14-18Hebdo

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Noëlle Cuny-Favre (1909-1989)

Portrait proposé par Rose Wolf, sa fille - 24/12/2014

Noëlle Cuny a 5 ans au début de la guerre et 9 ans quand elle se termine. A travers la correspondance de ses parents, Georges et Mimi Cuny, son portrait enfant se dessine…

 

noelle.pngNoëlle Cuny - 2-3 ans

 

Noëlle Cuny, née le 10 avril 1909 à Cornimont, est la fille de Marie-Valérie Boucher, dite « Mimi », (1884-1960), et de Georges Cuny (1873-1946).

Ses parents

1908 PlaqueC-001 CADRE MENAGE et ANDRE.jpg1908 - Georges et Mimi Cuny et André

Ses frères et sœur

André, l’aîné de la fratrie, (1907-1965) a 7 ans en 1914. André Cuny (1907-1965)

Robert (1910-1994), lui, a 4 ans (lui et Noëlle n’ont qu’un an de différence et sont considérés comme « les petits » pendant toute la durée de la guerre)

Et… longtemps… après-guerre une petite soeur : Geneviève dite Vivette (1921-1982)

 

1915-1-Enfants Cuny Perron N&B-049 Corrigee.jpgAndré, Robert et Noëlle Cuny (Docelles 1915)

 

1925 A1-10-8 Genevieve Cuny 4 ans 1925-DSC04803.JPGGeneviève Cuny à 4 ans - 1925

 

La guerre ne semble pas la traumatiser

« Je viens d’entendre Noëlle dire à Dédé : « Creusons vite pendant qu’il n’y a pas d’attaque, parce qu’une fois que les obus pleuvront, il faudra nous enfoncer ». Ils parlent de repérer, de boyaux, comme s’ils savaient ce que c’est. » (mars 16)

« Madame Puce, elle, est revenue enchantée de sa promenade. Elle est venue au foyer du soldat avec moi de 6 heures à 7 ce qui lui a fait un plaisir énorme. Il y avait séance de cinéma le soir et elle aurait bien voulu y rester, mais je n’ai pas autorisé. » (avril 1918)

 

Sa mère Mimi, dans sa correspondance, fait d’elle un portrait sans pitié.

Elle est très GOURMANDE

« … Noëlle est reprise de sa manie de voler des sucreries, elle ne peut résister à la tentation. » (sept. 14)

« Nos petits vont bien mais Noëlle est retombée dans son ancien péché. Du moins Maman ne s’en est aperçue qu’il y a 2 jours. Aussi elle a dit combien elle en avait de la peine après toutes les précautions prises pour son petit estomac. Le soir, elle l’a fait coucher avec seulement sa crème d’orge sans dessert et lui expliquant qu’elle devait être d’autant plus sévère pour son estomac qu’elle l’avait chargé pour la journée. » (mai 16)

« Noëlle va bien et grandit, c’est un plaisir de la voir racler (c’est le mot) son assiette entre chaque plat car Maman ne lui donne pas selon son appétit. » (mai 1916)

« Notre petite Noëlle est toujours aussi gourmande. La pauvre chérie a été si privée depuis quelque temps qu’il faut un peu l’excuser. J’espère que tu lui auras rendu son petit bracelet, qui avait dû lui faire beaucoup de plaisir. » (le papa : juin 16)

« Dimanche donc, le capitaine a causé longtemps avec nous au retour de la messe et on a eu l’occasion de parler de la gourmandise des enfants et des privations de Noëlle pendant sa maladie. « Eh bien, Mademoiselle Noëlle, a-t-il dit, je vais vous faire faire par mon cuisinier un bon gâteau pour demain, quel parfum désirez-vous ? » La pauvre Noëlle était toute interloquée et a bafouillé. Il a été entendu finalement que c’était au chocolat, puisque c’est ce parfum qu’elle préfère... » (juin 16)

« Nous avons eu hier la visite du capitaine Dupuis… C’est lui qui envoyait à Noëlle des gâteaux faits par son cuisinier, ayant appris qu’elle était gourmande » (jan. 17)

« Notre fille est retombée dans son péché, plus grave que jamais, puisque cette fois, elle a osé pénétrer chez Mademoiselle, ouvrir un tiroir de commode et y prendre trois grosses tablettes de chocolat. Elle a nié plusieurs fois et ce n’est que le lendemain qu’elle a avoué son méfait, aussi je l’ai condamnée à te l’écrire et elle est privée de dessert pour quinze jours. Je ne sais comment la corriger de ce vilain défaut, qui devient exagéré. Tant qu’elle ne prenait que dans les assiettes à dessert, ou dans mes affaires, c’était encore acceptable, à la rigueur, mais si elle pousse l’indélicatesse jusqu’à aller dans les chambres des autres personnes et fourrager dans leurs armoires et tiroirs, cela devient du vrai vol. Tu feras bien de lui répondre combien tu es peiné, que tu pensais qu’elle avait meilleur cœur et qu’elle ne voudrait pas faire de peine à son papa qui est au front, que tu détestes mensonges et vols, enfin une petite semonce bien sentie qui l’impressionnera.» (janv.17)

Réponse du Papa : « Tu trouveras ci-joint la petite lettre que je destine à Noëlle. C’est la gourmandise qui la pousse et non pas le vol, donc rien à craindre mais comme tu le dis il faut tâcher de guérir cette manie. (janv. 17)

Elle est aussi VOLEUSE, MENTEUSE, DÉSOBÉISSANTE ET DISSIMULATRICE…

« … Noëlle est dans une mauvaise veine, elle ment et prend tout ce qui lui tombe sous la main » (sept. 14)

« J’avais donné un grand verbe à faire à Noëlle comme punition car depuis quelque temps elle montre un caractère qui ne me plaît pas, elle vient rapporter ce que font ses frères, cache leurs affaires car elle sait qu’ils sont grondés quand au moment de partir en classe ils ne trouvent pas ce qui leur faut, enfin un vilain petit caractère fouinard. Hier c’est ce qui s’est passé, elle avait caché le cahier de Robert, le pauvre petit l’a cherché une grande heure, elle le voyait et ne disait rien. Je suis montée aussi, ai regardé partout, enfin elle s’est décidée à le rapporter mais l’avait soi-disant trouvé dans un endroit tellement invraisemblable qu’il a bien fallu qu’elle avoue l’avoir caché. Les garçons ne sont pas parfaits mais ils sont francs et ont très bon cœur tandis qu’elle est très dissimulée. Il n’y a que la couleur de son teint qui la trahit, car lorsqu’elle ment elle rougit, mais je voudrais bien la corriger de ce vilain défaut, je tâche de beaucoup la raisonner et espère y réussir. C’est surtout la dissimulation et les cachotteries que je déteste. » (juil 16)

