14-18Hebdo

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29e semaine de guerre - Lundi 15 février au dimanche 21 février 1915

 

LUNDI 15 FEVRIER 1915 - SAINT FAUSTIN - 197e jour de la guerre

MARDI 16 FEVRIER 1915 - SAINTE JULIENNE - 198e jour de la guerre

MERCREDI 17 FEVRIER 1915 – CENDRES - 199e jour de la guerre

JEUDI 18 FEVRIER 1915 - SAINT SIMEON - 200e jour de la guerre

VENDREDI 19 FEVRIER 1915 - SAINT GABIN - 201e jour de la guerre

SAMEDI 20 FEVRIER 1915 - SAINT SYLVAIN - 202e jour de la guerre

DIMANCHE 21 FEVRIER 1915 – QUADRAGESIME - 203e jour de la guerre

Revue de presse

-       L'Italie doit agir, déclare l'officieux "Giornale d'Italia"

-       Madame Sarah Bernhardt a subi une opération chirurgicale

-       La question du blocus : La destruction d'un seul navire américain provoquerait un conflit sérieux

-       La baisse du mark

-       Succès prodigieux de l'emprunt russe

-       Succès des troupes anglaises

-       L'incident gréco-turc s'aggrave - Une guerre est probable, mais non inévitable

-       La réouverture des Chambres italiennes - Une importante manifestation est organisée en faveur de la guerre - On s'attend à de nouvelles déclarations de M. Salandra

-       Sur les fronts russes - Les combats se poursuivent avec acharnement

-       Un taube tente de venir sur Belfort

-       Les Autrichiens refoulés - Leur situation est mauvaise - Bombardement de Przemysl

-       Bombardement de Belgrade

-       Les forts des Dardanelles bombardés avec succès par la flotte franco-anglaise

-       La situation de Przemysl est désespérée

-       Les difficultés économiques de l'Allemagne - Le thé de 6 heures est interdit

Morceaux choisis de la correspondance

15 février - Paul Cuny (Epinal) à Georges Cuny, son frère.- Je reçois ta bonne lettre du 6 Ct où ? Devine ? Dans mon lit à Epinal. Voici l’histoire. Tu sais que j’étais en sursis d’appel jusqu’au 9 février, on m’a mis ensuite en sursis jusqu’à nouvel ordre, mobilisé dans mon emploi civil, pour rouvrir et continuer à faire marcher nos filatures. Nous travaillons à force pour fabriquer 1) du retors pour toiles de tente 2) du peigné pour toiles de pneumatiques 3) des gros Ns pour des cretonnes et des zéphirs.

 

Or, parti pour Paris dans le but de prendre de très gros ordres en filés (j’ai fait plus d’un millier de kg), un de nos bons clients Mr Boussac m’a ramené en auto de Paris à Epinal. Il mène très et trop vite et près de Gondrecourt, à la suite de deux embardées terribles, j’ai été précipité sur la route, j’aurais dû être tué dix fois mais la Providence veillait. Résultat : plaies sans importance et déjà à peu près guéries, mais ce qui m’ennuie plus, une fracture du pied droit et une de l’épaule gauche. J’ai de bons docteurs qui me guériront vite je pense. Ma chambre à coucher est transformée en bureau, j’y traite mes dépêches, mon courrier, etc. Gustave prend ses repas avec moi et je suis comme toi de bonne humeur. J’ai mis au courant ta femme (étonnée peut-être de ne plus me voir) mais pas un mot à Lausanne si possible (je puis écrire de la main droite donc cacher mes maux).

 

J’ai revu tes enfants avant mon départ pour Paris, ils étaient de plus en plus gentils et les cahiers très propres, très bien tenus. Noëlle s’applique à ravir.

 

16 février - Germaine Molard (Lausanne) à Georges Cuny, son oncle.- Nous avons été la semaine dernière à Docelles et je viens te donner des nouvelles des petits chéris. Ils vont très bien. Robert est encore un peu pâlot mais cela ne l’empêche pas d’être très gai. André et Noëlle nous ont joué un ravissant morceau de piano. André travaille parfaitement, quant à Noëlle elle est extraordinairement avancée. Tu ne peux te figurer comme c’est amusant de la voir tricoter. Tes chers petits sont toujours si accueillants et si caressants. Le bon Dédé a un cœur excellent : j’écrirai à Bonne Maman a-t-il dit très gentiment et cela nous a beaucoup touchées. Tante Mimi conduit parfaitement l’auto, elle a eu la gentillesse de nous mener à Epinal, afin que nous n’ayons pas 4 heures d’arrêt.

