14-18Hebdo

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Le parcours de guerre du 16ème B.C.P - 1re partie

1re partie : de la vie en garnison au 1er engagement

Patrick Germain · 03/11/2014

 

A nos frères qui dorment sous la terre...
 
« Héros au cœur inspiré,
Nos pères conquirent le monde,
Et le monde régénéré
En garde la trace féconde...
Nobles aïeux, reposez-vous,
Dormez dans vos couches austères :
La France peut compter sur nous,
Les fils seront dignes des pères... »
 
(Sidi Brahim, le chant de guerre des chasseurs)

Période de couverture (Août 1914)

En garnison à Labry (Meurthe et Moselle), face à la forteresse de Metz, dans leurs randonnées le long de la frontière où ils étaient sentinelles avancées, les chasseurs du 16ème B.C.P lançaient aux échos ce fier couplet lorsque l'ordre de mobilisation vint les toucher aux derniers jours de Juillet 1914. Sans cris, sans forfanterie, dans le calme absolu du courage, le bataillon prit les armes.

Trois heures après il était en guerre et pendant 4 ans et demi avec le même calme, le même courage, il fut digne des aïeux.

Dès le 6 Août, au combat de Labry, il commence à se mesurer avec l'ennemi, il défend sa garnison.

Sous le commandement du chef de bataillon Chenèble (mon arrière grand-père) depuis début 1914, il met tout son cœur à son grand rôle de troupe de couverture. Il ne cède pas un pouce de terrain à un ennemi bien supérieur en nombre sans le faire payer des plus durs sacrifices.

Le 3 Octobre 1913, le 16ème B.C.P arrive de Lille sur son nouveau lieu de garnison à Labry au quartier « de GESLIN » ; le conseil municipal, au grand complet et en grande tenue, attend les chasseurs qui sont fêtés par toute la population.

                        arrivee du 16 labry1.jpg(Archives historiques du 16e Chasseurs)

 

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(Archives historiques du 16e Chasseurs)

 

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(Archives historiques du 16e Chasseurs)

 

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(Archives historiques du 16e Chasseurs)

 

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(Archives historiques du 16e Chasseurs)

 

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(Archives historiques du 16e Chasseurs)

 

Dans mon article précédent, je vous relatais (au travers de la commémoration à laquelle j'ai assisté le 25 Octobre à Ramscapelle, en Flandre), le récit de ce combat des 30 et 31/10/14, dont un acteur majeur a été le 16ème bataillon de chasseurs à pied, commandé par mon arrière grand-père, le commandant Chenèble, qui, malade, a dû quitter son commandement au 11/11/14.

L'issue favorable des combats des Flandres pour les Alliés, et en dernier lieu celui de Ramscapelle a mis un terme à la 1ère phase de la guerre, la guerre de mouvement, contrecarrant définitivement la manœuvre d'enveloppement conçue par Guillaume II.

Plus aucun adversaire n'étant désormais capable, par le mouvement, de remporter la décision, compte tenu du manque d'espace du champ de manœuvre (la mer du Nord ayant été atteinte), et de l'ampleur des pertes de part et d'autre, les 2 adversaires se sont fixés mutuellement, tout en se réorganisant en positions pour des opérations de percées ultérieures.

Dans le récit du combat de Ramscapelle, 2 officiers subalternes parmi d'autres sont identifiés par l'audace de leur manœuvre : le lieutenant Decrouez qui « s'était emparé de la lisière Sud du village par une attaque à la baïonnette », et le capitaine Wauthier, qui au même moment, à la tête de la compagnie de réserve,« appuyait le mouvement à l'Est en progressant jusqu'à hauteur du moulin à vent ».

Or dans des rapports du combat de Labry (Meurthe-et-Moselle)du 06/08/14, qui marquent les premiers engagements du 16ème chasseurs, ainsi que de la guerre, ces 2 officiers sont également amplement mentionnés ; ces rapports n'ont pas le caractère impersonnel du J.M.O (Journal de marche et des opérations) qui est le document réglementaire des unités ; on a l'impression ici de suivre le combat « en direct », tant sa narration en est collée aux hommes et au terrain, avec parfois une dimension affective.

Pour une bonne identification de certains noms figurant dans ce texte, voici l'ordre de bataille du 16ème B.C.P à la déclaration de guerre.

 

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Ordre du bataille du 16ème B.C.P au 02/08/14 (Archives historiques du 16e Chasseurs)

 

(je ne dispose pas de celui en vigueur juste avant le combat de Ramscapelle ; compte tenu de l'ampleur des pertes depuis début août, il y a eu des re-complètements en officiers, sous-officiers et chasseurs ; j'ai appris récemment que beaucoup de réservistes avaient été incorporés à la hâte avant Ramscapelle et que, devant l'urgence de la situation, le bureau des effectifs n'avait pas suivi...

