14-18Hebdo

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43e semaine de guerre - Lundi 24 mai au dimanche 30 mai 1915

 

LUNDI 24 MAI 1915 - NOTRE-DAME AUXILIATRICE - 295e jour de la guerre

MARDI 25 MAI 1915 - SAINT URBAIN - 296e jour de la guerre

MERCREDI 26 MAI 1915 - SAINT PHILIPPE DE NERI - 297e jour de la guerre

JEUDI 27 MAI 1915 - SAINT BEDE - 298e jour de la guerre

VENDREDI 28 MAI 1915 - SAINT OLIVIER - 299e jour de la guerre

SAMEDI 29 MAI 1915 - SAINT MAXIMIN - 300e jour de la guerre

DIMANCHE 30 MAI 1915 – TRINITE - 301e jour de la guerre

Revue de presse

-       La guerre est déclarée par l'Italie à l'Autriche

-       La déclaration de guerre de l'Allemagne à l'Italie

-       L'armée italienne prend partout l'offensive

-       Bombardement de Ludwigshafen

-       Le nouveau président de la république portugaise

Morceaux choisis de la correspondance

24 mai - ELLE.- Les enfants sont partis dès huit heures à la pêche aux gravières et aux bavards avec Georges Marotel. C’est vacances aujourd’hui et on est dans la joie. Je m’attends à les voir rentrer crottés et mouillés comme barbets, mais par ce beau soleil il ne peut rien leur arriver de fâcheux même s’ils restent à l’humidité et cette vie de petits campagnards leur est très bonne et les débrouillera, j’espère, les rendant un peu adroits. André se lève toujours de bonne heure avec Maman, et c’est lui qui est arrivé très affairé réveiller les deux petits à 7 heures ½ en leur annonçant cette belle partie de pêche. Tu devines qu’on n’a pas traîné pour le lever et on aurait eu même grande envie d’escamoter la prière.

 

Maman a acheté beaucoup de truites à une femme qui avait vidé son étang car les soldats venaient lui en prendre.

 

Thérèse vient de partir à Raon avec ses bons petits. Son frère Jean est venu la chercher en auto. Il y a 5 mois qu’elle n’y est pas allée ayant passé 4 mois avec Maurice à Granville et Angoulême, aussi elle se réjouissait de retrouver tout son monde, cela se comprend. Quand elle rentrera, elle veut se réinstaller chez elle pour essayer de lutter contre l’envahissement progressif des occupants de l’usine et de la maison. Ce projet est très raisonnable mais nous serons bien privés ici, car Thérèse est si charmante, toujours d’humeur égale, d’un commerce extrêmement agréable et ses deux petits sont des amours chéris.

 

L’Italie marche enfin, pourvu que cela avance la victoire prochaine… Je puis désormais compter les jours qui nous séparent de la date heureuse de ton retour.

25 mai - ELLE.- L’Italie marche enfin, pourvu que cela avance la victoire prochaine. Est-ce l’idée que l’Italie se met, elle aussi, à nous aider dans notre grande lutte, est-ce parce que j’ai vu une énorme araignée hier en me couchant (tu ne me savais pas superstitieuse à ce point) mais je me sens ragaillardie aujourd’hui et me dis que je puis désormais compter les jours qui nous séparent de la date heureuse de ton retour, car l’Allemagne ne peut vraiment faire face à tous ses ennemis ou alors, c’est qu’elle est digne de trôner au-dessus de toutes les nations et qu’on peut s’honorer d’être un de ses sujets. Cela je ne le crois pas, laissons-lui ses éminentes qualités de commerce, d’agencement, de mise en pratique des inventions, mais gardons à la France avec honneur la générosité, la bonté, l’esprit d’invention et la bravoure chez beaucoup de ses combattants.

 

L’entrée en lice de l’Italie, même si elle n’est pas forte au point de vue militaire, prendra à l’Allemagne une bonne partie de ses hommes et de ses bouches à feu, ce qui sera très bon pour vous. Tu as lu les journaux, on dit que c’est Delcassé qui a eu l’idée des premiers accords amoindrissant la triple alliance. Te rappelles-tu les discussions à Cornimont sur Delcassé : homme fatal à la France. Quel âne que ce Pierre Mangin ! Mais voilà encore que j’oublie mes bonnes résolutions d’indulgence pour ceux qui ne pensent pas comme moi.