« Noëlle était très sage comme je te l’ai écrit hier et je me disais que je serais forcée de la garder à table comme récompense. Mais la pauvre Noëlle a été prise en faute. Tu vas voir la malice de la jeune personne. Cette semaine je lui avais acheté une paire de gants. Elle avait de suite projeté de les mettre le dimanche et je lui avais dit dans la semaine : « Non, tu mettras encore tes gants blancs dimanche, on les lavera lundi et je les rentrerai avec les affaires d’été. » Mais cela ne lui disait rien, elle voulait mettre les neufs. Hier matin, elle arrive me montrer toutes ses affaires pour partir à la messe. Je lui vois ses gants gris et je l’envoie les reporter et chercher les vieux blancs. Elle commence à gémir, à dire qu’elle ne les trouve pas, qu’ils sont certainement dans le linge sale au grenier. Je l’oblige à les trouver et à les sortir du linge sale. Au bout de cinq minutes, elle revient et me montre des gants trempés d’eau : « Regardez ils étaient au grenier et sont tout mouillés, je ne peux les mettre ». En effet, je me suis rendue à l’évidence et elle est partie à la messe triomphante avec ses beaux gants, mais en rentrant, j’ai demandé à Elise si c’était elle qui avait jeté et mouillé les gants, elle m’a dit au contraire les avoir encore vus le matin dans l’armoire, de sorte que j’ai fait avouer à Noëlle au retour du catéchisme que c’était elle qui les avait d’abord cachés, puis lorsqu’elle a vu que je la forçais à les trouver, les a mouillés pour que je ne puisse l’obliger à les mettre. Aurais-tu cru qu’une bonne femme de sept ans aurait une pareille malice. Tu penses si ma privation de dîner avec les beaux officiers est arrivée à point pour punir une duplicité semblable. On a eu un gros chagrin, mais je n’ai pas cédé. » (nov. 16)

« Semonce à Noëlle qui m’a encore dit un gros mensonge, elle m’inquiète vraiment cette enfant avec cette manie de cacher, de toujours altérer la vérité. Ce matin encore elle a volé un crayon à Robert mais, prise sur le fait, elle n’a pu nier et je l’ai fouettée de bonne façon. Puisque les paroles douces, remontrances, privations de dessert, ne servent à rien, peut-être les fouettées auront-elles plus d’effet. En tout cas, il est entendu que si elle dit encore un mensonge ou fait un vol dans la semaine, elle aura un écriteau dans le dos dimanche pour aller à la messe. Elle est orgueilleuse et cela l’humiliera et lui sera, j’espère, une bonne leçon. Quelle drôle de petite bonne femme. » (janv. 17)

« J’ai condamné Noëlle à rester au lit toute la journée d’aujourd’hui, on la lèvera juste pour midi, elle fera une promenade d’une heure à deux et on la recouchera. Tu dois te dire quelle drôle de punition, mais voici ce dont il s’agit… Hier matin vers dix heures, elle est descendue de sa salle d’études et s’est mise à lire au fumoir. Je lui demande si elle a fini ses devoirs, elle me répond oui. Je n’ai pas eu l’idée de contrôler son dire, mais le soir après le dîner, en lui recopiant son programme pour aujourd’hui, je me suis aperçue qu’elle avait menti et n’avait fait que la moitié de ses devoirs, … c’est ennuyeux qu’il faille si souvent gronder. (nov. 17)

Elle s’entend plutôt bien avec ses frères, surtout pour faire enrager leur mère

« Je ne sais si les autres enfants sont aussi diables que les nôtres mais les deux petits ne me font que des miracles à rebours, renverser des encriers, casser les pots de lait, enfin des polissons. » (juin 2015)

« Avec ces diables on n’est jamais tranquilles, je me demande comment font ceux qui en ont 12. » (déc. 15)

« Hier André et Noëlle se disputaient et tout d’un coup j’entends André dire : « Tu sais je le dirai à Maurice Blech que tu veux épouser, je lui dirai que tu as un mauvais caractère et que tu griffes ». « D’abord tu ne le verras plus Maurice Blech puisqu’il n’habite plus St Dié et puis tu n’as pas besoin de dire que je veux l’épouser, Maman m’a dit que ce n’étaient pas les jeunes filles qui demandent leur mari, donc c’est à lui à me demander ». « Eh bien ! Justement je lui dirai que tu es méchante et il ne te demandera pas ». (mars 16)

« Noëlle a fait à midi une vraie colère. Dédé l’avait un peu taquinée, elle est partie en frappant la porte. Au bout d’un ¼ d’heure, j’ai envoyé André la chercher mais elle n’a pas voulu revenir. Je l’ai enfermée dans sa chambre pour qu’elle se calme et lui ai donné un morceau de pain pour son dîner, elle était furieuse, tu le devines. » (juin 16)

« Les enfants vont bien, mais ils sont dans une veine de mensonges contre laquelle je lutte en vain, je ne sais quelle punition leur donner pour qu’ils se corrigent de ce vilain défaut, on en arrive à ne plus les croire ni l’un ni l’autre. » (déc. 16)

« J’ai reçu ta lettre contenant celle adressée à Noëlle, qui lui a fait de l’impression, elle n’a pas voulu la montrer à ses frères. » (févr. 17)

« Je fais reposer Noëlle ces jours-ci car elle se donnait vraiment trop de peine pour ses devoirs et elle était pâlotte. Cela ne fait pas l’affaire de Dédé, qui trouve qu’on la gâte, qu’il a aussi besoin de repos, qu’on ne le soigne pas, qu’il va faire grève, etc. » (juillet 1917)

Le trio des enfants

« Ils sont si bons tous les trois ainsi, chacun avec son caractère différent. André très tendre, sensible, très humble, admirant les autres, ayant peur de se mettre en avant, un peu paresseux. Noëlle plus personnelle, voulant dominer et ne sentant pas le même besoin de protection, mais fine, intelligente, pas assez franche malheureusement, trop débrouillarde. Robert bien plus homme du monde que son frère, poli, sachant prendre les gens par une petite amabilité, sera beau parleur, très tendre. Si Dieu lui prête vie, ce sera un jeune berger très entreprenant aimant les bergères légères. Il aime beaucoup le piano pour le moment, à l’encontre de tous les enfants qui redoutent l’heure de la leçon, c’est lui qui la rappelle à Mlle. » (janvier 1917)

 Au moment où je vous écris, j’ai là sous vos yeux votre missive, et le groupe charmant de vos enfants. Que ce soit l’enfantine et blonde distinction de Noëlle, le sérieux puéril d’André ou l’espièglerie de Robert, tout évoque en moi des heures calmes et rares, et une sérénité familiale dont je sens tout le prix en étant plus privé. » (Fermand Rocchi sept. 1917)

« Il y a vraiment des jours où on voudrait les voir au diable, ces petits drôles. » (mai 18)

