans tous les cas son dimanche complètement à lui à part peut-être le catéchisme et son après-midi du jeudi également. Or le jeudi et le dimanche, il a toujours à faire des devoirs. Je crois que si tu fixais un programme bien défini, en supprimant au besoin non pas les cours mais les devoirs de Mlle Marchal de temps à autre, pour lui permettre de faire ses devoirs de latin et d’allemand non pas à la va-vite comme il les fait d’habitude mais avec réflexion et de façon qu’on puisse exiger quelque chose de bien fait, cela vaudrait mieux. Enfin tu verras cela.

 

Je n’ai pas le temps d’écrire à Robert pour sa fête. Tu lui diras que je lui souhaite une bonne fête mais que je lui souhaite surtout d’être tout à fait sage.

 

4 mai - Bareille (Armées - 1ère Section de 75 sur remorque – Secteur postal 181) à Georges Cuny.- J’ai été très heureux de recevoir votre lettre et d’apprendre que vous alliez mieux, et que vous passiez votre convalescence avec votre famille. J’ai terminé mon cours à Arnouville, je suis sorti major de ma série avec 18,5 ; j’ai fait mon possible pour ne pas déshonorer le II/260. Le commandant Pagézy m’a promis de me donner prochainement le commandement d’une section de 75 sur remorque, matériel automobile, tout nouveau, muni des perfectionnements les plus récents, et tout à fait intéressant. Je fais en ce moment un stage à la seule section remorque qui soit actuellement sur le front (il n’y en a que deux ou trois de fabriquées, et la deuxième ne va arriver que ces jours-ci). A la fin de mon stage qui durera je ne sais encore combien de temps, je serai rappelé probablement à Rueil, ou Arnouville, pour former ma section. Pour venir ici, j’ai traversé en automobile un village sur lequel nous tirions souvent lorsque nous étions à la cote 118, je suis même passé sur notre point d’accrochage (le pont dudit village), j’en ai revu la sucrerie. Je suis arrivé à la section pour changer de fonction, ce qui arrive encore assez fréquemment, et ce qui est assommant, non seulement pour la route qui n’est guère fatigante se faisant en auto, mais pour le nombre d’appareils à mettre en station. Ce genre de tir est extrêmement intéressant, et je dirai même passionnant. Dites au capitaine Machiels que, quoi qu’il en dise, il s’y intéresserait, et que la lunette dont il m’a parlé est un bel instrument, extrêmement ingénieux mais dont on se sert fort peu.

 

Et Morize ? A-t-il quitté l’hôpital en même temps que vous ? J’espère qu’il est complètement rétabli. Je vous prie de m’excuser auprès des camarades du groupe de mon long silence, mais pendant tout mon cours, j’employais à travailler les soirées que je ne passais pas chez moi, et je n’arrivais pas à écrire une lettre. Je vais me rattraper ces jours-ci en leur écrivant à tous. Le capitaine Grosperrin ne doit pas encore songer à rentrer, je lui souhaite une très longue convalescence, je pense qu’il ne serait pas fâché de voir mon souhait se réaliser. J’espère que Benedetti et de Bellefond ne vont pas tarder à vous rejoindre complètement guéris. Malheureusement nos vieux canonniers du 2e groupe ne rentreront pas tous à cause des renforts que vous avez reçus. C’est dommage car c’était tous de bien braves gens. J’espère qu’on leur aura accordé des récompenses, et je vous serais infiniment reconnaissant si vous vouliez bien me faire mettre sur un bout de papier les noms des hommes qui ont eu la croix de guerre. J’espère de tout mon cœur que Vieille aura eu la récompense pour laquelle il avait été si justement proposé ainsi que le capitaine Grosperrin.

 

Excusez le désordre de ma lettre, mais je suis si heureux de parler un peu de tous ceux avec qui j’ai passé de si bons instants que je ne prends pas le temps de classer mes idées.

 

Maman a pu trouver quelques cigarettes jaunes qu’elle vous enverra, car je crois bien que vous ne devez guère en trouver en ce moment.

