14-18Hebdo

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Journal de la Grande Guerre de quelques ancêtres des familles Farret, Cambon et Broquisse - 37 - Août 1917

Olivier Farret – 13-08-2018

 

Début de la quatrième année de guerre.

Depuis des semaines, la lassitude de la guerre se fait sentir et d’autant plus en Allemagne, soumise au blocus et à de dures privations. À bord des bâtiments de la flotte impériale basés à Wilhelmshaven, le manque d’approvisionnement entraine des tensions entre les officiers pleins de morgue, issus des élites et les marins, la plupart venant du peuple. Ces derniers sont influencés par l’action des Bolcheviques en Russie. Les incidents se multiplient et le 1er août, les marins protestent contre un exercice jugé injuste. À la suite de punitions infligées à onze marins, la révolte s’amplifie tout au long du mois, avec des refus d’obéissance. Des centaines de marins se rassemblent à terre, avec deux meneurs Köbis et Reichpiectsch qui réclament la paix dans leurs harangues. La répression s’abat, avec plusieurs condamnations à mort dont les deux marins qui seront les seuls exécutés le 1er septembre. Chez les spartakistes et dans le monde communiste, Köbis et Reichpietsch deviennent « les vrais héros de la guerre mondiale », puis les « premiers martyrs de la révolution allemande ».

 

La révolte allemande de 1917 et ses deux martyrs annoncent la révolution de 1918 portée en premier lieu par les marins. Leur mémoire sera portée très haute dès 1949 en RDA ; tous les écoliers liront leur histoire et leurs noms seront gravés sur l’espace public. Depuis 1989, la mémoire des rebelles de 1917 a tendance à s’estomper voire à disparaître. (Nicolas Offenstadt).

 

Le 9 août, les Chancelleries reçoivent une lettre datée du 1er août, adressée aux Chefs des Peuples belligérants, du pape Benoit XV qui manifeste sa profonde inquiétude :

 

« […] Le monde civilisé devra-t-il donc n’être plus qu’un champ de mort ? Et l’Europe, si glorieuse et si florissante, va-t-elle donc, comme entraînée par une folie universelle, courir à l’abîme et prêter la main à son suicide ? […] Nous jetons de nouveau un cri de paix et Nous renouvelons un pressant appel à ceux qui tiennent en leurs mains les destinées des nations. »

  

Le pape énumère ensuite quelques conditions pour l’établissement de la paix :

  

« La restitution réciproque des territoires actuellement occupés ; […] par conséquent, du côté de l’Allemagne, évacuation totale de la Belgique, avec garantie de sa pleine indépendance politique, militaire et économique, vis-à-vis de n’importe quelle puissance ; évacuation également du territoire français ; du côté des autres parties belligérantes, semblable restitution des colonies allemandes, […] une vraie liberté et communauté sur les mers. Pour ce qui regarde les questions territoriales, comme par exemple, celles qui sont débattues entre l’Italie et l’Autriche, entre l’Allemagne et la France, il y a lieu d’espérer qu’en considération des avantages immenses d’une paix durable avec désarmement, les parties en conflit voudront les examiner avec des dispositions conciliantes, tenant compte, dans la mesure du juste et du possible, ainsi que Nous l’avons dit autrefois, des aspirations des peuples, et à l’occasion coordonnant les intérêts particuliers au bien général de la grande société humaine. Le même esprit d’équité et de justice devra diriger l’examen des autres questions territoriales et politiques, et notamment celles relatives à l’Arménie, aux États balkaniques et aux territoires faisant partie de l’ancien royaume de Pologne, auquel en particulier ses nobles traditions historiques et les souffrances endurées, spécialement pendant la guerre actuelle, doivent justement concilier les sympathies des nations.

 

Tout le monde reconnaît, d’autre part, que, d’un côté comme de l’autre, l’honneur des armes est sauf. Prêtez donc l’oreille à Notre prière, accueillez l’invitation paternelle que Nous vous adressons au nom du divin Rédempteur, Prince de la Paix. Réfléchissez à votre très grave responsabilité devant Dieu et devant les hommes ; de vos résolutions dépendent le repos et la joie d’innombrables familles, la vie de milliers de jeunes gens, la félicité en un mot des peuples, auxquels vous avez le devoir absolu d’en procurer le bienfait. Que le Seigneur vous inspire des décisions conformes à sa très sainte volonté. Fasse le Ciel, qu’en méritant les applaudissements de vos contemporains, vous vous assuriez aussi, auprès des générations futures, le beau nom de pacificateurs. […] (Benoît XV)

 

Seul l’empereur Charles 1er de Habsbourg répond favorablement à l’offre d’une « paix blanche du Saint-Père ». L’offre de paix est rejetée en bloc par les Alliés ; la France très virulente dénonce l’absence d’une mention de l’Alsace-Lorraine dans la note papale.

