14-18Hebdo

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69e semaine de guerre - Lundi 22 novembre au dimanche 28 novembre 1915

 

LUNDI 22 NOVEMBRE 1915 - SAINTE CECILE - 477e jour de la guerre

MARDI 23 NOVEMBRE 1915 - SAINT CLEMENT - 478e jour de la guerre

MERCREDI 24 NOVEMBRE 1915 - SAINT JEAN DE LA CROIX - 479e jour de la guerre

JEUDI 25 NOVEMBRE 1915 - SAINTE CATHERINE - 480e jour de la guerre

VENDREDI 26 NOVEMBRE 1915 - SAINTE DELPHINE - 481e jour de la guerre

SAMEDI 27 NOVEMBRE 1915 - SAINT SEVERIN - 482e jour de la guerre

DIMANCHE 28 NOVEMBRE 1915 - PREMIER DIMANCHE DE L’AVENT - 483e jour de la guerre

 

Revue de presse

-       La balance oscille dans les Balkans

-       Une victoire serbe rejette les Bulgares sur la rive orientale de la Morava

-       Menaces allemandes à la Grèce

-       Sur l'Isonzo une contre-offensive opiniâtre de l'ennemi est partout repoussée - Nouveaux progrès italiens sur le mont San Michele

-       La retraite serbe vers l'Adriatique

-       La Grèce entre les deux camps

-       Le succès de l'emprunt français impressionne profondément les Alliés et les Ennemis

 

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Morceaux choisis de la correspondance

Mais que dirais-tu si tu constatais que l’expérience de seize mois de guerre n’a rien appris à la plupart et qu’on recommence toujours les mêmes fautes. Nous sommes bien placés ici pour le savoir et il y a des jours où réellement on a peine à se retenir.

22 novembre - LUI.- Je reçois en même temps tes deux bonnes lettres du 17 et du 18 avec celle de notre Dédé. Je suis content d’apprendre qu’il tousse beaucoup moins et je t’approuve de le garder à la maison jusqu’à ce qu’il soit tout à fait débarrassé de ce maudit rhume. Comme tu le dis très bien, la santé avant tout.

 

Pour la question des poudres, tu sais bien que c’est tout réfléchi et que je reste ici malgré que je t’aime plus que tout au monde. Tâche surtout ma bonne chérie de ne pas pleurer en pensant à la guerre. Tu n’es pas la seule à penser que bien des choses auraient pu être mieux prévues et mieux faites. Mais que dirais-tu si tu constatais que l’expérience de seize mois de guerre n’a rien appris à la plupart et qu’on recommence toujours les mêmes fautes. Nous sommes bien placés ici pour le savoir et il y a des jours où réellement on a peine à se retenir. Mais que veux-tu on devient forcément philosophe, puisqu’on se rend compte que personnellement on ne peut rien changer. Malgré tout j’ai encore foi dans la victoire finale mais je la vois encore lointaine. Mais tu verras Mimi comme nous serons contents après la guerre, quel qu’en soit le résultat, de penser que nous avons fait tous deux tout notre devoir. Plus tard, jamais nos enfants chéris ne pourront rien reprocher à leur papa ni à leur maman. Ils nous en aimeront plus et nous garderons sur eux plus d’influence. Tu vas te moquer de moi et trouver encore que je ne suis pas tout à fait comme les autres et que j’ai quelquefois des idées bizarres. C’est vrai, mais au moins moi je ne blâme personne. Je reconnais que ceux qui agissent différemment peuvent avoir raison. Et puis tu vas dire que je suis très têtu et c’est aussi vrai. Ici je passe pour quelqu’un d’excessivement entier dans ses idées mais cela ne m’empêche pas quand même d’être apprécié je crois par tous mes camarades. Je te disais (tout à fait entre nous, bien entendu) que l’un d’eux disait l’autre jour, sans que je fusse là d’ailleurs, qu’on devrait me nommer général. Assez de folies, d’ailleurs le camarade en question se trompait totalement. Mais, lorsque nous sommes un peu attristés, réconfortons-nous en pensant l’un à l’autre et en nous disant que nous avons déjà eu neuf années de bonheur si doux et que nous en aurons encore beaucoup d’autres.

