14-18Hebdo

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23e semaine de guerre - Lundi 4 janvier au dimanche 10 janvier 1915

 

LUNDI 4 JANVIER 1915 - SAINT RIGOBERT - 155e jour de la guerre

MARDI 5 JANVIER 1915 - SAINT TELESPHORE - 156e jour de la guerre

MERCREDI 6 JANVIER 1915 – EPIPHANIE - 157e jour de la guerre

JEUDI 7 JANVIER 1915 - SAINT JULIEN - 158e jour de la guerre

VENDREDI 8 JANVIER 1915 - SAINTE GUDULE - 159e jour de la guerre

SAMEDI 9 JANVIER 1915 - SAINT HONORE - 160e jour de la guerre

DIMANCHE 10 JANVIER 1915 - SAINT MARCIEN - 161e jour de la guerre

Revue de presse

-       La marche sur Varsovie

-       Les zeppelins, ce qu'ils valent réellement

-       La Neuvaine de Sainte Geneviève

-       Les Russes maîtres de la Bukovine

-       Un autre fils de Ricciotti Garibaldi tué à l'ennemi

-       Le cardinal Mercier, primat de Belgique, arrêté par les Allemands

-       Les Anglais bombardent en Afrique le port allemand de Dar-es-Salam

-       La victoire russe au Caucase - L'entrée des Russes en Transylvanie

-       La défense de Vienne

-       La prise de Steinbach

-       Le fils de M. et Mme René Viviani mort au champ d'honneur

Morceaux choisis de la correspondance

4 janvier - JMO 5e RAC/Groupe 95.- Proposition pour la Légion d’honneur en faveur du s/lieutenant Hamon « Sérieusement blessé à proximité de sa batterie en se rendant à son poste de combat, a refusé de se laisser emporter par ses hommes pour ne pas les exposer au tir de l’artillerie ennemie. A fait preuve en toute circonstance de beaucoup de courage et d’entrain ».

Proposition pour la médaille militaire en faveur du maréchal des logis Aligne « Grièvement blessé à on poste de combat, n’a pas fait entendre la moindre plainte et a été un exemple d’énergie pour les hommes de sa pièce ».

 

La mort de François à Steinbach. Quelle affreuse année ! Espérons que 1915 nous en consolera et que cette maudite guerre prendra bientôt fin.

4 janvier - ELLE.- Oncle Henry nous a appris la mort de François, tombé au champ d’honneur à Steinbach devant Thann le 2 janvier. Il était dans une tranchée ; après la victoire, malheureusement, il a relevé la tête et le buste pour changer de place. C’est à ce moment qu’une balle l’a tué raide à la base postérieure du crâne. Son père l’a vu avant qu’on clouât sa bière. Tante Marthe est effondrée mais bien courageuse, tu sais toute la place que son François tenait dans sa vie. Les pauvres Henry sont aussi bien en souci pour Paul, ils continuent à être bombardés tous les jours et ils sont sans nouvelles de lui.

 

Quelle affreuse année. Espérons que 1915 nous en consolera. Dieu nous protège et exauce le vœu de tous nos cœurs français en nous donnant la victoire finale qui permettra à tous de nous retrouver. Tu sais mon chéri ce sera une joie de te revoir. Mais tu ne peux pas t’imaginer combien je suis lasse.

 

Espérons, comme l’écrit ta mère, que cette maudite guerre prendra bientôt fin, que nous pourrons nous revoir prochainement tous ensemble ; le beau jour que celui-là.

 

5 janvier - Henriot, blessé (Armées – Besançon) à Georges Cuny.- Je lis à l’instant sur le Nouvelliste votre nom au tableau de la Légion d’honneur.

 

5 janvier - Commandant Demangel (Armées - Besançon) à Georges Cuny.- Continuez à faire de la bonne besogne comme celle que vous avez faite en particulier le dimanche qui a suivi Noël, je crois, et pour laquelle votre batterie a été félicitée.

 

5 janvier - A. Dumont, devenu instructeur suite à des problèmes de santé (Armées - Besançon) à Georges Cuny.- Les Bisontins ont de la lumière, des tramways, du gaz, de l’eau, ils vont au café. Cependant ils chantent moins que dans les abris et ils ont des relations plus « conventionnelles ». Ce sont des civilisés. J’ajouterai qu’ils s’attendrissent davantage sur les misères du front que les hommes du front eux-mêmes sur leurs propres travaux. Le front peut vraiment se sentir soutenu par le cœur de l’intérieur. Et c’est peut-être aussi ce qui fait regretter de n’être plus au front : au lieu de se sentir objet de sympathie, l’on n’est plus qu’un objet de curiosité, « le type qui revient du front » qu’on interroge pendant un repas, puis qu’on regarde le repas suivant avec moins d’intérêt puis qu’on ne regarde plus la troisième fois ; il semble qu’on entende, intérieurement murmurées, ces tristes paroles : « Après tout, pourquoi n’est-il plus au front celui-là ? »

 

6 janvier - Commandant A. Demangel (Armées - Besançon) à Georges Cuny.- En vous répondant hier à votre carte du 30 Xbre, je vous disais que je cherchais votre nom tous les jours et que je ne l’avais pas encore trouvé. Aujourd’hui je l’ai trouvé, il est à l’officiel du mardi 5, avec une mention tellement longue que je ne puis en retenir que la nature glorieuse et brillante.