Et la nostalgie des enfants petits et du temps qui passe

« C’est Noëlle la plus forte maintenant, elle a eu une santé très régulière cette année, elle a si bonne mine, toujours le corps très mince, mais les mollets grossissent un peu, elle a beaucoup grandi et se développe très bien. Par moments elle raisonne déjà comme une grande. Le temps passe si vite, il me semble pourtant que c’est hier qu’elle faisait ses premiers pas à la véranda, te la rappelles-tu trottinant comme une souris. » (juillet 1915)

« Ici, nous allons parfaitement. Noëlle devient grande, elle a perdu ses belles petites dents de souris et a un grand trou béant au centre de la gencive supérieure qui n’est pas joli. C’est dommage, cela l’enlaidit beaucoup, mais à son âge l’important est d’avoir une bonne santé. » (oct. 1915)

« Nos enfants sont très sages ces jours-ci, je me réjouis que tu les retrouves ainsi. Dédé sera fier de te dire qu’il fait ses problèmes seul maintenant et Noëlle te montrera ses « règles de trois ». Ils deviennent grands et nous nous éloignons du moment où ils étaient tout bébés et où ils commençaient à marcher et à parler. Maintenant ils raisonnent déjà comme des grandes personnes. » (déc. 1915)

Noëlle aime faire savoir

« … la pauvre Noëlle n’a pas de chance, on ne lui fait que bien rarement des compliments trouvant qu’elle s’en fait suffisamment elle-même. » (nov. 16)

« Noëlle a offert à sa grand-mère un réveille-matin, car elle lui avait cassé le sien, elle le lui a donc remplacé de sa bourse et, pour que grand-mère n’en ignore, elle le lui a répété trois fois. » (janv. 17)

MUSICIENNE ?

« André et Noëlle jouent un beau morceau de piano intitulé le Rocher de St Malo, c’est plaqué, c’est magnifique. Il y a en accompagnement un bel accord : do mi sol et do fa sol qui fait beaucoup d’effet. Ils marchent assez bien en piano. « (mai 15)

« Noëlle aime de plus en plus le piano. Elle joue seule à chaque instant, le matin avant 9 heures, après sa leçon entre onze heures et midi quand elle ne sort pas. Je crois qu’elle aura vraiment beaucoup de goût. » (janv. 16)

« Noëlle a déchiffré un morceau de César Franck, rien que cela de luxe ? intitulé « Plainte d’une poupée ». Elle sera fière de te le jouer. » (mars 16)

« …[le] professeur de piano de Noëlle la trouve extrêmement douée et regrette de ne pouvoir la suivre de près. Cette dame les fait très bien travailler. Tu serais étonné de les entendre réciter leur solfège et parler des mesures composées, des intervalles…. il paraît que Noëlle se trompe rarement. » (avr. 16)

« Mademoiselle Noëlle qui n’y était plus habituée voulait n’en faire qu’à sa tête naturellement, elle a saboté tous ses morceaux en mon absence, les jouant à toute allure, et sans aucune mesure, ni doigté. » (juil. 16)

Elle aime lire…

« La petite Noëlle qui couche seule au second près d’Elise avait pris l’habitude de lire au lit le soir. L’autre jour vers 9 heures, je suis allée la voir pensant la trouver endormie et je l’ai trouvée plongée dans son « Bonheur de Françoise ». Elle a avoué qu’elle lisait tous les soirs, j’ai grondé naturellement et on a promis de ne pas recommencer. » (juin 15 )

«… tu diras à ma petite Noëlle que je suis touché de sa persévérance. Elle lit encore le Bonheur de Françoise, la pauvre chérie. Elle me rappelle le mois de juillet 1914 quand je leur en lisais un chapitre tous les soirs, elle le savait déjà presque par cœur. » (le papa - oct. 15)

« Quant à Noëlle, elle est plongée dans « Les petites filles modèles », que Maurice avait apportées en gare de Toul pour elle, croyant que nous passions par là et Thérèse les lui a données de sa part. Elle a déjà presque fini le livre et elle en est enchantée, c’est à peine si elle lève les yeux. C’est bien commode lorsque les enfants aiment la lecture, car ils ne bougent pas et pendant ce temps les mamans sont tranquilles. » (mars 16)

« Thérèse a donné à Dédé le Robinson Suisse, il en a lu un chapitre hier soir après le dîner et cela a l’air de l’intéresser et à Noëlle « Sans famille ». A la vue de son livre, Noëlle a abandonné tous ses jouets, c’est encore la lecture qu’elle préfère à tout. Elle m’en a de suite lu plusieurs chapitres lorsque nous avons été seules, et il est entendu qu’elle m’en lira tous les jours. La pauvre Noëlle est bien souvent grondée à cause de cela, combien de fois lui a-t-on déjà pris un livre dans son pupitre, qu’elle mettait sous son livre de leçons et qu’elle lisait au lieu d’apprendre sa leçon. » (déc. 16)

« André commence à aimer lire, je ne parle pas de Noëlle pour qui c’est une passion. Si on la laissait, elle lirait tout le temps, pendant ses récréations, et je l’ai déjà surprise en train de lire au lieu d’apprendre une leçon ou faire un devoir au nez de Mademoiselle, qui est très myope et s’entête à ne pas mettre de lorgnon, aussi elle a toujours le nez fourré sur ses livres, tout comme l’oncle Jules. Pendant ce temps, elle ne voit pas ce qui se passe près d’elle. » (déc. 16)

… et jouer aux cartes, comme sa mère

« Ce soir, les enfants vont veiller et tu peux te représenter leur joie, les yeux de Noëlle en brillent à l’avance. Les deux petits adorent les cartes. » (janv. 17)

« Hier soir mercredi, c’était jour de veillée et de nain jaune. André sait jouer, mais n’y met toujours pas plus d’ardeur, tandis que les deux petits adorent. Leurs yeux brillent, Noëlle s’énerve quand elle perd, elle cherche fiévreusement un sou pour payer ses dettes. » (fév. 17)

« …je faisais le bonheur de Noëlle en jouant à l’écarté avec elle pendant une demi-heure. La petite personne tient de sa Maman une passion pour les cartes, j’aime mieux que ce soit elle qui l’ait en partage qu’un des garçons, c’est plus dangereux pour un homme. » (fév. 17)

Elle a les oreilles qui traînent partout

« Noëlle fait très attention à ce qu’elle entend et je ferai bien de m’observer encore plus quand je parlerai devant elle, car on croit qu’elle ne remarque pas et c’est une si maligne petite bonne femme qu’elle voit tout et entend tout. » (oct. 2014)

« Nous sommes allés au pré, Noëlle, Robert et moi, pour voir la rentrée du foin. Il y avait au bord de la rivière des soldats automobilistes couchés dans l’herbe, au milieu d’eux une belle Madame très élégante. Noëlle a entendu qu’elle s’appelait Loulou... » (juin 15)

