14-18Hebdo

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Carnets de guerre (Anna Vautrin) – N° 54 - 18 au 24 oct. 1915

 

Nous allons en auto à Gérardmer. Notre chalet est plein d’Anglais…

 

Alexis Vautrin Image1.jpgAlexis Vautrin

 

Document transmis par Renaud Seynave, son arrière-petit-fils - 13/10/2015

 

Lundi 18 octobre 1915

Nous allons en auto à Gérardmer. Notre chalet est plein d’Anglais. Il y en a 12 puis 15 chauffeurs à la Fresnaie. Cinq Anglais couchent à la Sapinière. Il y a des autos ambulances anglaises devant la Fresnaie. Notre garage est pris par les autos. Sur notre embarcadère, les mitrailleurs y couchent. Ils sont 10. Ils ont laissé les planches devant l’embarcadère et ont installé un fourneau. Les mitrailleuses pour les avions sont tout à côté de notre embarcadère. Sur le Trexeau se trouvent 3 gros canons. On nous a dit que vendredi soir le canon a tonné si fort que les vitres tremblaient à Gérardmer. Tout le monde s’est levé pendant la nuit. On croyait à un bombardement de Gérardmer.

On ne rencontre dans les rues que des alpins et des camions. Une bombe est tombée sur l’usine de la Jamagne chez Louis Bonnet. Je ne suis pas entrée dans mon chalet Les Roseaux mais je pense que tout sera abimé. Les Anglais ont fait une tente dans le grand pré près du garage.

Mardi 19 octobre 1915

Monsieur Henry Boucher revient de Paris et vient coucher à Saint Amé. Il nous dit qu’il a voyagé avec le général Pau et qu’il a diné avec lui.

Paul Boucher qui est toujours à l’Hilsenfirst écrit à Suzanne que la compagnie qui est à Dannemarie en Alsace vient d’être appelée pour partir à Salonique. Il dit que la neige est tombée. Il se trouve bien dans son gourbi. Il a un lit de paille et un petit fourneau.

Mercredi 20 octobre 1915

Je passe une vie bien tranquille à Saint Amé. Je me promène avec les enfants tous les jours et le soir nous allons au chapelet à 5 heures à l’église. Quel calme et les teintes d’automne des arbres sont si belles.

  

Maison St Ame Henry Boucher.jpg

Maison de St Amé appartenant à Henry Boucher

 

Jeudi 21 octobre 1915

Nous allons en chemin de fer à Thièfosse pour y diner avec Annette. Alphonse va bien. (Alphonse Perrin a épousé Mathilde la sœur d’Anna Vautrin). Nous nous promenons dans le jardin et nous revenons à St Amé. Le soir à 6 heures, à la gare de St Amé nous voyons des territoriaux du midi. Ils nous disent qu’ils ont bien froids car ils ne sont pas habitués à ce climat.

Vendredi 22 octobre 1915

Monsieur Antoine de Vecoux vient en auto pour voir Madame Boucher. Il nous raconte une bonne histoire. Sa belle-fille Mme François Antoine était allée à St Dié voir ses parents. Elle avait un laissez-passer très en règle quand à la gare de St Dié un gendarme pour faire du zèle lui dit que son laissez-passer n’est pas bien, qu’il ne veut pas la laisser passer et lui demande si elle n’a pas de papier d’identité.

Comme elle était en règle, elle se tourne vers sa belle-sœur et lui dit : « on a raison de dire qu’il n’y a rien de si bête qu’un gendarme ». Là-dessus, procès-verbal pour outrages envers l’autorité. Elle a été obligée de se rendre à la police correctionnelle à St Dié et a eu 25 francs d’amende. Le gendarme avait demandé à tous les voyageurs qui étaient présents de venir comme témoins, mais comme tous connaissaient Madame Antoine, ils se sont récusés.

Samedi 23 octobre 1915

Paul écrit de l’Hilsenfirst qu’il a reçu un véritable arsenal dans leurs tranchées : des grenades, torpilles aériennes, liquides enflammés etc., et que les Boches seront plus malheureux qu’eux car ils sont en contrebas et qu’ils recevront toutes les eaux qui couleront de leurs tranchées. De plus le vent est parait-il contraire pour nos soldats.

Nous passons cette journée bien tranquille à St Amé. Je fais une promenade avec les enfants.

Dimanche 24 octobre 1915

Nous allons à la grande messe. Il y a un aveugle qui joue très bien de l’orgue. On entend le canon assez fort, c’est du côté du Linge. A midi Mme Humbel, Célina, Mimi et ses enfants viennent déjeuner. Mme Humbel nous raconte l’histoire de l’obus qui est tombé chez elle. Les enfants jouent à colin-maillard mais Annette pleure quand elle est prise. Les Docellois repartent à 4 heures. C’est Mimi qui conduit la petite automobile.

A suivre…



16/10/2015
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