Je me suis efforcé de faire une synthèse chronologique des originaux manuscrits des 2 rapports détaillés dont je dispose :

Le rapport de l'adjudant Caulier (1ère compagnie) du 09/08, compte tenu de l'indisponibilité du capitaine Wauthier commandant la compagnie, blessé grièvement au cours de l'action).

Le rapport du Lieutenant Decrouez (en exécution des ordres de son commandant de compagnie, le capitaine Beaurain (5ème compagnie).

Ces rapports font état de la mort héroïque du lieutenant Maurice Drieux, le premier officier Saint-Cyrien mort pour la France dans la Grande Guerre.

 

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Lieutenant Maurice DRIEUX (1ère compagnie), le premier officier Saint-Cyrien (promotion Sud Oranais 1902-1904) mort pour la France dans la Grande Guerre. (Archives historiques du 16e Chasseurs)

 

Rapports sur le combat de Labry du 6 août 1914

 

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Schéma du combat de Labry (Archives historiques du 16e chasseurs)

 

Adjudant Caulier

« Le 5 août, vers 13h, la 4ème compagnie était attaquée à Labry. Le capitaine Wauthier reçut l'ordre de renforcer cette compagnie direction de marche ferme Spailmail - bois de Labry ; le bois de Labry fut fouillé mais n'était pas occupé par l'ennemi. Les dispositions suivantes furent prises pour la nuit sur l'ordre du Commandant. 1 peloton cimetière de Labry (1ère section lieutenant Drieux et 3ème section adjudant Caulier) ; la 2ème section (sous-lieutenant Buisson) occupe Abbéville et la 4ème section (sous-lieutenant Saint-Cyr) à Conflans.

La nuit du 5 au 6 fut calme. 1 poste (sergent Eloire et 10 chasseurs) occupaient depuis le 5 au soir la route de Briey à l'intersection de cette route avec celle d'Hatrize 200m au Nord cote 224.

Le 6 Août à 7h30, le lieutenant Drieux reçut d'un maréchal des logis du 10ème chasseurs le renseignement suivant :

2 compagnies d'infanterie allemandes se dirigent vers Labry ; l'une par Valleroy, l'autre par Laneuveville Hatrize. Cette dernière seulement a été aperçue par le peloton de Labry. Le lieutenant Drieux se porte avec sa section dans la direction de la ferme de Trembloy pour renforcer le groupe du sergent Eloire. La compagnie allemande s'était dirigée sur la ferme du Trembloy et l'occupait avec 1 section. Le lieutenant Drieux s'arrêta, n'étant pas assez fort pour enlever la ferme. Le capitaine Wauthier de sa personne se porte alors sur la ligne de feux et donne l'ordre à l'adjudant Caulier de renforcer la section du lieutenant Drieux sur sa gauche. La ferme fut enlevée par le peloton et l'ennemi se replia sur Valleroy et Hatrize ; dans cet engagement, le peloton ne subit aucune perte. La 3ème section adjudant Caulier retourne sur l'ordre du capitaine Wauthier occuper la barricade à hauteur du cimetière de Labry pendant que la section du lieutenant Drieux met la ferme en état de défense.

Vers 12h15, l'adjudant Caulier reçut l'ordre de son capitaine (Wauthier) de se porter à hauteur de la ferme de Trembloy occuper la droite de la route de Briey, la droite de sa section au ravin de l'Orne.

Cette section ne comportait que 3 sous-officiers et 20 chasseurs, le reste de la section fournissant 1 escouade à la barrière de Labry et divers petits postes. Cet emplacement fut gagné hors de la vue de l'ennemi, les blés très hauts cachant tout mouvement. L'adjudant détache 1 patrouille de 4 chasseurs (caporal Larchet) dans le ravin. Un assez long calme succède à ce mouvement, quelques patrouilles de cavalerie amies cherchaient à fouiller Hatrize et Valleroy »...

Capitaine Beaurain (5ème compagnie)

« Le 6 Août vers 13h30, la 5ème compagnie occupe la position de la ferme de Spailmail qu'elle vient d'organiser, quand elle reçoit l'ordre suivant : « Envoyer un peloton à Labry à la disposition du capitaine commandant la 1ère compagnie (capitaine Wauthier).

Je désigne le 1er peloton qui achève son repas du matin et qui part immédiatement après sous le commandement du lieutenant Decrouez ».

