14-18Hebdo

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Souvenirs de guerre 1914-1919 (Paul Boucher) - Ch 14-4 –1918 La bataille vue de l’état-major - Quatrième partie - De février à mars 1918

Document transmis par Renaud Seynave, son petit-fils - 06/06/2018

 

 

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Georgel, le fidèle ordonnance de Paul Boucher depuis décembre 1915 part le 25 février 1918 pour rejoindre le 41e B.C.P (Georgel est à droite sur la photo)

  

   

...Je m’occupe du gaz asphyxiant à utiliser et je vais du 23 au 26 janvier à Paris assister à un cours sur les gaz, fort apprécié puisqu'il se tient à la capitale. Mon frère André se trouve au même cours par hasard...

 

 

Chacun s’installe derrière la protection bien illusoire des tranchées. On fait des affaires. L’argent roule peu, certains sont payés d’honneurs et de considérations, du moins le croient-ils.

 

Je rejoins la division à Rosières-aux-Salines puis à Lunéville où elle prend le secteur de la forêt de Pancy tandis que nos bureaux sont à Lunéville.

 

Je loge confortablement chez Monsieur Guérin, la popote est aussi dans sa maison au premier étage habité d’habitude par Mme de Ravinel, veuve de l’ancien concurrent de Papa.

 

(Sources du sénat à propos du baron de Ravinel et d’Henry Boucher)

Henry Boucher se présenta aux électeurs de la 2e circonscription d'Epinal aux élections générales législatives du 22 septembre 1889, sur un programme républicain modéré. Alors que la France sortait à peine de l'affaire Boulanger il préconisait d'importantes réformes constitutionnelles et se prononçait notamment contre la longueur des sessions parlementaires, contre le nombre élevé des députés et contre leur « ingérence » dans les affaires administratives. Il demandait d'autre part que soient rendues incompatibles, « en fait, sinon en droit », les fonctions de ministre et de membre de l'une ou l'autre des deux Chambres, en « obligeant les députés anciens ministres à se représenter devant leurs électeurs ».

 

Il fut élu au premier tour de scrutin, par 6.109 voix contre 4.840 au candidat monarchiste, le baron de Ravinel.

 

 

C’est la gué…guerre dans toute son ampleur. La 8e armée du célèbre général Gérard adore les paperasses. Une tournée chaque soir est prescrite par un officier d’état-major, ce sera pour moi l’occasion de me refrotter aux tranchées qui me manquent jusqu’à un certain point.

 

Quelle est mon opinion du milieu où je vis et du travail qu’on y fait. Jusqu’à présent sauf à Verdun, ce ne fut que du secteur calme même pour la troupe.

 

Tout d’abord l’ambiance. Bien que je sois tombé dans un milieu libéral, c’est une ambiance purement militaire. Je veux dire que, dans la troupe, nous n’étions plus des militaires d’occasion mais des guerriers assoupis.

 

Le voisinage perpétuel de la mort nous donnait une grande insouciance, sans laisser de côté une ambiance réelle pour les Croix, citations, le tout avec une indépendance farouche envers les huiles et surtout le désir de voir finir au plus vite cette tuerie. Nos rapports avec le boche étaient de ne jamais en parler, de respecter les combattants en souhaitant avoir affaire le moins possible à eux.

 

L’entourage de la part du poilu était le dévouement complet, venant quelques fois de profonds et beaux sentiments, mais surtout de l’espoir de quelque petit emploi donnant l’illusion d’un danger ou d’une fatigue moindre : cuisinier, agent de liaison, conducteur de roulants, ordonnance de sergent…, etc.

 

A l’état-major, un tout autre esprit, le cadre est professionnel. La vie avec les grands chefs incite à une certaine déférence, platitude et bonne éducation. Le danger n’existe pas. Les hommes de troupe sont des embusqués, méchants et voleurs.

 

Le fond des conversations sont les histoires d’assurances, de commandes, de petits potins sur les grands chefs. Je parle des conversations de popote.

 

On donne des ordres mais on ne s’occupe pas toujours des possibilités d’exécution, ni même des répercussions possibles. On ne connait des régiments que les chefs de corps et, suivant la cote du chef, le corps est bien vu ou mal vu.

 

Un peu d’abus de pouvoir pour les questions d’avancement et de décorations.

 

Beaucoup de naïveté, on pense naturellement à sa carrière. La guerre prenait une revanche facile sur le civil politique ou non englobé si bien qu’un jour, je lançais cette boutade : « Si j’ai des fils, j’en ferai des militaires de carrière pour qu’ils ne fassent pas la guerre ».

