14-18Hebdo

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74e semaine de guerre - Lundi 27 décembre 1915 au dimanche 2 janvier 1916

 

LUNDI 27 DECEMBRE 1915 - SAINT JEAN APOTRE - 512e jour de la guerre

MARDI 28 DECEMBRE 1915 - SAINTS INNOCENTS - 513e jour de la guerre

MERCREDI 29 DECEMBRE 1915 - SAINT THOMAS DE CANTORBERY - 514e jour de la guerre

JEUDI 30 DECEMBRE 1915 - SAINT LIBERE - 515e jour de la guerre

VENDREDI 31 DECEMBRE 1915 - SAINT SYLVESTRE - 516e jour de la guerre

SAMEDI 1er JANVIER 1916 - CIRCONCISION - 517e jour de la guerre

DIMANCHE 2 JANVIER 1916 - SAINT NOM DE JESUS - 518e jour de la guerre

Revue de presse

-       Le paquebot Ville-de-la-Ciotat a été coulé sans avis préalable par un sous-marin en Méditerranée

-       En Mésopotamie - Un bastion perdu et repris par les Anglais

-       Les Allemands ont peur des Etats-Unis

-       Le cabinet anglais délibère sur le Service obligatoire

-       Des combats sont engagés au sud du Pripet et en Galicie

-       Attaques autrichiennes repoussées sur le front italien

-       Une lettre du président de la République aux officiers et aux soldats de France

-       La situation est chaque jour plus pénible au Monténégro

-       Nancy bombardée - 2 tués - 7 blessés

-       Le "Persia" coulé - Il y aurait 200 morts

Morceaux choisis de la correspondance

Enfin je pourrai t’embrasser autrement que sur le papier ou à travers 400 kilomètres. Les baisers ne valent rien du tout après avoir fait tant de chemin.

27 décembre - ELLE.- Plus que huit jours et tu arriveras. Je n’ose encore trop me réjouir craignant toujours une déception au dernier moment. Les Allemands pourraient tenter une attaque sur votre front et les permissions seraient supprimées comme elles le sont en ce moment en Alsace. Mais néanmoins je compte les jours et presque les heures qui me séparent encore de toi. Enfin je pourrai t’embrasser autrement que sur le papier ou à travers 400 kilomètres. Les baisers ne valent rien du tout après avoir fait tant de chemin. Qu’en dis-tu, mon chéri ? Tu vois que ta femme continue à être follette. Quoique le poids des ans commence à se faire sentir, elle veut redevenir jeune et belle pour plaire à son Geogi aimé.

 

Nos enfants que j’avais cru guéris hier ont de nouveau toussé énormément cette nuit. Nous les avions sortis cinq minutes hier pendant que le soleil donnait, est-ce cette expérience qui a donné un si mauvais résultat ?

 

André Bertin est blessé, il a fait savoir à ses parents qu’il arrivait hier soir à Epinal par un train sanitaire. Il est blessé à la mâchoire et au bras, paraît-il. Il aurait dit aussi que les combats en Alsace cette semaine étaient un vrai enfer. Quand et comment tout cela finira-t-il ?

 

Nous avons eu ce matin la visite de Mr Schwindenhammer et de Thérèse. Mr Schwind. venait demander du sulfate d’alumine, il allait être forcé d’arrêter, car il n’en trouvait nulle part. Maman est très fière car elle en a au moins pour un an, mais elle s’est bien gardée de le dire et a juste cédé ce qu’on lui demandait. Mr Schwind. ne l’a aidée en rien depuis qu’elle remarche. Combien de fois lui a-t-elle déjà demandé quelque chose, il a toujours répondu qu’il n’en fabriquait pas ou qu’il n’en avait pas. Mais naturellement elle n’a pas voulu refuser et, quand elle lui a dit son prix, Mr Schwind. n’en revenait pas, ce que Maman a payé 25 vaut maintenant 36 fr. Voilà déjà plusieurs fois que Maman a vu qu’elle avait bien réussi dans ses achats et cela lui fait grand plaisir.