 

Mon repos me fait aussi grand bien, j’ai repris meilleure mine et peut-être vas-tu retrouver une Mimi méconnaissable transformée en petite femme boulotte.

 

Maman et André se lèvent toujours assez tôt et jusqu’alors Maman remontait pour frotter au gant de crin Noëlle et Robert vers huit heures moins le quart, avant qu’ils se lèvent. Les deux diables n’aiment pas beaucoup l’opération et depuis quelques jours ils se lèvent et s’habillent seuls soi-disant pour faire une bonne farce à Grand-mère qui les trouve habillés quand elle arrive. Il faut voir la bonne tête réjouie de Robert quand Maman joue l’étonnement et les appelle « polissons » et leur annonce que demain elle ne se laissera plus prendre.

 

Le brave Robert retravaille un peu, mais les progrès sont très lents. Il est vrai qu’il n’a pas encore cinq ans et que la lecture à cet âge tendre n’a pas encore beaucoup d’attraits.

 

25 mai - Camille Herrgott (Belfort) à Georges Cuny, son ami.- Tu es toujours sur la brèche, j’espère que tout va se déclencher prochainement, tout semble y tendre pour la meilleure fin, dont je ne doute pas. Ici nous sommes toujours dans un certain calme avec quelques visites aériennes et quelques échos du canon d’Alsace. Je suis maintenant à la tête d’une batterie de mille hommes, un petit régiment, aussi je suis plus administrateur qu’artilleur. Je m’y suis mis quoique cela ne soit pas aussi bien dans mes cordes que les cours de tir que j’ai professés tout cet hiver.

 

26 mai - ELLE.- Je regarde mon Bertus qui est grimpé sur son âne et lui fait faire le tour du jardin. Et cela me fait plaisir d’entendre Robert crier bien fort pour se faire obéir et tirer de toutes ses forces sur sa corde pour lui faire prendre l’allée qu’il désire. J’aurais voulu faire courir l’âne pour voir comment Robert se comporterait, mais premièrement Jacquot ne semble pas en avoir envie, d’autre part mon bon Robert a poussé des cris effarés à cette seule idée, il se contente donc de l’allure de Sancho Pança, cela lui donne toujours quelques vagues idées d’équilibre.

 

Nous avons annoncé hier soir Maman et moi aux enfants qu’à partir de la saison des cerises, on ne donnerait plus de dessert à table et qu’on irait le chercher sur les arbres. Tu vois les yeux ronds d’étonnement et les airs fort intrigués de nos trois bonnes faces. Je voudrais qu’ils se dégourdissent, qu’ils deviennent forts des muscles et des membres. Jeudi, demain donc, j’appellerai un galopin pour leur montrer comment il faut s’y prendre. Tu vas peut-être penser que je suis bien imprudente mais je trouve, surtout pour les garçons qui iront au collège, qu’il faut les rendre souples et prêts à prendre part à tous les exercices.

 

Maman, en bonne industrielle, gémit de ce beau temps qui lui boit toute son eau et lui mange de la houille horriblement chère. Elle a reçu hier une lettre des Héritiers qui demandent si elle serait d’avis qu’on fasse un inventaire malgré le peu d’employés. On se rangerait, disent-ils, à l’avis de la majorité. Maman a répondu qu’elle en serait très contente, même s’il ne devait pas être très complet. Ce qu’elle voudrait surtout, ce serait qu’on distribue quelque chose (mais cela elle ne l’a pas dit). Jusqu’alors nous avons vécu avec ce que nous avions mis en réserve avant la guerre. Mais à part cela, elle n’a touché que 500 francs sur toutes les valeurs qu’elle a. Aucune usine n’avait rien versé avant la guerre. Chez les Vautrin non plus, ils n’ont rien touché de leurs rentes. C’est ennuyeux d’être en débit en banque, car elle demande 6%.

