14-18Hebdo

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87e semaine de guerre - Lundi 27 mars au dimanche 2 avril 1916

 

LUNDI 27 MARS 1916 - SAINT JEAN DAMASCENE - 603e jour de la guerre

MARDI 28 MARS 1916 - SAINT JEAN DE CAPISTRAN - 604e jour de la guerre

MERCREDI 29 MARS 1916 - SAINT HUGUES - 605e jour de la guerre

JEUDI 30 MARS 1916 - MI-CAREME - SAINT JEAN CLIMAQUE - 606e jour de la guerre

VENDREDI 31 MARS 1916 - SAINT BENJAMIN DE PERSE - 607e jour de la guerre

SAMEDI 1ER AVRIL 1916 - SAINTE VALERY - 608e jour de la guerre

DIMANCHE 2 AVRIL 1916 - LAETARE - IVe DIMANCHE DE CAREME - 609e jour de la guerre

Revue de presse

-       La conférence des Alliés - Les ministres italiens à Paris - Réception enthousiaste - Au Quai d'Orsay - Toasts de M. Briand et de M. Salandra

-       Bombardements assez intenses dans la région de Verdun

-       Les troupes russes poursuivent avec succès leur offensive

-       Une contre-attaque française réussit au bois d'Avocourt - Nos troupes s'emparent de la corne sud-est - La lutte continue au village de Malancourt

-       Raid d'avions allemands sur Salonique - Le but est manqué mais il y a 20 tués et 40 blessés

-       La lutte autour de Verdun

-       La Grèce au bord d'un gouffre

-       Le général Dubail gouverneur militaire de Paris

-       La guerre sous-marine - Indignation américaine et bravade allemande

-       Le compositeur espagnol Enrique Granados et sa femme sont parmi les victimes du "Sussex" - Ils laissent cinq enfants

-       De violentes attaques allemandes sur la région de Mort-Homme ont été rejetées

-       La Prusse atteinte de "Verdunite"

-       Le nouveau crime des pirates boches - Le vaisseau hôpital "Portugal" est torpillé - 115 personnes noyées (malades, infirmiers, sœurs de la Charité)

-       Cinq zeppelins sur l'Angleterre - Ils jettent au hasard 76 bombes - On signale jusqu'à présent 28 tués et 44 blessés

 

Morceaux choisis de la correspondance

27 mars - ELLE (en route pour Angoulême).- Me voilà en route pour Angoulême, ayant reçu un télégramme me disant qu’on m’y attendait avec joie. J’ai reçu ce matin ta lettre du 23 avant de prendre le train, et Dédé aussi, il en a été très fier, rayonnant. Au départ on m’a fait toutes sortes de belles promesses de sagesse et de raison pour mes deux jours d’absence. Espérons que ces belles résolutions dureront et que Thérèse se fera obéir. André s’était mis en tête de donner des leçons de solfège à son frère Robert mais celui-ci ne semble pas s’y prêter de bonne grâce. Je t’embrasse chéri avec toute ma tendresse. Mimi.

 

29 mars - ELLE (au retour d’Angoulême près de Bordeaux).-Je t’ai bien abandonné pendant ces deux jours de présence à Angoulême et j’en ai honte. Me voici presque à Bordeaux chemin du retour et je me réjouis à l’idée de revoir mes chéris qui seront eux aussi contents de me retrouver. Paul et Maguy m’ont très aimablement reçue. J’ai très peu vu Paul d’ailleurs car il part à sa poudrerie dès six heures et demie et ne rentre que pour le déjeuner de 11 heures ½ à une heure. Mais on a de bonnes soirées. Le premier soir nous avons bavardé tous les trois ensemble. Hier soir, comme Madame Edgard était arrivée dans la journée, nous avons fait un bridge et Paul qui est un grand joueur a daigné me dire que je jouais bien. J’ai été très flattée du compliment. Maguy m’a emmenée faire visite à une de ses vieilles tantes très aimable pour elle, tout à l’heure avant de reprendre le train. Je suis chargée par Mr Edmond de bonnes amitiés pour toi. Pauvre Mr Edmond qui est neurasthénique, plains-le, moi je n’en ai pas le courage.

 

Encore une victime de l’affreuse tuerie de Verdun.