 

Au moment de fermer ma lettre, je reçois la tienne du 24. Tu vois que nous sommes aussi fous l’un que l’autre. J’ai déjà choisi une chambre où nous aurons un fourneau sous notre direction pour donner la température que nous voulons, sans attendre que tu me donnes cette bonne idée.

 

Là-dessus, chéri, je vous embrasse.

 

Marie Krantz me charge de te dire mille choses.

 

27 décembre - LUI.- Je reçois ta lettre du 25 et j’ai pensé à vous à la Veillée de Noël. J’avais pensé aller à la messe de Minuit, car il y en avait une à Vauxbuin à 3 kilomètres des boches, mais j’avais pris la garde la veille et, bien que ce ne soit pas fatigant, à onze heures du soir j’avais tellement sommeil et il faisait si froid dans ma chambre que je me suis couché. Vous n’avez pas eu non plus, me dis-tu, une nuit de Noël bien agréable avec ce malheureux accident dont tu me parles. Vous avez eu de la chance de pouvoir passer si tard avec votre blessé en auto. J’espère que tu ne t’es pas refroidie, si j’avais été là, j’aurais pu faire le chauffeur et t’éviter cette fatigue. Mais en t’emballant bien, tu as bien fait de conduire ce pauvre gamin au docteur et j’espère qu’il ne lui en restera rien.

 

Notre bon Dédé sera en effet à l’école pendant mon séjour mais, de temps à autre, j’irai demander à sa maîtresse la permission de l’après-midi, surtout s’il fait beau, que nous puissions un peu nous promener avec nos chéris. Les deux autres prennent toujours leurs leçons avec Mademoiselle Renard. Puisque tu recommences à faire travailler notre petit Robert, c’est qu’il va mieux et que la coqueluche est passée complètement.

 

Tu dis que ma dernière lettre te montrait un peu d’ennui et d’agacement. Que veux-tu ma Mi, on n’est pas toujours de bonne humeur et, le jour où le commandant m’a dit qu’il était dans l’obligation de me faire attendre pour ma permission, j’étais très franchement ennuyé. Mais tout cela est passé maintenant et je suis au contraire d’excellente humeur à la pensée que dans huit jours à cette heure-ci je serai avec toi au fumoir probablement et te dirai toutes sortes de tendresses et de paroles d’amour. Tu me disais que tu viendrais peut-être me chercher à Epinal si je manquais le Dijonnais. J’en serai ravi mais à la condition qu’il fasse très beau, sans cela ne fais pas d’imprudences.

 

As-tu pensé à m’acheter des chaussettes ?

 

28 décembre - Georges Garnier (Nancy) à Georges Cuny, son cousin.- Puisse bientôt la seule clôture admissible de cette guerre : la victoire intégrale, absolue, de notre admirable pays nous rassembler tous, bien portants. Nous autres de l’arrière qui ne voyons rien, qui ne savons rien, qui ne faisons rien que de petites besognes sans beauté parce qu’à la différence de l’épopée que vous autres, du front, vivez chaque jour et chaque nuit, elles sont sans périls, vraiment nous n’avons guère le cœur à prendre la plume mais ce n’est pas à dire que nous ne pensions pas à vous, pour beaucoup vous aimer, beaucoup vous admirer et aussi, pourquoi ne pas l’avouer, puisque c’est vrai ?, un peu tout bas, vous envier. Car après la Victoire c’est avec de magnifiques moissons de souvenirs, de quoi illuminer toute une existence, que vous reviendrez jouir d’un repos bravement gagné. Nous autres, culs de jatte, de l’arrière, nous marinons à perpétuité dans la médiocrité d’un horizon gris et terne dont le dégoût, c’est mon cas aujourd’hui, nous prend assez souvent et nous fait ardemment regretter de ne pouvoir nous aussi jouer rôle d’acteurs effectifs dans ce drame où la vie de la France est en question.

 

C’est vraiment du bonheur qui nous est volé et qui, hélas ! ne reviendra pas, puisque les années passent et ne se redoublent pas.