« Elle… s’intéresse à tous les bruits de la maison. Comme elle est de carton ( ???), Noëlle entend tout ce qui s’y fait. » (avr. 16 – Arcachon)

Il faut donc faire attention, car elle peut gaffer

« Ce soir, Tété nous a amené son beau-fils qui était en permission. Pendant le dîner, Dédé s’est mis à donner à ses lèvres une forme bizarre que ce jeune homme a en effet en parlant, mais tu sais c’était frappant. Les deux petits se sont esclaffés et je n’ai eu qu’une peur, c’est qu’ils le répètent une fois, car Noëlle surtout fait parfois l’enfant terrible. » (déc. 15)

« Mais la brave Noëlle, si elle est fine et d’esprit prompt, elle manque souvent de perspicacité et ne voit pas les choses qu’il faut dire ou taire. Ainsi l’autre jour, de mon balcon j’entendais Françoise qui faisait littéralement enrager sa mère à la salle à manger, refusant une chose, la voulant ensuite, criant et hurlant et j’ai dit tout haut, sans penser que Noëlle était près de moi : « Ah, si c’était ma fille, elle recevrait une bonne fouettée, elle est assommante, cette gamine ». Voilà ma sotte de Noëlle, le soir, qui dit à Thérèse : « Vous savez tante Thérèse que Maman a dit que vous étiez bien trop bonne, que Françoise est assommante et que si c’était sa fille, elle la fouetterait ». Thérèse qui est très bonne, a seulement répondu que si on voulait fouetter les enfants chaque fois qu’ils en ont besoin on aurait bien à faire, qu’il faut souvent fermer les yeux. » (avr. 1916)

« On peut confier bien des choses à André, ce n’est pas comme Noëlle. » (nov. 16)

Coquette

« Tu ne peux t’imaginer comme ta fille est coquette, elle adore avoir des robes et chapeaux neufs, elle monterait six fois dans sa chambre s’il le fallait pour en revenir toujours plus belle et cette année elle est servie à souhait, elle a beaucoup grandi et notre deuil m’a forcée à lui renouveler en grande partie toutes ses petites affaires. D’ailleurs l’enfant reparaît vite derrière la petite femme et le plaisir d’être belle ne tient pas longtemps devant l’envie de courir dans les buissons, se rouler dans l’herbe, jouer dans le sable au bord du jet d’eau, de manière à faire de la pommade en mélangeant de l’eau au sable, ou grimper sur un cerisier au risque de revenir avec sa belle robe tachée de bon jus noir ou rouge. Enfin il vaut mieux pour une femme être un peu coquette, moi je ne le suis pas assez, Maguy un peu trop, on cherchera à atteindre un juste milieu. » (juil 15)

« Noëlle était ravie aujourd’hui, elle se trouvait belle dans une robe bleu pâle, cela lui allait à merveille en effet. Un officier qu’elle a rencontré en allant au village lui a fait des compliments, elle rayonnait en rentrant. « Maman, le baron de Waldner m’a dit que j’avais une jolie robe aujourd’hui ». (juin 16)

Profondément croyante ?

« Monsieur le Curé appelait tous les enfants du petit catéchisme et hier Noëlle inscrivait ses péchés et elle n’en trouvait presque pas. Il a fallu que je l’aide - « Mais, Noëlle, et les désobéissances, et ceci, et cela » - « Mais Maman, je l’ai déjà dit à Monsieur le Curé du Moulleau ». Elle n’arrivait pas à comprendre la brave Noëlle qu’il fallait recommencer à s’accuser puisqu’on était retombé dans les mêmes erreurs. » (juin 16)

 « La confession de Noëlle samedi lui a fait de l’impression car Maman avait prévenu Mr le Curé d’insister beaucoup sur le mensonge et, comme Noëlle n’a pas pu penser que Mr le Curé le savait par nous, elle en a été toute remuée, pourvu que l’impression soit durable. » (déc. 16)

« Mr l’Abbé est en admiration devant Noëlle, son intelligence, sa vivacité d’esprit. Hier, paraît-il, il lui demandait si elle avait été se confesser souvent et comment elle fait son examen de conscience. « C’est bien facile, répond-elle, je dis mes commandements de Dieu, et je fais des péchés dans presque tous, il n’y a guère que l’œuvre de chair en mariage seulement, puisque c’est du mariage, c’est pour les Messieurs et les Dames ». L’Abbé trouvait la réponse très amusante. » (juil. 17)

« A midi, elle m’a dit : « Dieu ne m’a pas exaucée, j’avais pourtant dit un chapelet hier soir dans mon lit pour qu’il n’arrive pas d’empêchement avant notre départ, et voilà qu’il vous a juste fatiguée. » (déc. 17)

Matérialiste ?

Elle écrit à son papa, pour lui raconter la communion d’André : ouf quelle litanie ! : « Mon cher papa… Je vais vous dire qu’André a reçu un beau portefeuille de tante Paul Perrin, des livres de messe de tante Thérèse, une montre en or de grand-mère, une chaîne de montre de tante Molard, un christ en ivoire de Tante Marie Paul, un coupe-papier en ivoire et en or de la part de Bonne Maman, un cachet de Germaine, un coupe-papier et une plume de Mademoiselle Marchal, une bourse en argent de Mademoiselle Krantz, un portefeuille de Robert et un flacon de moi. J’espère que vous allez bien et que vous ne vous ressentirez jamais de ces vilains gaz… Votre petite fille Noëlle ». (mars 18)

Elle a déjà un caractère bien affirmé et parfois colérique

« [la professeur de piano] trouve que Noëlle, mieux douée qu’André, se donne moins de peine et n’accepte pas les conseils avec docilité, Mademoiselle a son petit quant à elle. » (avr. 16)

« Noëlle va tout à fait bien. Elle reprendra ses petits devoirs lundi. Mais cette petite personne a un caractère très peu malléable et aurait une grande envie d’être déjà la maîtresse ici. Malheureusement sa maman et sa grand-mère n’ont pas du tout les mêmes idées et la pauvre enfant est forcée d’obéir, elle le fait en fronçant le sourcil et en levant les épaules, quand elle ne prend pas des airs de victime, mais rien de tout cela ne prévaut. » (juin 16)

« Quant à Mlle Noëlle, c’est toujours la jeune indépendante qui n’admet pas les conseils. » (nov. 16)

« Noëlle plus personnelle, voulant dominer et ne sentant pas le même besoin de protection, mais fine, intelligente, pas assez franche malheureusement, trop débrouillarde. » (janv. 17)

