14-18Hebdo

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78e semaine de guerre - Lundi 24 janvier au dimanche 30 janvier 1916

 

LUNDI 24 JANVIER 1916 - SAINT THIMOTHEE - 540e jour de la guerre

MARDI 25 JANVIER 1916 - CONVERSION DE SAINT PAUL - 541e jour de la guerre

MERCREDI 26 JANVIER 1916 - SAINT POLYCARPE - 542e jour de la guerre

JEUDI 27 JANVIER 1916 - SAINT JEAN CHRYSOSTOME - 543e jour de la guerre

VENDREDI 28 JANVIER 1916 - SAINT CHARLEMAGNE - 544e jour de la guerre

SAMEDI 29 JANVIER 1916 - SAINT FRANCOIS DE SALES - 545e jour de la guerre

DIMANCHE 30 JANVIER 1916 - SAINTE MARTINE - 546e jour de la guerre

 

Revue de presse

-       Vingt-quatre de nos avions lancent 130 obus sur les gares et les casernes de Metz

-       Contre-attaque allemande à l'est de Neuville-Saint-Vaast repoussée avec de lourdes pertes

-       L'empereur d'Autriche serait gravement malade

-       Les Autrichiens ont-ils pris Scutari ?

-       La défaite turque au Caucase - La forteresse d'Erzeroum est à la merci des Russes - La fuite des troupes turques en déroute

-       La Chambre anglaise discute le blocus de l'Allemagne

-       En Artois et en Argonne la lutte d'artillerie et de mines se poursuit

-       En Suisse - Les manifestations antiallemandes - De nouveaux incidents se sont produits à Lausanne

-       Le zeppelin a fait à Paris douze morts et une trentaine de blessés

 

Morceaux choisis de la correspondance

En lisant l’article de Wells j’ai été navrée de voir qu’il annonçait la fin de la guerre pour 1917 ou 18.

24 janvier - ELLE.- Le jeune sous-lieutenant qui t’a écrit est certainement Marcel Perrin. On l’avait en effet annoncé disparu au début de la guerre, mais ce n’a été qu’une erreur d’un moment, et depuis d’ailleurs il a obtenu des grades comme tu le vois par sa lettre. Sa mère en est très fière.

 

Il paraît qu’on parle à Cornimont en très mauvais termes de Pierre Mangin, qui se serait fait payer pour la nuit pendant laquelle sa maison a été ouverte par des officiers 500 fr. de dommages et intérêts + 40 fr. de chauffage. Tu avoueras qu’il abuse vraiment et qu’il mériterait qu’on l’envoie un peu sur le front. Il paraît aussi que l’autre jour devant les associés il vous a traités de poires, Georges Humbert et toi, parce que vous avez refusé vos appointements. J’aime mieux en effet perdre 15 ou 20 000 francs s’il le faut mais ne pas être un goujat comme lui. Voilà ma petite femme qui s’emballe, diras-tu, elle ne changera donc jamais, et la sympathie qu’elle n’a jamais eue pour le Sieur ne semble pas faire de progrès. Un peu de charité s’il vous plaît dans vos propos et vos jugements.

 

Camille Biesse est à Thiéfosse pour deux jours. Il doit y rencontrer Victor en permission. Le 20e corps est toujours en repos autour de Nancy ce qui permet au jeune ménage Michaut de se voir souvent. Si nous avions cette chance, nous ne serions pas si malheureux de la longue durée de la guerre. En lisant l’article de Wells j’ai été navrée de voir qu’il annonçait la fin de la guerre pour 1917 ou 18, et me suis dit qu’on voyait bien que c’était un Anglais, il disait cela avec un flegme vraiment déconcertant.

 

Bonnes tendresses de ta Mi. Je reçois les photos de Reutlinger. Elles sont jolies, mais je ne t’y retrouve pas très ressemblant, il y a quelque chose dans le regard que je ne reconnais pas.