29 décembre - ELLE.- Quoique tu doives venir bientôt je veux que tu reçoives pour le premier de l’an mes vœux très affectueux et un baiser très tendre de ta femme qui t’aime tant, mon chéri aimé et qui déplore ton absence, car c’est vraiment du bonheur qui nous est volé et qui, hélas ! ne reviendra pas, puisque les années passent et ne se redoublent pas. Moi qui n’ai en somme pas souffert de la guerre autrement qu’en étant séparée de toi, je hais les Allemands d’être ainsi cause de ma peine et de m’avoir pris mon chéri pendant si longtemps. Que serait-ce s’ils me l’avaient enlevé tout à fait ?

 

Mais il ne faut pas toujours penser à ce qu’il peut arriver de malheureux, surtout en ce jour où il faut au contraire se souhaiter beaucoup de bonheur, de joies multiples, une bonne santé pour toi, pour moi et nos petits et avec la fin de la guerre et la Victoire nous serons de nouveau réunis et heureux.

 

Noëlle est en train d’écrire, mais avec lenteur et distractions, aussi je la prie de se dépêcher et Robert ajoute : « Tu peux bien t’habituer à écrire parce que quand tu seras grande, quand il y aura une autre guerre, si ton mari a acheté une usine, tu seras bien forcée d’écrire beaucoup de lettres et d’aller voir les ateliers ». Noëlle répond : « Pas du tout, je ne ferai pas comme Grand’mère, je fermerai l’usine - Oui, mais elle sera toute abîmée - Mais non, parce que je ferai venir les ouvriers chaque huit jours pour bien nettoyer et frotter ».

 

Dédé passe ses journées dehors mais hier il a été privé de ses galopins, car il avait été impoli avec Marie Ehling qu’il avait appelée prussienne. Les gamins restaient en dehors du jardin et appelaient tout le temps leur ami André. Ils étaient aussi punis que lui. Ce matin, ils avaient rendez-vous pour 9 h 10, je ne sais pourquoi André avait ajouté les 10 minutes. Il fait le commandant avec tout son petit monde, mais à part les mots peu choisis qu’il en rapporte, cela lui fait du bien de galoper et courir avec des enfants. Ce matin il est allé à la gare avec Maman qui a reçu de la houille.

 

Nous irons à Epinal demain Maman et moi et je ferai mon possible pour aller à Remiremont vendredi, car je voudrais avoir un laissez-passer pour toi pour aller en auto pendant ton séjour pour que tu n’aies pas d’ennui. On en donne très facilement aux officiers en permission qui ont des autos.

 

29 décembre - Mailliary (Ingénieur principal au Mines de Blanzy - Montceau-les-Mines, Mines de Houille de Blanzy) à Georges Cuny.- Depuis mon retour à la vie civile, j’ai été tellement absorbé par le travail intensif que nous fournissons que je n’ai pas trouvé un instant pour me rappeler à votre bon souvenir. Dans la mine, nous travaillons à poste prolongé, même les dimanches. Les demandes de charbon sont tellement nombreuses que l’on ne peut les satisfaire toutes. Depuis un mois, on nous envoie des ouvriers mobilisés qui avant la guerre étaient mineurs dans le Nord, le Pas de Calais et qui actuellement se trouvent dans des dépôts et même sur le front. C’est que nous avons eu une crise de main d’œuvre et pendant longtemps nous étions obligés de recruter des ouvriers de toute nationalité dont la plupart ne s’acclimataient que difficilement. On en est arrivé maintenant à nous donner des soldats, mineurs de profession. Nous remontons donc notre production à un chiffre qui va bientôt dépasser celui du temps passé. Tout cela ne nous empêche pas d’usiner des obus, comme d’ailleurs tous les ateliers de la région qui possèdent des tours. Le Creusot et Bourges se réservent les gros canons et les trains blindés. A l’aciérie il règne un esprit de travail remarquable. On sent que tous les ouvriers veulent contribuer à la victoire bien que ne participant pas aux batailles du front. J’espère que vous êtes toujours en bonne santé et que vous tuez le plus de boches possible.