« Noëlle est énervée, je leur ai dit que je te le dirais, mais cela n’a pas semblé les impressionner beaucoup. En ce moment Noëlle hurle dans son lit, car elle ne voulait pas mettre ses souliers. Depuis plusieurs jours, elle mettait toujours ceux de Robert. Comme j’ai défendu, elle refusait de se chausser. Je l’ai donc remise au lit où elle restera jusqu’à ce qu’elle soit décidée à obéir. Et au lieu de se calmer, elle s’énerve en rageant. » (nov. 17) 

Lettres du papa, qui, étant au front, ne connaît guère de sa fille que ce que lui en raconte la maman

« Je suis content d’apprendre que notre petite Noëlle va tout à fait bien. Ne t’inquiète pas de quelques moments d’humeur et d’insubordination, cela n’a rien d’étonnant de la part d’une enfant aussi intelligente et, grâce aux bons conseils de sa Maman Mimi, je suis sûr qu’elle deviendra très raisonnable ». (juin 16)

« Mademoiselle Noëlle est impertinente paraît-il. Cela ne m’étonne pas mais je sais que tu la surveilleras à ce point de vue et que tu tâcheras de lui donner un caractère doux et conciliant comme le tien. » (nov. 16)

Elle a des idées bien arrêtées sur tout

« Noëlle est en train d’écrire, mais avec lenteur et distractions, aussi je la prie de se dépêcher et Robert ajoute : « Tu peux bien t’habituer à écrire parce que quand tu seras grande, quand il y aura une autre guerre, si ton mari a acheté une usine, tu seras bien forcée d’écrire beaucoup de lettres et d’aller voir les ateliers ». Noëlle répond : « Pas du tout, je ne ferai pas comme Grand’mère, je fermerai l’usine - Oui, mais elle sera toute abîmée - Mais non, parce que je ferai venir les ouvriers chaque huit jours pour bien nettoyer et frotter ». (déc 15)

« Je ne t’ai pas raconté une bonne réflexion que Noëlle nous a faite l’autre jour. Maurice avait apporté à la gare de Toul en allant y voir sa femme tout un paquet de livres et bonbons. Thérèse pensait que c’était pour ses enfants, ensuite Maurice a écrit qu’il fallait partager avec les nôtres et que c’était de la part du colonel. On a donc décidé que Noëlle écrirait une lettre de remerciements et que tous les autres signeraient. Quand il s’est agi de terminer la lettre, Noëlle demande ce qu’il faut mettre, Thérèse lui dicte « au revoir, cher Monsieur, je vous embrasse ». Voilà Noëlle qui se met à pleurer, mais non, je ne veux pas l’embrasser, je ne le connais pas ce colonel, quand Maman écrit à des messieurs qu’elle ne connaît pas, elle ne les embrasse pas, elle met toujours ses sincères salutations, je vais les mettre aussi ». On avait beau lui dire que ce n’était pas la même chose, elle ne sortait pas de son idée. A la fin, tout de même, elle s’est rendue, mais elle disait encore d’un petit air dégoûté : « Heureusement que c’est sur le papier, parce que je n’aime pas embrasser un colonel ». Tu vois que ta fille a des idées de morale bien arrêtées. » (mars 16)

« Noëlle veut être riche et, comme Clément Auptel, qui est l’oracle, a dit qu’il fallait être industriel pour être riche, elle sera industrielle.» (nov. 16)

« Hier, je disais aux enfants que si les Allemands venaient, nous serions ruinés. Ils n’en étaient pas émus. Cela ne fait rien, disait Noëlle, je ferai la femme de chambre, je sais déjà très bien balayer, je me lèverai à six heures pour faire la chambre avec Maman avant d’aller à l’école. » (nov. 16)

« Hier Maurice a parlé de la naissance de son troisième devant les enfants, et Maman, pour donner le change, a dit que le bébé viendrait peut-être dans notre maison, que le bon Dieu choisirait le foyer où les enfants seraient les plus sages. Là-dessus, enchantement des nôtres qui faisaient déjà de beaux projets. Le soir je suis allée prendre des nouvelles de Mlle Marchal, qui est souffrante et donne la leçon aux enfants depuis son lit et elle m’a dit qu’ils étaient arrivés à 4h 1/2 en lui criant : « Vous ne savez pas la bonne nouvelle, il viendra une petite sœur, on ne sait pas encore chez qui, si ce sera chez nous ou chez tante Thérèse, mais c’est sûr qu’il en viendra ». Noëlle dit : « Moi je sais bien, ce sera chez tante Thérèse, parce que quand nous étions chez elle au moment de la retraite d’André, elle a dit à Marie Charles de lui descendre la boîte contenant la layette, qu’il fallait la laver et la repasser, tandis que Maman ne prépare rien. » (mai 18)

L’INTELLIGENCE

« Noëlle copie, lit et fait des opérations, elle sait son livret jusqu’au 5 inclusivement et apprend des fables avec grande facilité. » (sept 14)

« Noëlle surtout est traînarde, il est vrai qu’elle est bien plus jeune qu’André, et on est habitué à la voir très intelligente, aussi on lui demande plus de choses que son âge ne le comporte. » (avr. 16)

« Notre dame Puce fait l’admiration de toutes les personnes qui s’occupent d’elle, par sa compréhension vive des choses. Elle saisit de suite ce qu’on veut dire et même quelquefois ce qu’on ne voudrait pas qu’elle sache. L’autre jour avec Maman, nous parlions d’une dame que nous disions assommante, nous ne l’avions pas nommée, mais elle a deviné « c’est de Mme une Telle que vous parlez, mais je ne la trouve pas assommante. » (juin 15)

« Cette Noëlle lit beaucoup et elle a tellement de mémoire qu’elle retient des phrases entières par cœur et elle les replace à propos. Tu verras celle du début. En la lisant, je me suis dit que je l’avais déjà vue quelque part et en effet c’est dans un livre de Hansi sur l’Alsace « Mon village ». « Le village que je vous décris n’est pas de mon invention, il existe réellement, c’est, etc. ». Elle a trouvé bon de plaquer cette petite phrase qui fait très bien comme entrée en matières. Je me garderai bien d’en parler à d’autres qu’à toi, car cela excite facilement l’envie et la jalousie, mais vraiment c’est un plaisir d’avoir une enfant aussi intelligente. » (nov. 16) 

L’EDUCATION, point de vue DES PARENTS

« Si tu voyais Noëlle et Robert en ce moment, ils courent nu-pieds dans les pelouses qui ont été fauchées, on a fait un très bon foin. Ils sont sales comme des charbonniers car la houille anglaise fait bien plus de fumerons que nos anciennes houilles du Nord et le jardin est tout noir. Noëlle n’a plus de ruban dans les cheveux, elle a une robe qui fut blanche ce matin mais est dégoûtante à l’heure qu’il est, on dirait de vrais saltimbanques. On va faire sa toilette tout à l’heure avant de l’envoyer à sa leçon... Hier j’ai arraché à Noëlle sa première dent de lait, ce fut naturellement une opération larmoyante mais je ne voulais plus traîner comme je l’ai fait avec Dédé, pour une fille surtout il ne faut pas avoir des dents de travers. Je t’envoie ci-joint un petit papier trouvé, ce n’est pas très joli à dire, trouvé aux cabinets. Tu verras que ta fille ne perd pas son temps, même aux cabinets elle fait des chiffres, plus ou moins bien évidemment, mais c’est une preuve que cela l’amuse. A la fin, l’ardeur se ralentissant, tu verras qu’elle ne s’est plus rappelé si c’était une addition ou une soustraction qu’elle faisait. » (juin 15)

