14-18Hebdo

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Souvenirs de guerre 1914-1919 (Paul Boucher) - Ch 14-2 –1918 La bataille vue de l’état-major

Document transmis par Renaud Seynave, son petit-fils - 09/04/2018

 

"...Je représente le général à la division du 152e… à Fleury-la-Rivière où je savoure le contact avec l’ineffable Thiéry, mon ancien et fou chef de bataillon..."

 

 

Paul;Boucher 14-2 Image 1 Alexis Vautrin 1917 Légion honneur.jpg
Alexis Vautrin est décoré de la Légion d’Honneur le 27 octobre 1917

De gauche à droite : Marguerite Vautrin, Alexis Vautrin, Madeleine Michaut, Yvonne Vautrin.

Au premier rang : Anna Vautrin, Colette Michaut et la directrice des Religieuses du Saint Sauveur.

 

 

Citation portant nomination au grade de chevalier de la Légion d’Honneur : Monsieur Vautrin (Marie Alexis), professeur de clinique chirurgicale à la faculté de médecine de Nancy.

 

« Titres exceptionnels : Chirurgien de la plus haute valeur. Assure depuis la mobilisation le service chirurgical de trois grands hôpitaux, sans souci du surmenage et au risque de compromettre gravement sa santé. Toujours prêt à répondre au premier appel pendant les bombardements de jour et de nuit, a rendu, grâce à son dévouement sans bornes, les plus éminents services et a sauvé de nombreuses existences chez les blessés confiés à ses soins ».

 

 

La vie s’écoule dans un secteur calme, j’ai eu du mal à me remettre au téléphone ou parler et écrire correctement. J’ai eu une bonne semaine de migraine.

 

Le 133e RI vient à la division remplacer le 334e dissout. Chaque fois qu’il y avait une séance de conseil de guerre, les juges viennent dîner à la division, occasion de les connaître ou plutôt de se connaître mutuellement.

 

De même, à chaque relève, le général relevant venait dîner. Les relations n’ont plus rien à voir avec celles des tranchées. Camarades corrects mais ce n’est pas la grande fraternité due au danger commun et à la mort toujours proche. Au front, les ordonnances sont très dévoués, à l’état-major de sales embusqués avec un mauvais esprit. Ils ne peuvent être déplacés en raison de leur âge ou situation de famille.

 

Nous sommes relevés par la 134e division d’infanterie avec le général Baratier, célèbre explorateur avec une conversation fort intéressante. Nous partons aux états-majors d’Epinay et nous sommes stupéfaits d’apprendre que le général Baratier est mort d’une embolie pulmonaire en visitant son secteur. Les journaux ont annoncé sa mort au feu.

 

Biographie du général Baratier (Source Wikipédia)

Albert Baratier est le fils de l’intendant général Aristide-Émile-Anatole Baratier (1834-1918), ancien de la campagne du Tonkin. Après des études brillantes au collège Stanislas, Albert Baratier est reçu à l'école de Saint-Cyr en 1883.

 

Carrière coloniale

Nommé sous-lieutenant à sa sortie en 1885, il est affecté le 1er octobre de la même année au 1er régiment de chasseurs d’Afrique, dans l'armée coloniale. Il devient lieutenant le 12 octobre 1889. Après avoir servi en Algérie, il prend part avec le lieutenant-colonel Humbert aux opérations contre Samory et se distingue particulièrement dans l’attaque de Diamanko (1891-1892). Il est promu chevalier de la Légion d'honneur à Noël 1892.

 