 

24 novembre - ELLE.- André est complètement guéri. Robert tousse encore beaucoup et je suis bien décidée cette fois à lui offrir un climat plus doux pour cette année car, chaque fois qu’il sort par un temps un peu froid, immédiatement il tousse toute la nuit. J’ai reçu dès hier une lettre des cousines. Elles sont enchantées de ma proposition et acceptent avec enthousiasme et demandant quand il faut partir. Nous attendons des adresses d’hôtels auxquels nous avons écrit à Arcachon et environs et Maman partira pour installer le petit, le mettre entre les mains d’un docteur, montrer aux cousines ce qu’il faudra faire. Le docteur de Cheniménil qui est venu hier ausculter Robert a dit que ce séjour au bord de la mer et dans les pins serait excellent et qu’il ne lui fallait que beaucoup d’air, pas de drogues, manger beaucoup d’huîtres et de poisson de mer très frais qui contient beaucoup de phosphore.

 

Le parc de Cheniménil déménage à force. On a fait venir une section de camions pour emmener tout le matériel. Ils annoncent qu’ils seront tous partis dans huit jours, mais Thérèse a mis deux hommes en permanence à l’usine pour empêcher le vol, car toutes les caisses vides de filés partiraient, les uns en avaient fait des armoires, les autres y mettaient leurs outils, etc. et maintenant où le bois a tant augmenté elles coûteraient cher à remplacer. Aussi Thérèse a envoyé une note au capitaine, le priant de mettre ordre à ce déménagement des choses appartenant à l’usine.

 

A Cornimont, Pauline me disait que l’inspecteur du travail a défendu le travail qu’on avait prolongé dans certaines usines jusqu’à 7 heures du soir, que chez les Héritiers tout marche bien et qu’on gagne comme par le passé, ses sœurs tout en étant très souvent quittes au moins deux jours par semaine se font 80 francs et Marie qui a trois métiers se fait 100 francs. Chez les Ernest Perrin et chez les Chagué il paraît que ça va bien moins bien, il y a des tisserands qui se font à peine 40 frs.

 

24 novembre - LUI.- En recevant tes deux gentilles lettres du 19 et du 21 novembre, je formule de suite deux protestations. La première, je t’écris tous les deux jours sans manquer et je suis navré que tu ne reçoives pas mes lettres d’une façon régulière. Quant à t’oublier, je ne réponds pas à pareille taquinerie, d’ailleurs formulée si gentiment. La seconde, l’âge des folies est passé, je ne me suis jamais senti si jeune en pensant à ma Mi et je pense moi aussi à des choses délicieuses que je n’oublie pas et que je serai si heureux de retrouver.

 

J’applaudis des deux mains à ton intention d’aller passer quelques mois dans le Midi, allez-y tous ensemble avec Grand Mère bien entendu, que vous ne pouvez pas laisser toute seule à la maison. Si Grand Mère a envie (et, comme je la connais, elle aura certainement cette envie) de revenir de temps à autre à Docelles, Thérèse sera assez gentille pour lui tenir compagnie. Maintenant s’il y avait moyen, j’aimerais bien que tu cherches une station où il y eut une école ou un collège, pour que notre petit Dédé poursuive ses études avec des camarades, car tu sais l’éducation à la maison ne vaut rien pour des garçons. Mais, naturellement, la santé avant tout et, s’il n’y a pas moyen de faire autrement, j’ai toute confiance en toi.