 

En vous disant au revoir je vous prie mon Commandant de recevoir mon plus respectueux souvenir et de vouloir bien présenter mes amitiés les plus affectueux à tous les camarades.

 

5 mai - ELLE.- Voilà encore une journée passée si rapidement que c’est à 8 heures du soir que je puis seulement et enfin t’écrire. Il est vrai que j’aurais dû commencer par toi, tandis que ma lettre du matin a été pour Marie Paul à laquelle j’en devais une depuis quelques jours. Ensuite il a fallu aller à la messe, à la Mairie où je voulais faire renouveler mon laissez-passer qui expire le 13 mai, je ne veux pas m’en laisser démunir, car je serais bloquée dans mon coin. S’il t’arrivait encore un accroc, je veux pouvoir courir me rendre compte de ce qui se passe et aller t’embrasser comme pour mon voyage à Bordeaux.

 

Puis j’ai aidé Elise à faire les lits et à préparer le dessert, et midi est arrivé nous amenant Marie Krantz, Mlle Berveiller et les Maurice au complet. Maurice est arrivé hier soir sans s’annoncer, quittant le front dès qu’il a appris la relève de sa division. Il a passé à Conté, l’usine de Mr Failliet, vendredi et regrettait bien de n’avoir pas su que tu étais dans le même coin, car il aurait si bien pu faire un petit crochet pour te voir.

 

Il a très bonne mine, mais n’aime pas son « patron », qui les a appelés une fois des « marchands de parapluie déguisés en soldats ». Maurice en a été très blessé. Il est d’ailleurs extraordinaire que dans cet E.M. les 3 officiers soient de la réserve, seul le colo est de l’active. Il est noble, très collet monté, « Dieu et mon Roy », et fait surtout grise mine à un des camarades de Maurice qui est juif.

 

Maurice et sa famille sont partis de bonne heure à Cheniménil car leurs parents de Raon y sont arrivés venant rendre visite non seulement à leur fille mais à une ambulance qui avait passé tout l’hiver chez eux et qui cantonne à Cheniménil pour le moment. Le médecin-chef très ami des Schwind. loge chez Thérèse. J’ai profité de leur départ pour emmener mon Dédé aux Vêpres, Monsieur le Curé avait grondé à la messe et avait témoigné son mécontentement aux enfants de la 1ère communion qui ne suivent plus les offices depuis la cérémonie. Marie Krantz et sa cousine y sont venues aussi puis nous sommes rentrées et avons fait un bridge jusque 6 heures du soir. Pendant ce temps Mlle Marchal avait emmené Noëlle en promenade pour la récompenser et je lui avais envoyé aussi Robert pour en être débarrassée. Ce dernier a d’ailleurs été parfaitement sage aujourd’hui. On ne peut que le féliciter et lui demander de continuer.

 

Demain nous irons à Plombières. Toutes ces sorties dérangent un peu les habitudes et le travail, mais comme les Vautrin quitteront sous peu ce lieu, ce sera la dernière fois. Nous n’y emmenons pas Dédé, qui prendra ses leçons comme d’habitude, il a très bien compris la chose d’ailleurs. Il faut bien qu’il s’y mette et laisse aux petits plus de liberté que lui n’en a.

 

Il a fait ses devoirs de latin complètement seul cette semaine sans que je lui donne un conseil (faire attention aux sujet, verbe et complément, ablatif, etc.). Je me réjouis de voir quelles notes il aura, il avait le verbe « audio » à apprendre et ne le savait encore pas trop bien hier. Demain il sera seul pour le repasser et je m’attends à ce qu’il l’ait à approfondir pour la semaine prochaine.

 

Bonnes tendresses, mon aimé, j’ai reçu tes lettres du 29 et du 30 contenant ton pouvoir. J’attends celui d’Henry pour prendre jour avec le juge de paix.

 

 

   

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 05/05/1918 (N° 1428)

Un poilu de la Somme

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27/04/2018
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