 

7 janvier - Marie Molard (Lausanne) à Georges Cuny, son frère.- Tu ne peux imaginer le mal que j’ai eu de cacher ta blessure à maman. Je suis là à tous les courriers et décachète et change les mots des lettres. C’est bien facile de surcharger en décoré, mais quand on s’étend sur ce sujet c’est plus compliqué. Mais je veux à tout prix qu’elle ne l’apprenne pas, car souvent elle me dit qu’elle ne vivrait pas si elle te savait exposé.

 

7 janvier - Joaney Detrote (Armées - Besançon) à Georges Cuny.- Je vous écris ces quelques mots pour vous dire que je suis complètement rétabli et je tiendrais beaucoup à aller vous rejoindre car le temps me dure beaucoup ici. Et comme j’ai perdu un de mes frères sur le champ de bataille, je veux me venger de ces vilains bourreaux. Mon Capitaine, faites votre possible pour que j’aille vous retrouver ou tout au moins promettez-moi quand il y aura une place de me demander.

 

8 janvier - Thérèse Boucher (Granville) à Mimi Cuny, sa belle-sœur.- Maguy a si bien fait l’impossible qu’elle est arrivée à ses fins et d’ici quelques jours nous recevrons avis ou ordre officiel d’évacuation. Maurice ira donc à Royan mais le Docteur sort d’ici et nous fait supposer que Maurice ne sera transportable que dans 15 jours. Tout ceci me fait faire une absence beaucoup plus longue que je ne le supposais en vous quittant. Comme Maguy a été si gentille pour avoir Maurice auprès d’elle et nous invite tous deux, je ne puis guère ne pas aller aussi à Royan, d’autant plus que depuis son mariage je ne suis jamais allée chez elle. Je trouverai la séparation avec mes enfants un peu longue et j’espère qu’ils seront sages afin de ne pas trop vous fatiguer. J’espère que Lili[1] marchera comme un homme à mon retour. Aujourd’hui Maurice va beaucoup mieux, les rhumatismes commencent à céder sous l’effet de l’aspirine et l’Antipyrine lui a procuré quelques heures de sommeil cette nuit. Ce matin il a pu déjeuner seul, tandis que les jours derniers il avait recours à moi pour lui donner à manger comme à un enfant.

 

J’ai visité les principaux champs de bataille des Vosges, quelles ruines !

8 janvier - Paul Cuny (Epinal) à Georges Cuny, son frère.- J’ai visité les principaux champs de bataille des Vosges, quelles ruines ! Hier soir j’ai déjeuné avec le général Pédoya, président de la Commission de l’armée à la Chambre, mon ancien collègue, il revenait du front où il a visité beaucoup de tranchées et il m’a paru enthousiaste.

 

Si je suis maintenu en sursis d’appel (je ne tarderai pas à être fixé) je suis à la disposition entière des Boucher : jusqu’alors j’ai été débordé moi-même surtout parce que nos usines sont séparées et que je tenais à les faire remarcher également toutes. Mais dans un mois cela ira mieux j’espère à tous les points de vue. Pour Cheniménil c’est beaucoup plus grave puisque l’usine est occupée en partie du moins militairement, mais ici aussi cette occupation peut cesser d’un jour à l’autre. Ta femme me disait que Maurice viendrait peut-être bientôt en congé à Cheniménil, si oui je le verrai et nous pourrons aviser car j’ai le droit de circulation en auto et je puis me déplacer très facilement.

 

As-tu appris la mort à Thann du pauvre petit François Boucher ? Tu juges de l’état de sa mère !

 

8 janvier - JMO 5e RAC/Groupe 95.- La 45e batterie. But l’artillerie allemande de la Carrièrette avec 2 sections et le ferme de Perrière avec la 3e section. Cette 3e section a 2 blessés à la suite d’un tir repéré d’une batterie ennemie qui couvre la section d’obus de 150. Un affût est mis hors de combat. Le canon de la batterie de Presle a été changé par le Parc.

 

9 janvier - Adrien Molard (Nancy) à Georges Cuny, son beau-frère.- Le Journal Officiel du 5 mentionne ta nomination dans la Légion d’honneur, j’ai été très ému et très fier à la lecture de la mention élogieuse qui l’accompagne.

