14-18Hebdo

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Carnets de guerre (Anna Vautrin) – N° 48 - 6 au 12 sept 1915

 

Le bon Jeannot marche bien tout seul et m’a beaucoup parlé de Totole (C’est Colette). Il a 21 mois, Annette a 4 ans et devient petite fille…

 

1915 Marthe Boucher et le petit Jean Boucher-ST Ame.jpgMarthe Boucher et son petit fils Jean (Jeannot) Boucher à St Amé en août 1915

 

Document transmis par Renaud Seynave, son arrière-petit-fils - 16/07/2015

 

Lundi 6 septembre 1915

Madame Lanique est venue me voir et me dit que son fils vient de s’engager dans l’aviation. Nous avons eu ce matin à 9h le départ de 40 de nos avions de Malzéville qui sont partis pour faire un raid en Allemagne.

Mardi 7 septembre 1915

Nos avions d’hier sont allés à Sarrebruck jeter des bombes par représailles des bombes jetées à Lunéville. Trois de nos avions ne sont pas revenus. Un de nos aviateurs de Malzéville Monsieur Fréquant a été tué par une balle de mitrailleuse allemande. Son pilote qui est le fils du général Niox a ramené dans son appareil le corps de l’aviateur Fréquant qui était observateur. C’était affreux. Il est revenu avec son appareil et le corps de son ami à Malzéville.

Mercredi 8 septembre 1915

A 7 heures du matin, 10 avions allemands sont venus sur Nancy. Ils ont lancé 26 bombes sur la ville. Il y a plusieurs victimes. Une femme a eu une jambe coupée et elle est morte en arrivant à l’hôpital. Deux ouvriers de chez Mr Bergeret se trouvaient à l’église St Pierre. Ils ont cru que c’était fini et ont voulu traverser la rue pour arriver chez Mr Bergeret. Ils ont été tués par une bombe. La préfecture a annoncé officiellement 50 bombes.

1e une bombe à la préfecture, 2e jardin Botanique, 3e Rue Ste Catherine, 4e Rue St Georges, 5e Rue St Julien, 6e Rue des Jardiniers sur l’école de Dressage, 7e N° 1 Rue des Jardiniers sur un toit, 8e une autre Rue des Jardiniers sur un toit, 9e Boulevard Lobau , 10e Hospice St Julien, 11e St Pierre avec 2 ouvriers tués, 12e près du Pont du Montet, 13e voie ferrée, 14e Rue Sébastien Leclerc, 15e Rue Hoche, 16e Rue de l’Etang, 17e derrière la caserne Drouot, 18e sur le chemin de Vandoeuvre, 19e derrière la gare, 20e rue Stanislas au N° 24, 21e Rue Clodion 2 tués et une femme avec une jambe coupée, 22e sur le marché couvert, 23e Rue du Pont Mouja, 24e Rue Gambetta, 25e Rue St Catherine, 26e devant l’usine Francin Pont d’Essey, 28e Rue St Michel devant les archives, 29e et 30e sur la Meurthe, 31e chez Madame Constantin.

Les autres bombes sont tombées à Malzéville et au Pont d’Essey. Il y avait 6 taubes, les nôtres leur ont donné la chasse. C’était très émouvant en entendant les mitrailleuses et les sifflements d’obus. Un de nos obus 75 est tombé sur le cours Léopold sans éclater.

Il a été décidé par le maire de Nancy que maintenant à l’approche des taubes, on sonne le tocsin dans les 3 églises de St Epvre, du Sacré Cœur et de St Sébastien. Une autre sonnerie annoncera le départ des taubes. Les habitants doivent laisser aussi leurs portes ouvertes pour qu’on puisse se réfugier dans les maisons.

Jeudi 9 septembre 1915

Nous avons vu les funérailles de l’aviateur Fréquant. C’était très émotionnant, des délégués de toutes sortes, beaucoup d’officiers et de soldats. On l’a enterré au cimetière du sud.