 

Pourvu que cela finisse bientôt car nous commençons à être bien fatigués.

18 février - Lt Paul Boucher (Armées) à Georges Cuny, son cousin.- Vous êtes au chaud je crois, enfin pourvu que cela finisse bientôt car nous commençons à être bien fatigués. Puissions-nous nous revoir le plus nombreux possible, mais déjà plus au complet hélas. J’ai souvent des nouvelles des vôtres par papa qui vient me voir de temps en temps.

 

La fin des hostilités… Les avis sont très partagés puisqu’ils oscillent entre fin mai 1915 à fin… septembre 1916…

19 février - Maurice Boucher (Lescalier - Angoulême) à Georges Cuny, son beau-frère.- Je suis installé à Lescalier chez Maguite ne pouvant pas aller à Docelles, zone des armées interdite aux convalescents en permission. Quoique je sois, ici, on ne peut mieux, je regrette infiniment de ne pouvoir, comme je l’espérais, aller passer un bon grand mois chez Maman où je me réjouissais des bons moments que j’y aurais passer au milieu de tes enfants et des miens. Thérèse va partir dans les Vosges où elle passera 3 ou 4 jours et d’où elle reviendra pour m’amener ici ma bonne gôgôsse, qui, me dit Mimi, a fait de grands progrès de toutes les façons.

 

Mimi t’aura sans doute écrit ma réaffectation au 349e, c’est une grosse satisfaction pour moi de me dire que je vais continuer, et j’espère bien, terminer la campagne avec mes camarades du début, dans une formation que je connais et qui me connaît. Je n’ai pour ainsi dire aucun espoir d’être affecté à une formation automobile. Si mes rhumatismes en souffrent, ce qui est hors de doutes, je tâcherai que la Filature me laisse quelques loisirs qui me permettront de soigner mes misères à Plombières ou autre lieu.

 

Et toi mon pauvre frère, que deviens-tu avec tes gros canons, es-tu bien installé et ne souffres-tu pas trop de cette affreuse humidité qui ne veut décidément pas nous abandonner. Si les Allemands te laissent des loisirs, tu serais gentil de m’écrire ce que tu fais et quelle est ta vie. Les 95 sont-ils des canons à longue portée. Je connais les 75, 65, 90, 105, 120 longs et courts, mais je n’ai jamais vu de 95. N’as-tu aucun tuyau relatif à la reprise de l’offensive et de l’endroit où aura lieu la poussée, tu n’as probablement rien d’absolument certain à cet égard mais on entend souvent des choses intéressantes sur le front, surtout des artilleurs qui ont de plus fréquents rapports avec nous autres fantassins, que les états-majors.

Ici j’ai entendu diverses conversations relatives à la fin des hostilités, les avis sont très partagés puisqu’ils oscillent entre fin mai 1915 à fin… septembre 1916… C’est un peu vague n’est-ce pas. La première date me semble un peu prématurée, la seconde un peu lointaine. Enfin qui vivra verra.

 

Ici Maguite se repose et a bien grossi. Paul se fait de très jolies rentes, toutes les usines marchent à force, nuit et jour, le façonnage seul arrête de minuit à 6 heures du matin. Naturellement, il est pas mal occupé de 8h à 11h et de 2 à 6 ½ de l’après-midi. Il se porte bien ainsi que le jeune Jeanjean qui est un énorme enfant. J’ai cru me rappeler avant hier que tu avais apprécié ici au moment du baptême du jeune homme les chocolats au cognac, spécialité d’Angoulême. Je me suis donné le plaisir de t’en envoyer une boîte.