En 1894, il est au 12e régiment de chasseurs à cheval puis est promu capitaine le 23 mars 1895 au 6e chasseurs. Membre de la colonne Monteil envoyée vers Kong, il se lia avec le capitaine Marchand avec lequel il participe à l'expédition du Congo-Nil. Il intègre ensuite la mission Marchand en 1896. De juillet 1896 à juillet 1898, l'expédition traverse l'Afrique et atteint le Nil à Fachoda (Soudan) où Marchand plante le drapeau français. Il reçoit alors pour principale tâche l’exploration du bas Soueh et du Bahr-el-Ghazal. Au prix de nombreuses difficultés, il réussit à traverser les marais et à atteindre le lac . Il avait ainsi tracé à la mission la route qu’elle devait suivre pour passer du bassin du Congo dans celui du Nil et atteindre Fachoda. Cependant l'expédition se heurte à l'armée britannique commandée par le général Kitchener qui après sa victoire d'Omdurman contre les Derviches vient s'établir près de Fachoda et en demande l'évacuation. La crise franco-anglaise qui menace de déboucher en guerre se solde finalement par le retrait français, mais Marchand devient un héros national. Baratier, quant à lui, est élevé au grade d'officier de la Légion d'honneur le 25 octobre 1898 et reçoit la Médaille coloniale avec les agrafes « Soudan », « Congo », « Côte d'Ivoire » et « De l'Atlantique à la mer Rouge ».

 

À son retour en France, il met en lumière l’œuvre accomplie par la mission et dresse une carte du Haut-Oubangui. Nommé chef d'escadron le 21 novembre 1899, on le trouve au 5e dragons en 1900, puis au 7e dragons en 1904. Il est rapidement promu lieutenant-colonel le 26 décembre 1905 au 8e chasseurs puis colonel le 27 mars 1911 au 14e chasseurs à cheval. Il devient commandeur de la Légion d'honneur le 31 décembre 1913.

 

Grande guerre

C'est à la tête du régiment du 14e Chasseurs à cheval qu'il entre en août 1914 dans la Grande Guerre. Il est nommé général de brigade à titre provisoire le 4 septembre1914 et est placé à la tête de la 8e division de cavalerie ; sa nomination devient définitive le 27 octobre suivant. Le 10 août 1916, il commande la 134e division d'infanterie où il est promu général de division le 18 mai 1917.

Il meurt lors d'une visite dans une tranchée de première ligne devant Reims, le 17 octobre 1917, recevant la mention « mort pour la France » et repose dans la Nécropole nationale de Cormicy.

 

 

Suite des souvenirs de Paul Boucher, octobre 1917.

L’état-major comprend :

L’état-major proprement dit avec le général, chef d’état-major, officier d’état-major, commandant le Q.G, chef de popote.

L’artillerie

Intendants, médecins, topographes, adjoints d’intendance, coopérative

Trésoriers et postes, gendarmes et attachés d’intendance

Ambulances

 

Lorsque la division est dans un secteur « trouble », il y a deux échelons : Le PC au poste de combat avec casques, masques, etc., le Q.G avec l’officier du premier bureau pour les paperasses, etc.

 

Nous passons quelques jours de repos à Damery. Il y a des représentations. Les corps de troupes donnent des fêtes. Je représente le général à la division du 152e à Fleury-la-Rivière où je savoure le contact avec l’ineffable Thiéry, mon ancien et fou chef de bataillon. Il me prend à part et me dit.

« Je pense que vous ne me ferez pas de mal »

Je me contente de sourire comme réponse car je faisais de mon mieux pour en débarrasser le 152e et surtout mes camarades du 2e bataillon.

 

Nous recevons un nouveau bataillon de chasseurs, le 59e B.C.P avec le commandant Grosjean. Ce bataillon n’a rien de chasseur, le commandant et tous les officiers semblent abrutis. Nos bataillons forment le 13egroupe de chasseurs réunissant les 41e, 43e, et 59e bataillons dont le chef est le lieutenant-colonel Dussauge, gendre du général Dubail, et que j’ai bien connu à la tête du 15e à l’Hartmann.

 

Je suis bien vu des chefs de corps qui ne craignent pas de me faire quand il y a lieu leurs doléances.

 

J’entends le canon de l’attaque de la Malmaison et songe aux camarades qui sont sous les marmites. Le 68e B.C.A allait avoir de fortes pertes en officiers et j’appris avec tristesse la mort de jeunes intrépides : les lieutenants Raynal, Malbec, Massey, Blaublomme qui venait de se marier à Pomponne, Gautron le chef du groupe qui m’avait accompagné le 14 juillet à Paris et qui m’avait tenu les propos suivants à la Gargousse : « Mon capitaine, vous êtes trop gros, tâchez de ne pas claquer devant ma ligne, cela cocoterait trop ! » Et ce pauvre qui bien que maigre comme un clou eut cette triste fin.

 



13/04/2018
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