 

27 mai au matin.- Dédé et Noëlle sont à la gare avec Maman, qui est obligée d’y aller tous les matins pour voir les wagons arrivés, car le chef de gare est ennuyeux tout à fait, il est à couteaux tirés avec le camionneur, qui a lui-même bien du mal n’ayant plus qu’un petit gamin de 16 ans pour conduire et l’aider à charger, et le chef ne met aucune bonne volonté, il veut que ses wagons soient vidés aussi vite qu’en temps normal et pourtant les compagnies sont assez draconiennes en ce moment. Les wagons traînent en route ou arrivent au contraire par masses énormes sans qu’il y ait moyen de rien dire. Alors Maman va tous les matins à la gare et, s’il est arrivé trop de wagons à la fois, elle cherche des cultivateurs pour lui amener ce que le camionneur ne peut transporter. C’était facile en hiver, chacun était content de l’arrangement, mais en cette saison c’est moins commode et en tout cas cela donne bien du mal à notre pauvre Maman. L’Etat qui parle tant de la reprise des affaires pourrait bien donner des ordres aux compagnies, qui sont omnipotentes et créent des ennuis aux particuliers.

 

Ainsi nous avons des wagons de papier partis le 30 juillet pour Reims et Paris qui ne sont pas arrivés à destination. Il a fallu 7 mois pour les retrouver. Le port depuis ici était payé naturellement et voilà qu’on nous fait verser 300f. de magasinage et de frais de retour pour celui de Reims puisqu’il ne peut encore y être expédié maintenant. Tu avoueras que c’est fort, est-ce notre faute si ce n’est pas arrivé. Nous avons eu beau réclamer, les compagnies qui ont le monopole sont bien tranquilles, on est forcé de passer par elles.

 

26 mai - Paul Cuny (Epinal) à Georges Cuny, son frère.- Je continue à rester très optimiste non seulement bien entendu au sujet de l’issue de la guerre mais aussi concernant sa durée. L’entrée en ligne de l’Italie quoi qu’il arrive est excellente pour nous et peut concourir à abréger la durée de la guerre dans de vastes proportions et en même temps amener de nouveaux concours. Disons-nous bien cependant que nous surtout avons supporté le grand choc de cette grande guerre et le monde entier nous devra plus tard une reconnaissance éternelle : la France a fait plus que son devoir envers elle-même et envers les autres, et c’est bon signe pour notre avenir. Aussi j’espère qu’on remettra à leur place comme il convient un tas de pessimistes plus ou moins propres à rien aussi dangereux pendant la paix que pendant la guerre. Nous aurons autre chose à faire qu’à écouter des pleurs et des lamentations d’impuissants incapables de panser notre pays et de lui redonner la vigueur créatrice qu’il nous faut. La réunion de Dedovo s’est très bien passée, nous en recommencerons j’espère bientôt.

 

L’Allemagne traquée de toutes parts ne pourra pas tenir au-delà du mois d’octobre.

26 mai - Commandant Giraud (Armées) à Mimi Cuny.- Je n’ai fait strictement que mon devoir en allant assister à la cérémonie de remise de décoration de votre mari, je n’avais d’ailleurs qu’une légère grippe passée le lendemain. C’était aussi un plaisir que d’être là car j’ai pu lui donner moi aussi une chaleureuse accolade, à laquelle il a été, j’en suis sûr, presque aussi sensible qu’à celle du président de la République. Ne savais-je pas mieux que personne que cette croix avait été vaillamment gagnée ! J’ai pour votre mari, Madame, une très réelle affection non seulement à cause de ses qualités de cœur et de caractère, mais aussi pour la façon vraiment admirable dont il comprend son devoir. Je n’ai pas oublié qu’il a quitté l’hôpital pour rejoindre sa batterie, à peine guéri, et sans prendre le temps d’aller embrasser ses enfants. Combien de pères de famille auraient été capables d’en faire autant ? C’était cependant si tentant et si justifié d’aller passer quelques heures auprès des siens !! J’espère fermement que nous aurons tous ce bonheur dans quelques mois, l’Allemagne traquée de toutes parts ne pourra pas tenir au-delà du mois d’octobre qui nous permettra de voir la fin de ce cauchemar.