 

20 février - Emile Lemaire (Charmes – Usine HGP) à Georges Cuny.- Depuis le commencement de la guerre, nous avons constamment travaillé ou à peu près, à part une douzaine de jours d’arrêt en deux reprises. Nous avons essayé de marcher avec les deux salles mais il n’a pas été possible de continuer même partiellement. Alors nous avons fait marcher par moitié c.à.d. les 3 premiers jours de la semaine en A et les 3 derniers jours en B, les hommes restants faisant la navette et travaillant les semaines pleines. Le disponible en hommes était occupé à faire différents travaux d’entretien. Chaque ouvrier travaille sur sa machine. Mais que de difficultés. Nous avons 10 renvideurs sur 14 pour marcher et pour les conduire, plus un seul fileur (tous mobilisés) et peu ou pas de rattacheurs, il ne nous reste que des grands bobineurs. Aux continus les ouvrières sont toutes présentes ou à peu près, mais il n’y a plus ni contremaîtres, ni surveillants, tous sont mobilisés. Heureusement que nous étions bien garnis en approvisionnements de toutes sortes, cela nous a permis de marcher. Nous avions un stock de 13 000 kg de filés au 31 juillet qui a été porté à 400 000 au 1er janvier. Aujourd’hui les tissages sont heureux de s’approvisionner ici et notre stock baisse très vite. Nous avons beaucoup de difficultés à nous réapprovisionner en cotons et en charbon. Le personnel de l’usine n’a pas trop souffert jusqu’à présent : locations gratuites, indemnités, ½ gain, et un peu plus d’économie.

 

Nous avons à Charmes beaucoup de deuils mais nos ouvriers ont encore été protégés car nous ne connaissons qu’un fileur tué : Petitgenêt (métier 11-12) à Rozelieures, de l’autre côté de la forêt de Charmes. Nous avons été aussi très occupés à recevoir et à loger nos soldats aussi. Aussitôt la guerre déclarée nous avons fabriqué 2 à 300 matelas avec des sacs remplis de débourrure. Nous avons de plus recueilli une soixantaine d’autres matelas et avons fait un couchage dans nos magasins, les drilles roulées faisant oreillers. Cela faisait une magnifique installation que l’on venait voir par curiosité. Aussi que de remerciements nous avons eus de la part des chefs. La 1ère nuit nous avons logé 526 hommes du 26e de ligne et avons été jusqu’à en loger 1 000 de la même nuit. Nous avons eu aussi 70 blessés à l’affaire de Rozelieures, il y en avait environ 1 200 à Charmes, nous les avons logés à l’entrée de l’encaissage. Ils y étaient bien car tout avait été débarrassé. Enfin nous avons eu bien des peines mais nous les avons supportées avec courage. Heureusement que la santé a été bonne, le bon Dieu nous a protégés, c’est pour la France. En ce moment nous avons une section du parc d’automobiles pour les réparations, ils sont 120 à 130 hommes.

 

La guerre prend une tournure de lenteur qui effraie un peu.

20 février - Clémentine Cuny (Lausanne) à Mimi Cuny, sa belle-fille.- Nous pensons bien à ton frère Georges qui n’est peut-être pas trop bien, et Dieu sait pour combien de temps ! La guerre prend une tournure de lenteur qui effraie un peu. Tes chers petits, il me semble qu’il y a un siècle que je ne les ai vus.

 

20 février - Lucien Aligne (Armées - Hôpital Temporaire n° 21 Bordeaux) à Georges Cuny.- C’est avec un très grand plaisir que je puis maintenant vous annoncer mon prochain départ des Hôpitaux de Bordeaux, mais ce qui me chagrine par dessus tout c’est de ne pouvoir aller avec vous et tous mes camarades continuer la chasse aux bandits qui ont assailli notre patrie. Après avoir subi une quatrième opération qui m’a très affaibli, je vais beaucoup mieux mais ne puis toujours pas me servir de mon épaule dont les muscles sous l’omoplate ont été broyés. De plus, comble de malchance, pendant son trajet de l’épaule à la colonne vertébrale, l’éclat d’obus a éraflé sur une longueur de trois centimètres environ, l’artère axillaire, ce qui me fait un bel anévrisme. Aussi pour moi, maintenant, c’est toujours une épée de Damoclès suspendue au-dessus de ma tête, mais soyez certain, mon Capitaine, que, plutôt que d’en souffrir, je suis fier de ma blessure, car alors que j’étais prêt à donner mon existence pour la défense de ma patrie, elle n’a exigé de moi que ce léger sacrifice. En outre, en plus de mon bonheur de pouvoir rejoindre bientôt ma famille, j’ai eu hier une grande joie, on m’a télégraphié que mon nom avait paru dans les journaux comme décoré de la médaille militaire. Pensez ma joie, mon Capitaine, en apprenant cette nouvelle et toute ma gratitude vous est acquise d’avoir bien voulu me proposer pour cette distinction. Aussi, dès la fin de la campagne, me proposai-je d’aller à Besançon pour vous remercier de vive voix et aller par la même occasion revoir tous mes camarades qui, plus heureux que moi, auront pu combattre jusqu’au bout.