30 mars - ELLE (Arcachon).- Nous voici à nouveau avec nos chéris dans la forêt de pins, ils creusent des tranchées et sont très en train. Ils étaient bien contents de me revoir hier soir. Les deux petits étaient au lit mais ne dormaient pas, il a fallu aller les embrasser et André était ravi de veiller pour entendre ce que je racontais à Thérèse. Nous ne nous sommes couchés qu’à 10 heures, ensemble, c’était la joie. La bonne Thérèse avait surveillé leurs devoirs, de sorte qu’il n’y a aucun retard du fait de mon absence et aujourd’hui comme il fait beau je suis contente de pouvoir les emmener pour tout l’après-midi. Je viens d’entendre Noëlle dire à Dédé : « Creusons vite pendant qu’il n’y a pas d’attaque, parce qu’une fois que les obus pleuvront, il faudra nous enfoncer ». Ils parlent de repérer, de boyaux, comme s’ils savaient ce que c’est.

 

Ce matin, les bons petits en rentrant de leurs leçons de piano m’ont crié depuis le bout du jardin : « Maman, on vous a fait un grand plaisir ». De mon balcon, je leur ai répondu que j’étais contente, qu’ils viennent vite me dire ce que c’était. Ils sont arrivés et m’ont dit : « Mme Le Feuve a dit que nous n’avions jamais aussi bien travaillé, qu’elle n’avait rien à nous reprocher ». Tu vois qu’ils ont bon cœur tes enfants et qu’ils aiment leur petite Maman. Et la maman poule est bien heureuse d’être de nouveau avec ses poussins, quoiqu’elle ait eu aussi grand plaisir à revoir sa sœur. Mais on ne se sent pas à l’unisson chez eux. Ils ont tout à fait l’esprit de l’arrière, surtout Mme Edgard qui plaint tant son fils Edmond (elle a une préférence très marquée pour lui et elle a turlupiné Paul jusqu’à ce qu’il trouve un moyen de faire revenir son frère). Pauvre garçon si malheureux, il est resté 6 mois à Paris dans des bureaux et six mois à peu près dans l’Oise, où son unique fonction consistait à signaler les aéroplanes ou zeppelins se dirigeant sur Paris. Il était si las de la guerre, heureusement qu’il a pu rentrer chez lui après ! J’avais envie de lui dire que chacun aimerait rentrer chez soi et que ceux du front ne demanderaient pas mieux tous d’en faire autant, mais comme cela n’aurait servi à rien que de sembler jalouse, j’ai acquiescé.

 

Maman m’écrit qu’elle est allée lundi au service dit pour le neveu de Camille Biesse tué le 8 mars à Douaumont, au bois de la Caillette. Pour un petit St Cyrien sortant de l’école il a eu de durs mois de guerre. Encore une victime de l’affreuse tuerie de Verdun. Ses parents habitent à Epinal. Maman y a vu Cécile et son petit Jean. Cécile avait pu aller à St Dizier avec ses enfants voir Camille au repos, il a dû retourner au combat hier 29. Maman ne reviendra que vers le 15. Il paraît qu’il est venu des masses d’ouvriers de Laval pour se présenter, car les Mougeot sont arrêtés faute de toiles métalliques et de houille et Maman aurait pu remettre sa 2ème machine en route. Malheureusement elle n’a pas reçu de houille non plus depuis longtemps et, comme elle n’en a plus que pour 2 mois, elle ne veut pas risquer d’être arrêtée sous peu si les arrivages ne reprennent pas et, si elle met sa 2ème machine en route, ses anciens ouvriers pourraient lui reprocher de les avoir privés de travail en en donnant à d’autres. Mais elle regrettait bien de ne pouvoir profiter de cette occasion. Paul L.J. disait hier que les transports, petite et grande vitesse, même les postaux, sont arrêtés chez eux, c’est la première fois que cela se produit sur leur réseau, ce qui les effare un peu pour leurs envois de papier à lettres. S’ils étaient dans notre zone, ils auraient vu bien d’autres ennuis.

 

J’ai acheté du papier à lettres pour toi chez les L.J. Quand les postaux reprendront, je te l’enverrai, car tu dois le payer cher à Reims. Baisers.

