14-18Hebdo

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Henry Novel – Lettres à ses parents (1914-1918) – 21- Novembre 1918 - Début

Henry Novel, 17 ans en 1914, est mobilisé en 1916 à Chambéry puis rejoint le front en 1917. Futur étudiant en médecine il est affecté à des services d’ambulance. Il correspond régulièrement avec ses parents qui habitent Grenoble où son père exerce la profession d’avoué.

Document transmis par Michel Novel, son fils - 19/10/2015

 

Ce 2 novembre 1918 (tampon de la poste pour le mois et l'année)

Mes chers Parents

 

Depuis deux jours je cours le … sans pouvoir arriver à trouver ni papier à lettre ni enveloppes, c'est une denrée que l'on pourrait devoir trouver..., je vous demanderai donc de m'envoyer un bloc de papier et des enveloppes et de m'excuser si d'ici là je ne vous écris que des cartes. La fin semble arriver à grands pas mais en attendant nous allons remettre ça incessamment et sans avoir reçu un renfort...

 

Heureusement il n'y a plus que 28 jours avant la permission qui est ce qu'il y a de plus sûr.

 

Je vous embrasse tous.

 

06.XI.1918 (tampon de la poste pour le mois année vraisemblable)

Mes chers Parents,

 

Depuis hier matin nous sommes en route sous une pluie battante dans un océan de boue... quelle vie..., heureusement qu'il n'y en a plus que pour quelques jours car le boche est parait-il en retraite sur toute la ligne. Dans un moment peut-être nous allons repartir sous cette pluie qui perce caoutchouc, capote, vareuse, etc. en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. J'ai eu une longue lettre d'Odette à laquelle je répondrai dès que les événements m'en laisseront le temps.

 

Je vous embrasse.

 

07.XI.1918 (tampon de la poste pour le mois et l'année)

Mes chers Parents,

 

Toujours sur les routes, toujours dans la boue et sous la pluie. On aligne une somme invraisemblable de Kms... Nous arriverons au pays de Maman que nous allons traverser à son extrémité... Je crois que la fin est très proche mais nous n'avons pas de journaux depuis trois jours et ce sont les canons et les mitrailleuses qui nous apprennent que la paix n'est pas encore faite. Les pays sont pleins de civils et nous sommes les 1ers Français que ces pauvres gens revoient depuis quatre ans. Réceptions chaleureuses mais que de misères... Les boches ont tout pris et tout volé mais il parait qu'ils crèvent réellement de faim et sont tout heureux d'être battus car cela approche la fin de la guerre !!!!

 

Nous sommes mouillés, boueux, mais contents car on sent la victoire et la vraie victoire pour la première fois.

 

Je vous embrasse tous.

 

08.XI.1918 ( tampon de la poste pour le mois et l'année)

Mes chers Parents,

 

L'avance, et hélas aussi la pluie, continue... Nous sommes reçus avec enthousiasme par les malheureux civils qui ont pendant quatre ans enduré sous la domination boche tout ce qu'il est possible d'endurer. C'est très dur pour nous à cause du ravitaillement profondément irrégulier... On est dans une atmosphère de victoire et, d'après ce que tous les gens disent, les boches sont dans un tel état de démoralisation et de misère que cela nous redonne du courage et que l'on souffre sans s'en faire pour attendre la fin très prochaine maintenant. Je crois que la victoire sera une victoire formidable comme on n’aurait jamais osé en supposer une il y a seulement quelques mois. Nous serons certainement bientôt réunis et ce ne sera pas malheureux, et à ce moment-là toutes les souffrances seront oubliées et il ne restera de tout cela que de bons souvenirs.

 

Je vous embrasse tous.

 

12.XI.1918 (tampon de la poste pour le mois et l'année)

Mes chers Parents,

 

Enfin ! Tout est fini et bien fini. Je viens de vivre mes derniers jours de guerre et je vous jure que je garderai de ces derniers jours un souvenir impérissable. Le 10 à midi continuant la poursuite nous avons été arrêtés par des mitrailleuses ennemies aux lisières de Renwez. Nous avons attaqué le village, nous l'avons pris en faisant des prisonniers et nous sommes entrés dans le pays, pavoisé de drapeaux au milieu des hurlements de joie, des bravos de la population délivrée. Tous ces pauvres gens nous sautaient dessus pour nous embrasser, nous emmener chez eux et nous offrir les quelques bouteilles de vin qu'ils allaient déterrer de la cachette où elles avaient passé quatre ans !!! Cette réception est inoubliable et je vous assure qu'à ce moment nos souffrances et nos fatigues étaient bien loin. Comme depuis deux jours nous n'avions pas mangé, le ravitaillement ne pouvant suivre sur les routes minées, les ponts sautés, etc., ces braves gens se sont mis en quatre pour nous sortir tout ce qu'ils avaient pu chaparder aux boches ou ce qu'ils cachaient depuis si longtemps !!! Le lendemain à cinq heures du matin nous reprenions notre marche vers la Meuse et après pas mal de chemin à travers bois et prés nous arrivions sur les rochers au-dessus d'Onchamps. La brume était épaisse et l'on marchait prudemment avec la crainte de l'ennemi qui ne devait pas être loin. Tout d'un coup un spahi au galop nous rejoint et remet au commandant un pli très urgent. Le commandant l'ouvre et la phrase était "la bataille est terminée". Des cris de joie s'élèvent d'un bout à l'autre du bataillon qui marchait en ligne déployée et quelques instants plus tard le soleil ayant dissipé le brouillard, nous arrivions à Onchamps au bord de la Meuse et de l'autre côté de l'eau à 50 mètres on voyait les boches qui agitaient des drapeaux blancs et nous faisaient de grandes démonstrations d'amitié. Je suis heureux d'avoir ainsi fini la guerre aux avant-postes en marchant à l'ennemi jusqu'à la dernière minute. J'espère bien du reste que cet armistice ne ralentira pas les permissions et que dans une quinzaine nous boirons ensemble le champagne de la victoire.

 

Je vous embrasse tous.-

 

P.S. J'ai eu un de ces jours une lettre de Georges mais elle est assez vieille car le courrier ne nous arrive plus régulièrement.

A suivre…



14/05/2016
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