14-18Hebdo

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Sermons allemands pendant la guerre

Bernadette Grandcolas – 16/03/2017

 

La recension que j’ai faite la semaine dernière dans Les Langues Modernes sur l’attitude des professeurs d’allemand pendant la guerre m’a amenée à lire deux articles de cette revue, parus en janvier et février 1916 : « A propos des sermons allemands ». Je propose ici quelques extraits et une explication.

 

Dans le numéro de janvier 1916, on trouve trois citations d’un professeur de théologie à l’Université de Berlin, de deux pasteurs originaires de Berlin et de Leipzig, publiées le mois précédent dans le journal The Standard. On trouve aussi ce type de citations dans un texte publié à Tübingen, où l’auteur, F. Koehler, a examiné près de 800 sermons de guerre : « La guerre mondiale au jugement de la prédication protestante allemande » :

 

Nous croyons résolument que l’éternelle Providence se sert de notre peuple pour exécuter un jugement universel sur nos ennemis… Nous faisons la guerre comme une sainte croisade contre tout ce qui est profane et grossier dans ce monde… L’Allemagne expérimente la guerre comme un service divin… Nous devons maintenant, et c’est à cela que nous sommes appelés, défendre Dieu contre le monde.

 

La guerre est une éducatrice sans pareille : elle nous enseigne à rejeter la douceur et la bonté de cœur. Le mot d’ordre est maintenant de frapper dans le tas (Dreingenauhen) avec Dieu, à poings fermés et avec le tranchant de l’épée.

 

La cause du genre humain et de l’amour de l’humanité est dans notre camp. Nous avons à la faire triompher contre la France, possédée d’une passion de haine, contre l’Angleterre possédée de Mammon, et contre la Russie, qui parait possédée de tous les démons de l’enfer ; et c’est dans l’intérêt de la France, de l’Angleterre et de la Russie que nous la ferons triompher aussi. Car ces peuples ne seront sauvés de la perdition que s’ils sont délivrés de leurs démons.

 

Nous ne pouvons combattre sans Dieu, mais au contraire unis à lui. Remplis de son esprit, brûlant de son ardeur, nous serons capables de frapper comme des anges à l’épée flamboyante et d’anéantir tout ce qu’il livrera entre nos mains. Et cette guerre, nous la ferons avec amour avec compassion. Avec amour nous massacrerons ; c’est pleins de compassion pour l’ennemi que nous chercherons, par toutes les ressources de la violence, à le réduire en miettes. C’est pleins d’une pitié infinie que nous déverserons sur les malheureuses victimes de la guerre des maux infinis. En vérité la guerre est une grande occasion d’aimer nos ennemis et de leur prouver cet amour, bien que nous devions employer toutes nos forces spirituelles et physiques à les terrasser et à les mettre hors de combat.

 

Dans le numéro de février, une lectrice, agrégée d’allemand, complète ces citations en précisant, après avoir consulté le document que nous avons mentionné, que « certains pasteurs allemands ont dit des choses plus stupéfiantes encore » :

 

On a dit que la guerre est un châtiment de Dieu pour nos péchés. C’est un horrible blasphème. Cette guerre est une grâce imméritée que Dieu nous fait… Vous êtes les messagers de la volonté de Dieu, du courroux de Dieu, contre la pax pourrie de l’Europe qui était une insulte à Dieu depuis une génération… Elancez-vous pareils aux anges qui portent le glaive de feu. Vous êtes les messagers de la volonté de Dieu, du courroux de Dieu, contre la paix pourrie de l’Europe qui était une insulte à Dieu depuis une génération.

 

J’ai trouvé sur le blog de Martine Sevegrand (Historienne du catholicisme au XXème siècle) : « Les catholiques français et la première guerre mondiale », les informations suivantes, qui permettent de mieux comprendre la situation… Après avoir rappelé que la France était majoritairement catholique, et l’Allemagne protestante, elle insiste sur l’influence de Hegel,

 

qui rendit incontestable aux yeux des Allemands que le recours à la guerre dans l’intérêt de l’Etat était une action cautionnée par Dieu… La défaite rapide qu’essuya la France en 1870-1871 renforça dans la conscience allemande l’idée selon laquelle la nation prusso-allemande avait été élue par Dieu pour réaliser Ses desseins… Pendant cette période est née chez les pasteurs et les théologiens protestants allemands la conviction inébranlable selon laquelle Dieu avait sans doute guidé le destin de la nation, en la protégeant des déprédations des Français papistes et dégénérés, et ce à deux reprises au cours du XIXème siècle : en 1806-1815 et en 1870-1871... L’idée que l’Angleterre, avec à ses côtés la France et la Russie, aurait voulu éliminer l’Allemagne, parce que menaçante et concurrente, donna naissance à cet esprit chez les Allemands, selon lequel ils défendaient leur patrie, leur héritage, leur Kultur infiniment supérieure, et en dernier ressort leur existence future. Il était aisé de définir la guerre comme relevant de l’autodéfense nationale. Tous les Allemands comprenaient la guerre ainsi.

 

Il serait intéressant de faire une recherche sur le contenu des sermons français pendant la même période…



17/03/2017
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