14-18Hebdo

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Les habitants de Gercourt et leur exode pendant l’occupation allemande 1914 – 5. Cinquième partie - 9 au 26 octobre 1914

Document transmis par Renaud Seynave - 25/05/2018

Ecrit par Marcelle Ravenel, jeune institutrice de 24 ans

petite nièce de Marguerite Jeannesson épouse de Jean Vautrin.

(Ce cahier était avec les journaux de guerre d’Anna Vautrin)

Marguerite Vautrin, âgée de 87 ans fait partie de l’exode…

 

Rappel de la famille Vautrin

Gercourt est un petit village de la Meuse où vivaient Jean et Marguerite Vautrin, les parents d’Alexis.

 

Jean Vautrin né à Gercourt (Meuse) le 24 septembre 1798, décédé à Gercourt le 12 avril 1882 épouse Marguerite Jeannesson le 15 avril 1856, née à Brieulles sur Meuse le 24 septembre 1826, décédée le 7 novembre 1914 à Saulnes (Meurthe et Moselle).

 

Jean Vautrin, participa à différentes campagnes, dont douze en Algérie, il prit part à la prise de la Smalah d’Abdel Kader. Il fut fait chevalier de la Légion d’Honneur le 14 avril 1844. Il prit sa retraite à Gercourt en 1852 avec le grade de capitaine. Il a été maire de son village de 1858 à 1872.

 

Jean et Marguerite Vautrin ont deux fils :

 

Alexis Vautrin né à Gercourt le 29 mars 1859, décédé à Nancy le 4 juin 1927, docteur en médecine, professeur de clinique chirurgicale à la Faculté de médecine de Nancy, chevalier de la Légion d’honneur épouse le 29 avril 1889 à Cornimont Anna Perrin, née à la Bresse le 11 janvier 1867, décédée à Nancy le 13 mars 1939.

 

Albert Vautrin né à Gercourt le 19 mai 1866, sorti de St Cyr, épouse Odette Aubertin en 1896 à Sedan. Il est en 1914 chef de bataillon au 76e RI. Il est blessé à Vauquois en 1915 et meurt à Epernay le 2 novembre 1924 des suites de ses blessures. Il était officier de la Légion d’honneur et titulaire de la Croix de guerre.

 

Gercourt 1 Image1 Mme Vautrin et ses 4 petites-filles.jpg
Madame Vautrin avec ses quatre petites-filles en 1905

De gauche à droite : Madeleine 1892, Yvonne 1897, Suzanne 1890, Mme Vautrin, Marguerite 1895

 

 

 

"....car c’est l’église qui doit nous abriter. On s’installe dans les bancs, sur les autels. On se sert du confessionnal comme d’un cabinet de toilette..."

 

A partir de ce jour, chaque matin à 8 heures, on se rend aux provisions. Quatre ou cinq jeunes filles des plus fortes avec moi qui sers d’interprète accompagnées de plusieurs soldats, nous allons à l’église transformée en magasin. Nous avons la ration de pain, du café, un peu de sucre, du riz, des boites de viande de conserve tous les deux jours. On a des paquets de légumes, quelquefois même nous avons du thé.

 

Plusieurs femmes sont chargées de la cuisine, les autres s’occupent du nettoyage de la maison, les plus jeunes iront encore arracher les pommes de terre qu’il est défendu de ramener. Nous n’avons que celles que nous prenons dans nos tabliers.

 

Puis, il nous faut aussi orner les tombes militaires, tant dans les champs que dans le cimetière. Ici, on trouve dans la même fosse 15 soldats français, là un képi indique un Français, un casque un Allemand. Au calvaire de Dannevoux, 40 sont mis ensemble.

 

Les hommes s’occuperont aussi du nettoyage des rues et plusieurs fois par semaine. Il faut balayer l’église. Pour notre peine, nous avons soit du lard, soit du café qui servira pour tout le monde.

 

Le 18 octobre, par un froid épouvantable, on vient nous appeler pour cueillir les féverolles. Il faut en ramasser plusieurs sacs que les femmes âgées seront chargées d’écosser le lendemain.

 

Fréquemment, il faut répondre à l’appel, dresser des nouvelles listes, par âge et chacun doit se trouver là.

 

Pendant quelque temps, matin et soir, on donne un seau de lait écrémé pour les enfants et les malades car il y a une laiterie installée près de l’église et on y prépare e beurre.

 

Le 25 octobre, nouveaux ordres de départ, il faut se préparer pour se rendre à Dun-sur-Meuse. Tout le monde ne peut partir le même jour, les autres partiront le lendemain. Les bagages et vieillards sont entassés sur des charrettes, les jeunes suivent à pied. Il a plu depuis plusieurs jours, les chemins sont détrempés et la marche est difficile. Nous avons toujours les deux vaches qui nous ont été données pour que les enfants aient du lait et nous les emmenons à Dun.

 

Madame Postal qui avait deux chèvres les traîne également. La première halte se fait vers Sivry, on reprend jusqu’à Brieulles où le long de la voie, près du village, sont installés les fours de campagne. On peut avoir quelque peu de pain et on continue la route.

 

Nous arrivons assez tard à Dun-sur-Meuse. De la gare à l’entrée de la ville, sur le bord de la route, dans des tranchées sont entassées les pommes de terre arrachées un peu partout. Et qui devaient nous servir durant l’hiver. Dun (bas) est sérieusement endommagé sur la Meuse, on grimpe à Dun (haut) car c’est l’église qui doit nous abriter. On s’installe dans les bancs, sur les autels. On se sert du confessionnal comme d’un cabinet de toilette. Vers sept heures, les soldats apportent la soupe, restes de celle qui a été servie, puis on se campe pour la nuit. Le lendemain matin, distribution de café puis appel en passant sur l’autel, nous descendons en ville nous débarrasser des vaches car il vient d’être décidé qu’il nous faudrait partir plus loin.

 

A deux heures, nous quittons l’église et nous sommes enfermés dans la halle aux marchandises en gare de Dun. Les habitants de Sivry et de Vilosnes viennent nous y rejoindre, toutes les portes tirées, nous demeurons là jusqu’à neuf heures du soir.



25/05/2018
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