14-18Hebdo

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13e semaine de guerre - Lundi 26 octobre au dimanche 1er novembre 1914

 

LUNDI 26 OCTOBRE 1914 - SAINT EVARISTE - 85e jour de la guerre

MARDI 27 OCTOBRE 1914 - SAINT FLORENT - 86e jour de la guerre

MERCREDI 28 OCTOBRE 1914 - SAINTS SIMON ET JUDE - 87e jour de la guerre

JEUDI 29 OCTOBRE 1914 - SAINT HYACINTHE - 88e jour de la guerre

VENDREDI 30 OCTOBRE 1914 - SAINT ALPHONSE RODRIGEZ - 89e jour de la guerre

SAMEDI 31 OCTOBRE 1914 - SAINT QUENTIN - 90e jour de la guerre

DIMANCHE 1er NOVEMBRE 1914 – TOUSSAINT - 91e jour de la guerre

Revue de presse

-       Batailles violentes en Belgique et autour de Lille

-       Les Russes continuent à avancer - L'offensive russe à Przemysl

-       Les pertes allemandes seraient effrayantes

-       L'ennemi rejeté au-delà de la frontière vers Nancy

-       La bataille du Nord - Violents combats dans la région de Nieuport

-       Avance générale de nos armées - Nous avons progressé vers Ypres, Arras, dans l'Argonne et à Apremont

-       La réouverture de la Bourse de Paris

-       Ostende est transformé en un hôpital

-       L'agression turque dans la mer Noire

-       L'ennemi tente une offensive générale - Les troupes alliées résistent vigoureusement et infligent de grosses pertes aux Allemands

Morceaux choisis de la correspondance

Le pauvre garçon a eu le temps de mourir depuis le 8 qu’il est blessé.

28 octobre - ELLE.- Je reçois tes deux bonnes cartes du 22 et 21, et suis bien heureuse de te savoir en bonne santé mais angoissée de te voir si près du feu ennemi.

 

Hier je suis allée conduire Maman en Zèbre à Epinal pour qu’elle puisse avant de prendre son train passer à la Place et à la Banque de France et savoir si on n’y aurait pas de nouveaux renseignements sur notre pauvre Georges.

 

Toujours rien. Elle a donc pris le train pour Paris où elle arrivera à midi ½. Elle ira de suite chez Paul Picard, chez qui nous avons fait adresser toutes les réponses aux télégrammes lancés. Si rien n’est arrivé, elle se dirigera vers Abbeville, Berck et si possible Béthune où Georges a été transporté en premier et où on l’a opéré, pour chercher à savoir dans quelle ambulance il a été dirigé. Espérons qu’elle finira par le retrouver et surtout en bonne voie de guérison. Le pauvre garçon a eu le temps de mourir depuis le 8 qu’il est blessé.

 

Me voilà donc passée maîtresse de maison et remplaçante des gérants à l’usine. Maman m’a confié les rênes du gouvernement. Nous remettons en marche lundi. On a déjà remis en train hier coupeuses et calandres qui marchent avec la turbine pour faire le papier resté inachevé à la mobilisation. Tout le monde semble content de reprendre l’ancienne vie. Nous avons demandé l’autorisation pour que 9 ouvriers qui travaillent encore aux forts soient libérés dimanche. Mr Manuel, grand manitou, a promis d’appuyer notre demande.

 

On a un mal fou de se procurer de la houille. Pendant ce temps Mr Lederlin fait réquisitionner 9 bateaux arrivés au port d’Epinal pour sa seule usine de Thaon, c’est criant d’injustice. Enfin passons ! Mais le marchand de houille était furieux, il aurait bien mieux aimé en donner un peu à tous les industriels du pays, espérant ainsi s’attirer de la clientèle pour plus tard. Maman partie et m’ayant dit de me débrouiller pour avoir de la houille, me voilà à la Chambre de Commerce où Mr Husson et ses acolytes ont été très aimables pour moi. Néanmoins j’aurais eu grand mal à me débrouiller sans Monsieur Trivier, qui y est arrivé sur les entrefaites et m’a expliqué très aimablement la manière de faire. J’ai vite écrit selon ses conseils à St Etienne pour recevoir de la houille directement. Tu n’aurais sans doute jamais cru que je serais capable d’écrire une lettre d’affaires. De là je suis allée à la Préfecture pour avoir l’autorisation de demander des wagons à la compagnie, ensuite à la gare de petite vitesse pour les obtenir. Et enfin je suis rentrée brillamment à Docelles sans le moindre ennui. Tous les messieurs auxquels on a affaire sont très aimables heureusement et m’appellent tous Mademoiselle. Monsieur Trivier a répété au moins trois fois à Monsieur Husson que j’étais Madame Cuny.