 

 

Sur le front ouest, alors que les Allemands déclenchent de nouvelles attaques, le Premier ministre britannique, Lloyd George exprime, lors de la conférence interalliée de Londres, le besoin urgent d’une coordination militaire accrue et confirme la promesse d’une « reconstitution intégrale » de la Serbie. À Paris, les députés adopte la loi Mourier qui ambitionne d’organiser une meilleure répartition des mobilisés entre les armées et l’arrière, en vertu du principe « les jeunes à l’avant, les vieux à l’arrière », même si elle prévoit de nombreuses exemptions.

 

À Verdun, le général Pétain décide de lancer une offensive, qui se doit d’être victorieuse, L’objectif est de prendre à l’ennemi quelques observatoires comme la côte du Talou et la côte 344 sur la rive droite et la cote 304 et le Mort-Homme sur la rive gauche. Elle permettra de relever le moral de l’armée française, ébranlée par les « mutineries » et de donner un signal fort à l’armée allemande et au monde entier, la victoire étant possible sans hécatombe inutile. La préparation logistique, dirigée par le général Adolphe Guillaumat commandant la IIe Armée, est très méticuleuse sur un front d’attaque de 25 km à cheval sur la Meuse. Le parc d’artillerie comporte 610 canons, soit un canon tous les sept mètres. La reconnaissance aérienne avec des milliers de photographies est utilisée à une échelle encore jamais vue. Si les Allemands se doutent de l’imminence de l’assaut, ils en ignorent la date exacte. Les Français déclenchent un feu roulant d’artillerie comme s’ils attaquaient, déroutant quelque peu l’adversaire.

 

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Carte du Service Historique de la Défense

 

 

Le 150e RI (celui de Paul Farret) est en première ligne dans le secteur de Louvemont-Cote-du-Poivre, travaillant au profit de la 165e DI. Après un séjour de plusieurs jours sous les bombardements et dans la boue, le régiment se trouve à Verdun et aux péniches de Dugny, puis vers Landrecourt. Malgré de violents bombardements aériens, le 150e poursuit son instruction et s’installe dans la région des carrières d’Haudremont.

 

 

Le 7 août 1917, André Farret, chef de bataillon au 173e RI, est transporté en camion dans les bois de Nixeville, le long de la Voie sacrée au sud-ouest de Verdun. De là, il rejoint Verdun à partir du 13 août et son bataillon va prendre position sur les pentes de la cote du Poivre dans le cadre de la prochaine offensive française. La mission des 55e, 103e, 112e et 173e formant la 126e DI ont pour mission de s’emparer de la cote 344 du Talou, et du village de Samogneux, situés sur la rive droite de la Meuse à 8 km au nord de Verdun.

 

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Cote du Talou, emplacement du 173e RI, ECPAD

 

 

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Cote 344, photo ECPAD

 

 

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Dans la nuit du 19 au 20, les contre-batteries françaises prennent sous leur feu les batteries allemandes, les écrasent et les aveuglent en déversant sur elles une masse énorme d’obus spéciaux. En même temps, toute l’artillerie de tranchée et les canons de campagne parachèvent leur destruction et isolent les artilleurs allemands de l’arrière. L’ennemi répond par un violent bombardement d’obus à gaz sur les premières lignes françaises, les voies de communication et les ravins. Tout le champ de bataille était couvert d’un épais nuage au travers duquel les hommes, munis de leurs masques et lourdement chargés s’avancent à tâtons pour gagner les parallèles de départ. L’heure H est fixée à 4h40. (chtimiste.com)

 

Le tir de l’artillerie a une violence telle que les chefs de sections dirigent leur troupe uniquement à la boussole : on ne voit pas à dix pas devant soi. Malgré le poids du sac, malgré la quantité de munitions transportée dans la musette, malgré les ouvrages, les tranchées et les réseaux de fil de fer, les hommes bousculent tout devant eux, arrivent à 7 heures au-delà de l’objectif fixé et dépassent le barrage de notre artillerie, s’installent dans la tranchée du Tacul. En deux heures, le régiment a progressé de 3 kilomètres en profondeur ; il a pris 5 officiers, 150 hommes de troupe, 5 mitrailleuses et de nombreux engins de tranchée.