 

24 janvier - LUI.- Je reçois ta bonne lettre du 20 courant. Tu ferais peut-être bien d’envoyer un peu plus à Mr le Curé de Cornimont. Evidemment ses œuvres doivent un peu péricliter pendant la guerre. Quant au maire, il doit régler ceux qui ont logé des troupes. C’est très régulier et d’ailleurs ce n’est pas la commune qui paie mais l’Etat. Par conséquent, il a tort de ne pas donner d’indemnités à ceux qui les méritent. Evidemment, nous, nous ne réclamerons rien, nous pouvons bien loger des officiers pour rien, d’autant plus que notre maison n’est pas à nous, mais il y a des pauvres gens pour qui le logement des troupes nécessite quand même certains frais et qui méritent de toucher quelque chose.

 

Nous avons eu hier un petit banquet. Nos camarades de l’artillerie divisionnaire qui s’en vont après-demain nous réunissaient et nous les réunirons demain. On avait invité Mlle Canton Bonan et le maire de Vauxbuin, qui est très bien et très comme je crois. Il est d’ailleurs resté depuis le début de la guerre à Vauxbuin, a manqué être fusillé par les Allemands et a reçu la croix de guerre. Il nous a beaucoup intéressés en nous racontant les fameuses journées de septembre 1914, l’arrivée des Allemands d’abord marchant sur Paris, leur hâte à faire de suite des tranchées en arrière de Soissons puis enfin leur départ vers le 12 septembre et l’espoir des pauvres gens de Vauxbuin d’être enfin complètement délivrés. Notre commandant n’était pas là. Il remplace le colonel qui vient de partir et a dû bien regretter de ne pas être avec nous. On prétend qu’il va nous quitter définitivement. Ce sera encore dommage car au fond c’était un bien brave homme. Comme je te le disais dans une de mes dernières lettres, on bouleverse pas mal de choses ici. Le bruit court que nous allons partir aussi.

 

Envoie-moi la photo du Kronprinz quand tu en auras l’occasion. J’aimerais te voir en robe de piqué blanc, le cou nu (je penserai à des folies), dire qu’il y a déjà quinze jours que je t’ai quittée ma pauvre Mi. Je suis content d’apprendre que tu te reposes bien et que nos chéris sont sages et vont bien.

 

J’ai reçu une bonne lettre de Maurice. Donne-moi son adresse. Est-ce que Cheniménil remarche ?

 

Que la guerre dure encore deux ans, c’est impossible, où trouverait-on l’argent ? Impossible de recommencer dans les mêmes conditions un autre hiver car tout le monde en sera las.

26 janvier - LUI.- J’ai reçu ta bonne lettre du 22 et suis heureux des bonnes nouvelles que tu m’y donnes de toi et des enfants. Entendu pour les actions de Gafsa et le certificat de St Gobain. Je ne reviens pas sur la question de Docelles, que je m’étais reproché d’ailleurs de soulever. Tu l’as bien vu à la fin de ma lettre.

 

J’ai reçu une lettre des Héritiers, qui convoquent les associés pour une autre réunion le 3 mars à Paris. Il paraît qu’il faudra la présence d’un notaire pour faire quelques modifications aux statuts. Je pense qu’il s’agit des nouvelles lois votées dernièrement mais évidemment on ne peut pas parler de cela par écrit. J’ai chargé Paul de m’y représenter.

 

Ne crains rien pour les 75. Je ne pense pas d’abord que nous prenions l’offensive car cela coûte trop cher et je commence à croire qu’on ne viendra à bout des Boches que par leur épuisement. Mais, même si on prend l’offensive et s’il est vrai que les 75 vont en général plus en avant que les 95, ils peuvent aussi mieux se défendre à cause de la rapidité de leur tir et par conséquent ne risquent guère plus. D’ailleurs nous n’avons pas encore nos 75. On nous a bien dit que nous les toucherions avant le 1er février mais nous ne voyons encore rien venir.