« Noëlle est dans une veine de paresse. Ce matin sa maîtresse était très mécontente d’elle. J’avais dit que Noëlle serait condamnée à te l’écrire, mais ce serait vraiment trop amer d’envoyer une semblable lettre à son papa, aussi j’oublierai ma menace et il y a des chances pour que Noëlle ne m’en fasse pas souvenir. » (avr. 16)

« Ce matin, Noëlle et André jouaient un moment sur la plage et Noëlle est venue en courant me raconter ce qu’ils faisaient, je te le donne textuellement : « Maman on a fait une grande tour avec des grands fossés, c’est la tour de Louis XV et puis c’est nous qu’on est le peuple, et on monte à l’assaut de la tour et on la démolit parce qu’on est trop fâché contre lui ». On voit qu’ils viennent d’apprendre dans leurs dernières leçons la prise de la Bastille et la Constituante, avec une petite histoire qui est bien laïque donnant raison en tout à la révolution. » (avr. 16)

« Les ambitions de nos fils ne sont pas bien hautes, l’un veut être cultivateur, c’est André, l’autre veut être sacristain pour sonner les cloches. En ce moment c’est sa passion. Tous les jours à midi, il file du côté de l’église et se met en faction pour voir arriver Monsieur Bailly et sonner avec lui, et il est très fier de pouvoir mettre en marche la petite cloche et la moyenne. Il paraît qu’il se cramponne à la corde et monte ainsi jusqu’au plafond. Noëlle elle-même est prise par la contagion et j’ai bien de la peine à la persuader que ce n’est pas un jeu de petite fille. Quand elle peut se sauver sans que je la voie, elle s’empresse. Ils sont un peu comme des chevaux échappés nos enfants, mais je me rappelle notre enfance où on nous laissait aussi pas mal de liberté et cela ne nous a pas empêchés de prendre place ultérieurement dans la bonne société. On s’assagit en vieillissant et quand on est petit on aime tant la liberté. » (août 16)

« Noëlle devient une bonne petite fille. Hier on a laissé veiller les deux grands et j’aurais voulu que tu la voies servir l’infusion le soir, très gracieusement sans mot dire. Quand tout le monde a eu fini, elle a emporté le plateau à la cuisine, sans rien briser. Après, elle a servi de la liqueur comme une vraie petite femme. Et vers 9 h 1/2 quand Elise est venue la chercher pour la coucher, elle n’a pas grogné et est partie de suite. » (nov. 16)

« J’ai reçu… la narration de Noëlle, qui est en effet très bien pour une enfant de son âge. J’imagine que la phrase sur les portraits des aïeux lui a été également inspirée par ses lectures. Tu me diras s’il faut lui écrire un petit mot. Il ne faut pas trop la flatter. » (le papa nov. 1916)

« Noëlle […] est orgueilleuse jusqu’au bout des ongles, il est vrai qu’elle a tellement de facilité pour tout. Mademoiselle me le disait encore tout à l’heure, elle n’a jamais eu une enfant pareille parmi ses élèves et elle en a eu pourtant de fort intelligents. C’est un plaisir de l’enseigner. Mais comme caractère, il y a à faire. Il faut l’adoucir et la polir, car je veux une fille soumise, non pas comme les jeunes personnes modernes.

Elle est punie à tour de bras : on lui impose le tricot, on la prive de lecture !

« Il fait si bon, les enfants sont toujours au soleil et sont déjà tout brunis. Noëlle a l’air d’une petite moricaude. En ce moment, elle prend sa leçon de tricot près de moi et ce n’est toujours pas plus charmant. Elle pousse des soupirs énormes et trouve que c’est bien plus facile de faire faire les bas par une tricoteuse que par elle. » (mai 15 )

« Noëlle est près de moi, je l’ai punie car elle a fait très mal ses devoirs cet après-midi, elle est condamnée à tricoter jusqu’à sa leçon de piano. » (mai 2015)

«… notre fille en ce moment fait la sotte, elle fronde, elle est fainéante, elle est dans une mauvaise période et aurait besoin de temps en temps d’une bonne petite correction. » (avr. 16)

« Noëlle s’est amusée avec les petits, je l’avais pourtant punie ce matin parce qu’elle avait été impolie mais, comme André n’était pas là, je l’ai laissé jouer et ce n’est qu’à six heures, quand Maurice et Thérèse ont emmené leurs enfants, que je viens de la garder avec moi pour lui faire faire une demi-heure de tricot pour sa fameuse punition. » (nov. 16)

« …il faut qu’elle soit punie. Et je n’ai trouvé que ce moyen, la condamner au lit sans rien faire, sans ses chers livres de la bibliothèque Rose. » (nov. 17)

DIFFÉRENCES FILLE/GARÇON

Point de vue de la maman

« Noëlle fait des multiplications, elle sait à peu près son livret maintenant. Elle a une mémoire surprenante cette petite, quand on lui donne une fable à apprendre, elle la sait en deux minutes, c’est dommage que ce ne soit pas un garçon car elle a beaucoup de facilités. » (nov. 14)

« André… aurait fait une fille si tendre et bonne et Noëlle eût été bien mieux douée pour la conquête du monde. » (juin 2015)

« Noëlle n’a pas eu encore de retenues, Mlle dit qu’elle n’est pas meilleure que les garçons, mais qu’elle est plus maligne. Comme Mlle fait toujours une menace avant de sévir, Noëlle s’arrête à temps, tandis que les garçons, une fois lancés, ne s’arrêtent que lorsque la punition est donnée. Quel dommage que Noëlle ne soit pas un garçon à la place d’André, elle apprend si vite. Ils ont commencé l’allemand ensemble, elle sait déjà le double de mots que lui. » (nov. 16)

« Mr Callies a été blessé pour la troisième fois à Verdun et a été décoré. C’est vraiment un bien gentil garçon. Tu vas te moquer de moi mais je crois bien que si notre petite Noëlle avait vingt ans je tâcherais de l’avoir pour notre gendre. » (déc. 16)

« Il faut de l’initiative aux garçons, mais je déteste l’indépendance chez les jeunes filles et, avec l’intelligence de Noëlle, ce serait désastreux. » (nov. 16)

