14-18Hebdo

14-18Hebdo

Carnets de guerre (Anna Vautrin) – N° 29 - 26 avril au 2 mai 1915

 

C’est aujourd’hui qu’ont lieu à la Cathédrale les obsèques des victimes du taube de jeudi. La Cathédrale est pleine de monde. Les quatre cercueils sont dessous un immense catafalque…

Document transmis par Renaud Seynave, son arrière-petit-fils - 18/04/2015

 

1910 Vautrin Alexis et Anna Coll Michel Segond.jpgAlexis et Anna Vautrin en 1910

Lundi 26 avril 1915

Edouard écrit du nord : « Nous voilà enfin rentrés en France, pas loin de St Omer ».

Ici à Nancy, on est tranquille. Les taubes nous laissent un peu tranquilles. On en signale souvent mais on ne les laisse pas avancer sur Nancy. Nos avions les chassent.

Mardi 27 avril 1915

Edouard écrit du nord : « Toujours errants, on ne voit que des Indous par ici au teint basané et aux grosses lèvres avec le turban comme coiffure ».

Edouard a quitté définitivement la Belgique pour venir tout près d’Arras.

Mercredi 28 avril 1915

Edouard écrit du nord : « Depuis ce matin, au nord d’Arras, nous sommes sur le front. Quelle différence avec ce que nous avons vu ! Des gens du midi sont là depuis décembre et se plaignent que les Boches soient très actifs, or je n’ai pas encore vu un seul trou d’obus (pas un seul alors que partout où nous sommes passés, et dans le nord surtout, le sol en était criblé. Les champs sont très dangereux la nuit et impraticables. On se serait noyé avant d’arriver au bout car ils étaient remplis d’eau. Ici, rien de pareil. Voilà 12 heures que nous sommes là et n’avons pas entendu un seul sifflement d’obus. Là-bas quand on disait journée calme, c’est quand on n’entendait pas plus de 10 obus à l’heure. C’est presqu’incroyable. Il y a à 1km en arrière de nous un village intact alors qu’en Belgique, à 8km des lignes, les villages étaient fortement touchés. Nous logeons dans des gourbis taillés dans le sol à flanc de coteau et il fait très bon ».

Rien de nouveau à Nancy.

Jeudi 29 avril 1915

Un taube est arrivé sur Nancy vers 10 heures. Il a lancé trois bombes, une dans la rue de la Constitution, sur le trottoir de l’hôtel de ville. Plusieurs personnes qui se trouvaient sur le trottoir ont été frappées. Un chef fontainier de la ville a été tué, un employé de mairie également tué ainsi qu’un autre employé. Trois autres personnes ont été grièvement blessées par des éclats.

Une 2ème bombe est tombée près de l’Arc de Triomphe, tout près de la cour d’appel. Un jeune homme a eu la tête emportée et un autre jeune homme a eu la cuisse fracturée. Il a fallu qu’on lui coupe la jambe. Une 3ème bombe est tombée près de St Max et a blessé une jeune fille. Nous avons très bien entendu ces coups.

Vendredi 30 avril 1915

Edouard écrit du nord : « J’ai passé la nuit et la journée dans une ferme à peu de distance en arrière des lignes à faire la demoiselle de téléphone. Toutes les lignes d’Infanterie viennent là et toutes les lignes d’artillerie en partent. Ce qu’il y a de remarquable ici, ce sont les boyaux de communication qui sillonnent tout le pays. Trois mètres de profondeur, un mètre cinquante de large, de vraies allées, on s’y promène comme dans un labyrinthe. On va aux tranchées de première ligne en plein jour, aux carrefours des poteaux indicateurs indiquent les directions mais malgré cela on s’y perd. »

Samedi 1er mai 1915

C’est aujourd’hui qu’ont lieu à la Cathédrale les obsèques des victimes du taube de jeudi. La Cathédrale est pleine de monde. Les quatre cercueils sont dessous un immense catafalque. La messe a été célébrée par le curé de Cirey qui est réfugié ici. Monseigneur Turinaz préside en vêtement de deuil, mitre blanche et vêtements noir et blanc.

Le Préfet M. Mirman, le Général commandant d’armes de Nancy, le Maire, tous les présidents de chambre, les magistrats, le Recteur etc. sont présents.

Puis les quatre corbillards se sont dirigés vers Préville. Il y avait une foule dans les rues. Tout le monde se découvrait et on ressentait beaucoup d’émotion. Le Maire et le Préfet ont prononcé des discours sur les tombes des quatre victimes.

Dimanche 2 mai 1915

Edouard écrit du nord près d’Arras : « Depuis ce matin, j’ai encore changé de fonction. Le lieutenant des échelons de la batterie ayant été désigné pour prendre le commandement d’une batterie de 4 canons de tranchées, j’ai pris sa place. C’est le poste que j’avais au commencement de la guerre. Chaque batterie a un échelon composé de caissons de ravitaillement de la batterie en obus et j’en ai le haut commandement. Nous sommes à 8km en arrière des batteries et vivons dans un petit bois nuit et jour. J’ai une tente qui m’abrite des intempéries. »

A Nancy, on a fait exploser une bombe par des artilleurs. Le taube qui était venu jeudi dernier avait lancé une 4ème bombe dans une maison de la rue St Georges. La bombe après avoir percé la toiture s’était logée dans un coin du grenier entre le mur de la façade et le plafond du 1er étage sans éclater. Les artilleurs ont entouré la bombe avec des sacs de sable. Des barrages d’agents interdisaient l’accès de la rue St Georges. Les artilleurs ont fait sauter la bombe qui a fait un trou de 50 cm de diamètre dans le mur.

A suivre…



24/04/2015
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 327 autres membres