 

31 mars - ELLE (Arcachon).-Je rentre d’Arcachon un peu fatiguée d’y avoir fait des courses et d’être restée debout longtemps. Je ne suis pas encore très très vaillante et vais surtout bien quand je suis sur ma chaise longue et me ressens bien vite d’un essai de vie normale. Je vais à nouveau reprendre mon petit régime de repos pour me refaire après ce petit entracte : voyage à Angoulême, recherche d’une villa hier pour que Maguy s’y installe près de nous car l’hôtel n’aura pas de chambre libre pour le moment où elle veut venir, et enfin aujourd’hui voyage à Arcachon où c’était notre jour de pesée. J’ai encore constaté pour Robert et pour moi une augmentation dans ces derniers 10 jours de 400 gr. pour l’un et de 500 pour l’autre. Tu vois que nous allons bien.

 

Pendant que j’étais à Angoulême nous avons manqué la visite de Mme Bichelberger qui était venue ici voir des amis ou cousins à l’hôtel et, par Mme de Lamothe, avait appris notre présence ici. Elle était donc venue nous voir, mais Thérèse était sortie. Elle lui a écrit le lendemain de Bordeaux où elle est chez sa fille aînée mariée à un ingénieur de St Gobain et nous disait que nous lui fassions signe quand Maman serait là. Mais comme elle part pour Toulon vers le 10 et que Maman ne viendra pas avant cette date, nous lui avons récrit de venir déjeuner un de ces jours. Je ne sais ce qu’elle décidera.

 

Nous avons cherché et trouvé une petite villa pour y installer Maguy quand elle viendra, car l’hôtel ne nous offrait de chambre pour elle que du 5 au 12 et, comme Maman ne peut venir pour ces dates, c’eût été stupide que Maguy vienne et soit obligée de partir au moment de l’arrivée de Maman, qui sera si contente de la revoir. Cette petite villa n’est qu’à cent mètres de chez nous, il y a le gaz, ce qui sera très commode pour la nounou pour faire le déjeuner du matin. La villa s’appelle Good Luck et elle est toute blanche.

 

As-tu vu comme les Gafsa montent ? Les voilà aujourd’hui à 765 fr. Paul L.J. me disait que son beau-frère Roques l’engageait beaucoup à acheter des « Nickel », qui sont aussi une très bonne valeur, mais nous n’avons plus d’argent liquide à transformer.

 

Je t’ai fait envoyer un pâté de foie gras qu’on m’a dit être bon. Avant d’ouvrir la boîte, tu feras bien si possible de le faire tremper dans l’eau froide une heure ou deux pour que la graisse de l’entourage soit bien affermie. Aujourd’hui, je t’ai mis à la poste quelques poissons d’avril mais ils arriveront trop tard pour frapper à leur heure puisque c’est demain le premier. Mais tu les mangeras en pensant à nous.

 

Depuis la guerre on ne laisse plus monter dans les phares.

1er avril - ELLE (Arcachon).-Tu as raison de me gronder dans ta lettre du 29 mars et de me prêcher le repos car je remarque qu’il m’en faut encore beaucoup et que j’ai grand tort de faire encore souvent des infractions à mon régime. Ainsi les jours où je remue dans l’après-midi j’ai toujours 4 ou 5 dixièmes de plus de température, ce qui prouve que je m’excite facilement et que j’ai plus de nerfs que de forces. Pour Angoulême, j’étais presque forcée de faire ce voyage sous peine de passer pour bien peu aimable aux yeux de mon beau-frère, qui me disait qu’il ne pouvait venir ici et que je lui ferais plaisir en y allant. Tu sais, il y a des choses qu’on est presque obligée de faire. Mais je me promets bien maintenant de bouger aussi peu que possible.