 

Lors de l’attaque de la deuxième position allemande, André Farret est blessé au visage par un éclat d’obus. Il est évacué vers le poste de secours pour y être soigné.

 

Le 21 août, le village de Samogneux est pris par des bataillons des 55e et 173e RI, malgré la résistance des mitrailleurs ennemis que l’artillerie avait épargnés. Les pertes du régiment sont nombreuses. Le capitaine Guérin Santini, meurt en héros à la tête de son bataillon lors de l’assaut ; grièvement blessé il décède dans la soirée à l’ambulance 4/54 de Landrecourt. Jusqu’au 27 août, la réaction de l’ennemi est d’une rare violence, les obus pleuvent sur nos nouvelles positions ; il tente cinq contre-attaques ; elles sont dispersées par le tir de notre artillerie et de nos mitrailleuses avant d’avoir pu aborder nos lignes. (Historique du 173e RI)

 

Le 26 août, l’ordre est donné de « nettoyer les ravins et de détruire les abris ennemis. » Pendant que l’artillerie concentre ses tirs sur zone ciblée, cinq sections d’infanterie, sous le commandement du lieutenant Benoît Macchini, natif de Figari, suivies de deux sections du génie, partent en vagues et mais sont arrêtées à 300 m par un réseau de barbelés intact, tandis que les mitrailleuses ennemies ouvrent le feu.

 

Les hommes doivent se replier ramenant dans leurs lignes de nombreux blessés, parmi lesquels le lieutenant Macchini, 23 ans, qui est touché au moment où il allait enlever une mitrailleuse. Il succombera le lendemain 27 août, à l’Ambulance 6/15 de Glorieux.

 

Jusqu’au 29 août au soir, le 173e reste sur ses positions de la cote 344 avant d’être relevé et transporté dans la région de Bar-sur-Aube.

 

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Carte du Service Historique de la Défense

 

 

Sur la rive gauche de la Meuse, la conquête de la cote 304 et du Mort Homme sera plus aisée que lors des attaques allemandes de 1916, avec des combats d’une violence rarement vue ailleurs. Rappelons la présence en mars 1916 des deux frères Farret, André à la cote 304 et Paul au Mort-Homme.

 

Le 23 août 1917, Louis Désalbres, jeune « bleuet » de 20 ans, classe 1917 du 128e RI, est à la cote 304. Il témoigne :

 

« Jeudi 23 août : la forêt est farcie d’artillerie. Si cette densité est la même jusqu’aux lignes, c’est un ouragan qui va passer sur les Boches. Dans l’air, des dizaines d’aéros sillonnent l’air en un bruit sonore et continu. Ils passent, repassent comme les mouches au plafond d’une chambre. Tenue d’assaut, pas de capote, pas de sac, mais toile de tente en bandoulière. Deux jours de vivres en plus des deux jours de réserve, un bidon de café, enfin on nous distribue de l’eau de vie. Celle-ci présente une légère odeur éthérée.

 

En qualité de grenadier VB, je touche quatre grenades VB, véritables petits obus projetés par le départ du fusil et qui vont jusqu’à 80 mètres. Ces grenades font du bon travail. J’ai en plus quelques fusées VB ; fusées pour demande de barrage, fusée pour allonger le tir et enfin les cartouches réglementaires. Lorsque je rejoins ma tente, je me sens plus alourdi que si j’avais le sac. C’est ce qu’on appelle la tenue légère d’assaut. Par colonnes de fils, les sections s’enfoncent dans le bois. Il est 11 heures du soir. »

 

Pour éviter que les troupes s’égarent, des tresses blanches ont été tendues par le génie.