 

30 décembre - LUI.- J’ai reçu ta bonne lettre du 26 avec celles des enfants qui m’ont fait bien plaisir. Comme je te l’ai écrit hier, je compte être à Docelles, si je ne manque pas le Dijonnais, à 10 heures du matin et il faut que je sois rentré ici seulement le 12 janvier dans l’après-midi. Tu vois en somme que je passerai huit jours à Docelles. Oh, ce n’est pas trop mais enfin je ne peux pas me plaindre et surtout je ne me plaindrai plus du tout si je peux encore revenir une autre fois avant l’été. Mais ne songeons qu’au présent et au bonheur de nous revoir et de nous aimer pendant ces huit jours, au plaisir aussi de revoir mes enfants chéris, de constater leurs progrès dont tu sembles me parler avec quelque fierté, petite maman hibou ! (Que dis-je, comparer ma Mi si jolie à ce vilain oiseau !). Non, tu es simplement comme toutes les petites mamans et tu ne te fâcheras pas de ce tout petit reproche, puisque tu sais bien que ton Geogi, en l’occurrence, le mérite encore plus que toi.

 

Je serais enchanté de me faire photographier à Paris. Pour une fois, je poserais volontiers puisque cela te fait plaisir. Mais ce ne pourra être dimanche, puisque je suppose bien que je trouverai partout porte close. Quand je reviendrai ici, j’aurai probablement une après-midi à passer à Paris et en profiterai pour aller chez un illustre photographe, dont tu m’indiqueras l’adresse. Mais, ma Mimi, je suis désolé que toutes les leçons de bon goût et d’élégance que tu m’as apprises depuis que nous sommes l’un à l’autre m’aient si peu profité, car si je comprends bien ce que tu veux dire, je serais absolument incapable de me passer pour cet acte inoubliable de ma vie du précieux concours de Marie Molard. Tu avoueras que tout cela est bien triste !!! Tu vois, je plaisante et je ris parce que je vais te revoir et que cette espérance me remplit de joie et me fait battre le cœur.

 

Pour parler de choses un peu plus terre à terre, n’oublie pas de m’acheter des chaussettes de coton. N’en ayant plus qu’une, j’ai dû en acheter une paire que j’ai payée ici 1 f 95. Je crois bien que je me suis fait voler, mais enfin c’est la guerre.

 

Je ne t’écrirai plus avant mon retour, puisque tu ne recevrais plus mes lettres. En tout cas, si je ne suis pas là lundi, ne t’inquiète en aucune façon car tout est calme dans nos environs.

 

31 décembre - ELLE.- Je ne sais si tu recevras encore cette lettre avant ton départ car le service des postes doit être un peu retardé en ce temps de nouvel an, mais comme cela me fait plaisir de t’écrire, car je m’imagine que tu es près de moi et que tu m’écoutes, je te l’adresse quand même.

 

Cet après-midi j’irai à Remiremont pour demander un laissez-passer pour toi et pour revoir le docteur qui a si bien soigné Robert. Il m’a déjà examinée une fois, mais veut me revoir avant de me donner un traitement à suivre pour me remonter et me faire engraisser, que je redevienne une belle petite femme sans vilains creux aux épaules pour faire la joie de mon chéri et qu’il ne soit pas honteux de sa mie.

 

Tu es si bon pour moi mon adoré, tu m’écris de si gentilles choses, j’en suis toute émue tu sais et voudrais savoir t’en dire de pareilles. Ne me dis plus que tu me remercies d’être devenue ta femme. Geogi, c’était mon rêve de toutes mes années de jeune fille qui se réalisait, tu le sais bien, et c’est en égoïste, pour faire mon bonheur, que je t’aimais et que je suis devenue tienne. Aussi c’est à moi à remercier le Ciel de t’avoir donné l’idée de m’aimer et la force de caractère nécessaire pour me demander en mariage malgré les obstacles qu’on voulait dresser entre nous. C’est toi qui m’as attendue si longtemps et qui as donc tout le mérite. Donc mon Geogi, plus de reconnaissance mais beaucoup d’amour l’un pour l’autre. Voilà justement la permission qui arrive, ce sera le cas de mettre en pratique ces paroles et de prendre en six jours une petite partie de ce que nous aurions dû avoir pendant ces six mois passés.

