14-18Hebdo

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178e semaine de guerre - Lundi 24 décembre au dimanche 30 décembre 1917

LUNDI 24 DECEMBRE 1917 - SAINTE DELPHINE - VIGILE DE NOEL - 1240e jour de la guerre

MARDI 25 DECEMBRE 1917 - NOEL - 1241e jour de la guerre

MERCREDI 26 DECEMBRE 1917 - SAINT ETIENNE - 1242e jour de la guerre

JEUDI 27 DECEMBRE 1917 - SAINT JEAN APOTRE - 1243e jour de la guerre

VENDREDI 28 DECEMBRE 1917 - SAINTS INNOCENTS - 1244e jour de la guerre

SAMEDI 29 DECEMBRE 1917 - SAINT THOMAS DE CANTORBERY - 1245e jour de la guerre

DIMANCHE 30 DECEMBRE 1917 - SAINT LIBERE - 1246e jour de la guerre

Revue de presse

-       Mannheim bombardé

-       Les pourparlers de Brest-Litovsk

-       Bataille acharnée sur le plateau d'Asiago

-       Echec sanglant des Allemands au bois des Caurières

-       Les résultats de l'emprunt - 10 milliards 276 millions non compris les souscriptions de l'étranger

-       La république finlandaise demande aux nations de la reconnaître

-       Des aviateurs ennemis bombardent Padoue et Trévise

 

Morceaux choisis de la correspondance

L’affaire Caillaux tourne mal pour Clemenceau. Nous regrettons tous que Clemenceau se soit embarqué dans une affaire pareille sans être sûr de son fait.

25 décembre - LUI.- J’ai reçu tes bonnes lettres du 19 et du 20 décembre. J’espère qu’en même temps qu’il changeait le roulement à billes de votre roue, le chauffeur dont tu me parles aura aussi regardé la direction. Il faut faire très attention à votre voiture qui commence un peu à vieillir et à s’user. Vous feriez bien de la faire revoir de temps à autre car il faut éviter les accidents et, puisque vous en avez une autre toute prête, vous pouvez vous passer quelque temps de votre ancienne voiture.

 

En effet je crois que l’affaire Caillaux tourne mal pour Clemenceau. Nous regrettons tous que Clemenceau se soit embarqué dans une affaire pareille sans être sûr de son fait. Il va se produire je le crains ce qui s’est produit pour l’affaire Dreyfus et nous reverrons Caillaux président du conseil. Je souhaite d’ailleurs me tromper car je n’ai aucune sympathie pour cet homme, que je crois malgré toute son intelligence néfaste à la France.

 

Le chef d’une de mes batteries vient de dénicher une loi décrétant que les officiers pères de famille de trois enfants, y compris les officiers supérieurs, avaient droit depuis le début de la guerre à une indemnité de 50 francs par trois mois. Mais il faut produire à l’intendance un certificat du préfet du département des Vosges attestant que le père de famille en question n’est pas assisté au titre des lois du 14 juillet 1913 ou du 5 août 1914 (Allocations). Je te soumets la question car il s’agit en somme de quelque chose d’important, puisque je pourrais faire rappeler les sommes qui me sont dues depuis trois ans. Seulement je crains qu’à la préfecture on trouve très drôle que je réclame le bénéfice de l’indemnité en question. Il est vrai que tu n’as pas besoin de dire pourquoi tu leur demandes le certificat dont je parle plus haut. Enfin tu feras comme tu voudras.

 

Je crois bien qu’on ne sait pas trop quoi faire de nous. Avant-hier on disait à mots couverts que nous partions demain. Aujourd’hui il n’y a plus que l’infanterie qui partirait et nous resterions ici jusqu’après le 1er janvier. Mais cela peut changer d’un jour à l’autre. En tout cas si je suis encore ici le 1er janvier j’irai à Docelles. Cela te fera peut-être une course inutile de venir à Epinal car je n’aurai peut-être pas le temps de te prévenir si je ne viens pas mais cela ne fait rien, n’est-ce pas Mimi. Si tu vas bien, viens quand même car je serais ennuyé de rester à Epinal.