 

Je comprends que ton frère Georges soit un peu pessimiste. C’est tout naturel mais ne crois pas ma Mi que la guerre veuille encore durer deux ans. C’est impossible. Où trouverait-on l’argent ? Si cela dure, on prendra des mesures plus énergiques pour le blocus. On prétend que les Anglais commencent déjà. En tout cas je ne crois même pas possible que nous recommencions dans les mêmes conditions un autre hiver. Tout le monde en sera las et en particulier ton Geogi qui voudrait retrouver sa Mimi et ses chéris.

 

Ce peintre automobiliste veut absolument faire notre portrait après la guerre. J’espère qu’il fait mieux le portrait que le paysage, car ce serait terrible. Mais que la fin de la guerre arrive et après on sera si heureux qu’on ne pensera plus à tout cela.

27 janvier - ELLE.- Tu as une bien vilaine petite femme qui n’a pas trouvé le temps de t’écrire ces deux jours. Mardi nous avons eu tante Anna et Yvonne qui sont arrivées la veille au soir, retour de Saulxures. Pensant avoir le temps de t’envoyer ma petite lettre habituelle le soir, je n’ai pas écrit en leur présence, mais Jeanne Prononce est arrivée à 3 heures et est restée jusque 6 passées. Tante Anna a pris le train de 4 heures.

 

Le même jour j’avais reçu un mot de Madame Bodenreider s’annonçant pour le lendemain. Elle est arrivée en effet dès neuf heures (je n’étais pas encore prête), son beau-père l’a déposée en allant à Moyenmoutier et je suis allée la reconduire à 3 heures à Pouxeux pour reprendre son train.

 

En rentrant de Pouxeux j’ai juste eu le temps de m’installer sur ma chaise longue, de goûter, et j’allais prendre mon papier à lettres quand arrive Monsieur Galin, ce peintre automobiliste dont je t’ai parlé. Il est renvoyé à l’arrière, ayant 45 ans et remplacé par un plus jeune et il avait eu la gentillesse de s’arrêter entre deux trains pour nous faire ses adieux et apporter à Maman une petite toile représentant un coin de son pays. Il est très gentil comme ami, mais grand Dieu je n’aime pas sa peinture et il nous a pris en si grande affection les enfants et moi qu’il veut absolument faire notre portrait après la guerre. J’espère qu’il fait mieux le portrait que le paysage, car ce serait terrible. Mais que la fin de la guerre arrive et après on sera si heureux qu’on ne pensera plus à tout cela. Mais tu vois que toutes ces visites, qui auraient été si agréables disséminées dans plusieurs semaines, arrivant toutes en 48 heures m’ont absorbée et pris tout mon temps, et j’étais si fatiguée le soir que je n’avais qu’un désir, c’était de ne plus rien faire. Tu vois que je ne suis encore pas bonne à grand’chose. Quelle misère.

 

Je n’ai pas bien pu lire dans ta lettre le nom du nouvel endroit où vous allez vivre. Tu seras un amour quand tu seras fixé de me l’écrire lisiblement.

 

J’ai écrit à Reutlinger pour lui demander s’il n’aurait pas un cliché non retouché à m’envoyer. Ils t’ont enlevé toutes les rides, agrandi les yeux, tant et si bien que ce n’est plus mon Geogi comme je l’aime, mais un monsieur que je ne reconnais presque pas.

 

28 janvier - LUI.- Je reçois tes deux bonnes lettres du 23 et du 24 et je constate avec plaisir que ma Mi m’écrit presque tous les jours. Seulement je reçois toujours deux lettres à la fois. J’aimerais mieux que la poste fût plus régulière.

 

Rassure-toi ma Mi sur mon état de santé. D’abord je n’ai plus eu de vertiges. Je ne fume pas trop et me limite. Quant au vin, je n’en bois évidemment qu’aux repas et ne bois rien entre mes repas et même aux repas j’en bois peu. Quand je dîne à l’Observatoire, j’ai une petite bouteille qui contient deux verres. Ce n’est donc pas exagéré.