 

Aujourd’hui encore j’ai fait avec les enfants une promenade en barque à voile. Il faisait si beau le matin, si peu de vent, que j’ai pensé pouvoir le faire. Nous avons loué une barque pour l’après-midi, on est allé au large du bassin, vu Arcachon de loin, c’était joli et de là au cap Ferret (phare) que je pensais faire visiter aux enfants, mais nous avons eu la déconvenue d’apprendre que depuis la guerre on ne laisse plus monter dans les phares. Nous sommes donc revenus ici plus tôt que nous ne le pensions. Nous avions emmené tout le monde même Françoise, les deux bonnes, Marie Ehling et Marie Charles. Elise était restée pour garder Lili et parce qu’elle avait peur de la mer. Marie Charles a été malade, elle a rendu son dîner par deux fois. Je craignais un peu que pareil sort n’arrive à notre petite Noëlle, qui avait l’estomac si délicat autrefois mais elle n’a pas eu le plus petit malaise. Elle s’est bien fortifiée à tous points de vue, elle a de bons mollets et une mine superbe. Son professeur de piano la trouve extrêmement douée et regrette de ne pouvoir la suivre de près. Cette dame les fait très bien travailler. Tu serais étonné de les entendre réciter leur solfège et parler des mesures composées, des intervalles, des demi-tons diatoniques et chromatiques, des secondes, tierces, sixtes majeurs ou mineures. Elle leur fait faire des dictées musicales, c.à.d. qu’elle joue des notes au piano qu’ils doivent transcrire sur leur cahier de musique, comme son et comme valeur, et il paraît que Noëlle se trompe rarement. André a moins d’oreille, mais il se donne quand même de la peine.

 

Je t’envoie ci-joint un exemplaire des devoirs qu’il reçoit de Docelles. Il en a pour deux heures chaque jour plus les leçons, de 5 à 7 tous les soirs, plus 10 minutes de solfège à apprendre et leur leçon de piano qui devait ne durer qu’une demi-heure pour chacun et en prend bien 3/4. Ils partent chaque matin à 10 heures tous les deux et ne rentrent qu’à midi, ils s’amusent un peu avec les petites filles de leur maîtresse avant de revenir. J’avais émis l’idée que pendant que l’un prend sa leçon, l’autre pourrait étudier ses leçons mais on m’a supplié de n’en rien faire car on s’amuse si bien avec « Arlette ». La promenade ou le jeu dans la forêt de pins de 1 heure à 4 et tu vois que leurs journées sont occupées parfaitement pour leur santé et pour qu’ils ne perdent pas trop leur petite science pendant qu’ils sont ici.

 

Je voudrais qu’ils t’écrivent plus souvent, mais dehors il n’en est pas question, on a toujours le nez en l’air et, une fois à la maison, André a assez de devoirs jusqu’au dîner. Je t’embrasse, chéri de toutes mes forces. Mimi.

 

2 avril - ELLE (Arcachon).-Maurice a envoyé à sa femme sa photo avec un casque et cela me fait penser que je ne t’ai jamais demandé si tu en avais un, toi aussi, et si cela t’allait bien. Et cette chère petite moustache, ne l’a-t-on pas trop arrachée ? A-t-on pensé à faire plaisir à sa Mie en la gardant belle et fournie et retroussée surtout. Quelle gamine que ma femme vas-tu dire, mon Geogi, c’est bien la peine d’avoir 32 ans pour rester aussi bébé, elle ne mérite pas d’être mère de famille. Hélas ! dans la glace, je vois bien que je n’ai plus vingt ans et qu’il est temps en effet de devenir raisonnable.

 

En ce moment, nous nous brunissons tous au soleil comme de petits moricauds. Les enfants ont le nez couvert de taches de rousseur et feraient l’horreur de Marie Molard qui mettait toujours des voiles à sa fille pour la préserver des atteintes du soleil, mais je suis si contente de leur voir si bonne mine que je ne pense guère à ces précautions. Robert même rosit et brunit. En ce moment ils sont en forêt et ne rentreront que pour cinq heures pour finir les devoirs qui sont en retard cette semaine. Il nous reste toute la tâche du samedi à achever, car je renvoie toujours le travail fait le lundi. Thérèse est sur la plage avec ses enfants, il paraît qu’il y fait très bon, mais comme l’air de la mer ne m’est pas très recommandé, je préfère ne pas m’y installer pour toute une après-midi et je suis seule sur mon balcon de l’autre côté de la maison. La solitude ne me pèse pas, j’ai des lettres à écrire et des prix de revient à faire et puis je ne suis pas une grande causeuse, tu le sais.