 

27 décembre - LUI.- J’ai reçu ta bonne lettre du 22 et j’espère que tu as maintenant de mes nouvelles car je t’ai écrit dès mon retour. C’est moi maintenant qui vais en manquer. Comme je te l’ai dit, l’infanterie est partie et notre secteur postal également. Le temps de nous renvoyer nos lettres nous perdrons certainement deux ou trois jours. D’autre part nous ne pouvons guère changer d’adresse car nous ne resterons plus très longtemps ici. Enfin je suis presque sûr que nous serons encore à Bicqueley le 1er janvier. On nous a dit aujourd’hui que nous ne partirions que le 5. J’irai donc jusqu’à Epinal mardi prochain et j’arriverai par le train de 9 heures. Seulement voilà la neige qui tombe à gros flocons. Pourras-tu venir me chercher et n’auras-tu pas d’ennuis ? Auras-tu d’ailleurs ton auto ? En tout cas si tu peux venir, emmène Faron, ce sera un peu plus gênant, tu me comprends, mais je préfère que tu n’aies pas d’ennui. J’espère qu’en tout cas le soir mon train qui part d’Epinal n’aura pas trop de retard et que je pourrai reprendre le train de Nancy à 8 heures, car le colonel à qui j’ai demandé la permission d’aller à Nancy le 1er janvier veut que je rentre le soir.

 

Tu féliciteras notre bon Dédé de ses bonnes notes. Je suis très fier et je suis sûr que s’il veut bien s’appliquer, il continuera à ne presque plus faire de fautes dans ses dictées et à bien faire ses devoirs de latin. Veille bien à ce qu’on n’aille pas trop vite et qu’il comprenne bien tout ce qu’il fait.

 

J’ai écrit à Mr Curien et recevrai avec plaisir les cartes de correspondance que tu m’annonces. J’écrirai un mot à mes oncles et des lettres à mes frères et beaux-frères ou belles-sœurs.

 

Bareille va mieux. Il en a encore pour quelques jours et j’espère que le docteur lui accordera une convalescence qu’il pourra aller passer chez lui à Paris.

 

Nous avons fait le réveillon bien qu’il n’y eût pas de messe de minuit. Nous avons mangé des escargots, de la choucroute. Quelques-uns auraient voulu du boudin mais franchement tout ce que nous mangions était bien assez lourd surtout à minuit. Nos hommes ont fait la fête également. Tu trouveras inclus le menu d’une de mes batteries pour le jour de Noël. Tu vois qu’ils ne peuvent pas se plaindre. D’ailleurs le moral est bon.

 

A mardi donc j’espère ma Mie.

 

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27 décembre - F. Hamant (Nancy) à Mimi Cuny.- J’ai été grandement déçu de ne pouvoir au dernier moment me rendre à votre affectueuse invitation. Je me réjouissais tant de passer quelques bonnes journées au coin de votre feu en bavardant avec vos chers enfants ! Un petit événement, qui n’était à vrai dire plus tout à fait une surprise pour vous, puisque je vous l’avais laissé pressentir, vient de se produire et d’amener un changement momentané dans mon existence. La famille parisienne chez laquelle j’avais passé mes vacances en Normandie m’a proposé, et j’ai fini par accepter, de prendre à ma charge l’aîné de ses garçons, un petit jeune homme de 14 ans, qui fait sa classe de 2deC dans un collège de Paris. C’est un enfant d’intelligence moyenne, bien élevé, de santé assez délicate. Il continuera de suivre les classes du collège pour les mathématiques, physique, chimie, dessin. Mais je m’occuperai de lui pour toute la partie littéraire, français, latin, allemand. Je n’habiterai pas la maison où je prendrai seulement le repas de midi. On me donne une indemnité de logement et l’élève viendra chez moi. Cette combinaison m’a décidé à accepter, car le séjour à la maison ne m’avait pas laissé un souvenir des plus plaisants. J’aurai ma journée occupée, sauf le jeudi après midi et le dimanche entier, mais de 6h du soir à 8h du matin je disposerai de ma personne et n’aurai pas à faire tapisserie après dîner dans un salon quelque peu collet monté.