 

21 février - L’Union Républicaine.- Citations à l’ordre du jour (Paul Boucher) « Boucher, lieutenant au 152e régiment d’infanterie : très belle conduite au feu pendant l’attaque d’un village, le 3 janvier ; a fait preuve d’une grande énergie morale, ayant eu son frère mortellement frappé à son côté ; a conduit avec une grande bravoure une charge à la baïonnette qui l’a rendu maître d’un point d’appui important. »

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 21/02/1915 (N° 1261)

 

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Famille allemande à table - L’effet du pain KK

Ceci n’est pas de la caricature. C’est l’expression symbolique du dégoût que commencent à éprouver les Allemands devant les privations qui leur sont imposées. Le Boche n’est pas très raffiné au point de vue gastronomique, mais cependant il ne supporte pas le double pain de guerre, le pain KK. Faut-il que ce pain soit mauvais ! Il est si mauvais que suivant le ‘Berliner Lokal Anzeiger’, une foule de gens demandent à leur médecin de leur donner un certificat de maladie d’estomac, afin d’être autorisés à acheter un peu de pain blanc. Bien mieux, le docteur Bratz, spécialiste des affections nerveuses à Berlin, a constaté que la consommation de pain de guerre a démesurément augmenté le nombre de ses malades. Ceux qu’il soigne depuis se plaignent que leur état s’est aggravé grâce au « K - Brot ». Ils ne peuvent digérer « ce mélange de seigle, de blé et de pommes de terre. Ce pain, disent-ils, nous donnent sur les nerfs ». « C’est une idée, leur répond le docteur. Le « K - Brot » est très bon, mais il faut bien le mastiquer ». « Essayez donc vous-même, Herr Doktor, répondent les malades, et vous aurez l’impression de broyer du caoutchouc ». Bref, les Allemands commencent à souffrir cruellement du traitement de guerre. Ils ne sont pourtant pas au bout de leurs peines…

 


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L’Allemand pris au lasso

Un sous-lieutenant d’un bataillon de chasseurs alpins, qui combat dans les tranchées, a conté cette anecdote. Depuis déjà plus de trois mois que nous vivons dans nos terriers des Vosges, il nous est arrivé d’assister à bien des actes d’héroïsme. En voici un nouveau vraiment charmant. Nous occupons une vaste croupe boisée. Par suite d’un défilement, les Allemands avaient réussi à creuser un boyau aboutissant à quelques mètres de nos tranchées. Afin de protéger leurs sentinelles, ils avaient installé une sorte de guérite blindée percée de deux petites lucarnes permettant de voir et de tirer. Cela devenait ennuyeux pour nous. C’est alors qu’un de mes hommes, dans la vie civile chanteur à l’Eldorado, se présente et me demande l’autorisation d’aller « chercher » le Boche. Je la lui accorde sans grand espoir de réussite. Au milieu de la nuit, je le vois sortir de la tranchée et arriver en rampant près de cette guérite. Il lance une forte corde au lasso, revient à la tranchée, tire avec ses camarades, et nous amène un Boche, enfermé dans sa boîte et tout ébahi de ce voyage involontaire.

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • Mme Sarah Bernhard a subi une opération chirurgicale
  • La baisse du mark
  • L'emprunt russe
  • La réouverture des chambres italiennes
  • Les difficultés économiques de l'Allemagne - Le thé de 6 heures est interdit
  • Boussac conduit trop vite
  • Angoulême - Les chocolats au cognac, spécialité d'Angoulême
  • Main d'œuvre - Tous sont mobilisés
  • Démobilisé - Un blessé
  • Le pain de guerre - Pain K et pain KK (LPJ Sup)
  • Conseils pratiques - La carte de visite (LPJ Sup)
  • Religion - Fête religieuse - Cendres
  • Religion - Fête religieuse - Quadragésime


13/02/2015
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