14-18Hebdo

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Souvenirs de guerre 1914-1919 (Paul Boucher) - Ch 11-2 – L’hivernage, l’entraînement

Chapitre 11 – L’hivernage, l’entraînement – 2e partie

Document transmis par Renaud Seynave, son petit-fils - 12/10/2016

 

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Le colonel Chenèble entouré de ses chefs de bataillon dans la vallée de la Thur entre janvier et Juin 1916.

De gauche à droite, n°1 : commandant Mouney, commandant le 67e B.C.A, n°2 : commandant Dernain, commandant le 27e B.C.A, au milieu : colonel Chenèble, commandant la 6e brigade de C.A, n° 3 : commandant Coquet , dit « le Père Coquet», commandant le 28e B.C.A, très apprécié, n°4 : commandant Dupont, dit "Papa Dupont", commandant le 68e B.C.A

Photo transmise par Patrick Germain arrière-petit-fils du colonel Chenèble.

 

 

Note de Renaud Seynave : Nous sommes fin novembre, le capitaine Paul Boucher est en cantonnement à Barbey-Seroux, tout près de Gérardmer.

 

Je loge chez une ivrognesse. J’envoie Panack, notre ancien menuisier au Kertoff pour arranger les turbines de l’usine.

Les officiers font un grand geste à Papa, Baratin rend les honneurs avec sa Cie.

 

On voisine à Docelles et Gérardmer, moments très agréables.

 

Nous partons le trois décembre à Fraize où je cantonne et le 4 nous allons prendre le secteur neigeux de la Tête de Faux, autrefois agité, actuellement enseveli sous la neige. L’état-major est au camp du carrefour Duchêne avec des baraques légères mais confortables.

 

Heureusement que les deux artilleries sont calmes, aucun abri de bombardement sérieux et cela depuis la fin 1916 à Verdun.

 

Nous tenons ce secteur du cinq décembre 1916 au 17 janvier 1917, coupé par une permission et une mission à Moosch. Nous passons notre temps à des visites en lignes, tir des mitrailleuses depuis la crête d’Immerling sur la commune d’Orbey. Nous faisons de grandes parties de cartes : manille, bridge et baccara.

   

 

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Journal de marches et opérations du 68e BCA pour la période du 6 au 9 décembre 1916 (archives du ministère de la Guerre). Le 3 décembre, départ sur Fraize.

 

Le commandant du secteur, un certain colonel de cavalerie Félix, terriblement moustachu, tout heureux d’avoir des troupes de choc, veut nous faire exécuter des coups de main. Le général de division Lacapelle qui loge chez Papa à Gérardmer, pousse à la roue mais nous opposons la plus grande force d’inertie à ces prétentions bornées à tuer quelques braves chasseurs puisque le boche est d’un calme exemplaire et que les lignes sont fort distantes sauf au sommet où elles sont connues et visibles.

 

Le terrible Félix insistant, nous nous vengeons en faisant un compte rendu sur l’inexistence totale de défenses sérieuses sur le sommet de la Tête de Faux, à la merci de la moindre attaque. Ce qui nous vaut la visite d’un officier de l’armée fainéante de Lure (7e armée) et la paix du père Félix.

 

Aucun incident notable, nous avons vu passer le 43e RI avec nombre de Gérômois. Nous recevons là une Cie du 28e BCA et un peloton de mitrailleuses qui porte ma Cie à trois pelotons de deux sections de deux pièces, soit au total douze pièces.

 

J’ai un lieutenant adjoint, trois sous-lieutenants, sergent-major, brancardiers, quelques mulets, en tout 237 hommes, un maréchal de cavalerie adjoint, bref, c’est la plus importante unité de l’armée des alliés comme dit le commandant Dupont, mais dommage que les mulets n’arrivent pas à marcher au pas !

 

 

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Journal de marches et opérations du 68e BCA pour la période du 6 au 9 décembre 1916 (archives du ministère de la Guerre).

Composition du 68e BCA en date du 8 décembre 1916. Paul Boucher, capitaine, est toujours le commandant de la Cie de mitrailleurs.

 

Le 20 décembre, je pars en permission, m’habille au Rudlin où est notre train régimentaire. Je vais à Paris puis à Gérardmer où je me trouve pour le nouvel an, la messe de François et je remonte à la Tête de Faux le 4 janvier. Suzanne et Gogo m’ont accompagné jusqu’au Rudlin et ont assisté à mon départ à cheval pour la montagne.

 

A peine remonté, le commandant me demande si je ne veux pas aller à Moosch où un service solennel a lieu en l’honneur du général Serret, service anniversaire. C’est Gratier qui arrange tout cela pour être bien avec le général Debeney, camarade de Serret qui commande l’armée. On a seulement oublié d’aviser Madame Serret !

(Note de Renaud Seynave : Voir informations sur le général Debeney : chapitre 11, 1re partie).

 

Je pars le vendredi de la Tête de Faux, le service a lieu dimanche à Moosch, en grand tralala, cinq généraux, sermon du fameux aumônier Cabanel qui avait une grande influence. Papa m’a accompagné au retour, nous risquons un accident en reculant dans la neige dans la montée de Ventron.

 

Lacapelle, notre général de division qui loge à la maison dîne avec nous, des banalités.

 

 

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Journal de marches et opérations du 68e BCA pour la période du 9 décembre 1916 au 31 janvier 1917

(Archives du ministère de la Guerre).

 

Je remonte à la Tête de Faux lundi 8 janvier pour apprendre notre départ imminent. Chacun regrette ce secteur neigeux, calme bien que froid mais sans humidité. Nous sommes relevés par un certain régiment, le 163e RI qui ne quitte pas les Vosges à cause de son mauvais esprit disent les uns, comme compatriote de Joffre disent les autres !



14/10/2016
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