 

Tu sais sans doute par Paul que nous faisons la réunion de la Vologne le 23 ct à Nancy. Je lui ai demandé de faire en même temps celle du Tissage où je proposerai un dividende de 5% seulement, en raison des événements, à distribuer plus tard, afin d’être à l’aise dans notre trésorerie. Nous payons les coupons d’obligations échus. J’ai pu réussir à faire marcher tous les métiers du Tissage mais s’il survient quelques malades parmi les ouvriers, je n’aurai pas le personnel nécessaire pour les remplacer.

 

10 janvier - Paul Cuny (Epinal) à Georges Cuny, son frère.- Ne lisant plus l’Officiel depuis que je ne suis plus député, Pierre Mangin, officier à la Place, qui lui le lit, m’annonce ta nomination de chevalier de la Légion d’honneur.

 

Si quelqu’un peut se réjouir d’une telle récompense, c’est bien moi qui me suis toujours rangé parmi ceux demandant de réserver la Légion d’honneur au courage militaire et civil, mais à lui seulement et non à la réussite plus ou moins méritée et souvent plus ou moins intelligente d’entreprises industrielles, commerciales ou agricoles.

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 10/01/1915 (N° 1255)

 

LPJ Illustre 1915-01-10 A.jpg

Les Rois dans la tranchée

Jordaens n’avait pas rêvé ce tableau-là. La force des traditions est si grande en ce pays, que, partout où ils se trouvent, les Français ne manquent pas de célébrer les fêtes traditionnelles par lesquelles se manifestent nos habitudes conviviales. C’est ainsi que, sur plus d’un point du front, nos soldats ont fêté à leur manière le jour des Rois. Sans doute la galette ne fut pas de premier choix ; le cuisinier n’avait peut-être pas de farine très fine à sa disposition. A la place de la fève et du « petit baigneur » une balle de shrapnell. Mais on fit bonne chère tout de même. Un loustic se rappela ces joyeux tableaux de Jordaens, ‘le Roi boit’ qui décorent les beaux musées de Belgique ; il coiffa le convive honoré de la royauté éphémère, d’une superbe couronne de papier découpé, et, sous le canon des boches, on but gaiement à la valeur française, et l’on poussa à plein gosier le cri traditionnel : le Roi boit !

 

 

LPJ Illustre 1915-01-10 B.jpg

L’Allemand ficelé

C’est une scène héroïque qui, ces jours derniers, fit la joie de toute une tranchée. Des Bavarois qui se trouvaient en face, à quelques cents mètres de là, avaient médité de se rendre aux Français. Ils étaient fort malheureux, mal nourris, battus par leurs chefs ; et puis, ils avaient appris d’un des leurs, égaré jusqu’aux avant-postes français, et renvoyé après un bon repas, que les prisonniers, loin d’être fusillés comme ça le leur avait été dit, recevaient au contraire chez nous le traitement le plus humain. Ils avaient donc décidé de se rendre. Mais voilà que, au moment où ils se défilaient prudemment hors des tranchées allemandes, un de leurs officiers, l’un des plus violents et des plus détestés, les aperçut. « Où allez-vous ? » leur cria-t-il. Ils ne répondirent pas, poursuivirent leur chemin. L’officier alors courut après eux… Que faire ?... En un instant leur parti fut pris. Ayant laissé approcher l’officier, ils le saisirent, le renversèrent, le ligotèrent et l’emportèrent avec eux. Et c’est ainsi que, ce jour-là, un officier allemand fit, dans les tranchées françaises, une entrée triomphale, porté par ses hommes et ficelé comme un saucisson.

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • Aviation - Les zeppelins
  • Garibaldi - Mort pour la France d'un autre fils Garibaldi, fils du général Ricciotti Garibaldi
  • Belgique - Arrestation du cardinal Mercier
  • Dar-es-Salam - Bombardement de Dar-es-Salam
  • Caucase - Victoire russe au Caucase
  • Autriche - La défense de Vienne
  • Steinbach - La prise de Steinbach
  • Viviani - Un fils de Mr et Mme Viviani mort au champ d'honneur
  • Décoration - Légion d'honneur
  • Décoration - Médaille militaire
  • Allemagne - Atrocités allemandes en Belgique
  • Lorraine - La guerre en Lorraine
  • Le service obligatoire en Angleterre
  • Jour des Rois - Les Rois dans les tranchées (LPJ Sup)
  • Tranchée - Chansons de troupiers (LPJ Sup)
  • Conseils pratiques - Les ventouses (LPJ Sup)
  • Hanotaux - Pub de lancement de l'"Histoire illustrée de la guerre de 1914" (voir LPJ 04/01/1915 et 07/01/1915)
  • Religion - Fête religieuse - Epiphanie - 6 janvier

[1] Lili : le petit Louis Boucher



02/01/2015
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