Point de vue du papa

« Et notre petite Noëlle, qu’en fais-tu ? Elle serait peut-être contente elle aussi d’aller de temps à autre à l’école pour s’amuser avec les gamines. (sept. 15)

« Quant à notre petite Noëlle, bien entendu nous ne demandons qu’une chose c’est qu’elle ait une bonne santé. Par conséquent ne la pousse pas trop. » (mai 17)

« Voyez-vous notre Mimi et quelle ambition elle a pour sa fille. Tu veux en faire une bachelière, ma pauvre Mi, je suis sûr que tu plaisantes. Ah non, que notre petite Noëlle ait une bonne santé. Elle est bien assez intelligente pour qu’on ne soit pas forcé de lui faire faire tant d’études. Elle se promènera beaucoup et, si tu veux m’en croire, elle ne passera aucun examen. Cela ne sert à rien pour les jeunes filles. » (juil. 17)

« Pour notre petite Noëlle, je sais que tu es de mon avis, qu’il ne faut pas trop la faire travailler. Qu’elle sorte beaucoup et prenne du bon air. Elle en saura toujours bien assez. » (févr. 18)

Pour conclure

Et voilà ce que nous avons, ce que nous raconte notre Bonne-maman sur notre mère enfant, ce qui est un délice, bien sûr.

Noëlle Favre/Cuny fera dans sa vie de femme un magnifique trait d’union entre les grandes familles Perrin/Cuny/Boucher et Favre/Aussedat/Callies/Bon.

Précisons qu’elle ÉLÈVERA 13 enfants (en fait elle a eu 15 enfants mais a perdu 2 bébés) et que nous ne pouvons que nous esclaffer à voir ses défauts et qualités décrits de pareille manière.

Elle est décédée le 31 décembre 1989, elle disait qu’il fallait toujours terminer ce que l’on avait commencé !

Parmi les défauts signalés dans la correspondance de 14-18, un seul a vraiment perduré, mais est-ce un défaut ou plutôt un art de vivre : elle aimait vraiment beaucoup le chocolat !!!

Merci à tous ceux et celles qui ont permis à cette correspondance d’arriver jusqu’à nous, je pense en particulier à notre sœur Marie, qui l’a conservée à son tour et a réalisé un travail considérable, en organisant et rendant lisible et attractive cette masse de lettres (2 000 en tout), et qui a relu, corrigé et alimenté ce portrait en textes et en photos.

 

Un bref portrait de Noëlle adulte, par sa fille Marie

Là, Noëlle semble enfin remise dans le droit chemin !

 

Noëlle Favre en 1984 dans son salon à Cornimont

 

1984 - Noelle Salon Cornimont.jpg

Elle aimait…

  • le chocolat,
  • se mettre à sa correspondance,
  • les petits bébés
  • être attentive aux autres en toute bienveillance,
  • la famille en général et celle de son mari en particulier,
  • faire des frais,
  • recevoir,
  • jouer aux lettres ou au Nain Jaune avec ses petits-enfants,
  • les plats en sauce,
  • organiser des Saint-Nicolas,
  • lire les journaux,
  • les goûters chez Bise,
  • les bouillottes,
  • Montana, Baveno, Abano, l’hôtel Monte Rosa à Zermatt…
  • les thés et les bridges avec ses petites amies,
  • sa radio sous l’oreiller pendant ses retraites (et pourtant c’était interdit),

entre autres…

 

Jean Favre en 1964

1964 Jean Favre.jpg

Il aimait…

  • les mots-croisés,
  • les chants de Noël,
  • la pêche au lancer,
  • les Citroën,
  • faire des ricochets,
  • le bridge,
  • le tennis,
  • plonger dans le lac d’Annecy,
  • les problèmes de maths,
  • la Savoie,
  • les Alcyon,
  • la famille,
  • l’amitié,
  • ramasser des champignons,
  • les situations claires,
  • le grec et le latin,
  • les vacances à Menthon,
  • les retraites à Bazoïlle,
  • les collèges de jésuites,
  • nous réciter la tirade du nez de Cyrano,
  • « Véronique » de Messager,
  • « Lakmé » de Léo Delibes,
  • nous lire « Tom Playfair » ou « Treize à la douzaine »

entre autres…

 

 

Photos

 

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1909 - Mimi Cuny, Noëlle (dans ses bras) et André

  

1910 André Noëlle Mimi et Robert Cuny-DSC04696 ROGNE.jpg

1910 - André, Noëlle, Mimi et Robert Cuny

  

1911 Clémentine Cuny avec ses petits-enfants Cuny Noëlle Robert et André-DSC04723 CADRE.jpg

1911 - Clémentine Cuny avec ses petits-enfants Cuny : Noëlle, Robert et André

 1912-Famille Boucher N&B-051 Corrigee.jpg

Famille Boucher à Docelles (Vosges) en 1912

 Les adultes de gauche à droite : Georges Boucher, Georges Cuny, Louis Boucher, Paul Laroche-Joubert, Maguy Laroche-Joubert, Célina Boucher, Marie Cuny, Thérèse Boucher et Maurice Boucher.

 Les enfants de gauche à droite : André Cuny, Noëlle Cuny et Robert Cuny

 

1913-Cuny Noelle Album A1-24-9 ROGNE.jpg

Noëlle en 1913

 1913 Photo Royan rogne.jpg

Célina Boucher, Robert Cuny, Noëlle Cuny, Mimi Cuny, André Cuny, une bonne, Jean Laroche-Joubert dans le landau, Maguy Laroche-Joubert et une bonne (Royan en 1913)

 1915 Premiere permission GC.jpg1915 - 1ère permission de Georges Cuny à Docelles - André, Georges, Noëlle, Mimi et Robert

 

1917-1-Docelles Permission Maurice N&B-034 Corrigee.jpg

Docelles 1917 – Robert Cuny, Thérèse Boucher, Maurice Boucher, Françoise Boucher, Louis Boucher, Célina Boucher, Mimi Cuny, André Cuny et Noëlle Cuny

  

1919-5-Docelles-Enfants a prendre Corrigee.jpg

Docelles 1919 - Petits-enfants de Célina Boucher

De gauche à droite : Louis Boucher, Françoise boucher, Robert Cuny, Georges Boucher, Antoinette Laroche-Joubert, André Cuny, Noëlle Cuny, Jean Laroche-Joubert (au fond à droite Célina Boucher)

 

1919 Robert  Noelle et Andre Cuny-DSC04686 ROGNE CADRE.jpg

1919 - Robert, Noëlle et André Cuny

 

1923 Noëlle Cuny-DSC04690 ROGNE RECADRE.jpg

Noëlle Cuny en 1923

 

1924 - La mort d Olivier (Noelle) au Sacre Coeur Kientzheim (Olivier Elisabeth Pignal).jpg

 1924 - Au pensionnat du Sacré Cœur - La mort d’Olivier : Olivier (Noëlle Cuny), Roland (Elisabeth Pignal)