 

Le jeune Désalbres fait partie de la deuxième vague d’assaut au petit matin du 24 août :

 

« Peu à peu, la progression nous échauffe. Le défaut de réaction de l’artillerie ennemie et l’absence absolue de son infanterie pulvérisée, nous rassurent. Pas l’ombre d’un Boche, sauf quelques cadavres déchiquetés mêlés à des poutres calcinées, le tout à demi-enfoui sous la terre. »

 

 

Comme souvent, la conquête de la première ligne adverse est assez simple, mais lorsque les Allemands se ressaisissent, notamment avec leur artillerie, la position conquise devient un enfer. Désalbres continue son récit :

 

« L’artillerie ennemie réagit maintenant avec violence. Par rafales soutenues, les obus foncent sur notre coin. L’ennemi semble connaître admirablement les positions que nous occupons. Avec fureur, nous piochons, creusons, soulevons la terre pour nous enfoncer. L’ennemi accélère son tir. Les explosions rejettent plus de terre que nous en enlevons, mais avec une ardeur désespérée nous creusons toujours en luttant contre l’envahissement.

 

Ma pioche est entrée, molle dans de la viande. Un cadavre. Je tire. Une étoffe grise, sale… de la chair noircie. À trois, nous soulevons le macchabée et le plaçons sur le parapet. Il servira de pare-éclats, et les obus foncent toujours sur nous et nous creusons toujours sur une terre qui dégage une odeur atroce. Soudain, des souffles brûlants, successifs, nous aveuglent et nous terrassent. Des cris déchirants. Je suis face contre terre. Un des nôtres a été jeté hors de la tranchée, en loque pantelante. L’heure du sacrifice est arrivée.

 

Mal protégée, la section encaisse maintenant les coups directs d’un tir impitoyablement précis. À plat ventre dans ce fossé évasé, haletants, crispés, agrippés à la terre, nous attendons la fin de ce massacre. Noireau est tué net à ma droite, près de lui, un homme se tortille comme un ver et les canons rugissent toujours tandis que les fusées multicolores éclatent dans le ciel rougeâtre. » (Louis Désalbres)

 

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Tranchées de Verdun, ECPAD

 

 

Le 29 août, le régiment est relevé et se déplace vers Bar-sur-Aube.

 

En sept jours, les Français ont tiré 2 000 000 d’obus. L’offensive de l’armée française assure le succès sur les deux rives de la Meuse même si les Allemands n’ont pas été totalement repoussés jusqu’à leur ligne du 21 février 1916.

 

Le Premier ministre britannique Lloyd George rend un vibrant hommage à l’armée française : « La défense de Verdun restera un sujet d’étonnement et d’orgueil jusqu’à ce que la terre se refroidisse. »

 

 

La famille Farret est à nouveau endeuillée. Le 21 août, Étienne Farret, âgé de 68 ans, est mort à Toulon. Pouvons-nous imaginer le chagrin indicible de notre arrière-grand-mère Victorine Farret, née de Crozals, qui, après la mort de son fils Paul au Mont Sapigneul, le 5 avril 1917, vient de perdre son mari. Que dire du chagrin de ma grand-mère Yvonne Farret, qui vient de perdre son beau-père après avoir perdu son jeune frère Marcel Cambon au début de la guerre et Paul, son mari, le père de ses trois enfants. Que dire des sentiments de ses fils André qui est à Verdun et Pierre dans l’escadre de la Méditerranée ? Cependant la guerre continue…

 

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Étienne Farret

1849 – 1917

Capitaine de vaisseau, Officier de la Légion d’honneur.

  

 

Jean Broquisse a quitté l’École des chefs de section de Fillerval, dans l’Oise, et rejoint le 319e RI qui, après un temps de repos et d’instruction, est au Chemin des Dames, à Braye-en-Laonnois, petit village situé au creux d’un vallon en arrière du front. Son cousin, Élie Gillet, est du côté de Craonne. Jean Broquisse est versé au Dépôt divisionnaire (DD). Les distractions sont rares ; quand les soldats ne sont pas de veille ou en patrouille, ils tentent de se distraire : jeux de cartes – le jeu de la Manille est très en vogue – journaux, artisanat de tranchée et photographie. Pour l’anniversaire de ses 24 ans, Jean Broquisse a reçu en cadeau un appareil photo dont il est très fier. Il s’agit du Vest-Pocket Kodak Autographic, surnommé par la marque « le Kodak du soldat ». Cet appareil a été conservé par la famille. La publicité mentionne que cet appareil photo incomparable accompagnera le soldat qu’il soit au front ou dans un dépôt… C’est le plus beau cadeau à faire à un soldat ! Ce Vest Pocket Kodak est très en vogue notamment à partir de 1915 ; les combattants prennent des clichés de camarades de combat, des « paysages » de tranchées ainsi que leur portrait, si possible, près d’une prise de guerre du champ de bataille. (Jean-Pascal Soudagne).