 

Pour vos prix de revient, si vos deux machines marchent ce sera évidemment difficile de faire la part de charbon prise par chaque fabrication. Vous ne pouvez pas évidemment faire la même sorte en même temps sur les deux machines, mais vous pouvez un peu vous baser sur les résultats moyens que vous aurez obtenus avec une seule machine sur certaines sortes que vous faites actuellement. En tout cas je vous engage quand même à noter la consommation de houille. Quand je reviendrai, je vous montrerai comment on pourrait quand même s’en tirer, moins sûrement évidemment qu’avec une seule machine mais d’une façon suffisamment approximative. Ne vous étonnez pas des résultats que vous trouverez pour la consommation de houille. Vous ne pouvez avoir une consommation moyenne que sur un grand nombre d’expériences comme je vous l’ai déjà expliqué. Mais en tout cas le chiffre donné par l’oncle Henry est faux. Et de plus je crois que l’usine est mal organisée au point de vue vapeur. Quand Georges reviendra, Maman pourra lui parler de la solution que préconisait pour les papeteries ce jeune capitaine de la Savoie, solution qui m’a l’air très logique : transformation électrique de l’usine, l’électricité fabriquée par une machine à vapeur, la vapeur sortant de cette machine au lieu d’aller au condenseur allant dans la sécherie. Je crois que ce doit être économique.

 

Pour tes envois, n’envoie rien en ce moment à Villers-Cotterêts. Comme nous pouvons partir d’un jour à l’autre, ce serait dommage de laisser du foie gras à Villers-Cotterêts. Mais d’ailleurs ne pourrais-tu me l’envoyer directement sans passer par le dépôt.

 

Si P. Mangin s’est fait payer une pareille somme c’est tout simplement honteux. Tu vois que pour une fois je suis d’accord avec toi. J’espère bien que tu n’as rien demandé. Vois-tu, il vaut mieux. Quant à ses appréciations sur la question appointements, laisse dire, il ne faut pas s’en occuper.

 

Je voudrais bien être à la place d’Edouard Michaut qui a la chance de voir sa femme très souvent. Car c’est bien ennuyeux, n’est-ce pas Mi, d’être ainsi séparés pendant nos belles années de jeunesse. Enfin l’essentiel est que tu ailles bien et que ton régime te fasse du bien. Donne-moi des nouvelles et donne-moi aussi des nouvelles des chéris que j’embrasse avec toi de tout mon cœur. Ton Geogi.

 

Ma petite Mi, les chaussettes que tu m’as fait faire sont beaucoup trop épaisses et me donnent des engelures. Ne pourrais-tu pas m’en faire faire ou m’en acheter de plus fines en coton.

 

Le fameux photographe opère au magnésium. De plus il trouvait que j’avais le regard trop dur. Enfin je voyais que cela traînait et qu’il fallait toujours modifier ma position et, pendant ce temps-là, Pathé m’attendait. Voilà bien des choses qui expliquent que je ne sois pas très ressemblant. En tout cas, si jamais tu vas à Paris, profites-en aussi pour te faire photographier, que nous ayons nos deux portraits de guerre et n’oublie surtout pas de m’envoyer la photo.

 

J’écris à Marcel Perrin. Tant mieux qu’il n’ait pas été tué car c’est un gentil garçon.

 

Ta petite femme qui était si heureuse de s’asseoir sur tes genoux pour friser ta moustache à son gré. Si seulement on pouvait recommencer bientôt.

29 janvier - ELLE.- Je ne pourrai t’envoyer la photo demandée (jeune fumeuse de 18 ans) avant quelque temps car elle est à Cornimont, avec toutes sortes d’autres papiers, de lettres, etc., dans la petite armoire près de mon lit, fermée à clef. Je ne veux pas charger Pauline d’aller remuer tout cela et il faudra attendre que je ne suive plus ma prescription de repos complet pour que je retourne à Cornimont. D’ailleurs, tu sais, cette photo n’a rien d’artistique autant que je m’en souviens et tu seras bien déçu en la voyant.

