14-18Hebdo

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Journal de la Grande Guerre de quelques ancêtres des familles Farret, Cambon et Broquisse - 40 - Novembre 1917

Olivier Farret – 13-08-2018

 

Le 1er novembre, paraît dans le Mercure de France, un article devenu célèbre de Guillaume Apollinaire, « Comment appeler la guerre actuelle » :

 

« On a commencé à l’appeler « la guerre de 1914 », puis 1915 venant, on dit « la guerre européenne », puis les Américains s’y mettant, on parla de « guerre mondiale » ou de « guerre universelle », ce qui est d’une meilleure langue. « La Grande Guerre » a aussi ses partisans. « La guerre des nations » pourrait réunir des suffrages. « La guerre des races » pourrait se défendre. « La guerre des Alliances » vaudrait la peine qu’on l’examinât, ainsi que « la guerre des Libertés » ou « la guerre des peuples », Mais « la guerre des Fronts » exprimerait peut-être le mieux le caractère de cette lutte gigantesque ».

 

Le 7 novembre, date importante pour les décennies qui vont suivre, la Révolution bolchevique est en marche ; le soviet de Petrograd, contrôlé par Trotski, vote l’ordre de renversement du gouvernement provisoire de Kerenski qui prend la fuite. Lénine rédige un décret du congrès panrusse des Soviets appelant « les gouvernements et les peuples de tous les pays » à s’engager « des pourparlers publics pour la conclusion de la paix ». Il s’en suit une proclamation de Lénine à l’armée russe : « Que les régiments qui se trouvent sur le front élisent des délégués pour entrer en pourparlers avec l’ennemi au sujet de la paix ». Le gouvernement, dirigé par Lénine, prend le nom de Conseil des commissaires du peuple : Trotski est à l’Intérieur et Staline aux Nationalités. (Rémy Porte)

 

En France, l’onde de choc de la Révolution russe commence à se propager dans le pays, notamment dans les usines. Les soldats russes internés à la Courtine commencent à être répartis dans des compagnies de travailleurs, mises à la disposition des armées alliées dans l’arrière-front ou transférées en Afrique du Nord.

 

Le 13 novembre, Georges Clemenceau, 76 ans, est investi de la charge de Président du conseil par le Président de la République : « Clemenceau me paraît, en ce moment, désigné par l’opinion publique, parce qu’il veut aller jusqu’au bout de la guerre, et que je n’ai pas le droit, dans ces conditions, de l’écarter à cause de son attitude envers moi ». (Note du 18 octobre 1917).

 

Son programme est la guerre à outrance ; le général Mordacq est son chef de cabinet militaire. La première intervention de Clemenceau devant la Chambre des députés est approuvée par 418 parlementaires : « Plus de campagnes pacifistes, plus de menées allemandes. Ni trahison, ni demi-trahison ; la guerre rien que la guerre ! »

 

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Georges Clemenceau à la rencontre de la troupe dans les tranchées, Herodote.net

  

 

Depuis la mi-octobre, le 150e RI est sur un front relativement calme, à l’est de Pont-à-Mousson.

 

 

Le 173e RI dont l’un des bataillons est commandé par André Farret, occupe des avant-postes, dans les secteurs des bords de la Seille, au bas des pentes est et nord-est du Grand Couronné de Nancy où les Allemands, sous les yeux de leur Empereur, livrèrent en septembre 1914 de furieux combats qui, croyait-il, devaient lui ouvrir les portes de Nancy.

 

Rappelons que le Grand Couronné est une butte témoin (banc rocheux résistant, vestige d’un vieux massif érodé avec le temps) dans le département de Meurthe et Moselle. Il est bordé par le sillon mosellan à l’ouest et au nord de Nancy. D’une longueur de huit kilomètres pour trois kilomètres de largeur, il culmine à 409 m d’altitude.

 

Le secteur est plus calme qu’à Verdun, mais c’est le guet et des travaux fastidieux pour le poilu et pourtant nécessaires pour le renforcement de nos défenses ou même destinées, - chuchote-t-on- à la prochaine offensive. (Historique du 173e RI).

