14-18Hebdo

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Les habitants de Gercourt et leur exode pendant l’occupation allemande 1914 – 1ère partie – Août 1914-Mars 1915

Document transmis par Renaud Seynave - 17/04/2018

Ecrit par Marcelle Ravenel, jeune institutrice de 24 ans, petite nièce de Marguerite Jeannesson épouse de Jean Vautrin. (Ce cahier était avec les journaux de guerre d’Anna Vautrin)

 

"Nous sommes en août 14, au début de la guerre. Les Allemands arrivent à Gercourt, petit village de la Meuse où habite Marguerite Vautrin, maman d'Alexis. Les habitants commencent leur exode..."

 

Rappel de la famille Vautrin

Gercourt est un petit village de la Meuse où vivaient Jean et Marguerite Vautrin, les parents d’Alexis.

 

Jean Vautrin né à Gercourt (Meuse) le 24 septembre 1798, décédé à Gercourt le 12 avril 1882 épouse Marguerite Jeannesson le 15 avril 1856, née à Brieulles sur Meuse le 24 septembre 1826, décédée le 7 novembre 1914 à Saulnes (Meurthe et Moselle).

 

Jean Vautrin, participa à différentes campagnes, dont douze en Algérie, il prit part à la prise de la Smalah d’Abdel Kader. Il fut fait chevalier de la Légion d’Honneur le 14 avril 1844. Il prit sa retraite à Gercourt en 1852 avec le grade de capitaine. Il a été maire de son village de 1858 à 1872.

 

Jean et Marguerite Vautrin ont deux fils :

 

Alexis Vautrin né à Gercourt le 29 mars 1859, décédé à Nancy le 4 juin 1927, docteur en médecine, professeur de clinique chirurgicale à la Faculté de médecine de Nancy, chevalier de la Légion d’honneur épouse le 29 avril 1889 à Cornimont Anna Perrin, née à la Bresse le 11 janvier 1867, décédée à Nancy le 13 mars 1939.

 

Albert Vautrin né à Gercourt le 19 mai 1866, sorti de St Cyr, épouse Odette Aubertin en 1896 à Sedan. Il est en 1914 chef de bataillon au 76e RI. Il est blessé à Vauquois en 1915 et meurt à Epernay le 2 novembre 1924 des suites de ses blessures. Il était officier de la Légion d’honneur et titulaire de la Croix de guerre.

 

 

Les premiers ordres de réquisition militaire sont arrivés vendredi. Les habitants de la vallée de la Meuse durent conduire à Consenvoye les chevaux soumis à la réquisition.

 

Dans la soirée du même jour, les dragons de Vouziers défilèrent calmement pour se rendre vers la frontière. A la première heure, les feuilles de mobilisation furent distribuées, les jeunes classes mobilisables prirent les premiers trains qui devaient les conduire au lieu indiqué. Durant les premières journées d’août, la mobilisation continue et bientôt, il ne reste plus au village que les vieillards, les femmes et les enfants.

 

Chacun se met à l’ouvrage, tant bien que mal. Nous nous efforçons de rentrer les récoltes, aidés par les soldats qui stationnent dans les villages. Ce ne sont que des défilés continuels de régiments de toute espèce : Génie, Artillerie, Infanterie se succèdent de jour en jour.

 

Les correspondances sont très difficiles, on peut circuler que muni de laissez-passer qui ne sont valables que pour une journée. On peut s’approvisionner au village, il n’y a bientôt plus rien dans les épiceries, plus de farine. On doit aller à Consenvoye chercher le peu de pain que les boulangers consentent à fournir, puis les moulins sont réquisitionnés et chacun porte son blé pour obtenir la farine en échange.

 

On tente aussi de se rendre à Verdun pour quelques provisions indispensables, mais on trouve difficilement car les magasins sont à peu près vides. C’est ainsi que se passe le mois d’août.

 

Albert Vautrin qui avait ordre d’évacuer Ecurey et la rive droite de la Meuse, parvient jusqu’à Gercourt où il arrive vers dix heures du soir. Il en part le lendemain sur un camion vers 9 heures du matin, se dirigeant sur Montfaucon où il a dû passer la nuit suivante.

(Albert est le frère cadet d’Alexis Vautrin, chef de bataillon au 76e RI).

 

La tante Lise s’est rendue chez la tante (Marguerite Vautrin, mère d’Alexis et Albert âgée de 88 ans).

 

J’y suis allée moi-même promettre à Albert de conduire la tante soit à Nancy, soit à Coulommiers afin qu’elle n’ait pas à souffrir des privations qui étaient faciles à prévoir. Elle était assez décidée lorsqu’il l’a quittée après lui avoir remis une médaille et lui avoir recommandé de partir en disant : « Si les Allemands savaient que vous avez un fils officier dans l’armée française, ils vous feraient trop de misères ».

