14-18Hebdo

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Henry Novel – Lettres à ses parents (1914-1918) – 12- Mars 1918

 

Henry Novel, 17 ans en 1914, est mobilisé en 1916 à Chambéry puis rejoint le front en 1917. Futur étudiant en médecine il est affecté à des services d’ambulance. Il correspond régulièrement avec ses parents qui habitent Grenoble où son père exerce la profession d’avoué.

Document transmis par Michel Novel, son fils - 19/10/2015

 

Ce 19 mars (19/03/1918 ?)

Mes chers Parents,

 

Toujours au même endroit pour quatre jours encore et toujours enchanté Nous montons en ligne à la fin de la semaine et le départ probable dont je vous parlais l'autre jour reste à l'état de tuyau.

 

Je suis donc devenu un cavalier émérite ma bête fougueuse ne me fait plus aucune peur et je passe mes journées à trotter par monts et par vaux avec le médecin-chef qui est bien l'homme le plus charmant que j'ai rencontré depuis la guerre.

 

Il y a dans ce pays beaucoup d'étangs poissonneux et ce soir pour souper nous allons dévorer un brochet de six livres vous voyez que je ne suis pas trop malheureux et que si cela dure on pourra tenir.

 

Je crois déjà avoir remercié Maman des gants et surtout des conserves qui me rendront service dans les étapes pour monter en ligne. Quant aux patins et à la raquette il n’y a qu'à les faire demander à la chambre de commerce, entrée de l'avenue de la gare au bureau de Monsieur Bailly. J'ai reçu un mot d'Albert qui est très content aussi et n'a pas l'air de s'en faire davantage en Alsace que moi en Argonne. Si c'est la même chose en Italie les Parisiens vont demander à permuter !!!

 

Je termine car on m'appelle à grands cris étant (parait-il) le seul qui soit capable de faire des mayonnaises sans les tourner et il faut que j'aille montrer mes talents pour le brochet de ce soir.

 

Bons baisers.

 

Ce 21 mars (1918 ?)

Mes chers Parents,

 

J'ai reçu hier soir un paquet (pain d'épices et saucisson) qui arrive à point car d'un jour à l'autre nous allons monter en ligne.

 

Depuis hier soir il y a du neuf et cela commence à barder sérieusement. Le roulement du canon me rappelle celui du mois d'octobre et il s'échange à l'heure actuelle de sérieuses pilules. Néanmoins il ne faut pas vous en inquiéter car ce généreux échange de bons procédés se fait à côté de nous et ne nous gênera pas outre mesure.

 

J'ai entendu dire que l'on ramenait des troupes d'Italie : est-ce vrai et Georges revient-il ?

 

On prépare actuellement ici des tours pour Salonique mais je ne crois pas que cela m'intéresse et j'espère bien ne pas quitter de sitôt ce bon régiment qui avec le nouveau colonel devient de plus en plus agréable.

 

Je vous remercie des photos de Louis Baboin que vous m'avez expédiées ; pourrais-je en avoir quelques exemplaires de celle où je suis seul, mon aide-major et quelques camarades m'en ont demandé et je voudrais pouvoir leur en donner.

 

Je vous enverrai probablement encore un mot avant de monter. Vous connaîtrez l'endroit où nous allons car il se trouve immédiatement à droite du secteur dont le communiqué d'aujourd'hui parlera sûrement.

 

Je vous embrasse tous.

 

Ce 26 mars (26/03/1918 ?)

Mes chers Parents,

 

Je vous envoie vite un mot rapide pour le faire partir dès ce soir par le vaguemestre. Secteur parfait, assez calme, assez confortable, on attend impatiemment les communiqués car cela chauffe du côté anglais. J'espère que Georges est toujours sur le front italien et je lui souhaite de ne pas revenir avant que cette histoire de la Somme soit tassée.

 

A demain une plus longue lettre, je vous embrasse tous.

 

Ce 31 mars (1918 ?)

Mes chers Parents,

 

Toujours au même endroit et à peu prés au calme mais hélas ! avec une pluie terrible et envahissante ! Je lutte depuis deux heures sans résultat contre l'eau qui dégouline de toutes parts dans ma cagna qui demain va être inhabitable. Je vais chercher à transporter mes pénates dans un autre trou où l'eau ne viendra pas me chasser !

 

Vous avez vu - comme moi - que l'avance boche était à peu prés arrêtée et qu'il a suffi pour cela que nous allions y mettre la main. Je crois que si nous n'étions pas un peu partout à la fois nos valeureux alliés ne seraient pas longs à se faire administrer une pile qui leur ferait regretter d'avoir voulu jouer au soldat. Avec tout cela je crains que les boches ne s'en aillent pas tout seuls et que la bataille qui commence ne s'éternise pour faire un re-Verdun plus terrible encore que le premier. Pour l'instant nous ne sommes pas prêts à y aller et il n'en est même pas du tout question. Quand à Georges il est- d'après ce que vous me dites - sur les bords du lac de Garde et il ne pourrait guère mieux être placé en ce moment...

 

Maman me parle d'un colis qu'elle m'aurait envoyé il sera le bienvenu en ce moment car - bien que l'on ne manque de rien - un petit supplément fait toujours plaisir.

 

Je vous embrasse tous.

A suivre…



07/03/2016
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