14-18Hebdo

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Edouard Favre - Mes cahiers de souvenirs - 9 - Juin 1915

 

Edouard Favre, 38 ans en 1914, officier d’active dans l’artillerie, va passer toute la guerre au front. Il tient un journal, et nous suivons ses préoccupations dans 3 domaines : la guerre, sa famille, et son « idée fixe » : les avions suspendus...

Document transmis par Marie Favre, sa petite-fille - 11/11/2014

 

1915 Favre Edouard BEST rogne Photoshop.jpgEdouard Favre - 1915

16 juin 1915

Je néglige mon journal, et pourtant j’aurais eu bien des petites histoires à lui raconter. Telle que les violentes colères de mon chef d’escadron. Un jour où j’étais à ma batterie au lieu d’être à mon poste de commandement sans y avoir laissé personne, et où le général Baret eut la fantaisie d’y venir. Ou bien celle du Colonel à propos de la méthode du lieutenant Cristini pour le tir contre aéroplane, méthode qui ne vaut pas grand-chose parce que les obus sont volontairement disséminés dans l’espace, les erreurs de pointage sont bien suffisantes pour cela. Il a prétendu que cette méthode était imposée, et je lui ai répondu qu’en temps de paix je n’hésiterais pas à obéir à cet ordre mais qu’en guerre je préférais en employer une plus efficace. Il a alors élevé la voix au point de réveiller tous mes hommes au fond de leurs tanières, m’a déclaré que j’étais indiscipliné, que je l’avais bien montré au sujet de « mes histoires de suspension élastique ». A cela j’ai fait observer que je n’aimais pas à être traité d’imbécile ce dont la Section technique ne se privait pas. Il n’a fait que crier de plus en plus fort, s’est fait amener son cheval et est parti. Cela ne l’a pas empêché d’être suave huit jours après quand je l’ai revu.

 

Jean Callies est à ma batterie depuis une dizaine de jours, j’en suis bien content quoique nous ne restions pas beaucoup ensemble. Il va bien et ne se ressent plus de ses blessures.

 

Avant-hier, il y a eu au cantonnement remise de la Croix de guerre à un certain nombre d’officiers et soldats dont je faisais partie. C’est ma première décoration, et cela me fait plaisir, quoique l’on en voit qui l’obtiennent sans avoir fait grand-chose de remarquable.

 

17 juin (1915)

Nous sommes dans le plus grand calme. Par ce beau temps c’est agréable de vivre en plein champs. Aux Meules, Fond a fait construire un confortable abri d’été, il n’est pas à l’épreuve des obus, mais ils viennent si rarement. Il y a d’ailleurs un abri de bombardement qui est tout à fait à l’épreuve, même du 210.

 

J’ai employé mes loisirs à poursuivre mon idée fixe. Le résultat auquel j’arrive est curieux en même temps qu’il est une sorte de vérification. Les corps immergés doivent être munis extérieurement d’un tapis élastique destiné à éviter le frottement de l’air, et cela se vérifie sur les oiseaux qui ont un duvet, sur les poissons qui ont des écailles, etc. J’obtiens ainsi comme une preuve de l’exactitude de mon point de départ. Et je commence à croire que ce travail de deux années pourra avoir une énorme répercussion dans l’aviation, dans la marine, dans l’industrie, dans les transports. Aucune loi physique au jour de sa découverte n’aura eu devant elle un aussi vaste champ d’applications et n’aura eu peut-être autant de répercussion. Mais de tout cela je suis seul à parler maintenant, les compétents m’ont traité d’imbécile et je rirai bien le jour où ils devront avouer que c’était eux qui l’étaient. Verrai-je ce jour d’ailleurs, en guerre on n’est jamais sûr du lendemain, en outre pour que des idées se répandent il faut les publier, il faut les exposer par la parole, il faut les démontrer par des faits, et je n’en suis pas là.

A suivre…



12/06/2015
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