 

Tu m’as fait bien plaisir de m’envoyer ce petit carnet de photographies. J’y retrouve toutes mes plus chères affections, ma pauvre Maman qui m’aimait tant, mes petits chéris si gentils et puis surtout surtout toi ma Mi dont je ne cesse de regarder l’image chérie. Ah oui, que ne pouvons-nous continuer notre vie si douce et si pleine d’amour ! Souhaitons de nous retrouver bientôt tout à fait.

 

Je pense que tu seras d’avis de transformer nos bons et obligations de la défense nationale en rentes 5% nouvellement émises. Je t’en ai déjà parlé d’ailleurs, je crois.

 

24 novembre - JMO 5e RAC/Groupe 95.- En l’absence du capitaine Boissard commandant la 23e batterie de 90, le sous-lieutenant Bonnier de la 45e batterie prend le commandement tactique de la batterie de Chereux à la date du 24 novembre.

 

25 novembre - ELLE.- Je vois d’après ta lettre que tu es comme moi et que tu trouves bien des choses qui pourraient être mieux faites. J’admire ta philosophie, il me semble que je n’aurais pas ta patience et que je tâcherais de me démener jusqu’à ce qu’on fasse ce que je désire. Tu as peut-être essayé et tu t’es heurté sans doute à de l’inertie, c’est ce qui te fait dire qu’on ne peut rien et qu’il n’y a qu’à s’incliner.

 

Nous sommes allés André et moi faire une bonne promenade cet après-midi, les deux autres sont restés avec Maman. Noëlle s’est mise à tousser aussi et ne sort plus. Dédé avait pris sa luge, la neige étant tombée toute cette nuit, et je lui ai fait le plaisir de me mettre avec lui sur son petit traîneau pour descendre une côte raide. Il était ravi de voir que je m’amusais comme lui et avec lui. En rentrant nous avons fait une petite visite à Sébastienne, que nous n’avions pas vue depuis longtemps et qui n’a pas changé de caractère. Chez nous elle trouvait qu’elle avait trop à faire, maintenant c’est dans son petit ménage qui me semble pourtant bien facile à faire. Elle prétend qu’elle n’a même plus le temps d’aller à la Grand’messe. A Cornimont elle aurait bien vite grogné si elle n’avait pu y assister plusieurs dimanches de suite. Mais la pauvre fille est ainsi faite qu’elle ne se trouvera jamais heureuse là où elle sera.

 

Tu sais, je trouve que votre secteur est vraiment le plus sévère du front. Soit dans la Woëvre, soit vers Arras, les officiers sont indépendants des hommes pour les permissions. Ainsi le jeune Defer est revenu pour la seconde fois et Maurice nous écrit que les officiers des régiments des environs ont recommencé aussi leur second tour. C’est très vexant qu’on ne t’ait pas permis de partir prochainement car cela nous prive d’une permission. Si tu étais revenu maintenant, tu aurais encore eu le temps d’avoir un autre congé au printemps, tandis que de cette manière, en ne venant qu’en janvier, ton tour ne reviendra pas avant mai et peut-être qu’à ce moment on suspendra de nouveau les congés. C’est encore un sacrifice à ajouter à tous les autres.

 

26 novembre - LUI.- Décidément les femmes ne doutent de rien et ton petit voyage à Cornimont dont me parle ta bonne lettre me le prouve une fois de plus. Comment, Mimi, tu t’en vas toute seule jusqu’à la Bresse, sans même songer que tu peux être arrêtée en route ou empêchée de revenir chez toi par une abondante chute de neige comme il s’en produit si souvent dans notre pays. Tu me diras que j’ai bien tort de gronder (d’ailleurs je ne gronde pas) puisque tout s’est bien passé. C’est vrai et, puisque tu me demandes un bon baiser pour clore la discussion, je te le donne avec tout mon cœur comme je sais les donner lorsque je suis près de toi.