Lieutenant Decrouez

« Je fus désigné avec mon peloton et me portai immédiatement à Labry. Les chasseurs, pleins d'entrain à l'idée de marcher à l'ennemi entrèrent dans le village au chant de Sidi-Brahim. A mon arrivée à Labry, le capitaine Wauthier me donnait l'ordre de diriger une section sur la ferme de Trembloy et une section à Hatrize ; il me prévenait en outre que les 2 sections de sa compagnie qui occupaient la ferme de Trembloy quitteraient cette ferme à mon arrivée et s'établiraient en arrière et au centre des 2 antennes constituées par mes sections. Je donnai l'ordre à la 2ème section (sergent-major Hupliez) de se porter à Hatrize ; je me réservai avec ma section à la ferme de Trembloy. Nous nous sommes mis immédiatement en marche ; en arrivant à la hauteur de l'embranchement de la route d'Hatrize, je reçus un ordre du capitaine Wauthier qui était retourné à la ferme de Trembloy me disant : « une attaque de l'ennemi se dessine contre la ferme que j'occupe ; déployez-vous à ma droite de façon à me permettre l'évacuation de ma ferme. »

En même temps, un cavalier (brigadier) me signalait marchant sur Trembloy « environ 350 Allemands venant de la direction de Valleroy, et environ 150 débouchant des carrières d'Hatrize. »

Je donnai l'ordre à la 1ère section de se déployer à cheval sur la route et à la 2ème section de prolonger à droite la 1ère section »...

Adjudant Caulier

... « Vers 14h30, quelques coups de feu furent échangés entre la section du lieutenant Drieux et l'ennemi qui semblait occuper Bellevue. Peu de temps après, un peloton de la 5ème compagnie sous les ordres du lieutenant Decrouez déboucha sur la route de Briey et se porta en avant. Le lieutenant Decrouez déploya son peloton à cheval sur la route »...

Lieutenant Decrouez

… « Le déploiement s'effectua dans le plus grand ordre, mais la 2ème demi-section, qui se trouvait à la gauche de la route, reçut l'ordre du capitaine Wauthier d'entrer dans la ferme de Trembloy, de traverser cette ferme et de se déployer entre cette ferme et le bois de Labry. La ligne de tirailleurs constituée par mes autres 3 demi-sections se porta rapidement à la crête qui domine la profonde dépression qui franchit la route de Briey, entre la ferme de Trembloy et le lieu-dit « Bellevue »...

Adjudant Caulier

… « Ce peloton fut reçu par un feu nourri et violent à courte distance semblant venir des champs de betteraves qui se trouvent sur la petite crête, chemin du calvaire (reliant la route de Briey à Hatrize et à la ferme Daumont ; la 5ème compagnie ouvrit le feu et se porta résolument en avant. Le feu de l'adversaire fixa également les sections du lieutenant Drieux et de l'adjudant Caulier »...

Lieutenant Decrouez

… « En arrivant à la crête, le feu fut immédiatement ouvert et eut pour conséquence de refouler les éclaireurs ennemis qui allaient arriver à cette crête. Le feu prit ensuite une très grande intensité ; l'ennemi était déployé à peu près invisible dans le fond de la dépression. La demi-section de la 1ère section fut d'abord seule pour y répondre, le capitaine Wauthier qui était venu nous rejoindre sur la route, donna l'ordre à la section du lieutenant Drieux de sortir de la ferme et de se porter à la hauteur de la chaîne. Le feu de l'ennemi devenait de plus en plus violent et semblait plus particulièrement concentré sur la route ; c'est à ce moment que nous avons commencé à subir des pertes ; à ma droite se trouvait le sergent-major Hupliez avec sa section qui se trouvait opposé aux troupes ennemies débouchant des carrières d'Hatrize ; de ce côté, ces 2 lignes se rapprochèrent jusqu'à une distance de moins de 200m à tel point que le sergent-major Hupliez put faire usage de son revolver en tuant 2 tirailleurs ennemis au centre de la route. L'arrivée de la section Drieux coïncida avec un redoublement de feu de la part de l'ennemi ; à ce moment, le capitaine Wauthier ordonna de mettre « baïonnette au canon » et la chaîne fit encore un bond en avant mais l'ennemi était encore à plus de 400m de nous à cet endroit et les pertes commençaient à se multiplier. En quelques minutes, le lieutenant Drieux tomba mortellement blessé et le capitaine Wauthier avait la figure traversée ; il me passa le commandement en me donnant l'ordre de battre en retraite »...

