14-18Hebdo

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Feuilles de route 1914-1918 (Pierre Bonte) 1/ AVANT PROPOS

 

La vie de Pierre Bonte recouvre assez bien le XXème siècle. Né en 1896 à Roubaix d'une famille de quatre enfants (y compris Louise dont le journal est déjà paru sur le blog), il meurt en 1995. Père de huit enfants, il est représentatif de la société des industriels chrétiens et entreprenants qui ont bâti un monde, celui des fondateurs des grandes dynasties familiales du Nord de la France.

Le 7 avril 1915, Pierre Bonte rejoint son dépôt du 8e d’infanterie à Bergerac, il a 19 ans.

Document transmis par Michel Bonte, son fils  18/11/2014

 

C'est à vous, mes petits enfants, que je dédie ces souvenirs.

Pour quiconque a vécu la guerre de 1914 quand il avait vingt ans, les évènements qui se sont déroulés alors se sont imprégnés dans la mémoire au point que, soixante-dix ans après, le temps ne les a pas effacés. Certains détails, des noms de lieux et de personnes, ont pu être oubliés, mais ce que l'on revit, comme si cela s'était passé hier, c'est l'état d'âme des camarades de régiment, l'émotion des départs au front où à chaque instant on risquait sa vie, l'horreur des champs de bataille où journellement on côtoyait des morts que les brancardiers n'avaient pas le temps d'emporter, mais aussi les bons moments que créait la communauté du même danger, les satisfactions que procurait la vie en commun dépouillée de toute contrainte artificielle de classe sociale et de fortune.

La grandeur des soldats de la guerre 1914, ce fut le retour aux vertus naturelles du Français sans qu'elles soient déformées par la civilisation, le goût du confort, l'ambition ou le respect humain...

Ils n'étaient pas des saints et, revenus au cantonnement après dix jours en première ligne, ils ne méprisaient pas la bouteille ni les filles qu'ils rencontraient. Ils n'étaient généralement pas non plus des héros et les volontaires pour missions périlleuses étaient l'exception, mais quand l'ordre était donné d'attaquer ou quand la consigne était de tenir coûte que coûte une position, personne ne flanchait. On marchait parce que il fallait marcher, tout simplement. Les mots de Devoir et de Patriotisme on ne les prononçait jamais mais on les vivait et c'est je crois la grande leçon qu'ils nous ont laissée.

Si différente sera la vie qui vous attend : une vie de travail et d'obligations familiales probablement, soyez fidèle à leur souvenir. Comme eux, vous connaîtrez des périodes de découragement et de cafard, des moments où on hésite entre deux décisions à prendre : l'une que dans son for intérieur on sait correspondre à ce que l'on doit faire, l'autre plus commode, plus facile, plus agréable. En pareil cas, l'option à prendre, celle que vous ne regretterez pas plus tard, c'est la première.

N'ayez pas de complexe. Ce que vous êtes, vous le devez au Créateur et à l'éducation que vos parents et vos maîtres vous ont donnée. Vous ne valez pas plus individuellement que le Nord-Africain que vous côtoyez dans la rue, mais cela ne vous enlève pas l'obligation de tenir dans la vie sociale, civique, professionnelle, la place que vous occupez.

Cette place, vous devez la remplir avec la conviction que la Société a besoin d'une hiérarchie et que vous avez la responsabilité de la faire respecter, chacun effectuant sa tâche sans vanité, mais aussi sans faiblesse.

Les soldats de 1914 avaient cette notion de la valeur de l'homme sans exclure la nécessité de l'obéissance au chef dont c'était la mission de commander.

C'est comme cela qu'ils ont gagné la guerre.

1987

A suivre…

2/7 - Période d’instruction



16/01/2015
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