 

La combinaison que tu as trouvée pour notre petit Robert me paraît bizarre, te l’avouerai-je, mais enfin puisqu’elle te va c’est l’essentiel. En tout cas il est bien entendu, comme tu dis d’ailleurs fort bien, qu’il ne faut rien économiser. Mettez-vous dans un très bon hôtel et dépensez largement.

 

Je vais quitter encore la ferme pendant une dizaine de jours pour aller suivre un cours de tir. Tu trouveras cela bizarre puisque voilà un an que je tire sur les Boches, mais enfin je crois qu’on fait cela pour nous sortir un peu de notre milieu, de notre panorama que nous connaissons maintenant sur le bout du doigt et nous donner peut-être de nouvelles méthodes que l’expérience de la guerre a pu suggérer. Au fond, je suis très content car au moins le soir je serai tranquille et ne serai pas obligé de faire encore partout le tour du cantonnement, car avec nos hommes il faut toujours être sur leur dos pour que rien ne traîne et, si la guerre continue encore une année, on aura bien du mal. Je ne vais d’ailleurs qu’à une vingtaine de kilomètres d’ici. Ce qui m’ennuie un peu, c’est ta correspondance car rien n’est encore fixé à ce sujet. Mais tu ferais peut-être mieux de m’écrire à l’adresse suivante : capitaine Cuny - 5e Régt d’Art. - Cours de tir - Secteur 34. Je partirai dimanche et reviendrai ici le 11 décembre. Règle donc ta correspondance en conséquence. C’est à Arcy-Ste-Restitue que je logerai. Tu verras cela sur la carte.

 

Je suis content que Dédé aille bien et soit retourné à l’école.

 

27 novembre - ELLE.- Nos deux petits toussent à qui mieux mieux, on peut presque dire sans arrêt, ce qui est bien fatigant pour eux et bien ennuyeux pour les personnes qui les entendent. Je leur fais prendre le sirop calmant qui a fait du bien à Dédé, mais on ne peut en donner beaucoup à Robert de crainte d’abîmer à nouveau ses reins. Ce n’est toujours pas la coqueluche, ils n’ont ni le sifflement, ni les vomissements, c’est comme pour Dédé une toux d’irritation de la gorge, très nerveuse. C’est ce qui a fait que je n’ai pas pris les précautions nécessaires pour les éloigner de Dédé, ne croyant pas que c’était contagieux et j’ai eu bien tort, car Robert que je voulais prémunir se trouve pris et cela va l’anémier et en tout cas retarder son départ pour les « Lanndes » dont il parle chaque jour et qu’il attend avec impatience. Enfin la bêtise est faite, nous allons faire notre possible pour arrêter cette toux et nous n’avons qu’à attendre.

 

Nous avons beaucoup de neige, chose très rare ici surtout à cette époque. Hier, il en était déjà bien tombé la nuit, nous devions aller à Epinal le matin Maman et moi, mais nous n’y sommes parties qu’à 1 heure pour lui laisser le temps de fondre un peu. En effet notre calcul était juste, le milieu de la route était libre presque partout grâce aux nombreux camions qui circulent. Mais à 4 heures nous avons pris le thé chez les Tantes, y sommes restées une bonne heure. Bien mal m’en a pris, car en sortant nous avons eu la surprise de voir l’auto toute blanche et le sol de nouveau bien couvert. Pour rentrer, il m’a fallu lever la glace à travers laquelle on ne voyait rien et en arrivant ici, nous étions Maman et moi comme deux bonshommes Noël, toutes couvertes de neige. Mais l’auto marche très bien et je n’ai eu aucune difficulté de conduite. Nous sommes rentrées sans encombre.