 

Thérèse va faire demain à Angoulême la petite fugue que j’y ai faite la semaine dernière et me confie ses enfants. Ils sont bien plus sages depuis quelque temps. Au début ils étaient rageurs et crieurs, mais ils se sont calmés, ce qui est bien heureux.

 

Maurice avait espéré avoir sa permission assez tôt pour venir la passer ici, mais je crois qu’elles ne seront pas rétablies dans son secteur assez tôt pour le lui permettre, il est trop près de Verdun. Il paraît que les bombardements de St Dié ont amené à Cheniménil deux fileurs. Les Schwindenhammer sont tous retournés à Raon où le travail reprend partout. L’usine Amos a sa cheminée coupée en deux, malgré cela ils remarchent. Ce sont les pauvres Lecuve les plus éprouvés, un frère a été fusillé en septembre 1914, leur parc à bois complètement incendié et le dernier bombardement a anéanti leur maison. Ici on est bien tranquille, je t’assure. Bonnes tendresses. Mimi.

 

Gravures du Petit Journal - Supplément illustré - 02/04/1916 (N° 1319)

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Une belle page de la résistance devant Verdun - Le lieutenant-colonel Driant et ses chasseurs au bois des Caures

Quand on connaîtra en détails l’histoire de cette bataille de géants dont la région de Verdun fut le théâtre, on sera émerveillé du nombre d’épisodes héroïques qui se déroulèrent là pendant ces journées si glorieuses pour nos armes. Parmi ces épisodes, la résistance du lieutenant-colonel Driant et de ses chasseurs au bois des Caures demeurera comme l’un des plus dignes de figurer dans les annales de la vaillance française. Un officier qui y prit part en a fait le récit émouvant.

 

Pendant deux jours, la position fut canonnée sans relâche par les pièces de gros calibres : 150, 210, 305. Il tombait environ trois obus à la seconde dans un espace de deux cents mètres. « Le bois n’existe plus, dit le témoin de ces journées terribles, tout est nivelé, partout des trous, des arbres abattus ; on ne voit plus ni route, ni chemin, ni tranchée, ni abri. Les hommes restent stoïques sous l’avalanche de fer et de feu ; pas un ne manifeste le moindre sentiment de peur. A midi (trentième heure du bombardement), le tir s’allonge, de grosses masses ennemies se dirigent vers la position voisine par laquelle elles tentent de nous tourner. La masse allemande arrive de plus en plus formidable de tous côtés, nos mitrailleuses et nos tirs de mousqueterie fauchent sans arrêt. Devant nous, la marée allemande s’arrête. Malheureusement, nos compagnies de grand’garde, prises à revers, enserrées de tous côtés, se défendent désespérément mais sont submergées. L’ennemi cherche alors à encercler la position où se trouvent le colonel Driant et les commandants des deux bataillons, entourés des derniers défenseurs du bois. La position prise d’écharpe, à revers, garnie par une poignée d’hommes qui tous ont fait le serment de mourir plutôt que de se rendre, devient d’autant plus intenable que les mâchoires de la tenaille se referment en arrière. A ce moment, le colonel Driant, qui avait combattu, un fusil à la main, au milieu de ses hommes, jugeant la situation désespérée, réunit dans un conseil de guerre les quelques officiers qui se trouvent autour de lui. Il expose en quelques mots la situation, constate que chacun a fait son devoir jusqu’au bout, estime que rien ne peut plus arrêter l’ennemi et pose la question de savoir s’il vaut mieux périr honorablement mais sans profit avec la poignée d’hommes qui lui reste, ou chercher à sauver quelques braves gens qui, par la suite, pourront encore être utiles à leur pays. Les avis sont partagés, tout le monde pleure. A quinze heures trente, l’ordre de repli est donné ; le colonel prend la tête d’une petite colonne, les commandants des bataillons la tête d’une autre. Le lieutenant S. couvre le mouvement en arrière et le capitaine V… s’efforce d’empêcher la tenaille de se refermer. C’est alors (15 heures 45) que ‘pour la dernière fois’, j’aperçois le colonel Driant et le commandant R… se dirigeant vers le village de B… où doivent se rassembler les débris des bataillons. Me retournant pour faire face à l’ennemi qui nous suit, je les perds de vue : un chasseur me dit les avoir vus se jeter dans les trous d’obus… » Tel est le récit simple et tragique de cet épisode du Bois des Caures dans lequel chefs et soldats se montrèrent également héroïques.