 

Mon élève tient un rang honorable dans sa classe ; il a été récemment 7e en version latine, 2e en allemand et 1er en histoire, sur 36 concurrents. Ce n’est pas un paresseux, et il faudrait plutôt le ralentir. Le père est un original, faiseur de bons mots, très cultivé d’ailleurs, la mère est une personne un peu froide, méticuleuse et exigeante, mais le milieu est foncièrement honnête et chrétien. On me donne 400 fr, plus 200x d’indemnité de logement que je n’aurai pas si l’on m’emmène, comme il est possible, dans le midi, pour terminer l’hiver, la famille se chargeant alors de moi.

 

Je me suis décidé à ce changement pour sortir de Nancy, où ma santé commence de nouveau à s’altérer. Je suis arrivé à l’insomnie habituelle, avec des maux de tête, de gorge et d’estomac rebelles à tout traitement et qui me privent peu à peu de toutes mes facultés de travail. Je n’ai d’ailleurs accepté d’engagement que pour la durée de l’année scolaire. Si la guerre se termine avant, comme je l’espère, j’entends réserver ma liberté pour ce moment-là. Je n’ose pas faire de projets pour au-delà, car il me semble que la fin de la guerre sera pour moi comme une deuxième naissance ou comme la fin d’un monde.

 

Ma demande officielle de congé recevra sa réponse, qui n’est pas douteuse, demain ou après demain. Le retour du vicaire-général compétent, annoncé d’un jour à l’autre et sans cesse ajourné, m’a seul empêché de partir tout de suite pour Paris. Ma présence là bas serait fort urgente pour me trouver un petit logement meublé, ce qui ne me sera pas facile. Si vous aviez la bonté de m’envoyer l’adresse de votre belle-sœur Madame Adrien Molard, qui habite rue Boissière, précisément le quartier où je devrai me loger pour être près de mon élève, je lui écrirais pour lui demander si elle ne connaîtrait pas un hôtel ou une pension convenable où je pourrais m’abriter et donner mes leçons au moins pendant le premier mois, en attendant que je puisse me retourner. Elle se trouve sur la paroisse St Honoré d’Eylau, où j’aimerais aller dire ma messe, car je connais un peu le curé, l’abbé Soulange-Bodin.

 

Vous êtes sans doute comme nous, chère Madame, enfouis sous la neige et engourdis par le froid. Tout le monde se serre frileusement autour d’un bon feu, tandis que le cœur s’en va anxieusement vers le pauvre papa qui trime au fond de quelque sape, dans la glace et la boue, pour le service du pays. Oh combien sont dures ces absences, ces séparations, en cette saison faite pour les douceurs du foyer bien chaud, autour de la bonne bûche de Noël et parmi les jouets répandus sur le parquet ! Mais la fin de toute cette misère viendra bien un jour, et alors ce sera la grande, la meilleure de toutes les étrennes : le retour des pères et des frères à la maison, pour y jouir du repos bien chèrement payé. Nous souffrons, en France, de cette quatrième Noël de guerre ; mais combien plus dans cette Allemagne féroce, où la Noël était la principale douceur de l’année. Croyez bien que leur Wotan sanguinaire a perdu, dès aujourd’hui, les trois quarts de ses adorateurs de 1914.

 

A l’occasion du Nouvel An je demande au ciel qu’il nous réunisse enfin dans le courant de cette année, pour recommencer notre vie de bonheur interrompue déjà depuis trois longues années.

29 décembre - LUI.- Comme je te l’ai dit dans ma dernière lettre, nous sommes privés de courrier depuis trois jours, notre secteur postal ayant déménagé avec l’infanterie et devant nous renvoyer toutes les lettres ici par le chemin de fer, ce qui prend encore quelques jours.