 

On croit que le jeune Knipiler[1] est mort, c’est navrant pour ses parents et bien ennuyeux pour les usines, car Mr K est comme perdu et dans un tel état qu’il ne peut s’occuper comme il devrait car Adrien voudrait essayer de travailler, mais pourra-t-il organiser ce travail depuis Nancy ?

 

Je prie Dieu qu’il mette en face de vous de mauvais tireurs allemands et je recommande à mon cher mari de se protéger le mieux qu’il pourra contre les obus ennemis. Que deviendrais-je sans toi, mon chéri ?

 

31 octobre - JMO 5e RAC/Groupe 95.- Attaque de nuit à 23 heures sur les positions allemandes des ponts de Vailly, maison de l’éclusier et terrain à 500 mètres au nord des ponts de Vailly. Fin du tir à 12 heures. Tués : les canonniers Albert Genin et Théophile Pin. Blessé très grièvement : le maréchal des logis Louis Schoeny. Blessés gravement : le capitaine Georges Cuny, les servants François Paret, Emile Pourchet. Tous ces tués ou blessés appartiennent à la 45e batterie.

On espérait que les événements militaires iraient plus vite.

1er novembre - ELLE.- J’ai reçu hier ta lettre du 26, elle est donc venue bien vite. Je t’ai fait ce matin l’expédition demandée, du chocolat, du tabac et un caleçon en tricot qui te sera plus commode pour monter à cheval que ceux en cretonne. Les cachets sont partis par la poste pour t’arriver plus vite. Tu vois, mon chéri que j’avais raison de te dire de faire des provisions à Besançon. Je savais bien que dans la zone des armées on ne trouve pas ce qu’on veut, surtout là où les Allemands ont passé.

 

Nous sommes toujours sans nouvelles de Georges, cela m’effraie, car il est inadmissible qu’il ne nous ait pas écrit depuis qu’il est à l’ambulance, je crains qu’il ne lui soit arrivé malheur.

 

Maman nous écrit jeudi soir de Paris qu’elle n’a encore pas trouvé sa trace, elle a fait des masses de démarches infructueuses. Heureusement que Paul Picard a été charmant pour elle et l’a beaucoup aidée en téléphonant lui-même aux agences de la Banque dans les villes où on lui avait dit que Georges était. Il lui a même donné son auto pour aller jusqu’au Bourget, qui est la gare de triage des trains allant vers le front comme de ceux de blessés en revenant, mais on n’a pu lui donner nulle part de renseignement. Elle semblait bien découragée et disait que si elle n’avait rien trouvé jusqu’au lendemain, elle reviendrait à Docelles.

 

Pourvu qu’on ne l’ait pas évacué de Béthune trop tôt et qu’il soit mort en route, c’est ce que je crains. Comprends-tu que le dépôt de Gray ignore où il est ? Alors, depuis qu’il est blessé, le pauvre garçon n’a reçu aucune de nos lettres. Comme Maman n’est pas revenue ce matin, j’espère encore que c’est de bon augure et qu’elle aura fini par découvrir quelque chose.

 

Marie Paul a reçu un télégramme de Dedovo[2], plus favorisée que nos usines françaises, celle-ci marche, en partie naturellement, cinq jours par semaine. A Schlestadt (Sélestat), la municipalité oblige la filature à reprendre le travail pour enrayer la misère. Ils marcheront en partie au mois de novembre. Autour de Strasbourg les Allemands creusent de grande tranchée, donc ils craignent notre prochaine offensive.

 

Madeleine[3] va très bien, est toujours bonne nourrice, la petite Colette est délicieuse, mais les pauvres gens sont toujours sans nouvelle de leur mère et tante Anna a dû partir il y a huit jours pour chercher Gogo[4] en Angleterre, c’est un bien long voyage en ce moment. Jusqu’alors on a de bonnes nouvelles d’Edouard et des jeunes Henry Boucher.