 

Nous sommes allés hier Maman, André et moi à Epinal où nous sommes allés voir André Bertin à l’hôpital. Ses blessures sont plus graves qu’on ne l’avait cru dès l’abord, on craint un phlegmon diffus. Ce qui m’étonne, c’est qu’on autorise les visites et que le docteur lui ait dit à lui-même toutes les complications qui peuvent se produire, il me semble que c’est inquiéter le moral d’un malade bien inutilement.

 

Pierre Geny va très bien. Il peut faire faire à son bras tous les mouvements nécessaires et habituels, mais le bras n’a pas encore assez de force pour se mouvoir lui-même. Il a trois mois de convalescence pour se rétablir et il est heureux de pouvoir les passer chez sa mère auprès de sa femme et de son petit garçon.

 

Marie Paul espère que nous nous retrouverons réunis cette année puisque ce vœu contient l’écrasement de l’ennemi et la paix. C’est vers ton prochain retour que se concentrent tous les souhaits que nous pouvons former en ce moment. Nous allons en avoir un avant-goût par ton arrivée attendue le 4 janvier.

 

La guerre finira cette année, je le crois sincèrement cette fois.

1er janvier - Commandant Giraud (Armées) à Georges Cuny.- La guerre finira cette année, je le crois sincèrement cette fois. Coups de tampon au printemps, parlote ensuite, recoups de tampon en été moins violents que les précédents, reparlote et fin. Quelle sera la situation du front occidental à ce moment ? J’espère qu’il sera sensiblement modifié en notre faveur. Je viens de suivre les cours de gaz à Paris où j’y ai vu des choses fort intéressantes, les boches n’ont qu’à bien se tenir.

 

1er janvier - Prosper Voirin (Cornimont - HGP - Daval) à Georges Cuny, son patron.- D’un commun accord avec Mr Curien nous arrivons à tenir en marche la presque totalité des métiers du Daval, malgré la rareté du personnel.

 

2 janvier - Maurice Boucher (Armées) à Mimi Cuny, sa sœur.- Quand ce mot t’arrivera tu auras ton cher mari avec toi. Tu voudras bien, si tu le juges utile lui montrer la lettre incluse que je viens de recevoir de Paul Cuny et qui m’a complètement abasourdi. Je n’y comprends absolument rien, il y a là-dessous quelque chose qui m’échappe !!

 

J’avais dit au directeur de Cheniménil qui me semblait très enclin à mettre beaucoup de monde pour peu d’ouvrages qu’il fasse bien attention au point de vue prix de revient, que nous ne dépassions pas 16 ct au kilog et que je comptais bien qu’il ferait tous ses efforts pour rester dans ces limites. Etant donné que Paul m’avait dit ne pas vouloir changer les tarifs, la chose ne me paraissait pas impossible. J’avais également demandé au dit directeur de m’écrire hebdomadairement pour me faire part de ce qu’il remarquait à l’usine au point de vue technique. Je l’avais dit à Paul en lui disant aussi que j’écrirais à Auptel des idées que mes pensées me suggèreraient.

 

Enfin, que sais-je !! Est-ce le directeur qui aura raconté à Paul des choses qui ne sont pas : comment Paul « gérant de grandes affaires » peut-il passer pour un petit garçon, comment peut-il penser que je voudrais lui faire abdiquer ses idées, comment suppose-t-il que je veuille lui enlever des initiatives. Bref je ne comprends pas, si ce n’est que Paul désire que je me désintéresse complètement de Cheniménil jusqu’à nouvel ordre. Cette façon de voir me peine naturellement car j’aurais aimé pouvoir suivre de loin la marche de l’usine et pouvoir de temps en temps donner un conseil à un directeur qui ne sait rien de l’affaire, mais qui sans doute m’a trouvé moins facile à manier que Paul.

 

J’aime autant que tu ne parles jamais de cela à Paul qui pourrait bien dire que je l’embête et tout lâcher ce qui serait du plus fâcheux effet, mais si tu l’entends dire quelque chose qui puisse m’éclairer sur le but de sa lettre, fais le moi savoir. Peut-être aimerait-il, en cas de malheur pour moi, relier Cheniménil à la Vologne, mais je m’égare, je cherche des raisons que je ne trouve pas. J’avais demandé à Thérèse de voir un peu à la Filature, d’ouvrir le courrier, d’en lire le contenu, de signer les départs, etc., etc., bref de ne pas laisser au directeur l’impression d’un grand manitou. Que Georges Cuny lui donne la conduite à suivre, s’il juge qu’elle doive rester en dehors absolument, qu’il le lui dise. Je serais bien heureux d’avoir son avis.

