14-18Hebdo

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Henry Novel – Lettres à ses parents (1914-1918) – 19- Octobre 1918 - Début

 

Henry Novel, 17 ans en 1914, est mobilisé en 1916 à Chambéry puis rejoint le front en 1917. Futur étudiant en médecine il est affecté à des services d’ambulance. Il correspond régulièrement avec ses parents qui habitent Grenoble où son père exerce la profession d’avoué.

Document transmis par Michel Novel, son fils - 19/10/2015

 

3 octobre 1918 (tampon de la poste) la lettre porte ce 22

Mes chers Parents,

 

Toujours rien de neuf, pour changer il continue à pleuvoir et cela nous fait désirer le temps où l'on pourra reprendre son parapluie....

 

Bons baisers à tous.

Ce 5 octobre (tampon de la poste pour le mois) (1918 ?)

Mes chers Parents,

 

Nous voilà, après le coup dur annoncé, descendus en réserve. Nous sommes à Fismes où j'habite, sous les ruines de sa maison, les caves d'un notaire. J'ai trouvé en effet dans les décombres une plaque de notaire et des tas de bouquins de droit et de papiers d'affaires…

 

Tout le pays assez important est dans le même état... en remuant les décombres on retrouve des bibelots, des albums de photos, des tables, des lustres, des cadres vides, etc. etc. C'est terrible et plus encore qu'à Verdun on sent l'horreur de la guerre car les ruines sont fraiches et dans quelques quartiers les morceaux de décombres fument encore et les bombes d'avion qui tombent toutes les nuits entretiennent l'incendie... Des pâtés de maisons entiers ont sauté creusant d'énormes entonnoirs où l'on voit engloutis au milieu d'éboulis de pierre les meubles et la charpente, que de millions dans ces ruines…

  

Je ne sais pas ce que nous allons devenir. Allons nous enfin pouvoir nous reposer... mon pauvre bataillon est de plus en plus squelettique et le peu qui reste pleure, tousse et est aphone grâce à tout l'ypérite que nous avons avalé pendant cette attaque. Pour moi je me porte comme un charme, ma première absorption de gaz m'a vacciné contre les suivantes et n'était l'ennui d'être seul pour s'occuper de tous ces malades ce serait parfait. Mon aide-major vient de partir en permission, depuis quinze jours il remplaçait le médecin-chef, cela fera donc plus d'un mois où j'aurai eu à rester seul au bataillon sans compter ce que j'avais fait à l'autre... Heureusement que je n'ai pas eu d'accroc.

  

Je n'ai pas de nouvelles de ma citation je pense bien qu'elle sortira car je ne serai pas proposé pour cette attaque et je ne sais si j'aurai une autre occasion de récupérer deux jours avant ma prochaine permission qui sera je crois pour le début décembre.

  

Je vous embrasse.

Ce 7 octobre 1918 (tampon de la poste pour l'année)

Mes chers Parents,

  

Les journaux d'hier ont dû vous faire autant de plaisir qu'à moi ce qui n'est pas peu dire !!! Verrons-nous enfin se terminer cette peu agréable histoire. Nous sommes toujours en réserve quoiqu'ayant changé de pays, car trois jours à la même place est un bonheur que nous ne devons pas connaître.

 

Ma permission s'approche et je crois que d'ici un mois je serai bien près de partir : à quelle époque Georges compte-t-il y aller ? Cette fois hélas nous ne retrouverons pas ce pauvre Michel.

  

Albert sera-t-il en permission à cette époque, son tour ne doit pas tarder à revenir.

  

J'ai bien reçu votre colis je vous remercie des bretelles et du reste qui - quoiqu'arrivé après la bataille - me servira cependant.

 

Je vous embrasse.

Ce 9 octobre 1918 (tampon de la poste pour l'année)

Mes chers Parents,

  

Rien de neuf : nous sommes toujours au demi-repos dans un petit pays qui a de francs airs de dépôt de matériel de construction !!! Les incursions quotidiennes des gothas nous font jouer au Parisien et quelques rares 150 à bout de course qui viennent remuer les vieilles pierres nous rappellent que l'armistice n'est pas encore signé... Il fait beau et toutes mes après-midi se passent en promenades à cheval. En somme c'est du "bon temps" comme nous n'avions pas eu depuis longtemps... cela durera peut-être encore quelques jours et après personne ne sait ce que nous ferons.

J'irai peut-être en permission plus tard que je ne le croyais.

  

Je serais en effet bon pour partir au 1er novembre mais j'ai peur qu'on me fasse marquer le pas jusqu'au 1er décembre.

 

D'après une lettre de Maman reçue hier je vois que certaines de mes lettres écrites avant la dernière attaque ne sont pas arrivées. J'avais profité de quelques instants de tranquillité pour vous écrire avec probablement trop de détails.

  

Je vous embrasse tous.

Ce 9 octobre 1918 (tampon de la poste pour l'année)

Mes chers Parents,

  

Nous partons pour l'avant dans un instant, les journaux viennent d'arriver, ce ne sont que victoires sur victoires et, au train où vont les affaires avec le beau temps qui dure, il se pourrait qu'on voie bientôt la fin et la fin heureuse de tout cela. Nous sommes en réserve et nous suivons l'avance dans de bonnes conditions.

  

Je termine vite pour finir mes préparatifs de départ en vous embrassant tous.

Ce 12 octobre 1918 (tampon de la poste pour l'année)

Mes chers Parents,

  

On continue... Sous peu nous arriverons en pays occupé. Les nouvelles sont excellentes, le boche bat en retraite sur tout le front... ils se sentent perdus et c'est inouï qu'ils aient encore la force de résister comme ils résistent. On sent que la guerre pourra finir par un coup de théâtre un de ces jours et, si on peut le regretter au point de vue militaire, on peut que l'espérer quand on songe aux malheureux qui tombent tous les jours et qui tomberont jusqu'au dernier coup de canon et à la dernière bande de mitrailleuse.

  

Et l'espoir de bientôt rentrer dans ses foyers et je crois que ma prochaine permission sera bien près de la dernière et de la…

Ce 14 octobre 1918 (tampon de la poste pour l'année)

Mes chers Parents,

  

Le Chemin des Dames est loin derrière nous et nous sommes en plein pays occupé depuis 1914. Les boches ont tout raclé jusqu'aux rails et aux traverses de chemin de fer ! Les routes sont coupées par de formidables entonnoirs de mines qu'ils ont fait sauter à tous les carrefours et au centre des villages où des pâtés de maisons sont effondrés dans des trous énormes.

  

Le passage est très difficile surtout pour les voitures, le ravitaillement arrive plus ou moins mais tout le monde est content. Du reste je crois que nous allons être relevés c'est à dire rester en place pour laisser passer d'autres car nous avons fait largement notre compte depuis le temps où nous trimons maintenant, je crois que nous nous contenterons de suivre le recul boche de loin.... en attendant la fin très prochaine, je crois. Cette fois je suis sûr que pour noël nous serons tous ensemble ou tout au moins vous pourrez être sans inquiétude à notre sujet si nous sommes encore loin.

  

Je vous embrasse tous.

A suivre…



29/04/2016
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