14-18Hebdo

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Carnets de guerre (Anna Vautrin) – N° 62 –26 juin au 2 juillet 1916

Document transmis par Renaud Seynave, son arrière-petit-fils - 24/06/2016


1910 Vautrin Alexis et Anna Coll Michel Segond.jpgAlexis et Anna Vautrin à Nancy en 1910

 

Lundi 26 juin 1916

Un culot d’obus de 75 est tombé sur une maison de la rue Clodion. Il a enfoncé le toit puis est tombé sur un lit. Heureusement, il n’y avait personne. Ce sont nos avions qui envoient ces obus sur les taubes.

 

Mardi 27 juin 1916

Des avions sont allés sur Baccarat. Ils ont lancé une bombe sur l’écurie de la Cristallerie, six chevaux et une vache ont été tués. Toutes les vitres sont brisées. L’écurie touche la maison de Monsieur Adrien Michaut. Il parait que cette bombe explosive était jumelée avec une bombe incendiaire pour faire plus de mal.

 

Mercredi 28 juin 1916

Un grand blessé est arrivé ce matin à l’hôpital venant de la Seille. Il est mort deux heures après. Le canon que nous entendions tourner toute la nuit dernière venait de la Seille.

 

Jeudi 29 juin 1916

Journée très calme.

 

Vendredi 30 juin 1916

Beaucoup de passages de troupes. La petite vitesse est supprimée. Beaucoup de retard dans les trains. Le train de Paris a 6 heures de retard.

Les Anglais ont commencé la grande offensive dans la Somme dont on parlait depuis si longtemps. Nous envoyons beaucoup de nos troupes dans la Somme pour se battre avec les Anglais. C’est pourquoi il y a tant de mouvements de troupes.

 

La femme du capitaine d’Edouard vient de voir Madeleine. Elle lui a dit que le commandant d’Edouard avait été tué à Douaumont. Il a vécu encore deux heures sur le champ de bataille. Il a demandé pardon à ses officiers de sa brusquerie à leur égard. Puis il a dit « Est-ce que je meurs face aux boches ». Belle parole d’un officier français.

 

Cette dame a montré à Madeleine sur la carte l’endroit exact où est tombé Edouard. C’est dans le bois du Chapitre entre Douaumont et le fort de Souville.

 

Le commandant et le capitaine d’Edouard ont été tués et le sous-lieutenant très grièvement blessé. Il n’y avait plus de commandement à la batterie. Presque tous étaient tués. Quelle chose affreuse que cette guerre de sauvages !

 

Samedi 1er juillet 1916

A 7 heures du matin, un coup formidable nous réveille. Nous pensons tout de suite à un bombardement. Nous prenons les enfants, Colette et Marie-Edouard, et nous descendons vite à la cave. Nous y restons jusqu’à 8 heures et nous remontons, mais toutes les 4 minutes, un autre obus. Nous redescendons à la cave. On met le moïse de Marie-Edouard sur une caisse à la cave. Nous déjeunons à la cave en robe de chambre. C’est effrayant ces énormes coups toutes les quatre minutes. Nous comptons 9 obus. A 9h30, c’est fini, nous remontons. Nous apprenons qu’il y a eu un obus sur la caserne Thiry. Il a coupé le toit et est redescendu jusqu’au 1er étage.

 

Deux autres obus sur la fabrique Früholz, un obus rue Saint Lambert, un obus place de la Croix de Bourgogne, deux devant la fabrique de Daum, le verrier, deux dans le canal.

Il n’y a pas de victimes, je vais voir la caserne Thiry.

 

A minuit, nous sommes réveillés par un coup formidable. La sirène et le tocsin marchent en même temps, ce qui nous annonce un bombardement car lorsque la sirène marche, c’est pour annoncer un bombardement tandis que quand ce sont des taubes, il n’y a que le tocsin. Nous descendons bien vite à la cave emportant les enfants dans leurs couvertures. Petite Marie-Edouard ne se réveille pas. Nous remontons à deux heures et voilà qu’à trois heures un coup terrible se fait entendre. Nos fenêtres tremblent. De nouveau descente à la cave. A 5 heures, nous nous habillons car il faut aller à la messe de 6 heures puisque nous devons partir aujourd’hui à 7h30 pour Luchon. En allant à la messe, je rencontre des gens qui se sauvent avec des valises à la main du côté de Champigneulles. Ils me disent que l’obus de minuit est tombé sur l’hôtel St Georges qui se trouve sur la place St Georges près de la cathédrale. Il y a 8 morts car ils ont été surpris dans leur sommeil, le père et la mère de l’hôtelière et plusieurs voyageurs.

 

La maison a été coupée en deux et il parait que l’obus de trois heures du matin est tombé à la Pépinière dans une pelouse près du kiosque derrière chez Monsieur Pagny.

 

En revenant de la messe, je passe par la Pépinière et vois un trou énorme qui pourrait contenir deux chevaux. La Pépinière est jonchée de branches d’arbres. La terre est labourée comme si une charrue était passée. Toutes les vitres sont brisées. Un énorme éclat d’obus a été projeté vis-à-vis de la place Carrière sur la maison de Madame Zapfel. En revenant à la maison, je trouve un éclat d’obus dans la rue Saint Michel et un autre rue de La Craffe.

 

Nous nous demandons si nous osons prendre le train à 7h30 à la gare pour Luchon. Il y a seulement 8 jours que les trains partent de nouveau. A la gare, nous nous attendons à être bombardés.

 

Nous partons à 7h1/2 pour Paris. Mon mari très fatigué doit faire une saison à Luchon et cela nous fera du bien à tous surtout à notre pauvre Madeleine qui n’a pas quitté Nancy depuis la guerre. Colette est ravie d’être dans le train. Elle aura trois ans au mois d’août. Quand à Marie-Edouard, nous lui arrangeons un lit dans le filet du wagon où elle dort parfaitement. Il y a Gogo, Yvonne, Madeleine et les deux enfants. Suzanne devait voyager avec nous ainsi que ses deux enfants mais Paul lui a écrit qu’il quittait l’Alsace où il est depuis le commencement de la guerre. Il doit faire un stage à Arches de sorte qu’elle reste à St Amé pour le voir. Elle viendra nous retrouver plus tard.

 

Nous arrivons à Paris à trois heures. Nous sommes très étonnés de n’avoir qu’une heure de retard car on nous dit qu’il y a beaucoup de passage de troupes. Nous traversons Paris de la gare de l’Est à la gare d’Orsay. Nous prenons une chambre à l’hôtel d’Orsay où nous dinons au restaurant.

 

A huit heures du soir, nous nous embarquons pour Luchon. Nous passons par Orléans et nous nous installons pour la nuit. Dans un wagon, il y a Madeleine, Gogo, Yvonne, Colette et Madou ainsi que leur bonne Thérèse. Je suis dans le compartiment voisin avec Alexis.

 

Dimanche 2 juillet 1916

A sept heures du matin, nous arrivons à Toulouse n’ayant guère dormi et à 11 heures à Luchon sans avoir changé de train depuis Paris.

 

 

Nous nous installons dans notre villa qui est très confortable au bout du parc, ce qui est très agréable. Nous jouissons du calme le plus complet car ici nous n’aurons à craindre ni bombardement, ni taubes. Nous n’entendrons plus le canon. Ce sera un vrai repos pour tous

 

 

 



24/06/2016
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