14-18Hebdo

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Journal de la Grande Guerre de quelques ancêtres des familles Farret, Cambon et Broquisse - 12 - Juillet 1915

Olivier Farret – 16-01-2017

 

Le 1er juillet, l’armée française compte 6 440 000 combattants dont 2 132 000 sur le front. Avec les ressources de la classe 1915, de nouvelles unités ont pu être créées, dont un grand nombre sont en cours de formation dans les centres d’instruction de l’intérieur. Dans une lettre au sujet des besoins de l’artillerie qui sont énormes, Joffre insiste : « En présence du développement constant des moyens que nous dévoile l’artillerie ennemie, les chiffres que je vous ai adressés doivent être regardés comme des minima. » La France industrielle, mobilisée depuis le début du conflit, devient une immense usine de guerre.

 

Justin Godart est nommé sous-secrétaire d’état au Service de santé. Après le désastre sanitaire de 1914, la Direction du Service de santé, avec son appui, va entamer une refonte de son dispositif avec la réorganisation de la chaîne d’évacuation des blessés face à ce conflit hors-norme. La France se couvre d’hôpitaux, atteignant bientôt 500 000 lits répartis dans près de 10 000 formations sanitaires.

 

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Justin Godart visite un hôpital d’évacuation

Fonds Berthelé à Toulouse

 

Le 2 juillet, le Parlement vote une loi instituant la mention honorifique de « Mort pour la France », comme reconnaissance de la nation. Dans l’armée française, mise en œuvre d’une permission de six jours, théoriquement accordée par roulement à tous les soldats.

 

Le 14 juillet, les cendres de Rouget de Lisle, le compositeur de la Marseillaise, sont transférées aux Invalides.

 

 

En Argonne, 23 régiments des 32e et 5e corps d’armée tentent, malgré les mines et les gaz, de contenir depuis le printemps les coups de boutoir allemands. Anticipant les intentions françaises d’une contre-attaque prévue pour le 14 juillet, le général Von Mudra ose l’offensive et déjoue les plans de ses adversaires.

 

Le 13 juillet, les obusiers de 305 allemands secondent par un cyclone de feu avec 50 000 obus et plusieurs explosions de mine l’assaut de cinq régiments. Dans le ravin des Meurissons, un seul obus broie 108 soldats dans leur abri (82e et 131e RI). Aux lieux-dits du Pavillon de Bagatelle, de La Harazée et du Bonnet de l’Évêque, si nombreux sont les morts que faute de pouvoir les enterrer, on les empile. Paul Farret (150e) et André Farret (173e) combattent dans cet enfer.

 

Le régiment de Paul Farret est appelé en renfort du 161e :

 

Le 13 juillet, le 150e accourt une fois encore au secours des troupes de Bagatelle que les Allemands attaquent à 4 heures du matin. La 10e compagnie, sous les ordres du capitaine Farret réoccupe à 5 h 30, à la suite d’une contre-attaque à la baïonnette et à la grenade, avec l’aide de fractions d’autres unités, nos anciennes tranchées de première ligne, dont les Allemands s’étaient emparées dès le début de l’action. A partir de 6 heures, le 3e bataillon se porte en réserve, d’où plusieurs sections partent successivement pour contre-attaquer en première ligne. Cet appui constant donné par le 150e aux troupes avancées, pendant la journée du 13 juillet, leur permet d’arrêter le mouvement offensif ennemi. L’ennemi restait en échec et nous conservions Bagatelle. (Historique du 150e RI et capitaine Ensales).

 

Malgré l’absence de soutien de l’artillerie et à court de munitions, le général Sarrail, commandant la IIIe Armée maintient sa décision de contre-attaquer. Le 14 juillet, Corses (173e RI d’André Farret), Champenois, Tourangeaux, Franciliens, et les brigades coloniales chargent à la baïonnette, reprennent une partie du bois de la Gruerie et la conservent au couteau et à la grenade.

 

Le 16 juillet, à 4 h 00 du matin, l’artillerie allemande se déchaine et tire pendant 6 heures près de 100 000 obus à gaz sur les lignes françaises du bois de la Chalade. A 12 h 30, l’infanterie ennemie attaque face à 8 000 à 10 000 hommes complètement surpris. Les combats sont meurtriers.

 

En fin de journée, les brancardiers vont parcourir le champ de bataille pour secourir les derniers blessés et ramasser les morts. En soirée, épuisés et démoralisés par une centaine de missions dans un terrain complètement défoncé et retourné, ils renoncent à ensevelir leurs camarades et les regroupent dans un dépôt qui sera évacué durant la nuit. Le chaos est tel que pendant plusieurs jours encore de malheureux estropiés vont continuer à sortir des profondeurs du champ de bataille.