 

Je pense toujours partir de Bicqueley mardi matin pour aller à Epinal à 9 heures, mais comme je ne suis pas sûr que tu pourras venir m’y chercher, puisque je ne sais même pas si votre auto a pu être réparée, je ne veux pas attendre jusque là pour te redire à l’occasion du Nouvel An combien je t’aime ma Mimi et combien je demande au ciel qu’il te protège toi et les enfants et qu’il nous réunisse enfin dans le courant de cette année pour recommencer notre vie de bonheur interrompue déjà depuis trois longues années.

 

Je ne te dirai rien des événements. Tu as vu dans les journaux la réponse des boches aux propositions russes. C’est excessivement malin de leur part, mais je ne puis croire que nous acceptions des conditions pareilles après toutes les pertes que nous avons faites et toutes les ruines que nous laisserait la guerre. Il faut souhaiter que le sentiment populaire en France ne se laisse pas entraîner par de pareilles promesses et que nos gens de l’arrière et nos soldats aient assez de courage pour résister à une paix qui serait le commencement de notre décadence.

 

A mardi j’espère ma Mie, si tu savais comme je m’en réjouis.

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 30/12/1917 (N° 1410)

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L’amiral Gleaves - Un des grands chefs de la marine américaine

L’amiral Gleaves est l’un des chefs les plus éminents et les plus actifs de cette admirable marine américaine qui occupe le troisième rang parmi les marines du monde. Il commandait la flotte d‘escorte des transports qui amenèrent en France les premiers contingents américains, et qui, en dépit des menaces allemandes, débarquèrent à bon port les troupes et le matériel envoyé d’Amérique. Les sous-marins boches se gardèrent bien de se frotter aux croiseurs de l’amiral Gleaves.

 

L’éminent marin est donc, avec le général Pershing, le premier officier général des Etats-Unis qui ait joué un rôle important dans les événements de la guerre. A ce titre, il avait sa place marquée dans la galerie des chefs illustres dont le ‘Supplément du Petit Journal’ offre le portrait à ses lecteurs.

  

 

Calendrier du Petit Journal pour 1918

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La Palestine : Jérusalem et Jaffa (photos)

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La Palestine : Jérusalem et Jaffa

- Lydda. Vue générale

- Jérusalem. Porte de Jaffa

- Panorama de la colonie allemande de Caïffa

- Les quais de Jaffa

- Route de Gaza à Jaffa

- Jérusalem. Arc de l'Ecce homo

- Jaffa vu des récifs

- Vue générale des Vasques de Salomon à Jérusalem

- Jérusalem. Vue de Hinnom

- La gare d'Er-Ramleh

 

 

La guerre en Palestine (photos)

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La guerre en Palestine

- Une ambulance turque

- Prisonniers turcs

- Britannique interrogeant un officier turc prisonnier

- Camp anglais

- Les chameaux s'abreuvent au passage d'un cours d'eau

- Patrouille sur chameaux pendant une halte

- Un convoi sanitaire

- Le transport d'un gros canon

- Des artilleurs anglais tirant leurs canons

 

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • Allemagne - Mannheim bombardé
  • Russie - Les pourparlers de Brest-Litovsk
  • Italie - Bataille acharnée sur le plateau d'Asiago
  • Finance - Les résultats de l'emprunt - 10 milliards 276 millions
  • Finlande - La République finlandaise demande aux nations de la reconnaître
  • Indemnité pour les pères de famille de 3 enfants
  • L'amiral Gleaves, un des grands chefs de la marine américaine (Portrait dans LPJ Sup)
  • Les Français en Palestine (LPJ Sup)
  • La Palestine : Jérusalem et Jaffa (Photos dans LPJ Sup)
  • La guerre en Palestine (Photos dans LPJ Sup)
  • Conseils pratiques - Pourquoi pleurer ? (LPJ Sup)
  • Religion - Fête religieuse - Noël - 25 décembre
  • Religion - Fête religieuse - Saints Innocents - 28 décembre


22/12/2017
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