Adjudant Caulier

… « Le capitaine Wauthier fut grièvement blessé ; la 5ème compagnie commença à se replier sur la route de Briey. Le lieutenant Drieux grièvement blessé envoya néanmoins dire à l'adjudant Caulier de bien faire attention sur son flanc gauche car il devait évacuer le Trembloy.

La 5ème compagnie se repliait alors plus ou moins en désordre. Le groupe de ma section fut alors assailli sur son flanc gauche par un feu très violent venant de la ferme de Trembloy que l'ennemi venait de reprendre. D'après un renseignement du lieutenant Decrouez, l'adjudant Caulier continua à harceler l'ennemi de ses feux jusqu'à ce que la 5ème compagnie fut complètement repliée sur Labry.

Cette demi-section (20 chasseurs) se replia en ordre sur Labry en se jetant dans le ravin où elle essuya des feux très violents venant du pont de chemin de fer. En arrivant à hauteur du cimetière de Labry, l'adjudant Caulier recevait d'un lieutenant de chasseurs à cheval le renseignement de se replier par Conflans sur Jeandelize, ce qui fut exécuté. En arrivant à la hauteur de l'hospice de Labry, l'adjudant Caulier rencontra le sous-lieutenant Saint-Cyr, qui se portait au cimetière de Labry pour retenir cet ennemi en fureur et couvrir la retraite des braves combattants ».

Lieutenant Decrouez

… « Au coup de sifflet, les débris de ma demi-section se jetèrent dans le fossé et commencèrent à se replier ; le sergent Risler et le sergent-major Weiss tombèrent ; moi-même je reçus une balle dans l'avant-bras. La section du sergent-major Hupliez, laissant sur le terrain une bonne partie de ses gradés, se replia de son côté sur la route de manière à permettre le tir de la section de l'adjudant Caulier établie en avant vers Labry. Mes 3 demi-sections refluèrent sur Labry sans arrêt ; c'est alors que je vous rencontrai ». (Il s'agit du Chef de bataillon Chenèble, commandant le Bataillon).

« Je tiens à vous signaler :

La conduite de tous les gradés et chasseurs qui ont montré une ardeur et un sang-froid étonnants ; pour des gens qui allaient pour la 1ère fois au feu, aucun homme n'a quitté la ligne de feu avant le commandement de « en arrière ».

Au moment où le lieutenant Drieux est tombé, le capitaine ayant demandé 2 hommes pour transporter le blessé dans le fossé de la route, 2 chasseurs se sont immédiatement précipités malgré le feu épouvantable. C'est Monsieur le lieutenant Drieux qui a refusé que l'on s'occupe de lui.

Le sergent-major Hupliez, quoique blessé, s'est distingué par sa bravoure et sa ténacité.

Quant aux chasseurs, ils ont été dignes de tous éloges ; plusieurs sont venus pendant notre repli sur Labry me rendre compte qu'ils avaient pris les cartouches de leurs camarades tués à côté d'eux ; ce fait méritait d'être signalé sur la chaleur de l'action. J'estime que nous avons eu à combattre contre 2 compagnies au moins déployées en tirailleurs. L'observation et le tir étaient extrêmement difficiles vu l'invisibilité des uniformes allemands dans un combat en plein champs, alors que nos uniformes apparaissaient au milieu des blés comme des buts très visibles. »

Pour un baptême du feu, les pertes sont lourdes. Sur 103 hommes partis avec le lieutenant Decrouez, 23 seulement rentrent le soir. Le lieutenant fait partie des blessés avec une balle dans le bras.

Que sont-ils devenus ?

Pour quelques officiers pour lesquels je dispose de documents, j'ai effectué un travail de recherche dans les correspondances reçues par mon arrière grand-père pendant toute la guerre ; les tonalités de ces lettres sont toutes les mêmes : respect, amitié et même affection, dans le plus pur esprit « chasseur ». voici ce que j'ai trouvé.

 