 

Le parc d’autos déménage. Il a fait venir une section de camions en réserve à Granges pour les aider dans le transport. Nous logeons le lieutenant et un conducteur. Le lieutenant avait déjà couché chez nous en avril et nous avions fait la connaissance du soldat en même temps, c’est lui qui a photographié les enfants. C’est un peintre qui habite tout près de l’étang de Berre, pays ravissant dit-il et excellent climat. Je lui parlais hier d’envoyer Robert dans le Midi, il aurait absolument voulu que je le conduise chez lui. Mais d’après tous les renseignements recueillis, la côte de l’Atlantique est meilleure, plus tonique que la Méditerranée qui n’a pas de marée et où l’air n’a pas les mêmes actions curatives. A Cheniménil je t’avais dit que les soldats emportaient des masses de caisses de filés vides pour y mettre toutes leurs affaires. Thérèse avait bien vite écrit au capitaine de faire arrêter, mais le capitaine a répondu qu’ils en avaient besoin, que là-bas les locaux étaient vides et que cela leur servirait d’armoire, de casiers, qu’il les réquisitionnait et qu’il en prendrait 400 environ. On peut dire que voilà des types qui auront agi avec bien du sans-gêne. Je voudrais qu’on aille faire dans son usine ce qu’il fait ici, mais à Bordeaux il ne craint rien.

 

28 novembre - ELLE.- Cela y est, voilà nos enfants pris tous les trois de la coqueluche. Les deux grands sont capables de la supporter, mais pour mon petit Robert, c’est bien ennuyeux et je déplore de tout mon cœur mon imprudence d’avoir renvoyé André à l’école en octobre alors que je savais que l’épidémie régnait au village. Je croyais qu’André était invulnérable, car la coqueluche régnait depuis plusieurs mois et qu’il n’avait rien pris. D’autre part, je suis comme toi d’avis que l’éducation ou plutôt l’instruction en commun est bien préférable surtout pour les garçons. Enfin il n’y a plus à se lamenter et à déplorer, il faut tâcher de lutter contre la maladie et empêcher d’autres complications.

 

C’est Noëlle qui tousse le plus, ensuite vient Robert et Dédé, qui est le moins atteint. J’ai écrit aux cousines que le départ était remis, ce qui va les contrarier car elles m’avaient écrit hier une deuxième lettre dans laquelle elles semblaient se réjouir beaucoup de s’en aller. Ce ne sera peut-être que remis de quelques semaines.

 

Arrivez-vous à vous préserver du froid ? Combien je pense à toi mon pauvre chéri par ces nuits gelantes. Le bon Dieu pense peu à nos pauvres soldats qui doivent tant souffrir.

 

Maman est navrée car notre contremaître est appelé sous les drapeaux, je ne sais vraiment comment on fera pour continuer à marcher.

 

28 novembre - LUI.- J’arrive à Arcy-Ste-Restitue où je vais donc rester jusqu’au 12 décembre. Je suis bien installé, j’ai une bonne chambre et, mon Dieu, cela fera un petit changement dans la vie monotone que nous menons depuis quelque temps.

 

J’ai reçu ce matin avant de quitter la ferme ta bonne lettre avec les photographies que tu y avais jointes et qui m’ont fait grand grand plaisir. Est-ce que cette grande fille qui était avec nos enfants serait la petite Annette Boucher, elle aurait beaucoup grandi depuis que je ne l’ai vue, il est vrai qu’il y a si longtemps. Quant au petit Bonhomme, ce doit être le fils de Paul, à qui d’ailleurs il ressemble si j’en juge par la photographie.

 

Au point de vue permission, il y a sans doute des secteurs plus avantagés que nous, mais au fin fond nos chefs n’ont-ils pas raison de ne pas nous donner plus de permissions qu’aux hommes ? Bien entendu je le regrette tout de même, surtout si cette mesure nous prive d’un tour de permission. Il est vrai que d’ici le mois de mai il passera de l’eau sous le pont, il y a sans doute de fortes chances pour que nous soyons encore ici mais on ne peut jamais savoir. Ah oui, il y a beaucoup de choses qui ne me plaisent pas mais tu sais, Mimi, il n’y a pas grand chose à dire et, lorsqu’on a fait quelques observations, il n’y a qu’à s’incliner si un ordre qu’on juge mauvais est maintenu. Il y a malheureusement une maladie aiguë qui sévit même sur le front et bien entendu pour les officiers de l’active, c’est l’avancite et cette maladie-là fait beaucoup de mal.