 

Et du fait, en 1918, il n’y avait plus que les chefs de bataillon qui étaient militaires de carrière et encore !

 

La raison du danger non immédiat, du confort relatif, de toute puissance, la lassitude de la guerre existait peu.

 

On bouffait du boche à en crever d’autant que l’on n’avait jamais eu un vivant devant soi en liberté d’action et de fusil.

 

Si ridicule soit-il, il est certain que si, comme ils le répétèrent dans le patois, on avait mis dans une tranchée Guillaume II, les commandants d’armée de groupe et en face Poincaré, la guerre n’aurait pas duré cinquante-deux mois.

 

Mais pourquoi écrire de pareilles idioties ?

 

Chez M. Guérin, on nous reçoit et je vois le monde de la guerre, vieille infirmière à prétention, dame américaine bienfaitrice de village quémandant les généraux. La gé…guerre en plein, non sans beaucoup de bonne volonté et de travail chez quelques-unes.

 

Je m’occupe du gaz asphyxiant à utiliser et je vais du 23 au 26 janvier à Paris assister à un cours sur les gaz, fort apprécié puisqu’il se tient à la capitale. Mon frère André se trouve au même cours par hasard. C’est intéressant, avec visite à Fontainebleau, tir sur chien de la Fourme, passage dans des atmosphères de chlore.

 

Je rentre à Lunéville où la vie est si calme que je ne trouve rien à noter.

 

Nous sommes reçus au bureau dans une aile du château qui servait de logement à un général de cavalerie.

 

Je suis interviewé par un rédacteur du journal « L’illustration », un dénommé Babin qui vient faire un article sur le 152e RI. Je lui fournis le canevas.

 

Nos déjeuners sont toujours aussi animés avec des officiers Italiens.

 

Le 17 février, je vais à Gérardmer sur la demande de Barrard, colonel du 152e, assister à une remise de fanion offert par la ville de Gérardmer au 152e. Le général assez taquin dit que cette journée me sera déduite de ma prochaine permission !

 

(Notes relevées dans le carnet de Paul Boucher en date du dimanche 17 février 1918)

« Lever en famille, je pars chez les parents puis vais à l’hôtel de ville. Vu le colonel Barrard, Papa, général Schmidt etc.

La cérémonie est ainsi : Discours de Mathieu, remise du fanion, réponse du colonel Barrard, Marseillaise du 174e RI. On monte à l’hôtel de ville. Discours de Lalevée (adjoint), général Schmidt, Colonel Barrard, Papa.

Soirée en famille, je montre des petits soldats à Jeanjean (Jean Boucher fils de Paul âgé de 5 ans) ».

 

On nous amène des Américains, non seulement des cadres mais de la troupe ! Cela donne du travail pour les loger. Nous construisons un camp à Croismare, le camp « New York » et on incorpore le 165 RI US dans le secteur « Rouge Bouquet-Chaussailes » où bientôt, grâce à leur imprudence, les marmites pleuvent et des pertes se produisent.

 

Un joli coup de main du 139e RI nous ramène 34 prisonniers bavarois.

 

Nous recevons les autorités américaines, le général Manlord et le colonel Mac Kenty.

 

A ce moment, je suis obligé de me séparer de mon brave Georgel qui était mon ordonnance depuis la mort de Séjournant le 22 décembre 1915, et pendant tout mon séjour aux chasseurs. C’était un homme dévoué et soigneux. Je le fis verser au 41e BCP où il fut blessé en juillet, de là, il fut au CID où je m’ingéniais à ce qu’il n’en sortit point.

 

Le séjour de Lunéville est coupé par une permission. La ville de Nancy est souvent bombardée par des canons et j’ai obtenu l’éloignement des enfants et de Suzanne pour lesquels on a loué une villa à Plombières où j’allais passer une permission bien calme du 18 au 31 mars avec séjour à Gérardmer, visite aux usines.

 

(Notes dans son carnet : départ en permission à 6h du matin pour arriver par temps splendide à Plombières. Je retrouve Suzanne, Madeleine Michaut (sœur de Suzanne) et les cinq enfants (Annette, Jean et Madeleine Boucher, Colette et Madou Michaut).

 

Le secteur n’est plus aussi angoissant qu’avant. Notre chef d’état-major Meilhan est nommé au commandement du 152e RI.

 

Nous avons la visite de Biesse.



08/06/2018
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