 

T’ai-je dit dans ma dernière lettre que Poincaré est venu à Saulxures dimanche et a traversé à pied tout le village, distribuant des croix et médailles au 152. Je crois que le brave Paul Boucher espérait obtenir quelque chose. D’après l’air furibond de l’oncle Henry, la mine dépitée de tante Anna, nous l’avons deviné. Tante Anna était amusante : « On ne lui a fait aucun accueil au président, pas un cri, pas un geste, il marchait devant les troupes dans un silence absolu, serrant la main des officiers. Il est laid d’ailleurs avec sa petite casquette de chauffeur, son manteau à pèlerine, et au cou on voyait une ligne rouge qui dépassait et qui devait être un foulard ». J’ai fait remarquer à T. Anna que ce ne devait pas être un foulard mais un grand cordon d’un ordre quelconque, que Poincaré n’aurait pas le mauvais goût de porter un foulard rouge. Enfin tu vois, quand on est déçu, on cherche toujours à amoindrir les autres. En attendant, je voudrais bien qu’on décore Paul.

 

Nos enfants sont tout à fait remis, ils sortent tous les jours et nous avons un mois de janvier très bon, temps doux et soleil qui est excellent. Maman me pousse à aller à Arcachon, craignant l’humidité de février et mars qui amène toujours les grippes, un changement d’air devant faire du bien à tous. Je m’y déciderai peut-être, et au passage à Paris nous irions Robert et moi revoir notre docteur. Il prétend qu’il veut refaire de moi une femme forte, espérons-le. En attendant je suis toujours la même, sur ma chaise longue je me sens bien, mais le moindre effort me tue. Je me demande ce que je deviendrais si j’étais une pauvre femme obligée de travailler. Je puis remercier le ciel de m’avoir donné tout ce que j’ai, un délicieux mari qui ne me donne que de la joie, des diables d’enfants dont je suis fière malgré leurs petits défauts, une Maman qui me gâte et une situation qui me permet de faire ce que je veux. Je le dis toujours, si j’avais une belle santé ce serait le bonheur parfait, et c’est impossible.

 

Toi mon chéri, soigne-toi, rationne les cigarettes. Au fait, tu ne m’as pas donné de nouvelles de la jolie moustache. Penses-tu à la retrousser d’une façon harmonieuse en pensant à ta petite femme qui était si heureuse de s’asseoir sur tes genoux pour la friser à son gré. Mon Geogi, si seulement on pouvait recommencer bientôt. Je t’aime de tout mon cœur. Ta Mi.

 

30 janvier - ELLE.- Je t’envoie de suite l’adresse de Voinson, 11e génie Section de projecteurs, Secteur postal 89. Maurice, Capitaine état-major de la 127e brigade, secteur 120. Voilà la commission faite. Voinson m’écrit qu’au pays les portes des logements seront trop basses pour la rentrée de ces braves poilus… ils se vantent tous un peu trop.

 

Maman, Thérèse et André sont allés aujourd’hui déjeuner chez Gustave. J’ai invoqué une grippe pour ne pas interrompre mon régime de repos. Il m’arrive assez souvent des visites qui me forcent à quitter ma chaise longue et comme le Dr a encore insisté dans sa dernière lettre sur le repos complet, je préfère suivre ses prescriptions. Il paraît que Paul était plein du sujet de la réunion des H.G.P. où notre Sieur s’est montré en dessous de tout donnant des chiffres quelconques, et à la fin de la discussion disant « au fait, ne tablez pas sur les chiffres que je vous ai donnés, car je ne suis sûr de rien ». Enfin Paul, en bon frère, trouvait qu’on voyait bien que tu n’étais pas là pour donner des précisions. Naturellement Jeanne avait mis les petits pots dans les grands et fait un dîner bien trop fin et important.

 

Thérèse et Marie vont venir dîner ce soir et nous ferons une partie de bridge, ceci pour flatter mon vice. Ma pauvre Maman cherche toujours à me faire plaisir et à me gâter.