 

J’ai écrit à Paul qu’il y avait malentendu et que je ne comptais ni ne pensais passer par-dessus lui pour des choses de quelque importance. Dans la lettre de Paul j’ai souligné ce qui me paraissait le plus énorme. Enfin que veux-je dire !!! rien n’est-ce pas.

 

Il n’y a rien de nouveau pour moi relativement à Neufchâteau ; mon colonel est des plus aimables.

 

29 décembre - Paul Cuny (Paris) à Maurice Boucher, son cousin. - J’éprouve quelques scrupules à assumer la direction de Cheniménil devant les instructions que tu as laissées pendant ta permission. Je n’ai pas voulu troubler ta vie de famille de quelques jours en discutant ces instructions avec toi ; mais je ne veux pas attendre non plus pour le faire la remise en marche de la filature, car alors tu pourrais taxer mes objections de caprice ou de faiblesse.

  1. Tu m’as dit que tu entendais correspondre sans mon intermédiaire avec le directeur, c’est impossible. D’abord à mon âge et en ma qualité de gérant de très grandes affaires, je ne puis passer pour un petit garçon vis-à-vis d’un personnel que je dois commander. Ensuite je ne suis pas obligé d’avoir forcément les mêmes idées que toi en filature et il n’entre pas dans mes intentions d’abdiquer ces idées. En un mot, jusqu’à ton retour, si j’accepte la responsabilité, il me faut l’initiative entière.
  2. Tu as donné certaines « Normes » au directeur ! Exemple entre plusieurs : 14 centimes au Kg. de filés pour la main d’œuvre, 4,2 ouvriers par mille broches. Tu oublies que nous sommes en guerre et surtout que nous marcherons seulement avec 27 000 broches sur 45 000. Ces normes sont donc impossibles à réaliser. Qu’est-ce d’ailleurs que quelques centimes de main d’œuvre en plus ou en moins dans une industrie où les achats et les ventes jouent un si grand rôle. Ne parlons même pas des achats que d’aucuns qualifieront de spéculations !!! mais les ventes ? Le même jour on vend dans les Vosges de la ch 28 ou de la tr 37 à des prix très différents. Il est donc très facile de tenir cinq ou dix centimes de plus que le voisin. Il y a d’ailleurs un exemple frappant dans une affaire qui me touche de près : « la filature d’Amérique du Tissage de Roville » qui rapporte, bon an mal an, plus en proportion que les 4/5e des filatures de l’Est et dont la main d’œuvre a toujours dépassé vingt centimes au Kg en temps de paix.

Tu vois que je te parle franchement, réponds-moi de même : je n’aime pas la critique derrière, ouvrons les portes et donnons-nous de l’air. Nous sommes de bons amis, nous devons rester tels et dans ce but dissipons toujours de suite les malentendus.

 

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 02/01/1916 (N° 1306)

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Bonne année, petite sœur d’Alsace !

Cette page, d’une composition si touchante et si simple, a un sens symbolique qui n’échappera pas à nos lecteurs. Ce bel officier qui embrasse la jolie Alsacienne en formulant son vœu de bonne année, c’est la France elle-même, la France armée et confiante qui exprime le souhait de tous, le souhait du retour définitif de la province fidèle à la mère patrie. Et de quel cœur elle l’accueille ce vœu, la jolie Alsacienne. Il n’a jamais cessé d’être le sien. Dans toutes les villes, dans toutes les campagnes d’Alsace, l’amour de la France est resté toujours ardent, toujours vivant. Loin d’effacer les souvenirs du passé, les quarante-quatre années de l’occupation étrangère n’ont fait que les affermir dans tous les cœurs alsaciens. Un de nos confrères qui y fit, il y a quelques années, une longue enquête, en donnait, au retour, maintes preuves : « J’ai fréquenté, disait-il, des Alsaciens de toutes les classes, dont plusieurs étaient soldats, des paysans, et j’ai constaté avec le plus grand bonheur que l’Alsacien est resté le même. Jusque dans le plus petit village, les traditions françaises se sont conservées… »