 

 

Après les durs moments passés en première ligne, le régiment de Jean Broquisse est relevé. Le 319e RI va cantonner quelques kilomètres en arrière du front, avec un repos bien mérité sur des péniches sur la rivière Aisne. Il retrouve son cousin Élie qui est aérostier et promu lieutenant depuis peu :

 

« Il reste observateur au 76e ballon, mais quand il en aura assez, il retrouvera ses chevaux et peut-être le 15e Dragons. Notre entrevue fut comme les précédentes, fort bien employée. On est si heureux de retrouver une parcelle de la famille dans un pareil moment ! Élie m’a procuré « Le Feu », ce fameux bouquin de Barbusse que je recherchais depuis longtemps, livre fort intéressant à mon avis, mais dont je déconseille la lecture aux jeunes filles. « Toujours frère rangeard » direz-vous. Mais quoique j’en aie lu qu’une cinquantaine de pages, ce roman me paraît d’un réalisme quelquefois un peu forcé peut-être, hélas trop souvent vrai. Quand je l’aurai achevé, nous en recauserons. […] » (Lettre à ses sœurs du 10 novembre 1917)

 

Henri Barbusse, engagé volontaire en 1914, à l’âge de 41 ans, tira de son expérience personnelle du front un livre : Le Feu (sous-titré Le Journal d’une escouade). Ce roman obtint le prix Goncourt en 1916. Dédié à ses camarades tombés à ses côtés, ce livre relate l’enfer des tranchées. Henri Barbusse était au Chemin des Dames lors des combats de 1914-1915.

 

Les lettres de Jean Broquisse évoquent le temps d’hiver qui s’installe, avec un soleil bas et des nuits de plus en plus froides, « Mais tout est préférable à la pluie. »

 

Le 29 novembre, Jean Broquisse écrit à ses sœurs : « Le repos amollit les hommes. Par crainte de cet inconvénient, on nous a arrachés hier de nos cantonnements à l’arrière et nous voici de nouveau en ligne. Cette fois-ci, juste à Cra… [Craonne] où se pauvre Henry a fait un si long séjour. Le secteur a l’air tranquille. »

 

 

Le 20 novembre, sur le front nord, Douglas Haig lance devant Cambrai 476 chars Mark IV du Tanks Corps à l’assaut de la ligne Hindenburg, réputée infranchissable. Appuyée par quatorze escadrilles volantes et sept divisions d’infanterie et trois de cavalerie, la percée est réussie mais faute de réserves, les Britanniques ne parviennent pas à l’exploiter. Le bilan humain est terrible : 45 000 morts côté britannique, presque autant côté allemand.

 

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Bataille de Cambrai 20 novembre – 7 décembre 1917. Maquette Lavallée

 

 

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Attaque des tanks britanniques, La Voix du Nord

 

 

Le jeune officier allemand Ernst Jünger, 22 ans, participe à la bataille.

 

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Ernst Jünger (1895 – 1998)

 

 

Comme Maurice Genevoix, Ernst Jünger est un « acteur témoin » de la Grande Guerre du côté allemand. Il évoque dans Orages d’acier des temps de la bataille mêlés d’horreur et de fascination :

 

« À onze heures [du soir] je reçus l’ordre de monter jusqu’à l’ancienne première ligne… Je rassemblai ma compagnie et me mis à sa tête. Il ne tombait que quelques obus isolés, dont l’un éclata devant nous, bienvenue infernale, emplissant tout le lit du canal d’une lourde et sombre fumée. Les hommes se turent, comme saisis à la nuque par un poing de fer, et me suivirent en hâte, butant sur les barbelés et les pierres des décombres. C’est un sentiment sinistre qui s’insinue en vous quand vous traversez en pleine nuit une position inconnue ; l’œil et l’oreille du soldat entre les parois menaçantes de la tranchée, sont mis en éveil par les illusions les plus étranges ; tout est froid et déconcertant, dans un monde maudit….