 

Et toi, mon adoré chéri, que deviens-tu ? Voici le 1er février, avez-vous vos 75 et des ordres de départ. Le régiment de Paul Boucher a quitté nos environs et a réintégré la vallée alsacienne, on y a versé des dragons pour le reconstituer.

 

Je t’envoie, mon petit chéri nos meilleures tendresses. Ta Mimi.

 

30 janvier - LUI.- Je reçois ta bonne lettre du 27. Tu as fort bien fait de ne pas m’écrire si tu étais fatiguée. Tu m’écriras deux jours de suite en compensation car tu sais que je suis toujours très heureux de lire tes chères lettres et que c’est pour moi le meilleur moment de la journée. Seulement, ma petite Mi, tâche de faire le moins d’infractions possibles à ton régime et, si l’on te recommande de te reposer, ne fais pas d’auto. On te demande un mois de sacrifices. Voyons ma Mi ce n’est pas exagéré. Je ne te gronde d’ailleurs pas, tu le sais bien et pour te consoler de cette petite réprimande je t’embrasse et j’embrasse tout ton petit corps chéri de toutes mes forces.

 

Le bruit court que nous partons définitivement dans la nuit de mardi prochain. Pour où ? On parle de Fismes ou de Reims, en tout cas malheureusement pas dans les Vosges ou en Alsace, où je serais si content de terminer la guerre pas trop loin de vous. Si nous partons mardi, je serai quelques jours sans t’écrire. Ne t’inquiète pas mais ce qui me navre c’est que je vais être probablement privé de tes nouvelles pendant quelques jours. Mais je ne croirai à notre départ que lorsque nous partirons réellement. On nous avait déjà dit que nous toucherions des 75 sûrement avant le 1er février et nous ne voyons rien venir. Il y a souvent des nouvelles qui circulent et qui ont besoin d’être confirmées.

 

Ton fameux peintre m’amuse. Tu me permettras de te dire que je crois que ce sont plutôt tes grâces qui l’attirent que celles de nos enfants. Je suis fier d’avoir une femme adulée de tout le monde. Tu vois que je te taquine.

 

Et nos chéris, que deviennent-ils ? Notre Dédé travaille-t-il bien ? Lui donne-t-on toujours des problèmes aussi compliqués ? Pauvre Dédé, c’est bien difficile à comprendre pour son âge. Je suis ravi que notre sœurette prenne goût au piano. Je l’avais d’ailleurs déjà remarqué pendant ma permission. Je me réjouis de vous entendre jouer à quatre mains après la guerre. Te rappelles-tu nos petites séances à Cornimont. Quel bon temps et comme je désire qu’il revienne vite. Notre petit Robert va tout à fait bien me dis-tu et j’en suis ravi. Embrasse-les bien fort pour moi.

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 30/01/1916 (N° 1310)

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Le taube est passé

On fera le compte de ces assassinats de civils, de vieillards, de femmes, d’enfants, commis par les aviateurs allemands. Le dessin que nous publions est symbolique : partout, quand le taube, l’aviatik ou le zeppelin ont passé, les effets de leur passage ont été les mêmes : des innocents sont tombés, atteints par les bombes jetées par les hommes du Kaiser. Quand les aviateurs allemands, du haut des airs bombardèrent Amiens, quand ils bombardèrent Dunkerque, ce sont des femmes et des enfants en majorité qui succombèrent sous leurs projectiles. En Angleterre, dans leurs randonnées, les zeppelins ne tuèrent que des civils. A Bailleul, un zeppelin, au printemps dernier, jeta dix-neuf bombes. L’une d’elles anéantit une maison ouvrière et tua trois femmes dont une octogénaire. Une autre, tombée dans une maison, projeta à travers la rue sur une plate-forme d’un immeuble voisin, un berceau dans lequel se trouvait un enfant de quelques mois, qui fut tué sur le coup. Ces jours derniers, deux taubes ont jeté huit bombes sur Saint-Omer. Deux petits garçons qui se rendaient à l’école furent blessés grièvement. Ailleurs, une bombe tomba dans une maison où le père, la mère et l’enfant étaient tranquillement à table. Le père et l’enfant furent blessés, la mère tuée sur le coup. Nous pourrions citer maints et maints autres traits de la barbarie des assassins de l’air. On les a vus, passant au-dessus de villages où ne se trouvait aucune force ennemie, jeter leurs bombes incendiaires sur des fermes, pour le seul plaisir de détruire, et tuer de pauvres paysannes sans défense, pour le seul plaisir de massacrer. Ils appellent cela faire la guerre !