 

Je vais être sans doute quelques jours sans recevoir tes chères lettres. J’espère que vous ne souffrirez pas trop du froid, le vent du nord soufflait tellement aujourd’hui que j’ai fait une bonne partie de la route à pied.

 

Mon adresse, simplement : Cours de Tir - Secteur N° 34, jusqu’au 10 seulement car les lettres partant du 7 de Docelles ne me parviendraient plus ici.

 

28 novembre - JMO 5e RAC/Groupe 95.- Le sous-lieutenant Bonnier est remplacé le 28 novembre au commandement tactique de la batterie de Chereux par le s/lieutenant Bretzner de la 44e batterie.

Le capitaine Cuny se rend à un cours de tir de 12 jours à Arcy-Ste-Restitue et le commandement de la 45e batterie est passé au s/lieutenant Zemb le 28 novembre.

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 28/11/1915 (N° 1301)

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Le roi Pierre de Serbie dans la tranchée

Quelle noble et grande figure que celle de ce vieux roi qui, en dépit de son âge et des souffrances d’une cruelle maladie, a voulu partager les fatigues de ses soldats ! Ce noble souverain, rappelons-le avec fierté, est attaché à notre pays par des liens très anciens déjà, et c’est chez nous qu’il a fait ses premières armes. Venu tout jeune en France, il y fit ses études. Il était élève à l’Ecole militaire de Saint-Cyr quand la guerre éclata en 1870. Avec une belle ardeur et un noble amour du pays qui lui donnait asile, le jeune prince s’engagea dans la Légion étrangère et il s’y comporta vaillamment. Il se distingua particulièrement à la bataille d’Orléans, pendant laquelle il défendit vigoureusement la gare des Aubrais. « J’ai tenu à honneur, écrivait-il au ministre de la Guerre, le 6 mars 1871, que ma carrière militaire débutât sous le drapeau français, tant à cause de mes sympathies pour la France que pour reconnaître l’éducation militaire que j’ai reçue d’elle. » Et il ajoutait : « Je considérerai comme un des plus précieux souvenirs de ma carrière le temps que j’ai eu l’honneur de passer sous les drapeaux et, si je n’ai d’autre souvenir que le grade qui m’a été confié, la mémoire en restera néanmoins dans mes traditions de famille, où l’on retrouve, depuis de longues années, une fidèle affection envers la France, à laquelle la Serbie doit surtout depuis cinquante ans la consolidation de son autonomie et les meilleurs éléments de son indépendance. »

 

Cette fidélité à la France, le roi Pierre n’a cessé d’en donner les plus probants témoignages depuis que la volonté du peuple serbe l’a remis sur le trône de ses ancêtres. On sait, et les Serbes n’ont pas manqué une occasion de le proclamer, que c’est aux méthodes et aux armes françaises que leur vaillante armée dut ses succès dans les deux guerres contre les Turcs et contre les Bulgares. Le souverain serbe, en dépit des menées allemandes, garda toujours la plus absolue confiance dans la valeur militaire du pays pour lequel il avait naguère combattu. En 1905, lorsque son fils, le prince Georges, atteignit sa majorité et prêta serment de fidélité à la Constitution, le roi Pierre lui montra dans un admirable langage les devoirs qu’un jour il aurait à remplir : « Tiens toujours en honneur, lui déclara-t-il, les lois du royaume. Ainsi seulement tu gagneras les sympathies du peuple sans lesquelles chancellent ici-bas les trônes. N’oublie jamais que c’est au roi à servir son pays et non point au pays à servir son roi. Tâche de devenir un bon monarque, tu mériteras alors les bénédictions de tes sujets. Souviens-toi qu’un souverain heureux ne peut exister que dans un Etat heureux. » Paroles sublimes que le roi Pierre a mises en action pendant tout son règne.