 

27 mai - JMO 5e RAC/Groupe 95.- Etats de proposition pour la croix de guerre établie en faveur des candidats dont les noms suivent : 44e batterie : Déon Lieutenant, Echallier Maréchal des Logis, Zimmermann, Servant. / 45e batterie : Mauer Brigadier, Durix Maréchal des Logis, Rousset et Guillermain, Servants. / 3e batterie de 90 : Auger & Cantinau, Maréchaux des Logis.

 

28 mai - ELLE.- Le communiqué du 26 mai au soir annonce des combats d’artillerie dans la région de Soissons, et je pense particulièrement à toi.

 

Tes lettres me causent toujours une joie exquise, tu m’y parles si tendrement. C’est un sentiment de plaisir intense de sentir que petit à petit on a rempli un autre cœur tout entier, qu’un autre être ne vit que pour vous, qu’il vous aime toute, corps et âme. Et n’est-ce pas mon adoré que c’est ainsi que tu m’aimes. De même que moi je n’ai pas d’autre image que toi dans mon cœur, c’est de toi seul qu’est fait mon bonheur. Je commence à croire que cette union si intime de deux êtres, ayant le même unique amour, la même manière de vivre et de sentir, est très rare sur cette terre et je l’apprécie de plus en plus, en te remerciant d’avoir bien voulu me faire tienne et me donner ce bonheur parfait.

 

Paul est passé hier. Je trouve que son pied ne fait pas de progrès. Il a dû faire des imprudences et il y a certainement quelque chose qui reste froissé ou n’est pas en place. Il boite encore, a de la difficulté pour descendre les escaliers et le pied enfle au moindre effort. Je lui avais dit qu’il devrait se faire masser. Mais il prétend qu’il n’y a personne à Epinal pour cela. Je lui ai dit que les médecins qui l’ont soigné au moment de l’accident le lui feraient bien mais il ne veut pas leur demander. « Et puis, dit-il, cela me prendrait trop de temps. J’aime à être au bureau de bonne heure. Non, j’irai plutôt passer huit jours à Paris et trouverai là tout ce qu’il faudra ». Je l’ai taquiné pour cette logique : passer huit jours à Paris ne voulant pas donner une heure chaque matin. Il en a ri avec moi, mais en attendant ne se soigne pas et ce serait dommage à son âge de rester un peu infirme. De plus en plus, je maudis l’absence de sa femme.

 

Tu sais que Mère laisse 50f. à Noëlle. Paul me disait de prendre avec cela des obligations de la défense ou des bons Ville de Nancy dont je t’envoie ci-joint le prospectus. Je crois que j’aimerais mieux les obligations de la défense nationale.

 

Paul a dit qu’il ferait encore une tentative pour faire revenir Henry. Comme il veut créer un bureau après la guerre à Mulhouse et probablement fusionner Schlestadt à la Vologne, il donnerait à Henry la direction de ce bureau à Mulhouse. De cette façon, il garderait une certaine liberté, vivant assez loin de notre centre et ne pourrait pas craindre d’être toujours le « petit frère » en entrant dans l’association, car je crois que ce qui lui faisait toujours un peu peur, c’était d’être sous la coupe des autres. Je trouve Paul bien gentil d’y avoir songé et Mère doit s’en réjouir du haut du ciel car c’était un de ses grands désirs. Mais, mais, notre Tunisien est bien amoureux de son Afrique et de sa liberté, sans parler d’une bonne petite vie calme. Acceptera-t-il ?

 

La Vologne ne distribue rien, même les tantièmes des gérants et les parts des employés. Ils gardent tout au nom de l’intéressé naturellement qui aura une capitalisation de 5%, mais comme réserve de guerre. Je trouve cela très commode pour les gérants, qui se trouvent ainsi avec un bon fonds de roulement mais, pour les actionnaires qui auraient besoin d’un petit dividende, c’est moins amusant. Il doit y avoir bien des petits rentiers terriblement gênés. Les locataires ne paient pas non plus, je ne sais comment on se tirera après la guerre de ce moratorium des loyers. Quand il faudra payer 2, 3 ou peut-être 4 termes en retard, cela va aboutir à des tas de procès. Messieurs de la Basoche auront fort à faire !

 

Aujourd’hui voici la pluie tant désirée pour les cultures et les canaux, il faudrait qu’elle dure quelques jours. Ce serait une année merveilleuse pour les fruits, raisins etc. Si le temps s’y prête, on suppléerait au manque de bras.