 

Ces traditions, l’Alsace y fut de tout temps fidèle. Aux Allemands qui prétendaient que l’âme de l’Alsace est d’essence germanique, un Alsacien répondait : « Voici la preuve qu’elle est d’essence française : l’Alsace a donné à la France un nombre incalculable de grands hommes et de soldats illustres. Au contraire, durant près d’un demi-siècle d’occupation, elle n’a pas donné un grand homme à l’Allemagne. » Comme l’observe justement notre collaborateur Emile Hinzelin, « En Allemagne, les Alsaciens et les Lorrains n’on rien à faire. Ils le sentent avec tristesse mais non sans fierté. » Tandis que toutes les traditions, tous les liens de l’histoire les rattachent à la France. « Le sang alsacien et le sang français, dit encore Hinzelin, ont coulé ensemble pour la défense des droits de l’homme, pour la protection du sol, pour la gloire de la patrie. Si le mot ‘inoubliable’ a un sens, c’est quand il s’applique à de tels souvenirs… » On conçoit par là l’enthousiasme qui a soulevé les populations alsaciennes à l’apparition de nos troupes, et la ferveur avec laquelle elles attendent le retour définitif dans le giron français.

    
     
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Calendrier pour 1916

Comme l’an dernier, nous offrons à nos lecteurs un superbe calendrier artistique, dont les illustrations ne sauraient manquer de les intéresser vivement. C’est le rôle de l’almanach et du calendrier de refléter chaque année les préoccupations générales et de s’inspirer des sujets qui passionnent le sentiment populaire à l’heure de leur publication. Nous avons donc demandé à notre dessinateur de reproduire dans celui que nous publions quelques types de notre vaillante armée, quelques pages de la glorieuse histoire qu’elle inscrit en traits d’héroïsme et aussi quelques détails de la vie de tranchée telle que la mènent nos admirables poilus. Ainsi, ce calendrier sera le vivant souvenir des jours où la France marchait vers la victoire.

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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A Severin en Roumanie - Les réfugiés serbes mangent la soupe populaire

Arrivée des réfugiés serbes à la frontière grecque

Le camp de la légion à Guebveli

Cuisine des officiers aviateurs français près de N

A Salonique - Les coiffeurs en plein air

En Serbie - A la porte de l'ambulance

Sentinelle grecque au bord de la mer Egée

Ponton fabriqué par les Russes en Bessarabie

Un transport de troupes dans le port de La Valette

Le général Sarrail dans les rues de Salonique

 

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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Enterrement d'un zouave dans les rues de Stroumitza

Femmes serbes quittant leur pays

Sur les Hauts-de-Meuse - Transport de torpilles aériennes

Un bar parisien près de Salonique

Stroumitza - Attelage de buffles réquisitionnés pour notre ravitaillement

Réfugiés serbes à la frontière grecque

Aux portes de Bagdad

Une des dernières photographies du Kaiser et du Kronprinz

Espions bulgares et turcs arrêtés à Salonique

Bagdad - Le pont sur le Tigre

 

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • Les Allemands ont peur des Etats-Unis
  • Mines - Problème de main d'œuvre
  • L'instruction militaire à l'armée
  • L’arrière - Les hommes envieux de gloire
  • Angleterre - Le service obligatoire en Angleterre
  • Front - La vie de tranchée (LPJ Sup)
  • Bonne année, petite sœur d’Alsace ! (LPJ Sup)
  • Calendrier pour 1916 (LPJ Sup)
  • Les instantanés de la guerre (Photos dans LPJ Sup)
  • Conseils pratiques - Marrainage et l'envoi de portraits (LPJ Sup)
  • Religion - Fête religieuse - Saints Innocents - 28 décembre
  • Religion - Fête religieuse - Circoncision de Jésus - 1er janvier
  • Religion - Fête religieuse - Saint Nom de Jésus - 2 janvier


25/12/2015
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