 

Tout à coup, un mouvement se produisit auprès de la barricade. Des grenades volaient, des coups de fusil claquaient, des mitrailleuses bégayaient. « Les voilà ! Les voilà ! » Nous bondîmes derrière les sacs de sable et tirâmes. L’un de mes hommes, le soldat de première classe Kimpenhaus, sauta sur le sommet de la barricade, dans l’ardeur du combat et tira de là-haut dans la tranchée jusqu’au moment où deux graves coups dans le bras le balayèrent. Je notai son nom et eus la joie de pouvoir le féliciter quinze jours plus tard, quand il reçut la Croix de fer de première classe…

 

L’ivresse semblait avoir déchaîné jusqu’à la folie furieuse la bravoure native d’un adjudant. « Où sont les tommies ? Bande de chiens, rentrez-leur dedans ! Allons-y, qui est-ce qui vient avec moi ? » Dans sa fureur, il culbuta notre barricade et fonça vers l’ennemi, s’ouvrant un chemin à coups fracassants de grenades… Le courage, la vie jetée en enjeu communiquent toujours l’enthousiasme. Nous aussi, nous fûmes saisis d’une folle hardiesse, et, ramassant quelques grenades, nous rivalisâmes d’ardeur à donner, comme lui, une démonstration de furor teutonicus. »

 

 

 

À la suite de sa nomination à la tête du gouvernement, Georges Clemenceau nomme Monsieur Georges Leygues au ministère de la Marine.

 

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Georges Leygues, ministre de la Marine

 

 

Originaire de Villeneuve-sur-Lot, d’une famille bourgeoise de tradition républicaine, Georges Leygues, avocat de formation, a déjà un parcours ministériel important avant la guerre. En 1914, âgé de 58 ans, il s’engage comme capitaine dans les chasseurs alpins, mais il est rapidement rappelé à Paris comme président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des députés.

 

Le 16 novembre 1917, il est nommé ministre de la Marine, poste qu’il occupera jusqu’en janvier 1920. Après la guerre, il sera à nouveau le locataire de l’hôtel de la Marine, place de la Concorde de 1926 à 1933, date de sa mort brutale à l’âge de 80 ans. Reconnu comme un grand ministre de la Marine, il sera à l’origine du Statut Naval en 1920, qui permettra la renaissance de la flotte française entre 1925 et 1940. Son nom a été donné à deux bâtiments de la Marine nationale française. (wikipedia)

 

 

Pierre Farret à bord du Janissaire continue les patrouilles en Méditerranée occidentale, en particulier pour la surveillance des côtes. La guerre sous-marine ne cesse de faiblir, avec « seulement » 289 000 tonneaux coulés en novembre. Le 12 novembre, loyalement, le grand amiral allemand tira à Munich les conclusions de l’affaire : « C’est une grande erreur de croire que les sous-marins doivent suffire pour faire plier l’Angleterre. On trouve toujours, avec le temps, d’efficaces mesures de défense ». (Paul Chack)

 

À Salonique, la 2e division spéciale russe, en position sur les deux rives du lac de Prespa, est fortement ébranlée par les nouvelles de Petrograd. Les officiers sont conspués, molestés par la troupe. Sarrail doit envisager le retrait pur et simple de l’unité mais ses jours sont comptés, Clemenceau, ayant décidé de son rappel en France.

 

Le Président de la République française Raymond Poincaré confie à son journal son amertume au sujet du gouvernement qu’il a nommé douze jours plus tôt : « Toujours aucune nouvelle de Clemenceau ni d’aucun ministre. Je suis tenu de plus en plus à l’écart ».

 

 

Le 29 novembre l’Allemagne et l’Autriche acceptent la proposition d’armistice de Lénine.

 

Le 30 novembre, la 42e division du corps expéditionnaire américain (27 000 hommes) arrive en France. Baptisée Raimbow Division (la Division Arc-en-ciel), elle est constituée de soldats provenant de vingt-six États d’Amérique et du district de Columbia. Le chef d’état-major de la division est Douglas MacArthur, qui en deviendra bientôt le commandant. (P. Christophe Buisson)



14/09/2018
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