J’ai reçu ce matin une lettre de Paul Boucher, il est à l’Hilsenfirst près du Hohneck. Il espère que leurs tranchées seront bien mieux faites que l’hiver dernier. Il est venu passer 8 jours à St Amé près de Suzanne et a revu ses enfants qu’il n’avait pas vus depuis 8 mois.

Edouard écrit à Madeleine, ils doivent se trouver maintenant à Ste Menehould. Il parait qu’il y a depuis Reims jusqu’à l’Argonne plus de 800 000 hommes massés en vue d’une grande bataille. On va, je crois, faire une terrible offensive ce mois-ci.

Des avions ont lancé des bombes sur Gérardmer. Il y a eu 3 soldats et des chevaux tués. Nous sommes allés en auto à St Amé aujourd’hui car Alexis était appelé à Vagney pour aller voir un grand blessé qui était revenu d’Allemagne, du camp de Grafenwöhr où il avait été très mal soigné.

Nous avons pu avoir des laissez-passer pour Gogo et pour moi car cela est très difficile d’aller dans les Vosges. Nous avons déjeuné à St Amé où est installée Madame Boucher avec Suzanne et ses enfants.

Le bon Jeannot marche bien tout seul et m’a beaucoup parlé de Totole (C’est Colette). Il a 21 mois, Annette a 4 ans et devient petite fille.

Il parait qu’à St Amé, il y a une statue de Jeanne d’Arc à l’église. L’autre jour Annette était avec Suzanne, elle va directement se placer devant Jeanne d’Arc et lui dit tout haut « Jeanne d’Arc, il faut me ramener mon papa, je te dis de faire revenir mon papa. Regarde-moi ». Quand elle revient près de Suzanne, elle lui dit « je ne sais pas pourquoi, Jeanne d’Arc ne me répond pas, elle regarde toujours de l’autre côté. »

Nous sommes rentrés à 6 heures ici et nous avons aperçu en différents endroits des dégâts des bombes. Voilà plusieurs soirées où nous entendons fortement le canon ainsi que pendant la journée.

C’est aujourd’hui 9 septembre, l’anniversaire du bombardement de Nancy.

Vendredi 10 septembre 1915

On dit qu’un zeppelin a voulu venir sur Nancy et qu’on l’a empêché. Edouard est toujours en Argonne et Paul à l’Hilsenfirst.

Voilà les Russes qui gagnent une grande victoire sur les Allemands. Ils avaient dû battre en retraite depuis plus d’un mois et l’empereur de Russie s’est mis à la tête de son armée et il a nommé le grand duc Nicolas pour l’armée du Caucase.

Paul Cuny nous disait que la blanchisserie de Thaon a reçu la commande de 3 millions de masques qui doivent être livrés aujourd’hui. On a montré à Monsieur Lederlin une dépêche du général Joffre disant que s’il ne livrait pas ces masques au jour dit, il sera responsable des morts d’homme car on va faire une grande offensive le 15 septembre.

Samedi 11 septembre 1915

Colette a 13 mois aujourd’hui, elle se tient debout devant une chaise mais n’ose pas encore se lâcher seule. Elle a 2 dents. Edouard écrit qu’il est dans la forêt d’Argonne et qu’il a pu se fabriquer une petite hutte en planches. Il aime mieux que de coucher sous la tente.

Dimanche 12 septembre 1915

Nous avons eu deux taubes mais ils n’ont pas pu jeter de bombes. Il y avait quatre de nos avions qui leur donnaient la chasse. On a sonné le tocsin dans les trois églises : Sacré Cœur, St Epvre et St Sébastien. C’était lugubre.

On sonne une autre sonnerie quand les taubes s’éloignent. Il y a aussi un arrêté du maire sur les murs disant qu’on doit laisser les portes ouvertes dans chaque maison pour permettre aux personnes qui sont dans la rue d’entrer dans les couloirs. Je voyais toutes ces personnes du cours Léopold se sauver en courant en entendant le tocsin.

Il n’y a plus beaucoup de blessés à l’ambulance car en ce moment le secteur de Nancy est plus calme.

A suivre…



04/09/2015
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