 

Je pense que l’entrée en ligne de l’Italie va faire abandonner notre projet de finition des travaux du Grand-Meix, qui avait été décidé vendredi dernier avec Ehret. C’était des Italiens qui devaient être recrutés pour cela, mais il est probable qu’ils vont être rappelés. Nous aurions dû nous y prendre plus tôt.

 

J’ai vu dans le communiqué d’hier soir que vous repreniez de l’activité dans votre secteur. Va-t-on se lancer définitivement et allez-vous reprendre le fameux éperon 132 de triste mémoire ?

 

T’ai-je dit que nous avions reçu une lettre de la directrice d’école de La Bassée qui a soigné Georges. Elle a été emmenée en Allemagne, puis rapatriée par Annemasse, elle nous écrivait certaines paroles de Georges alors qu’ils le croyaient tous perdu. Et elle nous a renvoyé le linge qu’il avait sur lui au moment où il a été blessé. Il avait recommandé qu’elle ne le lave pas pour que Maman voie son sang. Pauvre Georges, heureusement que nous le savons vivant car toutes ces choses nous eussent fait bien de la peine. Georges nous a écrit que son shrapnell fait son chemin vers l’extérieur. Mr Schultz l’a senti l’autre jour sous la peau et il espère que d’ici quelques semaines on pourra le lui extraire avec simplement une petite incision au bistouri. Le Dr croit que c’est l’exercice que Georges prend en jouant au football qui a hâté la sortie de la balle. C’est curieux.

 

29 mai - ELLE.- Nous venons de mettre Robert dans un bain chaud arrivé juste à temps, car Monsieur a eu l’émotion de tomber dans le jet d’eau et le temps de lui enlever ses habits mouillés, il tremblait autant d’émotion sans doute que de froid. Il a voulu remplir son seau pour mettre de l’eau dans ses fossés et il a été entraîné. Heureusement qu’ici le jet d’eau est peu profond car ils sont enragés pour aller toujours y puiser malgré les avis des mamans. Comme c’est samedi, jour de la grande lessive de nos petits, le bain chaud s’est trouvé prêt à point pour bien le réchauffer. L’incident est donc clos et sera, espérons-le, de leçon profitable.

 

Il faut que je te raconte une histoire que les dames Prononce m’ont racontée dernièrement et qui t’amusera peut-être. Il s’agit d’un jeune officier que nous avons connu Jeanne et moi quand nous étions jeunes filles et dont nous nous moquions d’ailleurs extrêmement. C’est pourtant un brave garçon mais qui a des idées spéciales sur bien des choses, tu vas en juger. Nous avons eu l’occasion de le revoir au cours de la campagne et nous avons même parlé avec lui de la démoralisation des campagnes qu’amenaient toutes ces troupes stationnant dans tous les villages. C’est un clérical acharné et il s’était lancé dans de grandes théories sur les péchés, trouvant que Dieu ne châtierait pas les péchés de passion comme il les appelle, comme les fautes envers lui, envers la religion. J’ai eu envie de lui demander ce qu’il faisait des commandements de Dieu, où il me semble que les ordres sont assez catégoriques à cet égard. Mais passons, depuis j’ai eu l’explication de ces théories qui convenaient à ses sentiments. Car il paraît que ce cher homme, marié et père de six ou sept enfants, trouve beaucoup de charmes au sexe féminin. Mais on m’a raconté que lorsqu’il succombe à la tentation « en faisant notre examen de conscience le soir, en disant notre prière ma femme et moi, je lui dis tout, nous disons un acte de contrition, notre chapelet et tout est pardonné ». Vois-tu le spectacle, au milieu d’une prière, aller donner tous les détails à sa femme. Je trouve cette religion bien bizarre. Il prétend que sa femme aime mieux savoir. Je ne suis pas de son avis, je t’en prie, ne me le dis jamais, j’aime mieux croire que mon chéri aime sa femme uniquement. Quoique ce cher Monsieur prétende que cela ne l’empêche pas d’aimer beaucoup sa femme et que dans ces moments « son âme est absente de son corps », je trouve ces états d’âme trop subtils et j’aime mieux un mari qui ne dissèque pas tant ses impressions et surtout ait un peu plus de fermeté et de force de caractère.