 

Résumons en quelques lignes la carrière militaire du lieutenant-colonel Driant. Entré à Saint-Cyr en 1875, il en sortit comme sous-lieutenant au 54e de ligne. Il fut ensuite successivement lieutenant puis capitaine au 4e zouaves, officier d’ordonnance du général Boulanger, dont il épousa la fille cadette, puis capitaine instructeur à Saint-Cyr, major au 4e zouaves et enfin chef de bataillon commandant le 1er bataillon de chasseurs à pied, de 1899 à 1906, date à laquelle il faut retraité sur sa demande. Au moment de la déclaration de guerre, il reprit du service comme commandant du 56e chasseurs, conquit ses derniers grades sur le champ de bataille, fut cité à l’ordre de l’armée et nommé officier de la Légion d’honneur.

 

 

 

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Les troupes russes ravitaillées dans leurs tranchées par les enfants des villages voisins

C’est un témoignage de l’enthousiasme avec lequel la population poursuit la guerre contre l’envahisseur, et de l’esprit de solidarité qui la lie à l’armée. Sur le front russe, pendant la nuit, à la faveur de l’obscurité, les paysans, et jusqu’aux enfants des villages, se glissent aux tranchées, et portent aux soldats des victuailles et des boissons. Ces malheureux paysans que l’invasion allemande a ruinés emploient leurs dernières ressources à secourir les braves soldats qui luttent héroïquement pour chasser l’étranger.

 

 

   

Les instantanés de la guerre (photos)

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Une héroïque inscription sur le fort de Liouville (Meuse)

Une reconnaissance dans la neige

Nos poilus vont gaiement remplacer leurs camarades en 1re ligne

Un équipage de chiens d'Alaska utilisé dans les Vosges

Le Tzar visitant les tranchées

La route par laquelle les Russes ont gagné Erzeroum

Dans les Vosges - Fanion d'une compagnie de mitrailleurs décoré de la croix de guerre avec palme

Officier russe goûtant la cuisine

En Albanie - Moines d'un monastère fuyant à ânes, devant l'invasion

Un projecteur électrique installé dans un pylône rustique

 

 

Les instantanés de la guerre (photos)

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Colonnes d'infanterie italienne sur la montagne

Les Anglais dans une rue de Salonique

La tombe d'un brave

A la file indienne dans les Vosges

Les cuistots par les chemins couverts de neige

Une cagna au pied d'un calvaire

L'imprimerie boche du Journal des Ardennes

Le général Pétain reconduisant le général Joffre

Les femmes conducteurs sur les autobus de Londres

 

 

Thèmes qui pourraient être développés

  • La conférence des Alliés
  • La Grèce au bord d'un gouffre
  • Généraux - Le général Dubail gouverneur militaire de Paris
  • Marine - Le compositeur espagnol Enrique Granados et sa femme sont parmi les victimes du "Sussex" - Ils laissent cinq enfants
  • Marine - Le nouveau crime des pirates boches - Le vaisseau hôpital "Portugal" est torpillé - 115 personnes noyées (malades, infirmiers, Sœurs de la Charité)
  • Aviation - Cinq zeppelins sur l'Angleterre - Ils jettent au hasard 76 bombes - On signale jusqu'à présent 28 tués et 44 blessés
  • Allemagne - La scission du parti socialiste allemand
  • Disparus - Pour les familles françaises qui cherchent des disparus
  • Verdun - Douaumont et le bois de la Caillette
  • Italie - Le vol de San Pietro de Pérouse (4 peintures du Pérugin)
  • Commémoration - Fêtes - Poissons d'avril
  • Arcachon - Le Cap Ferret - Le Phare - Depuis la guerre on ne laisse plus monter dans les phares
  • Le solfège
  • Généraux - Le lieutenant colonel Driant et ses chasseurs au bois des Caures (LPJ Sup)
  • Soldat - Ce qu'on dit de nos soldats (LPJ Sup)
  • Les instantanés de la guerre (Photos dans LPJ Sup)
  • Religion - Fête religieuse - Mi-carême
  • Religion - Fête religieuse - Laetare - IVe dimanche de Carême


25/03/2016
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