 

Au mois de novembre de l’an dernier, la Serbie envahie par les masses autrichiennes était près de succomber. Les munitions manquaient. Belgrade était aux mains de l’ennemi. Quelques corps de troupes avaient donné des signes de défaillance. Le vieux roi Pierre, alors malade, perclus de rhumatismes, quitta la station thermale de Vragna où il se faisait soigner et s’en vint faire le coup de feu à côté de ses soldats. « En deux jours, rapporte l’auteur d’une correspondance de Serbie, par des gestes, par des paroles dites pour ces paysans-soldats, le roi a électrisé son armée, et ces hommes épuisés, harassés, démoralisés, ont repris l’offensive et ont montré un entrain et un vigoureux héroïsme. » Le résultat, ce fut la victoire éclatante remportée par l’armée serbe sous les ordres du prince régent Alexandre, digne fils de son vaillant père. Honneur au vaillant peuple serbe, honneur à son vaillant roi qui, par ses actes, a si admirablement paraphrasé sa parole sublime : « C’est au roi à servir son pays ! »

    

  

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La fantasia sanglante

C’est un des épisodes héroïques les plus merveilleux de cette guerre. Un groupe de goumiers, ils étaient huit partis en reconnaissance sur la route de S…, aperçut dans un petit bois un peloton de trente uhlans que commande un oberleutnant. Sans se laisser intimider par la supériorité numérique de leurs adversaires, nos valeureux spahis algériens s’élancèrent bride abattue contre eux. Debout sur leurs étriers, faisant tournoyer au-dessus de leurs têtes leurs courtes carabines, déchirant l’air de leurs cris stridents, ils arrivèrent comme un ouragan. On eût dit que, tels des tourbillons de sable, l’ardent simoun les soulevait. A la vue de ces guerriers magnifiques et dont l’indomptable ‘furia’ ne leur était pas inconnue, les cavaliers boches, pris de terreur, firent demi-tour. Mais les goumiers ne leur laissèrent pas le temps de s’enfuir ; ils les sabrèrent tous sans pitié ; aucun n’en réchappa.

 

     

Les instantanés de la guerre (photos)

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On compte les boches faits prisonniers

Prisonniers construisant leur camp

Mise en place d'un canon par les artilleurs serbes

Mitrailleuse serbe en position de combat

Montage d'un canon anglais par des soldats et marins anglais aidés de l'infanterie serbe

Notre 75 servi par l'artillerie serbe

Dans le boyau de communication

Un village qui renaît de ses ruines - Un café à Sermaize

Un village qui renaît de ses ruines - La nouvelle mairie de Sermaize

Une cagna de tranchées

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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Hôpital de la Croix Bleue anglaise "Edith Cavell" à Moret-les-Sablons

Infanterie serbe traversant la Save

2e spahis marocain - Type indigène

2e spahis marocain - Un coin du camp

Paysage de guerre

Camions traînant des pièces d'artillerie

Microphone de campagne

Repos sous bois

Devant les tranchées boches - Les fils de fer après le bombardement

Au créneau

Thèmes qui pourraient être développés

  • Commémoration - Monument aux prisonniers français morts en Allemagne
  • Loisirs - La luge
  • Armée - Maladie dans l'armée, l'avancite
  • Serbie - Le roi Pierre 1er de Serbie dans la tranchée (LPJ Sup)
  • Presse - Les journaux du front (70 journaux) (LPJ Sup)
  • Les instantanés de la guerre (Photos dans LPJ Sup)
  • Conseils pratiques - Correspondantes de guerre : « marraines » pour les soldats, « mamans de guerre » pour les prisonniers, … (LPJ Sup)
  • Religion - Fête religieuse - L’Avent


20/11/2015
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