 

Nous attendions Paul demain pour déjeuner et il a envoyé Désiré dire qu’il ne pourrait venir, parce qu’une des petites filles de Désiré fait sa première communion demain et que Paul lui a donné congé. Probablement qu’il ne trouve pas les heures de train commodes, c’est dommage car j’aurais eu bien grand plaisir à le voir. Tu devrais lui écrire qu’il se fasse masser, il t’écouterait peut-être plus que moi.

 

29 mai - Maguy Laroche-Joubert (Lescalier Angoulême) à Georges Cuny, son beau-frère.- Maman ne m’écrit pas une fois d’ailleurs sans me parler de Dédé, cela m’a même l’air d’être son petit préféré, le fait est que ce chéri a un cœur d’or.

 

Ici, nous avons eu de grosses chaleurs lourdes coupées d’orages effrayants qui arrêtent les courants électriques ce qui est un gros ennui pour Paul à cause de son coton-poudre qu’on ne peut laisser sécher au repos trop longtemps. Il se donne beaucoup de mal pour fournir toute la quantité possible et monte en ce moment le matériel pour faire une 2ème transformation du coton. La Poudrerie d’Angoulême se double ainsi que celle de Toulouse et on blanchit du coton à St Dié, Thaon, jusque la ligne de feu pour la Poudrerie d’Angoulême. Quand s’arrêtera-t-on, mon Dieu et combien de temps durera cette guerre pour que l’Etat ordonne de pareilles constructions et dépenses. Il y a plus de 6 000 hommes auxiliaires qui travaillent à la Poudrerie, nous avons aussi ici dans les bureaux du matériel de génie, les dépôts de plusieurs régiments de cette même arme, c’est te dire qu’avec tous ces hommes les vivres augmentent de prix de façon considérable.

 

Ton neveu Jean va à merveille et devient tous les jours plus gentil, il mange tout seul à table maintenant, un vrai petit homme.

 

30 mai - ELLE.- Maurice a reçu sa convocation à son examen d’auto pour le 5 juin à Boulogne s/Seine. Pourvu qu’il réussisse, car ce lui serait une déception de ne pas avoir ce service maintenant qu’il a fait ses projets dans ce sens.

 

André et Noëlle jouent un beau morceau de piano intitulé le Rocher de St Malo, c’est plaqué, c’est magnifique. Il y a en accompagnement un bel accord : do mi sol et do fa sol qui fait beaucoup d’effet. Ils marchent assez bien en piano.

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 30/05/1915 (N° 1275)

 

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La bataille de l’Artois - Nos soldats enlèvent maison par maison le village de Carency

Vous vous rappelez les vers de Coppée… On fit le siège des maisons / Qui, bien closes, avec des airs de trahison / Faisaient pleuvoir les coups de feu par les fenêtres. A Neuville, à Carency, ce fut bien pis ; les coups de feu ne pleuvaient pas seulement par les fenêtres ; ils montaient aussi des soupiraux des caves où les Boches s’étaient formidablement retranchés. N’importe ! Nos soldats se jetèrent avec une fougue irrésistible contre ces logis fortifiés et crénelés. Tous les Boches qui ne se rendirent pas y trouvèrent leur tombeau. « Nous allions, dit un soldat qui se trouvait là, nous allions chercher les Boches dans les caves à coups de pelle et de pioche. J’ai vu une compagnie entière se rendre par escouades, y compris les officiers. Ceux-là avaient été surpris en train de faire des travaux de terrassement. Le colonel du 10e bavarois ne voulait pas sortir de sa cave. Il a fallu mettre deux hommes baïonnette au canon à l’entrée et le menacer de la faire sauter. » Un autre, qui y fut blessé, résume ainsi ses impressions de bataille : « Entre nous, vous savez, au lieu de « maison par maison », lisez « pan de mur par pan de mur, cave par cave », et si vous cherchez une villa pour passer l’été, ce n’est pas à Carency-les-Bains que je vous conseille d’aller. Quand je dis « pan de mur », j’exagère encore ! Les caves seules étaient habitables. Mais les Boches y avaient fait du beau travail. Ils sont très forts pour creuser, ces bandits-là. Les caves étaient reliées entre elles par des couloirs souterrains. Ils les avaient agrandies, approfondies. Celle du petit café de Carency, par exemple, étaient une merveille, sauf qu’il n’y restait plus rien à boire : un état-major avait dû y loger. Mais quelle tournée on leur a offert ! Mes impressions de bataille ?... A vrai dire, je n’en ai pas. C’est du méli-mélo dans mes souvenirs. Plus tard, ça se débrouillera peut-être. Je peux vous raconter seulement un détail qui m’a frappé… Nous avions jeté des bombes dans une cave. Ayant ainsi annoncé notre visite, nous descendons. Pouah ! Quelle odeur ! Une cinquantaine de boches morts. Et autant de vivants qui nous accueillent avec des grenades. On se bat corps à corps, parmi les macchabées. A la baïonnette, vous savez, les Boches ne sont pas à la hauteur… » Et il conclut : « Tenez, pour vous donner une idée de ce que ce fut à Carency, savez-vous ce que je m’imaginais en sortant de la cave ?.. Il me semblait que toutes les pierres saignaient… »