    

   

  

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Funérailles de soldats français en Albanie

Après le passage des montagnes dans des conditions extrêmement pénibles, dues aux rigueurs de l’hiver, au manque d’abris et de ravitaillement, après avoir risqué leur vie plus d’une fois, quatre de nos compatriotes, un officier et trois soldats, ont trouvé la mort à Scutari. Tous les officiers français de toutes les missions, tous les Français venus de Serbie pour regagner la France, ainsi qu’un grand nombre d’officiers et de soldats serbes, suivirent le convoi funèbre jusqu’au cimetière catholique. Les trois cercueils furent portés par les soldats français. On célébra également les obsèques du capitaine Fallot, de la mission médicale militaire. Le capitaine Fallot était très connu par tous les Français et les Serbes pour le dévouement dont il fit preuve durant la terrible épidémie de typhus, qui fit tant de ravages, l’année dernière, dans les rangs de l’armée serbe et la population civile. Aussi, sa mort plongea-t-elle dans la consternation tous ceux qui le connaissaient. Ses funérailles furent imposantes : le prince héritier de Serbie, représenté par un aide de camp ; les généraux et officiers supérieurs serbes, le gouverneur monténégrin de Scutari et les officiers monténégrins représentant le gouvernement, les officiers et soldats français accompagnèrent au cimetière catholique l’infortuné officier. Les honneurs furent rendus par une compagnie serbe et la musique de la garde royale. Une foule immense suivit le cortège funèbre. Le colonel Fournier, attaché militaire de France, et M. Boppe, ministre de France, prononcèrent des discours, que l’assistance recueillie écouta avec la plus profonde émotion.

 

 

   

Les instantanés de la guerre (photos)

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Sur une route aux environs de Salonique

Une route faite à travers champs près de Salonique

Le chauffeur du généralissime prend un cliché officiel

Les arbalétriers des tranchées

Frontière d'Alsace - La remise des décorations par le général Joffre

Frontière d'Alsace - Le Généralissime s'entretient avec le général D.

La pharmacie de l'ambulance

Dans les Vosges - Corvée déblayant la neige des rues

Frontière d'Alsace - Le général Joffre salue les troupes qui défilent

Blessés à l'abri dans la tranchée

 

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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Arrivée des troupes australiennes en Egypte

En Egypte - Le camp des troupes australiennes devant les Pyramides

Sur une route serbe

En Serbie - L'exode dans la neige

Types de soldats réguliers albanais

En Serbie - Les officiers allemands circulent à cheval sur les trottoirs

Spahis marocains - La garde du fanion

Entrée des Bulgares à Nisch

Troupes grecques quittant Salonique

Débarquement de troupes à Salonique

 

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • Metz - Bombardement de Metz
  • Autriche - L'empereur d'Autriche serait gravement malade
  • Paris - Zeppelin à Paris
  • Politique - Poincaré à Saulxures
  • Soldat - Les poilus se vantent en rentrant au pays
  • Aviation - Le taube est passé (LPJ Sup)
  • Funérailles de soldats français en Albanie (LPJ Sup)
  • Allemagne - Le Kaiser - Ses maladies (LPJ Sup)
  • Les instantanés de la guerre (Photos dans LPJ Sup)
  • Conseils pratiques - Mariage - Faut-il autoriser les jeunes gens fiancés avant août 1914 à se marier pendant la guerre (LPJ Sup)
  • Religion - Fête religieuse - Conversion de Saint Paul - 25 janvier


22/01/2016
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