Le capitaine Wauthier s'est encore illustré au 16ème B.C.P au combat le 30/06/15 ; il fut le seul officier indemne et fut décoré ; le 30/08/15, il écrivit à mon arrière grand-père pour le féliciter de sa croix de guerre et de son 5ème galon suite à l'affaire du Linge ; en même temps, il attendait le commandement d'un groupe cycliste ; et il conclut : « Notre pauvre bataillon est-il reconstitué ? Ce ne sont plus, hélas, les beaux cadres que vous aviez. Cela ne se refait point. » Il lui écrivit encore le 16/07/16, pour le féliciter de son commandement d'une brigade de chasseurs alpins ; il dit également qu'il a été sérieusement blessé le 25/09/15 toujours au 16 « qui s'est encore couvert de gloire », puis est allé à Verdun ; ensuite, mutation regrettée au 8ème chasseurs, puis nommé chef de bataillon au 94ème R.I le 14/07/16 ; il dit que « Decrouez est très fatigué et n'est pas revenu au front depuis plus d'un an et a quitté le 16. » Wauthier « regrette l'ambiance du début, car le 16 n'est plus ce qu'il était : des convoitises et l'appât des récompenses en ont chassé la bonne et franche camaraderie qui en faisait un corps unique ». Enfin, il intercède auprès de mon arrière grand-père pour que le capitaine Fricker, l'officier-adjoint du 16, soit proposé pour la légion d'Honneur, regrettant que cela n'ait pas été fait plus tôt, alors qu'elle vient d'être décernée à un autre moins méritant.

Et puis ensuite, plus de nouvelles ; je suis allé sur le site « mémoire des hommes » et n'ai pas vu son nom ; il a dû donc survivre à cet enfer.

 

Le lieutenant Decrouez a écrit à mon arrière grand-père le 31/03/15 pour le féliciter de sa prise de commandement du 106ème B.C.P en formation : « ceux qui vous ont connu, mon commandant, sont persuadés que vous en ferez le plus chic bataillon de toutes les nouvelles formations, et que vous saurez le mener partout où il faudra. Permettez à votre ancien subordonné d'exprimer ici ce que nous pensons tous, les quelques anciens qui restons au bataillon. Enfin, c'est dur ! Mais, disent nos braves poilus, et nous en trouvons toujours de nouveaux pour remplacer ceux qui tombent : « on les aura ! » Il a été nommé capitaine.

Je n'ai pas non plus trouvé Decrouez sur le site « mémoire des hommes...

 

Le Lieutenant Fricker (officier adjoint) a écrit le 25/04/15 ; entre autres choses, il dit : « soyez assuré, mon commandant, que, si je redeviens apte à commander une compagnie, je ferai tout pour que ce soit avec vous et sous vos ordres ; en ce moment, je fais le dressage de la classe 16, et jusqu'à présent je suis très satisfait. Les jeunes chasseurs ont un esprit qui n'existait plus dans l'armée depuis de longues années ».

Il écrit à nouveau le 04/08/16, fait état d'une maladie rapportée du Maroc, aggravée par les fatigues et une blessure, et « est déclaré inapte définitivement » ; demande une intervention pour sa proposition à la légion d'Honneur ; annonce une visite dans les Vosges. Enfin, il écrit : « mon colonel, il y a aujourd'hui 2 ans que, partis avec vous, nous avons ouvert le feu et descendu les premiers boches ; après demain, 6 août, c'est l'anniversaire de Labry ; quels souvenirs ! »

Il a survécu à la guerre.

 

Le capitaine Beaurain (commandant la 5ème compagnie) est mort pour la France le 12 décembre 14 à Poperinge (Belgique), des suites de multiples blessures.

 

Le capitaine Etiévant (commandant la 6ème compagnie) a été blessé et fait prisonnier à Pierrepont (54) le 22/08/14.

 

Le capitaine Chaumont (commandant la 4ème compagnie) est mort pour la France à Dixmude (Belgique) le 05/11/14.

 

Le capitaine Jacques du Paty de Clam (qui commandait la 2ème compagnie), lui aussi excellent officier, est devenu un ami de mon arrière grand-père. Son père, le lieutenant-colonel Ferdinand du Paty de Clam, s'est rendu tristement célèbre dans l'affaire Dreyfus ; aussi il a été un temps dégradé, et mon arrière grand-père l'accueillit un temps au bataillon dans la compagnie de son fils, qui en a gardé une reconnaissance émue. Ce dernier a été grièvement blessé au 16ème B.C.P en Février 15, et a dû être amputé. Affecté dans les bureaux, il déplorait que « l'esprit de sacrifice n'existe guère hors du front ; je constate une telle différence entre l'esprit chasseur et troupe, et celui qui règne dans les états-majors et l'arrière, que je m'explique bien des choses ; les appétits sont déchaînés et les questions de personnes priment tout ».

Il écrivit une très belle lettre de condoléances à mon arrière grand-mère au décès du colonel ; cette lettre est datée du 30 Octobre 1920 (l'anniversaire de Ramscapelle)...

J'en publierai le texte à la fin de la commémoration.

Jacques du Paty de Clam mourut en 1968 à l'âge de 90 ans ; il était grand officier de la légion d'Honneur.

 



07/11/2014
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