 

 

 

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Le cuisinier a du sang-froid

Jugez-en par cette simple citation que reproduit le ‘Bulletin de Armées de la République’ : « Bonnafous (Jean), chasseur de 1re classe au 6e bataillon de chasseurs, matricule 2 107 ; s’est fait remarquer par sa bravoure depuis le début de la campagne. Apportant la soupe à son escouade, a aperçu à quelques pas de la tranchée un Allemand porteur de bombes, l’a aveuglé en lui jetant une marmite de soupe à la figure et l’a tué ensuite. » Et le ‘Bulletin’ ajoute : « Par exemple, quand les camarades l’ont vu arriver sans la soupe, qu’est-ce qu’il a dû prendre ! »

 

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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En Woëvre - Un convoi de ravitaillement campé en pleine forêt

Le campement à l'arrière des tranchées - Ça se passe en famille

En Argonne - Construction d'abris confortables

Sur le front - L'atelier du maréchal-ferrant

Le Lusitania - Vue de la grandeur du bâtiment

Le Lusitania - Salle à manger des premières classes

Le Lusitania - La chambre des machines

Le Lusitania - Salon des premières classes

Dans le Nord - Abri-redoute construit par des soldats anglais

Au cantonnement - L'heure de la toilette

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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Sénégalais en marche - Un instant de repos

Nos amis de l'Inde - Cavaliers sikhs au port d'arme

En Flandre - Moulin à vent après la bataille

Au front - Pégoud revenant de reconnaissance

Poste d'observation bombardé par les Allemands

Près de Thann - Un pont sur la Thur, détruit

Aux Tuileries - Revue de chiens sanitaires partant pour le front

Tommy mange sa soupe sur le seuil de sa tranchée

En Flandre - Spahis traversant un paysage qui ne leur est pas familier

Dragons à pied - La lance sur l'épaule ils s'en vont aux tranchées

 

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • Italie - Guerre de l'Italie à l'Autriche et déclaration de guerre de l'Allemagne à l'Italie (en Italie on parle de la guerre de 15-18 et non de 14-18)
  • Le nouveau président de la république portugaise
  • Les qualités France-Allemagne - Allemagne : qualités de commerce, d’agencement, de mise en pratique des inventions, mais gardons à la France avec honneur la générosité, la bonté, l’esprit d’invention et la bravoure chez beaucoup de ses combattants
  • Politique - Delcassé
  • Angleterre - Le nouveau cabinet anglais
  • Industrie - Faire l'inventaire dans les usines
  • Revenus - Demandes de distribution de dividendes
  • Transport par wagons
  • La santé du roi de Grèce
  • La croix de guerre
  • La Basoche
  • Le Shrapnell qui sort
  • La haine allemande (LPJ Sup)
  • Les instantanés de la guerre (Photos dans LPJ Sup)
  • Conseils pratiques - Travail à domicile chez le client (LPJ)
  • Religion - Fête religieuse - Notre-Dame Auxiliatrice - 24 mai
  • Religion - Fête religieuse - Trinité

 



23/05/2015
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