 

 

Gercourt 1 Image1 Mme Vautrin et ses 4 petites-filles.jpg

Madame Vautrin avec ses quatre petites filles en 1905

De gauche à droite : Madeleine 1892, Yvonne 1897, Suzanne 1890, Mme Vautrin, Marguerite 1895

 

 

Comme renseignements, il avait dit simplement : « Ce que vous voyez défiler, c’est le ravitaillement, mais quand vous reverrez l’infanterie, ce sera le moment pour vous de quitter Gercourt et de vous rendre auprès de vos enfants ».

 

Mais comme la tante était assez longue à décider, elle ne se résigna pas vite à partir. J’allai cependant à Consenvoye demander si on pouvait partir, mais il me fût répondu qu’on ne délivrait plus de billets de voyage, qu’on admettait plus aucun voyageur de dirigeant sur Verdun.

 

Néanmoins, elle mit dans sa malle d’osier les objets qu’elle désirait emporter, afin de pouvoir partir dès qu’elle serait complètement décidée.

 

Vers le 27 août, nous commençons à entendre les grondements du canon. La bataille est plus proche, c’est le bombardement du passage de la Meuse. Les Allemands sont postés sur les hauteurs de la rive droite, région de Damvillers, les Français ripostent des hauteurs de Montfaucon. Une batterie d’artillerie placée derrière le Bois Juré eut plusieurs hommes blessés et des chevaux tués.

 

Le samedi 29, le bombardement est plus intense. Vers trois heures de l’après-midi, il fut d’une violence inouïe : fusées, obus, bombes se succèdent sans interruption. Gercourt n’est pas trop atteint mais Dannevoux et Septsarges souffrent beaucoup plus. Durant toute la nuit, le bombardement continue. Il ne reste bientôt plus que quelques artilleurs campés dans le bas du village et derrière le Bois Juré.

 

Cependant, le dimanche matin, Monsieur le Curé qui avait quitté le village était revenu. Sans sonnerie de cloches, vers 8 heures les quelques habitants qui étaient demeurés au village se rendirent à l’église. La tante même s’y était rendue et, l’office terminé, elle avait demandé et obtenu de se confesser.

 

La situation était devenue intenable, il était même dangereux de demeurer au village car les obus commençaient à pleuvoir dru dans les environs.

 

Nous avions, comme les autres, préparé en cas d’alerte ce que nous devions emporter : les chars étaient chargés : literie, un peu de linge, provisions pour quelques jours.

 

A une heure, nous quittions la maison, la tante Lise accompagnée de la tante (Marguerite Vautrin) sur la petite voiture étaient en tête du convoi, les autres marchaient derrière les deux chars encombrés de bagages.

 

Retournons un peu en arrière. Les habitants de la rive droite qui avaient dû évacuer à partir du 25 août, commencèrent à défiler, ce n’étaient alors que voitures chargées d’objets de toutes sortes, objets souvent inutiles entassés dans la hâte d’un départ précipité, conduites par des femmes.

 

Pareil défilé dura plusieurs jours. Quelques-uns fatigués demeuraient une journée puis, effrayés des grondements plus rapprochés, se remettaient en route vers Montfaucon, vers l’Argonne, vers Verdun.

 

Les premiers habitants de Gercourt suivirent, abandonnant les maisons. Le Maire, le Curé, l’adjoint étaient dans les premiers. Cantonnés à Montfaucon, ils revinrent néanmoins faire une visite à leur demeure mais ils s’enfuirent aussitôt. Drillancourt était absolument évacué. C’était pitié de voir ces maisons ouvertes, aux vitres brisées, vaisselle cassée, meubles éventrés.

 

La plupart des chaises et tables étaient dehors, le linge déchiré, les draps de lits coupés en morceaux. On commençait à se rendre compte des horreurs de la guerre.

 

Donc dimanche 30 août, nous partions nous aussi. Derrière nous, Dannevoux était en flamme. Les derniers habitants du village affolés racontaient que la famille Simon avait été tuée par un obus pendant qu’elle prenait le repas de midi, que le fils Cordonnier était très grièvement blessé et que bientôt le village entier ne serait plus qu’un amas de décombres.

 

A Béthincourt, plus de civils, tous se sont dirigés vers Dombasle sur Meurthe et Esnes. Nous prenons la même direction et arrivons à Esnes vers 5 heures du soir. Le premier souci est de chercher un abri pour la nuit, nous campons dans un parc. Les chars sont remisés dans une grange après bien des supplications et après maintes recherches en invoquant le grand âge de la tante, on parvint à lui trouver une chambre où elle pouvait passer la nuit toujours accompagnée de la tante Lise.

 

A suivre…

 



20/04/2018
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