 

Marie M. est revenue à Nancy voir son mari, elle y a passé trois jours avec Germaine. Mère m’écrit que Marie Paul a été très bonne pour elle pendant tout ce temps, venant la voir beaucoup. Elle a été souffrante ces derniers temps. Le docteur lui trouve le foie congestionné et lui a ordonné le lit pendant quelques jours. Elle se sent mieux depuis qu’elle est restée au lit. Il lui faut décidément beaucoup de repos à la pauvre Mère, sa santé s’est bien affaiblie cette année. De ce point de vue, elle est mieux dans un hôtel que chez elle, où elle se crée toujours mille obligations. Plus tard elles iront dans le Midi, ce sera meilleur pour Mère.

 

Marguerite Victor Perrin est toujours à Plombières. L’oncle Alphonse espérait que les événements militaires iraient plus vite et qu’elle pourrait rentrer, mais il veut qu’elle attende qu’il y ait un résultat plus sûr dans la Hte Alsace et qu’on n’ait plus à craindre la venue des Allemands. Ici nous ne la craignons plus. On dégarnit d’ailleurs beaucoup la place d’Epinal, en infanterie comme en artillerie.

 

Nous allons partir aux vêpres des morts sauf une bonne qui garde la maison. Louis[5] fait ses premiers pas, cela me rappelle nos premières années de mariage quand nous surveillions avec tant d’amour les faits et gestes de Dédé.

 

Si par hasard, tu passes dans une ville où il y ait encore quelques ressources, fais quelques provisions, car je doute que vous trouviez ce qu’il vous faut dans les campagnes.

 

1er novembre - JMO 5e RAC/Groupe 95.- Le lieutenant Ducrot prend le commandement de la 45e Bie. Tir sur une batterie allemande située au sud de Vailly. Tirs sur les bois de la vallée d’Ostel.

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 01/11/1914 (N° 1245)

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Au quartier général belge - La reine est auprès du roi

On avait dit que la reine des Belges s’était réfugiée en Angleterre avec ses enfants. La vérité est beaucoup plus touchante. Dans un entretien qui a été livré à la publicité, M. Huismans, ministre d’Etat de Belgique, a déclaré que la reine n’avait pas voulu se séparer de son vaillant époux. Elle est restée au grand quartier général, partageant stoïquement les dangers, partageant aussi la gloire d’Albert 1er. « Il me semble, a dit M. Huismans, que le monde entier s’inclinera en apprenant cela. Quelle page d’Histoire est la vie tragique de ces deux souverains ! Que du moins, à moi qui eus l’honneur de les approcher en ces jours dramatiques, il me soit permis de proclamer tout de suite qu’ils se sont montrés grands parmi les plus grands et que nulle réparation ne sera pour eux une suffisante récompense. C’est la piété et la vénération des peuples, dans le présent et dans l’avenir, à jamais, qui leur sont dues. »

 

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Blessés attaqués par des loups - Pendant la bataille d’Augustowo

Un brancardier blessé par un shrapnell dans la forêt d’Augustowo a décrit les tentatives désespérées des Allemands pour repousser les Russes, tentatives qui leur coûtèrent, chaque fois, plusieurs centaines de morts. La bataille eut lieu dans un épais brouillard ; à plusieurs endroits les Allemands s’avancèrent jusque sur des canons ennemis. Durant la bataille, une bande de loups rôdait autour des combattants, fonçant sur les morts et les blessés et les mettant en pièces. Les brancardiers furent, à plusieurs reprises, obligés de tirer sur les loups pour les faire fuir, mais ces derniers revenaient bientôt après reprendre leur sinistre besogne. Des coups de feu furent tirés à bout portant et le brancardier raconte qu’il vit un uhlan le dos appuyé à un arbre et tirant sur les loups qui déchiraient à belles dents l’un de ses camarades blessés.

Thèmes qui pourraient être développés

  • Les pertes des combattants - 750,000 en Allemagne
  • La réouverture de la Bourse de Paris
  • Le roi et la reine des Belges (LPJ Supplément illustré 01/11/1914)
  • Conseils pratiques - Le papier pour entretenir la chaleur des corps (LPJ Sup 01/11/1914)
  • Industrie - Remise en marche de l'usine (Papeterie)
  • Industrie - Dedovo marche
  • Schlestadt
  • Religion - Les Vêpres des morts
  • Religion - Fête religieuse - La Toussaint - 1er novembre


[1] Le jeune Knipiler, fils du directeur de l’usine de la Vologne

[2] Dedovo, usine textile en Russie fondée par Paul C.

[3] Madeleine Michaut, une cousine

[4] Gogo, surnom de Marguerite Vautrin, une cousine

[5] Louis Boucher, 14 mois, fils de Maurice et Thérèse



23/10/2014
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