 

Le 22 juillet, le dossier militaire de mon grand-père mentionne que le capitaine Paul Farret est évacué « pour cause de maladie associée à une grande fatigue générale ».N’ayant pas encore consulté son dossier aux archives médicales du Service de santé des armées à Limoges, je ne peux en dire davantage. Sa convalescence se prolonge jusqu’au 16 août. A-t-il chéri dans ses bras sa petite Geneviève âgée de 4 mois et son fils Maurice, 3 ans, en retrouvant ma grand-mère à Montpellier ? Je ne peux pas l’affirmer.

 

Fin juillet, les soldats du Kronprinz, renonçant à leur progression en direction des Islettes, à 8 km à l’est de Sainte-Menehould, point stratégique avec la voie ferrée ravitaillant Verdun, entament, à coup de tirs de mines et de bombardements ponctués d’assauts d’infanterie, une effroyable guerre de position à vocation destructrice. Les Français ne lâchent rien ; ils savent qu’il s’agit d’un verrou important qui bloque les Allemands dans leur progression vers Verdun.

 

 

Les régiments dont le 150e et le 173e qui défendirent « le secteur le plus dur de la mer du Nord à Belfort » [Joffre] peuvent fièrement revendiquer une très large part dans la citation du 32e corps d’armée à l’Ordre de la 3e armée :

 

« Depuis sept mois, le 32e corps d’armée défend ses positions contre les attaques incessantes de l’ennemi ; dans cette lutte sans trêve ni repos, il a fait preuve des plus belles qualités : discipline, endurance, courage. Chefs et soldats sont animés du plus haut sentiment du devoir. Ils honorent l’Armée » Signé Sarrail.

 

A quel prix ! 32 405 tués, blessés ou disparus du 20 juin au 20 juillet pour se maintenir en Argonne. Premier responsable des échecs coûteux enregistrés par la IIIe Armée, le général Sarrail est relevé de son commandement. En août 1915, il sera nommé général en chef de l’Armée d’Orient : « Je suis l’exilé de Salonique » dira-t-il plus tard.

 

 

Jean Broquisse qui se considère, à regret, comme un embusqué, continue sa formation de combattant à Farges : « Rien de neuf ici. Hier, nous avons eu une marche assez fatigante ; le commandant, le colonel, le général, tout l’état-major étaient sur notre dos. Aussi, tu vois d’ici tous les plats ventres qu’il a fallu faire… ».

 

En ce mois de juillet, il profite d’une permission pour aller découvrir la capitale. De prime abord, il est déçu de la grande ville lumière :

 

« Je dis « lumière » par habitude, car ma première impression n’a pas été très bonne, à cause de l’obscurité qui régnait dans les rues. Tout, en effet, était éteint, à l’exception de quelques becs de gaz recouverts d’un grand abat-jour qui jetaient çà et là une faible lueur… » [En raison des attaques nocturnes par des avions allemands].

 

Jean Broquisse, le Bordelais, va en quelques heures engranger le maximum d’images de Paris, avec ce souvenir lui permettant de dire qu’il connaît un peu Paname : « J’en suis très fier ». Mais il s’inquiète aussi de ceux qui sont à l’arrière. Sa famille est au Soulat : « On se dépêche de rentrer le foin au grenier pendant qu’il est sec et que le soldat [en permission agricole] peut nous aider ».

 

 

En Méditerranée, protéger les lignes de communication nécessite des escortes de bâtiments isolés ou en convoi. En raison du front des Dardanelles qui retient un grand nombre de grands bâtiments, les seuls navires de l’Armée navale disponibles contre les sous-marins sont les torpilleurs. Dix escadrilles sont en Méditerranée occidentale, deux participent au profit de la flotte italienne au blocus de l’Adriatique contre les Autrichiens, une autre est aux Dardanelles renforçant la flotte de 6 cuirassés et 4 croiseurs français. Le torpilleur 330 de Pierre Farret ne cesse de croiser le long des côtes d’Afrique du Nord. Le 29 juillet, victime d’une avarie, le sous-marin Mariotte, en surface, dans les Dardanelles, doit faire surface. Touché par l’artillerie turque, il se saborde et son équipage est fait prisonnier.

 

 

Le 30 juillet, le pape Benoit XV exhorte les pays belligérants en faveur de la paix :

« Que l’on y réfléchisse bien : les nations ne meurent pas : humiliées et oppressées, elles portent frémissantes le joug qui leur est imposé, préparant la revanche et se transmettant de génération en génération un triste héritage de haine et de vengeance. » Vision prémonitoire de l’avenir…



20/01/2017
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