 

Jean Broquisse a retrouvé la plupart de ses meilleurs camarades du régiment. Le 13 août, il écrit à sa mère :

 

« Ménesse, le vieux Ménesse, est un de mes bons copains de régiment. Je l’ai connu au 419, un vrai « pote ». Aussi comme nous avons, pour l’instant pas mal de flemme à tirer, nous sommes continuellement ensemble. […] Hélas, le canon qui sourdement grogne à une quinzaine de kms d’ici, nous rappelle un peu que nous sommes en guerre et que cet heureux repos ne durera vraisemblablement pas longtemps. Peu importe, nous en profitons de notre mieux. […] J’espère que vous avez en Gironde le même temps qui nous favorise dans l’Aisne et que les vignes sont plus gaillardes que jamais…. »

 

En tant que chef de section, Jean Broquisse doit suivre un entrainement au maniement du canon de 37 mm : « Depuis trois jours, j’apprends la manœuvre d’un petit canon d’infanterie, le canon de 37. Cela ne changera du reste en rien ma situation quand je remonterai en ligne. » On sent une certaine appréhension entre les lignes ».

 

Le canon de 37 est un canon de 37 mm Mle 1916 TR (à tir rapide, avec une cadence maximum de 15 coups/mn), d’une portée utile de 1 500 m, pour détruire les nombreux nids de mitrailleuses adverses (trois types de tir : à pointage direct, indirect et tir masqué).

 

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Canon de 37 mm, www.feurillon.com

 

 

L’ensemble canon (108 kg) et voiturette portant les munitions est traîné par un cheval. Les munitions sont des obus explosifs, Mle 1916 et des obus de rupture Mle 1892. Ce canon est servi par l’infanterie. Leur emploi doit être connu de tous les officiers et un nombre suffisant de gradés [comme Jean Broquisse] et de soldats. L’équipe de pièce du 37 mm TR 1916 était formé de : 1 sous-officier, 1 pointeur, 1 chargeur, 4 pourvoyeurs, 1 conducteur. Les dotations en munitions étaient larges, soit 1216 coups par section de combat (trois pièces de 37). Ce canon remplira parfaitement sa mission, monté en 1917, sur char Renault FT, ce sera là un tandem redouté des adversaires. (Base documentaire des artilleurs, basart. artillerie. asso.fr)

 

 

Pierre Farret est en poste à Toulon

 

Le jeudi 2 août 1917, l’amiral Lucien Lacaze, ministre de la Marine, démissionne du gouvernement. Ce Picard natif de Pierrefonds dans l’Oise, a joué un rôle important dans la rénovation de la Marine française peu de temps avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, puis il devient ministre de la Marine de 1915 à 1917, fonction pendant laquelle il oriente résolument la flotte vers la lutte contre les sous-marins. […] Il fait poser de nombreux champs de mines et filets anti-sous-marins et développe une très importante aviation navale ainsi que de nombreux ballons captifs pour protéger les côtes. Pour mieux faire connaitre l’action de la flotte en guerre, il créé le Service cinématographique de la marine. Il faut attendre les pertes catastrophiques du début de 1917 en raison de la guerre sous-marine à outrance pour que la pertinence des choix de Lucien Lacaze soit reconnue mais il n’en mesurera pas les effets victorieux durant son ministère. Membre de gouvernements fragiles et contestés, ceux d’Aristide Briand et d’Alexandre Ribot, son action est critiquée sans cesse à la Chambre par les députés de gauche ou d’extrême gauche.

 

Excédé, il démissionne le 2 août 1917, « ne voulant pas accepter de commission d’enquête sur la marine de guerre » alors que sa stratégie anti-sous-marine commence à porter ses fruits et que les pertes en mer sont en diminution sensible. Vice-amiral en septembre, il est nommé préfet maritime de Toulon en octobre, commandant supérieur des patrouilles en Méditerranée occidentale et termine la guerre en installant la base américaine de Toulon. (histoireenrafale.lunion.fr)

 

 