 1925 - Robert Noelle et Andre Cuny a St Gervais CADRE-A3-08-04 REVU.jpg

Robert, Noëlle et André Cuny à St Gervais - Août 1925

 

1927-Noelle au tennis A1-58-2.jpg

Noëlle sportive en 1927

 

1928 - Paques CADRE-A3-06-04 -REVU.jpg

Pâques 1928 - La famille Cuny devant la maison de Cornimont

 Célina Boucher, Mimi et Georges Cuny, Robert, Vivette, Noëlle et André Cuny, et Françoise Biesse

  

1928 Paques Robert et Noelle en moto.jpg

Pâques 1928 - Robert et Noëlle en moto

  

1928 - Docelles Grand-mere et ses petits-enfants CADRE-A3-26-06.jpg

Célina Boucher et ses petits-enfants en 1928 à Docelles

Devant: Geneviève Cuny, Antoinette Laroche-Joubert, Huguette Boucher
Derrière : Do Bocher, Robert Cuny, Louis Boucher, Jean Laroche-Joubert, Françoise Boucher, André Cuny, 
Célina Boucher, Noëlle Cuny, André Boucher

  

1929 - Noelle en ski A1-22-8.jpg

 Hiver 1929 - Noëlle à ski

  

1929 Fiancailles aa Cornimont La famille.jpg29 déc. 1928 – Fiançailles Jean Favre et Noëlle Cuny à Cornimont

Au 1er rang Françoise Biesse, Emmanuel Bon, Bernard Favre, François Favre, Georges Piet et Robert Cuny

Au 2ème rang : Mimi Biesse, Marguerite Biesse, Zézou Dor, Trott Favre, Geneviève Cuny, Mimi Cuny, Kette Favre, Yvonne (Néné) Favre

Au 3ème rang : Georges Cuny, Georges Dor, Goty Favre, André Cuny, Noëlle Cuny, Jean Favre et Edouard Favre

 

1937 Frères et soeurs 1937 Menthon Revue.jpg
 Menthon 1937 - La famille Edouard Favre

 Noëlle, Jean, François, Trott (tenant la pancarte Kette est à Lourdes), Néné, Edouard, Goty, Jean Rocher, Georges Dor, Bernard, Zézou

 1939 Georges et Marie Cuny à Menthon Revue.jpgAoût 1939 - Yvonne Favre, Georges et Mimi Cuny sur la galerie de la VCDA à Menthon

 

1949 - La Maison de Cornimont et ses habitants Revue.jpg

1949 – La Maison de Cornimont et ses habitants

 

1956 Famille Favre en 2 chevaux.jpgFamille Jean et Noëlle Favre - 1956

Chantal, Thierry, François-Régis, Gérard, Noëlle, Jean au volant, Pierre, Georges, Bernard, Michel, Drew, Rose, Marie, Olivier, Béatrice et Anne

  

1962 Les Andre Monsaingeon et les Jean Favre.jpg1962 – Jean Favre, Vivette, Noëlle et André Monsaingeon

  

1979 Noelle a Abano Hotel Venezia Mai.jpg1979 - Noëlle à Abano – Hôtel Venezzia

  

1989 80 ans Maman Frere Joseph Revue.jpgMai 1989 – Noëlle Favre fêtant ses 80 ans à Frère Joseph

 1er rang : Marie, Georges et Benjamin, Maman, Anne et Camille, Roselyne et Scarlett, Béatrice et Louise

2ème rang : Marie-Christine, Thierry, Pierre, Dominique, Danièle, Chantal, Olivier, Régis, Michel et Jean-Baptiste

3ème rang : Ilan et Jessica, Anne, Jean-Christophe, Evelyne, Constance, Adeline et Corentine et Marine

Au fond : Jean-Pierre, Ségolène, Hélène, Mathilde, Gwénolée et Laetitia

 

« Comme cela, je vois défiler toute ma vie heureuse » 

Voici la série de photos accrochées dans le couloir menant à sa chambre : « Comme cela, disait-elle, quand je vais me coucher je vois défiler toute ma vie heureuse » (photos que son fils Olivier nous a fait retirer après sa mort)

  

Noelle01 - Fiancés Revue.jpg

Jean Favre et Noëlle Cuny fiancés (1929) à Paris avenue Bosquet

  Noelle02 - Mariés Revue.jpg

Noëlle et Jean Favre mariés - 20 juillet 1929 à Cornimont

 

Noelle03 - + Georges revue.jpgJean et Noëlle avec leur aîné, Georges, né en 1930

  

Noelle04 - + Chantal Revue.jpgJean et Noëlle avec Georges et Chantal (née en 1932)

 

Noelle05 - + Gerard Revue.jpgJean et Noëlle avec Georges, Chantal et Gérard (né en 1933)

 

Noelle06 - + Pierre Revue.jpgJean et Noëlle avec Gérard, Chantal, Georges et Pierre (né en 1935) dans les bras de son papa

 

Noelle07 - + Regis Revue.jpgNoëlle tenant François-Régis (né en 1937), Chantal, Georges, Jean, Pierre et Gérard

 

Noelle08 - + Michel Revue.jpgGeorges, Michel (né en 1940), Noëlle, Chantal, Pierre, Jean, François-Régis et Gérard

 

Noelle09 + Olivier Revue.jpgMichel, Georges, Jean, Chantal, Gérard, François-Régis, Pierre, Noëlle portant Olivier (né en 1942)

 

Noelle10 + Thierry Revue.jpg

Chantal, Michel, Georges, Jean, Pierre, Gérard, François-Régis, Thierry (né en 1943), Noëlle et Olivier

 

Noelle11 + Bernard Revue.jpg

Jean portant Olivier, Gérard, Chantal, Michel, Noëlle portant Bernard (né en 1945), Pierre, Michel, François-Régis et Georges

  

Noelle12 + Marie Revue.jpgGérard, Chantal, François-Régis, Pierre, Jean, Bernard, Olivier, Georges, Marie (née en 1947), Michel, Noëlle et Thierry

 

Noelle13 + Anne Revue.jpgThierry, Georges, Noëlle, Anne (née en 1949), François-Régis, Jean, Marie, Chantal, Pierre, Bernard, Michel, Olivier et Gérard

 

Noelle14bis + Béatrice Revue.jpgMichel, Noëlle, Pierre, Jean, Anne, Gérard, Bernard, Georges, Béatrice (née en 1950), François-Régis, Marie, Stanis (Bachelier), Chantal, Olivier et Thierry

 

Noelle15 + Roselyne Revue.jpg1956 - Michel, Olivier, Marie, Bernard, Noëlle, Anne, François-Régis, Jean, Chantal, Thierry, Gérard, Mimi Cuny, Pierre, Béatrice, Roselyne (née en 1952), Georges, Drew

 



26/12/2014
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