À partir de l’été 1917, la riposte alliée face aux U-boote est de plus en plus efficace et s’articule dans trois domaines nouveaux : les convois de cargos escortés par un ou plusieurs navires de guerre ; les systèmes d’écoute acoustiques (hydrophones) et la radio encore balbutiants ; et les grenades sous-marines de plus en plus efficaces. Tous les déplacements sont centralisés à Londres. Le système des convois fait ainsi grandement chuter les chiffres de pertes, car les sous-marins n’osent pas ou peu s’attaquer à des navires protégés. Les bâtiments de commerce sont équipés de filets anti-mines. En Méditerranée, Arnauld de la Périère, l’un des plus hardis sous-mariniers allemands, trouve pourtant un moyen efficace : torpiller les deux derniers navires d’un convoi puis plonger immédiatement et se retirer. Mais les 10 ou 12 autres cargos s’en sortent toujours. La multiplication des mouillages de mines à l’approche des ports et dans les zones de chasse allemande rend les déplacements des U-Boote de plus en plus difficiles. (Yves Buffetaut).

 

Alors que sur l’Atlantique, les torpillages restent fréquents malgré les convois, on constate enfin une grande amélioration en Méditerranée, avec des pertes réduites à 49 000 tonnes, malgré la fougue d’Arnauld de la Périère. Le 24, en dépit de la présence de trois torpilleurs, le paquebot mixte Parana, transportant des troupes Serbes de Bizerte à Salonique, est torpillé ; le commandant parviendra à gagner l’île d’Eubée sur la côte de la mer Égée. On comptera 96 disparus sur 884 hommes d’équipage et passagers. Le navire était armé et disposait de la TSF. Le paquebot militarisé, transporteur de troupes, Golo II, torpillé par l’U-22 au large de Corfou, sombre en trois minutes. On ne comptera que 37 disparus sur 257 hommes. En août 1917, 329 000 tonneaux sont envoyés par le fond. (Marc Saibène).

 

 

L’été 1917 reste meurtrier pour l’Armée d’Orient, le paludisme atteint son acmé, particulièrement à Salonique. Chaque jour, on déplore quinze décès et 250 évacuations ; les Italiens souffrent dans la plaine de Monastir. Depuis juillet, les navires-hôpitaux sont encombrés de malades mais on manque de transports. Le scorbut fait des ravages chez les Serbes qui ne comptent plus que 77 000 combattants. Certaines divisions françaises sont devenues squelettiques… Avec une telle armée, Sarrail ne peut que rester immobile. Le 18 août, un immense incendie accidentel ravage pendant trois jours le centre-ville de Salonique. Favorisé par un vent violent et l’architecture essentiellement en bois de la cité grecque, il détruit près de dix mille bâtiments, dont la splendide église byzantine Saint-Dimitri, et laisse soixante-dix mille personnes sans abri. Près d’un tiers de la ville, qui abrite le quartier général de l’armée d’Orient, part en fumée.

 

Sur le front de Macédoine, les Allemands réduisent leurs forces qui soutiennent les Bulgares. Avec l’arrivée des Américains en Europe, le retrait probable des Russes du conflit et la bataille meurtrière du Chemin des Dames, le Maréchal Hindenburg n’a qu’une idée en tête : engager la bataille décisive à l’Ouest. Le front de Salonique ne compte plus dans les calculs de l’état-major prussien. Il ne sert qu’à fixer des effectifs alliés loin de la Somme ou de l’Artois. Le sort de la guerre ne se joue plus dans les Balkans.

 

 

En France, la démission, le 31 août, du ministre de l’Intérieur Malvy, en poste depuis le début de la guerre et accusé de compromission dans l’affaire du journal pacifiste Le Bonnet rouge, entraîne celle du gouvernement Ribot une semaine plus tard. Le camp de la Courtine où sont retranchés 10 000 soldats russes « rouges » partisans de la Révolution, est solidement encerclé par plus de 5 000 Français tandis que les contingents russes fidèles au gouvernement provisoire de Kerenski se préparent à donner l’assaut.

 

Sources :

 

D’après Nicolas Offenstadt, Les marins allemands oubliés de 1917, Libération, 4 septembre 2017.

 

Actes de S.S. Benoît XV, Tome I, p. 181 – 183, http//w2.vatican.va.

 

Louis Désalbres, Carnet de route 1916-1918, Dax, 1958 in Tranchées, 22, 2015, 39-41.

 

Jean-Pascal Soudagne, Le Quotidien dans les tranchées, 14-18 Éditions, 2009.

 

Yves Buffetaut, La Grande Guerre sur mer, Marines Éditions, 2005.

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24/08/2018
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